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<rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/"><channel><title>Carnet de Bal</title><link>https://carnetdebal.fr/</link><description>Carnet de Bal, le magazine des femmes de 17 à 117 ans : mode, beauté, psycho, amour, santé, culture, société, famille, voyages et horoscope calculé sur le ciel réel.</description><language>fr-FR</language><copyright>© Denis Florent Media Group SRL</copyright><lastBuildDate>Fri, 30 Oct 2026 18:02:34 GMT</lastBuildDate><atom:link href="https://carnetdebal.fr/rss.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><image><url>https://carnetdebal.fr/icon-512.png</url><title>Carnet de Bal</title><link>https://carnetdebal.fr/</link></image><item><title>Fatigue des applications de rencontre : comment s’en sortir</title><link>https://carnetdebal.fr/amour/fatigue-des-applications-de-rencontre-comment-s-en-sortir/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/amour/fatigue-des-applications-de-rencontre-comment-s-en-sortir/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 12:24:00 GMT</pubDate><dc:creator>Irina Malkova</dc:creator><category>Amour &amp; sexo</category><description>Le pouce qui fait défiler des visages, les conversations qui meurent au troisième message, les disparitions sans un mot : la fatigue des applications de rencontre a des causes précises. Ce qu’en disent les chercheurs, comment s’en servir sans s’y user, et où rencontrer quelqu’un loin de l’écran.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/fatigue-des-applications-de-rencontre-comment-s-en-sortir/1200.jpg" alt="Dans une chambre plongée dans la pénombre bleutée, une femme allongée sur son lit, vue de dos, regarde l’écran allumé de son téléphone devant une fenêtre ouverte sur les lumières floues de la ville."></p><p>Dimanche, 23 heures. Vous êtes au lit, le pouce fait défiler des visages. À gauche, à gauche, à droite, à gauche. Un homme pose avec un poisson. Un autre avec un tigre étrangement placide. Un troisième a mis trois photos de lunettes de soleil et aucune de ses yeux. Une correspondance enfin, un échange qui démarre bien, puis s’arrête net au quatrième message, sans explication. Vous éteignez l’écran avec une sensation précise&nbsp;: celle d’avoir travaillé deux heures sans être payée.</p>
<p>Ce découragement a un nom chez les Anglo-Saxons, le <em>dating app burnout</em>. Ce n’est pas un diagnostic, mais l’expression parle à beaucoup de célibataires, à vingt-cinq comme à soixante ans. Rassurez-vous, la lassitude n’a rien de personnel. Elle tient en grande partie à la façon dont ces outils sont conçus.</p>
<h2 id="pourquoi-le-swipe-epuise">Pourquoi le swipe épuise</h2>
<p>Le geste du balayage, popularisé par Tinder, lancé en 2012, a transformé la rencontre en jeu. Un jeu dont la récompense, la fameuse correspondance, tombe de façon imprévisible. Les psychologues connaissent ce mécanisme depuis les travaux de B. F. Skinner au milieu du XX<sup>e</sup> siècle&nbsp;: une récompense irrégulière entretient un comportement beaucoup plus solidement qu’une récompense prévisible. C’est le principe des machines à sous. On continue de tirer le levier parce que, peut-être, la prochaine fois…</p>
<p>S’ajoute l’abondance. En 2020, les psychologues néerlandais Tila Pronk et Jaap Denissen ont publié dans la revue <em>Social Psychological and Personality Science</em> une étude au titre éloquent sur un «&nbsp;état d’esprit de rejet&nbsp;». Les participants, qui parcouraient des profils de rencontre, devenaient de plus en plus enclins à les refuser à mesure qu’ils avançaient. Plus on fait défiler, plus on dit non. Et plus on dit non, plus on se persuade que la bonne personne se trouve forcément trois profils plus loin.</p>
<p>La sociologue Eva Illouz, dans <em>Pourquoi l’amour fait mal</em> (2012), décrivait déjà comment l’excès de choix rend l’engagement plus difficile&nbsp;: quand tout semble possible, choisir revient à renoncer à tout le reste. Les applications ont industrialisé ce dilemme.</p>
