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Santé · Prévention

Fertilité : ce que l’âge change vraiment

À 25 ans, on a de la marge ; à 40, beaucoup moins, et aucune technique ne remonte tout à fait le temps. Chances de grossesse, réserve ovarienne, fausses couches, FIV, congélation d’ovocytes : ce que la médecine sait de la fertilité et de l’âge, sans alarmisme ni fausses promesses.

Vus de dos, un jeune homme et une jeune femme marchent main dans la main dans un grand pré vert ensoleillé.
Photo : Colin Maynard invent, Unsplash via Wikimedia Commons (CC0)

Il y a celle qui, à 26 ans, s’entend répondre qu’elle « a bien le temps », et celle qui, à 38 ans, découvre chez son gynécologue qu’elle en avait moins qu’elle ne le pensait. Entre les deux circulent des certitudes de comptoir : la FIV qui rattraperait tout, la prise de sang qui dirait combien de temps il reste, l’idée qu’on resterait fertile jusqu’à la ménopause.

La médecine en sait pourtant assez pour qu’on en parle simplement. La fertilité féminine baisse avec l’âge, c’est établi. Elle ne s’effondre pas le jour des 35 ans, c’est tout aussi vrai. Voici ce que disent les sources sérieuses, en pensant d’abord aux plus jeunes, qui ont encore toutes les cartes en main et n’ont pas à s’excuser d’y penser tôt.

Fertilité et âge : ce que disent les chiffres

Même au meilleur moment, faire un enfant prend du temps. Le rapport sur les causes de l’infertilité remis au gouvernement en 2022 par le Pr Samir Hamamah et Salomé Berlioux, repris par le site public Santé.fr, évalue à environ 25 % les chances de grossesse par cycle entre 25 et 30 ans. Un couple tout à fait fertile a donc, chaque mois, trois chances sur quatre de ne pas concevoir. L’Inserm rappelle d’ailleurs qu’entre un tiers et la moitié des grossesses surviennent après six mois d’essais. Ne pas être enceinte au troisième cycle n’a rien d’inquiétant.

Ces chances diminuent ensuite : environ 12 % par cycle à 35 ans, 6 % au-delà de 40 ans, selon le même rapport. Il estime le risque d’infertilité à 4 % à 20 ans, 14 % à 35 ans, 35 % à 40 ans et 80 % après 45 ans. L’Inserm, de son côté, situe la fertilité féminine optimale entre 18 et 31 ans, et fait de l’insuffisance ovarienne la première cause d’infertilité après 35 ans.

L’explication tient aux ovocytes. Une femme naît avec un stock qui ne se renouvelle pas. Leur nombre diminue au fil des années, leur qualité aussi : Santé.fr situe ce déclin à partir de 30 ans, et le dit nettement plus marqué après 37 ans.

Ce sont des moyennes : certaines conçoivent sans peine à 41 ans, d’autres attendent des mois à 27. Elles ne prédisent rien pour vous en particulier.

L’AMH, un indicateur qui ne dit pas tout

L’hormone antimüllérienne, ou AMH, est produite par les petits follicules de l’ovaire. Son taux sanguin donne une idée du nombre d’ovocytes encore disponibles, ce qu’on appelle la réserve ovarienne. En assistance médicale à la procréation, elle sert surtout à prévoir comment les ovaires répondront à une stimulation, et donc à ajuster les doses.

Ce qu’elle ne dit pas compte autant. Elle ne mesure pas la qualité des ovocytes, et elle prédit mal les chances de grossesse naturelle. Une étude américaine publiée en 2017 dans le JAMA, menée par l’équipe d’Anne Steiner auprès de 750 femmes de 30 à 44 ans sans antécédent d’infertilité, n’a trouvé aucun lien entre un taux d’AMH bas et des chances réduites de concevoir naturellement. Un chiffre bas à 28 ans ne condamne à rien, un chiffre élevé ne garantit rien : ce dosage s’interprète avec un médecin.

L’âge pèse aussi sur la suite de la grossesse. Une vaste étude norvégienne publiée dans le BMJ en 2019, portant sur 421 201 grossesses survenues entre 2009 et 2013, situe le risque de fausse couche à un peu moins de 10 % entre 25 et 29 ans, 11 % entre 30 et 34 ans, 17 % entre 35 et 39 ans, 32 % entre 40 et 44 ans et 54 % à partir de 45 ans. Une grande partie de ces pertes précoces s’explique par une anomalie chromosomique de l’embryon, sur laquelle la mère n’a aucune prise.