<p>Enfin, il y a l’usure de soi. Se présenter en cinq photos et trois lignes, guetter les réactions, encaisser les silences&nbsp;: on finit par se regarder comme un produit en vitrine. Le «&nbsp;ghosting&nbsp;», cette disparition sans un mot, ajoute une incertitude particulièrement pénible. On ne sait jamais si l’on a dit quelque chose de travers ou si l’autre a simplement rencontré quelqu’un, perdu son téléphone ou changé d’humeur.</p>
<blockquote>
<p>Une application de rencontre ne vous doit rien, et vous ne lui devez pas vos dimanches soir.</p>
</blockquote>
<h2 id="les-applis-n-ont-pas-tout-change">Les applis n’ont pas tout changé</h2>
<p>La sociologue Marie Bergström, chercheuse à l’Institut national d’études démographiques (INED), a consacré à ces outils un livre de référence, <em>Les Nouvelles Lois de l’amour</em> (La Découverte, 2019). Elle y montre notamment que la rencontre en ligne se déroule à l’écart de l’entourage&nbsp;: on y fait connaissance sans témoins, hors des amis, de la famille ou des collègues qui, autrefois, présentaient les gens les uns aux autres. Cette discrétion séduit. Elle a aussi un prix, puisque personne n’est là pour recommander, rassurer ou mettre en garde.</p>
<p>Ses travaux rappellent surtout une chose qu’on oublie facilement à force d’en entendre parler&nbsp;: les applications n’ont pas remplacé les autres lieux de rencontre. Les amis, le travail, les études, les loisirs continuent de faire naître une grande partie des couples. Si les applis vous épuisent, vous ne renoncez pas à l’amour en les fermant. Vous changez de chemin.</p>
<h2 id="utiliser-les-applis-sans-s-y-user">Utiliser les applis sans s’y user</h2>
<p>Rien n’oblige à tout supprimer. Mais quelques règles changent l’expérience du tout au tout.</p>
<p><strong>Limitez le temps.</strong> Vingt minutes par jour, à heure fixe, de préférence pas au lit. Désactivez les notifications&nbsp;: c’est vous qui ouvrez l’application, pas elle qui vous appelle.</p>
<p><strong>Ralentissez.</strong> Lisez les profils jusqu’au bout. Mieux vaut cinq profils examinés avec attention que cent balayés par réflexe. L’étude de Pronk et Denissen suggère que l’on devient plus sévère à mesure qu’on enchaîne.</p>
<p><strong>Écrivez de vrais premiers messages.</strong> Une question qui montre que vous avez lu&nbsp;: le livre en photo, la ville citée, la passion pour les champignons. Les «&nbsp;Salut ça va&nbsp;» appellent des «&nbsp;Ça va et toi&nbsp;», et la conversation meurt de politesse.</p>
<p><strong>Passez vite au réel.</strong> Un appel au bout de quelques jours, un café dans les deux semaines. Les correspondances qui s’éternisent fabriquent un personnage idéal que la rencontre réelle ne peut que décevoir.</p>
<p><strong>Dites ce que vous cherchez.</strong> Une relation durable, une aventure, une compagnie pour les sorties&nbsp;: l’écrire dans votre profil fait fuir ceux qui cherchent autre chose, et c’est tant mieux.</p>
<p><strong>Faites des pauses.</strong> Un mois sans application, sans culpabilité. Elles seront toujours là au retour, et vous les regarderez autrement.</p>
<p>Et quand quelqu’un ne vous intéresse pas, un message bref et courtois vaut mieux qu’un silence. Ce que vous n’aimez pas subir, ne l’infligez pas. Si le refus vous coûte, notre article sur <a href="https://carnetdebal.fr/psycho/savoir-dire-non-sans-se-justifier/">l’art de dire non sans se justifier</a> pourrait vous servir.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Premier rendez-vous&nbsp;: les règles de prudence</p><ul>
<li>Choisissez un lieu public et animé, et venez par vos propres moyens.</li>
<li>Prévenez une amie&nbsp;: où, avec qui, à quelle heure vous comptez rentrer.</li>
<li>Ne donnez pas votre adresse avant d’avoir confiance.</li>
<li>N’envoyez jamais d’argent à quelqu’un que vous n’avez pas rencontré, quelle que soit l’histoire racontée&nbsp;: c’est le schéma classique des arnaques sentimentales.</li>
<li>En cas de danger&nbsp;: 17 ou 112. Violences&nbsp;: 3919, gratuit et anonyme.</li>
</ul>
</blockquote>