Ce que la FIV rattrape, et ce qu’elle ne rattrape pas

L’assistance médicale à la procréation (AMP) a permis la naissance de près de 27 000 enfants en France en 2022, selon l’Agence de la biomédecine. Elle contourne beaucoup d’obstacles : trompes obstruées, troubles de l’ovulation, spermatozoïdes peu nombreux ou peu mobiles. Elle ne rajeunit pas les ovocytes. Santé.fr le dit sans détour : son succès « dépend surtout de l’âge de la femme ».

L’AMP contourne bien des obstacles. Elle ne rajeunit pas les ovocytes.

Les résultats sont plus modestes qu’on ne l’imagine. En 2022, toutes tranches d’âge confondues, une tentative de fécondation in vitro aboutissait à une naissance dans 18,9 % des cas, un transfert d’embryon congelé dans 23,1 %, selon les chiffres de l’Agence de la biomédecine. Santé.fr rappelle que près de 40 % des couples engagés dans un parcours de FIV n’auront pas d’enfant. L’Assurance maladie rembourse à 100 % jusqu’à six inséminations et quatre FIV, et le prélèvement d’ovocytes reste possible jusqu’au 43e anniversaire, précise service-public.fr.

Congeler ses ovocytes : une possibilité, pas une assurance

Depuis la loi de bioéthique de 2021, une femme peut faire congeler ses ovocytes sans raison médicale. Les conditions sont précises, rappelées par la fiche d’information du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), rédigée en 2026 : la ponction a lieu à partir du 29e anniversaire et avant le 37e, et les ovocytes peuvent être utilisés jusqu’au 45e anniversaire, seule ou en couple. La démarche se fait dans un centre autorisé, dont l’Agence de la biomédecine publie la liste sur procreation-medicale.fr. Stimulation, ponction et vitrification sont intégralement prises en charge par l’Assurance maladie ; reste à payer chaque année le renouvellement de la conservation, de l’ordre de 40 € par ponction.

Ce qu’on peut en attendre, le CNGOF l’écrit honnêtement : l’autoconservation « n’offre aucune garantie de grossesse ultérieure ». D’après les études internationales qu’il cite, dix à quinze ovocytes matures congelés avant 35 ans donneraient des chances cumulées de naissance de l’ordre de 40 à 70 %, et plutôt de 25 à 50 % entre 35 et 37 ans. Il faut parfois deux ponctions. Et l’attente est longue : selon le Vidal, 15 550 demandes ont été déposées en 2024 pour 5 127 autoconservations réalisées, avec un délai moyen de treize mois.

L’homme, l’autre moitié du bilan

L’infertilité est une affaire de couple, on l’oublie encore. Les anomalies du sperme, qu’il s’agisse du nombre, de la mobilité ou de la forme des spermatozoïdes, figurent parmi les causes fréquentes, et dans 10 à 25 % des cas, selon l’Inserm, la difficulté n’est attribuable à aucun des deux partenaires en particulier. Les hommes vieillissent aussi : Santé.fr situe la baisse de qualité du sperme à partir de 40 ans, puis nettement après 50 ans. C’est pourquoi le bilan d’infertilité explore les deux membres du couple en même temps, avec notamment un spermogramme, un examen simple.

Certains facteurs, enfin, dépendent de nous. Le tabac nuit à la fertilité des deux sexes et assombrit le pronostic des FIV, souligne l’Inserm ; la fertilité s’améliore après l’arrêt, comme nous l’expliquions dans notre article arrêter de fumer à tout âge. Le poids compte aussi : selon l’Inserm, le risque d’infertilité après un an d’essais augmente de 27 % en cas de surpoids et de 78 % en cas d’obésité.

Pour les plus jeunes, un geste mérite d’être connu : le dépistage de l’infection à Chlamydia trachomatis. Cette infection sexuellement transmissible passe souvent inaperçue, 60 à 70 % des jeunes femmes infectées n’ayant aucun symptôme selon la Haute Autorité de santé (HAS), et peut abîmer les trompes jusqu’à la stérilité. La HAS recommande depuis 2018 au moins un dépistage chez toutes les femmes sexuellement actives de 15 à 25 ans. Demandez-le à votre médecin ou à votre sage-femme.

Ces chiffres ne sont pas faits pour inquiéter une femme de 25 ans. Ils lui donnent de quoi choisir en connaissance de cause, et de quoi en parler tôt avec celui qui partagera le projet. Pour le versant social de la question, lisez l’enquête de Léa Chambon, « Les enfants qu’on ne fait pas ».

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