<h2 id="rencontrer-quelqu-un-hors-de-l-ecran">Rencontrer quelqu’un hors de l’écran</h2>
<p>Les lieux de rencontre d’avant n’ont pas disparu&#8239;; on a seulement perdu l’habitude d’y aller avec cette idée en tête. Les activités régulières restent les plus fécondes, parce qu’elles permettent de se revoir sans avoir à le décider&nbsp;: une chorale, un club de randonnée, un cours de danse, du rock au tango en passant par le bal folk, un atelier de théâtre, du bénévolat. On y découvre les gens tels qu’ils sont, en action, et non tels qu’ils se décrivent. C’est aussi ainsi qu’on se fait des amies, comme nous l’expliquons dans <a href="https://carnetdebal.fr/psycho/l-amitie-entre-femmes-apres-quarante-ans/">notre article sur l’amitié entre femmes après quarante ans</a>, et les amies ont des amis.</p>
<p>Osez aussi l’entremise, cette vieille pratique tombée en désuétude. Dites autour de vous que vous aimeriez rencontrer quelqu’un. Beaucoup de proches n’attendent que cette permission pour organiser le dîner où ils vous placeront à côté d’un cousin, d’une collègue, d’un voisin. Le procédé a fait ses preuves pendant des siècles, et la recommandation d’une personne de confiance vaut bien un algorithme.</p>
<p>Les soirées de speed dating, enfin, ont l’avantage de réunir des gens qui sont tous venus pour la même raison, en chair et en os. Sept minutes face à quelqu’un en disent souvent plus long que trois semaines de messages.</p>
<p>Si vous avez dépassé la cinquantaine, certaines questions se posent autrement, des enfants adultes au patrimoine&nbsp;: nous y consacrons un article, <a href="https://carnetdebal.fr/amour/aimer-apres-cinquante-ans-ce-qui-change-et-ce-qui-ne-change-pas/">Aimer après cinquante ans</a>.</p>
<p>Un dernier mot, puisque la fatigue finit toujours par poser la question&nbsp;: et si vous restiez seule, au fond&#8239;? C’est une possibilité qui mérite d’être regardée sans effroi. Le célibat n’est pas une salle d’attente. Paradoxalement, c’est souvent en cessant de chercher à tout prix qu’on redevient disponible, curieuse, drôle, bref, quelqu’un qu’on a envie de rencontrer.</p>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/fatigue-des-applications-de-rencontre-comment-s-en-sortir/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Numérologie : calculer son chemin de vie, et ce que dit chaque nombre</title><link>https://carnetdebal.fr/astro/numerologie-calculer-son-chemin-de-vie/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/astro/numerologie-calculer-son-chemin-de-vie/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 12:07:00 GMT</pubDate><dc:creator>Salomé de Visconti</dc:creator><category>Astro</category><description>Une date de naissance, quelques additions, et voilà un nombre qui prétend raconter une vie. La numérologie est un jeu de lecture plus ancien qu’on ne croit. La méthode pas à pas, un calculateur pour vérifier la vôtre, et le sens de chaque chemin de vie.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/numerologie-calculer-son-chemin-de-vie/1200.jpg" alt="Vue en contre-plongée depuis le fond d’un puits de pierre moussue, aux arcades superposées en spirale ; tout en haut, une ouverture ronde laisse voir le ciel bleu et le feuillage d’un grand arbre."></p><p>Il y a quelque chose de désarmant dans la numérologie. Ni télescope ni éphémérides&nbsp;: une date de naissance et un crayon suffisent, avec trois minutes devant soi. La tradition la rattache volontiers à Pythagore, qui voyait dans les nombres la clé du monde, mais la numérologie telle qu’on la pratique aujourd’hui a surtout été codifiée aux États-Unis au début du XX<sup>e</sup> siècle. Ce qu’elle propose n’a rien d’une démonstration. C’est une grille de lecture, un miroir qu’on tend à sa propre histoire, et il faut le prendre comme tel&nbsp;: avec curiosité, et sans se laisser enfermer.</p>
<p>De tous les nombres qu’elle calcule, du prénom à l’année personnelle, le plus connu est le chemin de vie. Il se tire de la seule date de naissance, ne change jamais, et passe pour décrire la route plutôt que la voyageuse.</p>
<h2 id="calculer-son-chemin-de-vie-la-methode-pas-a-pas">Calculer son chemin de vie, la méthode pas à pas</h2>
<p>Le principe est la réduction&nbsp;: on additionne les chiffres d’un nombre jusqu’à n’en garder qu’un. 27 devient 2 + 7, soit 9. 48 devient 4 + 8, soit 12, puis 1 + 2, soit 3. La méthode la plus répandue procède en trois temps.</p>
<p><strong>Premier temps&nbsp;: réduire séparément le jour, le mois et l’année.</strong> On additionne les chiffres de chacun jusqu’à obtenir un seul chiffre. Une exception&nbsp;: si l’on tombe sur 11 ou sur 22, on s’arrête et on garde ce nombre tel quel.</p>
<p><strong>Deuxième temps&nbsp;: additionner les trois résultats.</strong></p>
<p><strong>Troisième temps&nbsp;: réduire ce total</strong> jusqu’à un seul chiffre, sauf s’il vaut 11, 22 ou 33, qu’on garde.</p>
<p>Prenons une femme née le 14 juillet 1989. Le jour, 14, donne 1 + 4 = 5. Le mois, juillet, vaut 7. L’année donne 1 + 9 + 8 + 9 = 27, puis 2 + 7 = 9. On additionne&nbsp;: 5 + 7 + 9 = 21, puis 2 + 1 = 3. Son chemin de vie est 3.</p>
<p>Deuxième exemple, née le 29 avril 1951. Le jour, 29, donne 2 + 9 = 11&nbsp;: on s’arrête, c’est un nombre maître. Le mois vaut 4. L’année donne 1 + 9 + 5 + 1 = 16, puis 1 + 6 = 7. Total&nbsp;: 11 + 4 + 7 = 22. On garde 22, chemin de vie maître.</p>
<p>Le 33 est le plus rare, puisqu’il ne peut naître que du total final. Une femme née le 22 août 1947 l’obtient&nbsp;: 22 se garde, août vaut 8, l’année donne 1 + 9 + 4 + 7 = 21, puis 3. Et 22 + 8 + 3 = 33.</p>
<blockquote>
<p>Un nombre ne dit pas qui vous êtes&#8239;; il vous propose une question à vous poser.</p>
</blockquote>
<h2 id="pourquoi-les-nombres-maitres-ne-se-reduisent-pas">Pourquoi les nombres maîtres ne se réduisent pas</h2>
<p>Les numérologues tiennent 11, 22 et 33 pour des nombres «&nbsp;maîtres&nbsp;»&nbsp;: des vibrations doubles, plus exigeantes, qu’on aurait tort d’aplatir. Un 11 contient un 2 (1 + 1), un 22 contient un 4, un 33 contient un 6, et l’on écrit souvent 22/4 pour rappeler cette double nature. La tradition veut que ces chemins portent un potentiel plus grand, et une pression plus forte&nbsp;: on les vit tantôt dans leur version maître, tantôt dans leur version réduite.</p>
<p>Attention à la méthode. Certaines écoles additionnent tous les chiffres d’un bloc, sans réduire jour, mois et année séparément. Pour le 29 avril 1951, cela donne 2 + 9 + 0 + 4 + 1 + 9 + 5 + 1 = 31, soit 4&nbsp;: le nombre maître disparaît, seule reste sa forme réduite. Les deux méthodes s’accordent souvent, pas toujours. Celle que nous suivons, et que suit notre calculateur, est celle qui préserve les nombres maîtres en route.</p>

<h2 id="ce-que-chaque-chemin-de-vie-raconte">Ce que chaque chemin de vie raconte</h2>
<p>Lisez ce qui suit comme on lit un portrait au fusain&nbsp;: quelques traits, pas une sentence. Chacun de ces nombres a sa lumière et son ombre, et l’on se reconnaît souvent dans les deux.</p>
<p><strong>1, celle qui ouvre la voie.</strong> Le 1 commence. Il aime décider et passer devant, et supporte mal d’attendre l’avis d’un comité. Son écueil&nbsp;: confondre indépendance et solitude. Sa force&nbsp;: il ose ce que les autres repoussent à lundi.</p>
<p><strong>2, celle qui accorde.</strong> Le 2 écoute, tempère, devine ce que l’autre n’a pas encore dit. Il excelle dans le duo et la médiation. Il doit apprendre à donner son propre avis avant de rapporter celui des autres.</p>
<p><strong>3, celle qui raconte.</strong> Le 3 parle, écrit, chante, fait rire à table. C’est le nombre de l’expression. Il se disperse volontiers&#8239;; il gagne à finir ce qu’il commence, même un seul projet par saison.</p>
<p><strong>4, celle qui construit.</strong> Le 4 pose des fondations&nbsp;: méthode et parole tenue. On lui confie les clés de la maison et le budget des vacances. Son défi est de laisser entrer l’imprévu sans le vivre comme une trahison.</p>
<p><strong>5, celle qui bouge.</strong> Le 5 a besoin d’air et de routes. Il apprend vite, s’ennuie vite aussi. Sa leçon est de choisir une liberté plutôt que de les vouloir toutes à la fois.</p>
<p><strong>6, celle qui prend soin.</strong> Le 6 tient la maison et le cercle des proches. Il a le sens du beau et de la responsabilité. Il doit veiller à ne pas tout porter seul, et à recevoir autant qu’il donne.</p>
<p><strong>7, celle qui cherche.</strong> Le 7 observe et doute. Il lui faut du silence et des questions sans réponse immédiate. On le croit distant&#8239;; il est simplement ailleurs, en train de comprendre.</p>
<p><strong>8, celle qui bâtit grand.</strong> Le 8 a le goût du pouvoir, au sens noble&nbsp;: diriger, faire fructifier. L’argent ne lui fait pas peur. Sa vigilance porte sur l’équilibre entre ambition et vie intime.</p>
<p><strong>9, celle qui embrasse large.</strong> Le 9 clôt le cycle des chiffres simples. Généreux et tourné vers le monde, il s’engage pour des causes plus grandes que lui. Il doit apprendre à finir les choses, et à pardonner, y compris à lui-même.</p>
<p><strong>11, l’intuitive.</strong> Nombre maître, le 11 capte ce que les autres ne voient pas. Sensible jusqu’à la nervosité, celle qui le porte joue souvent un rôle de guide sans l’avoir demandé. Dans ses jours fatigués, elle vit son 2&nbsp;: elle accompagne au lieu d’éclairer, et c’est très bien aussi.</p>
<p><strong>22, la bâtisseuse.</strong> Le 22 réunit la vision du 11 et la solidité du 4. Il rêve en grand et sait dessiner les plans. Le poids est réel&nbsp;: quand l’ambition l’écrase, il revient à son 4 et pose une pierre après l’autre.</p>
<p><strong>33, celle qui transmet.</strong> Le plus rare des chemins. Le 33 double la générosité du 6&nbsp;: enseigner, soigner, consoler, transmettre. Il s’épuise s’il oublie ses propres besoins. Bien vécu, il fait grandir les autres sans les étouffer.</p>
<h2 id="un-jeu-de-lecture-pas-un-destin">Un jeu de lecture, pas un destin</h2>
<p>Un nombre ne dit pas qui vous êtes&#8239;; il vous propose une question à vous poser. Si vous êtes un 4 qui rêve de partir sur les routes, vous n’êtes pas «&nbsp;mal tombée&nbsp;». Vous avez peut-être simplement une façon très organisée de voyager. La numérologie vaut par les conversations qu’elle ouvre, entre amies, ou avec soi-même un soir de novembre.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">La méthode en bref</p><ul>
<li>Réduire séparément jour, mois et année jusqu’à un chiffre, en gardant 11 et 22.</li>
<li>Additionner les trois résultats.</li>
<li>Réduire le total jusqu’à un chiffre, en gardant 11, 22 et 33.</li>
<li>Exemple&nbsp;: 14 juillet 1989, soit 5 + 7 + 9 = 21, chemin de vie 3.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/numerologie-calculer-son-chemin-de-vie/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Recevoir sans se ruiner : l’art du dîner simple pour six</title><link>https://carnetdebal.fr/art-de-vivre/recevoir-sans-se-ruiner-l-art-du-diner-simple/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/art-de-vivre/recevoir-sans-se-ruiner-l-art-du-diner-simple/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 12:07:00 GMT</pubDate><dc:creator>Clotilde de Portzamparc</dc:creator><category>Art de vivre</category><description>Pour bien recevoir, il ne faut ni argenterie ni traiteur, seulement un plat qui mijote, une table qui donne envie de s’asseoir et une maîtresse de maison qui n’est pas en cuisine. Menu, budget, placement, conversation : la méthode pour un dîner à six qui ressemble à une fête.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/recevoir-sans-se-ruiner-l-art-du-diner-simple/1200.jpg" alt="Vue de dessus d’une table en bois dressée pour un dîner : assiettes à liseré doré, serviettes grises nouées, couverts en argent, chemin de table garni d’eucalyptus et de petites bougies autour d’un gâteau blanc."></p><p>Le plus beau dîner que j’aie donné était un pot-au-feu. Nous étions six, il pleuvait sur Brest, la cuisine sentait le bouillon depuis midi, et personne n’est parti avant une heure du matin. Le plus raté, je m’en souviens aussi&nbsp;: un menu en cinq services, appris dans un livre, que j’ai passé à servir debout, pendant que mes invités parlaient sans moi.</p>
<p>J’en ai tiré une règle. Un dîner se juge à un seul critère, qui n’a rien à voir avec l’argent dépensé&nbsp;: la maîtresse de maison est-elle assise à table&#8239;?</p>
<h2 id="six-le-bon-nombre">Six, le bon nombre</h2>
<p>À six, une seule conversation peut circuler autour de la table. À huit, elle se scinde en deux&#8239;; à dix, en trois, et l’hôtesse ne sait plus où donner de la tête. Six, c’est aussi une table ordinaire et une seule fournée de vaisselle. Mélangez les cercles&nbsp;: deux couples qui se connaissent et deux personnes qui ne connaissent personne, c’est le bon dosage pour que chacun apprenne quelque chose.</p>
<h2 id="un-menu-qui-travaille-pour-vous">Un menu qui travaille pour vous</h2>
<p>Le secret d’un dîner détendu tient dans le choix du plat principal&nbsp;: il doit pouvoir attendre. Un rôti exige une cuisson au moment, une sole meunière aussi. Un bœuf-carottes, une poule au pot, un curry de légumes, une blanquette ou des lasagnes, en revanche, se préparent la veille et sont meilleurs réchauffés. Le jour venu, il suffit de les remettre sur le feu.</p>
<p>Pour l’entrée, une soupe en petites tasses, comme ce <a href="https://carnetdebal.fr/art-de-vivre/soupes-d-automne-cinq-recettes-de-grand-mere/">velouté de châtaignes</a>, ou une salade d’automne préparée à l’avance et assaisonnée au dernier moment. Pour le fromage, mieux vaut un seul beau morceau, un comté de longue garde ou un brie de Meaux bien fait, qu’un plateau de cinq fromages médiocres. Pour le dessert, une tarte aux pommes ou une mousse au chocolat, qui se fait la veille et ne demande qu’à sortir du réfrigérateur.</p>
<p>Et du bon pain, d’une bonne boulangerie. C’est la dépense la plus modeste du dîner, et celle que tout le monde remarque.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Le menu pour six, à titre indicatif</p><ul>
<li>Velouté de châtaignes ou de potiron&nbsp;: environ 6&nbsp;€</li>
<li>Bœuf-carottes (1,5 kg de paleron, 1,5 kg de carottes, oignons, vin rouge)&nbsp;: environ 30&nbsp;€</li>
<li>Un beau morceau de comté (400 à 500 g)&nbsp;: environ 12&nbsp;€</li>
<li>Tarte aux pommes maison&nbsp;: environ 5&nbsp;€</li>
<li>Deux baguettes de tradition&nbsp;: environ 3&nbsp;€</li>
<li>Soit une soixantaine d’euros hors vin, une dizaine par convive, selon les régions et les marchés.</li>
</ul>
</blockquote>
<p>Le vin, justement. Vos invités en apporteront sans doute. L’usage veut que la bouteille offerte soit un cadeau&nbsp;: vous n’êtes pas tenue de l’ouvrir le soir même, surtout si elle ne va pas avec le plat. Prévoyez donc le vin du repas vous-même, et gardez la leur pour une autre occasion.</p>
<h2 id="la-table-ou-l-art-de-faire-beaucoup-avec-peu">La table, ou l’art de faire beaucoup avec peu</h2>
<p>Une nappe blanche ou en lin, même un drap ancien bien repassé, transforme n’importe quelle table de cuisine. Si votre table est belle, un simple chemin de table suffit. Les assiettes dépareillées ont beaucoup de charme dès qu’elles sont assorties par la couleur&#8239;; personne ne viendra vérifier qu’elles sortent du même service.</p>
<p>Pour le centre, deux erreurs à éviter&nbsp;: les bouquets trop hauts, qui empêchent de voir son vis-à-vis, et les bougies parfumées, dont l’odeur se mêle à celle du plat. Des bougies blanches sans parfum et quelques branches de saison dans un pichet bas&nbsp;: voilà une table d’automne pour presque rien.</p>
<blockquote>
<p>Mes invités n’ont jamais remarqué que mes assiettes étaient dépareillées. Ils ont tous remarqué que j’étais assise avec eux.</p>
</blockquote>
<h2 id="le-placement-cet-art-discret">Le placement, cet art discret</h2>
<p>On pourrait laisser chacun s’asseoir où il veut. C’est le meilleur moyen de voir les couples côte à côte et les timides en bout de table. Le placement n’a rien de guindé&nbsp;: il sert à ce que chacun passe une bonne soirée.</p>
<p>La tradition place la maîtresse et le maître de maison face à face, au milieu de la table, l’invité d’honneur à la droite de l’hôtesse et l’invitée d’honneur à la droite de l’hôte. On sépare les couples, on alterne autant que possible. À cela s’ajoutent des règles de bon sens&nbsp;: placez-vous du côté de la cuisine, pour pouvoir vous lever sans déranger&#8239;; asseyez la personne réservée à côté de quelqu’un de chaleureux, et le grand bavard à côté de quelqu’un qui sait lui répondre&#8239;; évitez de réunir deux convives qui se sont fâchés l’an dernier.</p>
<h2 id="la-conversation-c-est-vous-qui-la-menez">La conversation, c’est vous qui la menez</h2>
<p>Recevoir, c’est aussi veiller à ce que personne ne reste à l’écart. Présentez les invités avec une phrase qui leur donne un sujet commun, comme le recommande la cinquième de nos <a href="https://carnetdebal.fr/art-de-vivre/dix-regles-de-savoir-vivre-qui-tiennent-encore/">dix règles de savoir-vivre</a>. Relancez celui qui se tait en lui posant une question précise. Si un sujet s’envenime, changez de cap sans brusquerie, en apportant le plat suivant par exemple.</p>
<p>On disait autrefois qu’on ne parlait à table ni de politique, ni de religion, ni d’argent. La règle était un peu étouffante. On peut parler de tout, à condition d’écouter autant qu’on parle et de ne pas transformer le dîner en tribunal. Votre rôle consiste moins à briller qu’à faire briller les autres.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Le compte à rebours</p><ul>
<li>Trois jours avant&nbsp;: les invitations sont confirmées, la liste de courses est faite.</li>
<li>La veille&nbsp;: le plat mijoté et le dessert sont prêts, le fromage est acheté.</li>
<li>Le matin&nbsp;: la table est dressée, le vin blanc est au frais.</li>
<li>Une heure avant&nbsp;: on réchauffe doucement, on s’habille, on s’assoit cinq minutes.</li>
<li>À l’arrivée des invités&nbsp;: un verre, quelques olives ou des radis au beurre, et l’on vient s’asseoir avec eux.</li>
</ul>
</blockquote>
<h2 id="savoir-finir">Savoir finir</h2>
<p>Un dîner réussi s’achève au salon, ou à table, autour d’une infusion. Ne débarrassez pas tout pendant que vos invités sont là&nbsp;: rien ne dit plus clairement qu’il est temps de partir. Et si quelqu’un propose de vous aider à faire la vaisselle, la réponse polie est non, merci, avec un sourire. Elle vous attendra jusqu’au lendemain, et vous aurez gardé le meilleur de la soirée.</p>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/recevoir-sans-se-ruiner-l-art-du-diner-simple/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Compostelle au féminin, premiers pas sur le chemin</title><link>https://carnetdebal.fr/voyages/compostelle-au-feminin-premiers-pas-sur-le-chemin/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/voyages/compostelle-au-feminin-premiers-pas-sur-le-chemin/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 11:49:00 GMT</pubDate><dc:creator>Camille Sauviat</dc:creator><category>Voyages</category><description>Chaque année, des femmes de tous âges prennent le chemin de Compostelle, souvent seules. Quatre grandes voies partent de France, chacune avec son paysage et sa fréquentation. Ce qu’il faut savoir avant le premier pas : la crédenciale, la préparation, le sac, et la solitude.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/compostelle-au-feminin-premiers-pas-sur-le-chemin/1200.jpg" alt="De profil, une marcheuse en casquette noire porte un grand sac à dos rouge, devant des collines boisées et un champ ensoleillé."></p><p>Le premier matin, au Puy-en-Velay, on descend les marches de la cathédrale dans le froid, le sac encore trop lourd, les chaussures trop neuves malgré tout. Au bas de la ville, les premières balises rouge et blanc du GR 65 indiquent la direction. Les premiers kilomètres montent. On double une marcheuse de soixante-dix ans au pas régulier, qui vous retrouvera le soir au gîte, parfaitement reposée, quand vous soignerez votre première ampoule.</p>
<p>Le chemin de Compostelle a cette particularité de réunir des gens qui ne se seraient jamais rencontrés ailleurs&nbsp;: des croyantes et des incroyantes, des étudiantes en année de césure et des retraitées, des femmes qui marchent pour faire le point et d’autres simplement parce que la marche leur fait du bien. Beaucoup partent seules. On l’est rarement longtemps.</p>
<h2 id="quatre-voies-francaises-quatre-caracteres">Quatre voies françaises, quatre caractères</h2>
<p>Le <em>Guide du pèlerin</em>, inclus au XII<sup>e</sup> siècle dans le <em>Codex Calixtinus</em>, décrit déjà quatre routes traversant la France vers Saint-Jacques. Elles portent toujours leurs noms latins, et les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1998.</p>
<p>La <strong>voie du Puy</strong>, ou <em>via Podiensis</em>, est la plus fréquentée, balisée en GR 65. Elle traverse le plateau de l’Aubrac, ses burons et ses grands espaces, puis la vallée du Lot jusqu’à Conques et son abbatiale Sainte-Foy, le Quercy, Cahors et son pont Valentré, Moissac et son cloître, la Gascogne. Il faut compter environ 750 kilomètres jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port, au pied des Pyrénées. C’est la voie idéale pour une première fois&nbsp;: hébergements nombreux, balisage parfait, et jamais très loin d’une autre marcheuse. L’évêque du Puy, Godescalc, partit lui-même pour Compostelle vers 950&#8239;; c’est le premier pèlerin étranger à l’Espagne dont l’histoire ait gardé le nom.</p>
<p>La <strong>voie de Vézelay</strong>, ou <em>via Lemovicensis</em>, part de la basilique Sainte-Marie-Madeleine, sur sa colline bourguignonne, et traverse le Berry, le Limousin et le Périgord. Elle est plus solitaire, plus verte, avec des hébergements plus espacés. La <strong>voie de Tours</strong>, ou <em>via Turonensis</em>, longue et plate, passe par Poitiers, Saintes et Bordeaux, puis traverse la forêt des Landes. La <strong>voie d’Arles</strong>, ou <em>via Tolosana</em>, part de Provence, passe par Saint-Guilhem-le-Désert et Toulouse, et franchit les Pyrénées au col du Somport. Elle convient à celles qui aiment la lumière du Midi et ne craignent pas les dénivelés.</p>
<h2 id="la-credenciale-le-passeport-du-pelerin">La crédenciale, le passeport du pèlerin</h2>
<p>Avant de partir, procurez-vous une crédenciale, ce carnet que l’on fait tamponner à chaque étape&nbsp;: dans les gîtes, les églises, les mairies, parfois dans un café. Elle donne accès aux hébergements réservés aux pèlerins et témoigne de votre parcours. Les associations jacquaires la délivrent, ainsi que l’accueil de la cathédrale du Puy et certaines paroisses.</p>
<p>Si vous allez jusqu’à Saint-Jacques, l’office des pèlerins y remet la <em>compostela</em>, le certificat de pèlerinage, à condition d’avoir parcouru au moins les cent derniers kilomètres à pied, ou deux cents à vélo. Rien n’oblige à aller si loin. Beaucoup avancent par tronçons, une ou deux semaines par an, et reprennent l’année suivante là où ils s’étaient arrêtés.</p>
<blockquote>
<p>On part seule. On l’est rarement longtemps.</p>
</blockquote>
<h2 id="preparer-le-corps-et-le-sac">Préparer le corps et le sac</h2>
<p>Le corps se prépare quelques semaines à l’avance, par des marches de plus en plus longues, sac chargé. Les chaussures doivent être déjà faites à votre pied&nbsp;: c’est le premier conseil de tous ceux qui ont marché, et le plus souvent négligé. Si vous suivez un traitement ou avez des problèmes de dos, d’articulations ou de cœur, parlez-en à votre médecin avant de partir.</p>
<p>Le sac est l’affaire de toute une vie de pèlerin. La règle souvent donnée veut qu’il ne dépasse pas un dixième de votre poids. Deux tenues de marche qui sèchent vite, une polaire, une veste de pluie, une trousse de soins pour les pieds, une lampe frontale, une gourde, et rien de plus. Les livres pèsent&#8239;; prenez-en un seul, ou une liseuse. Si votre dos ne suit pas, des services de transport de bagages existent sur la voie du Puy, d’étape en étape, et personne n’a à en rougir.</p>
<p>Prévoyez des étapes courtes les premiers jours, quinze à vingt kilomètres, quitte à allonger ensuite. Les ampoules arrivent souvent dans les premiers jours, au moment où l’on se croit aguerrie. Soignez-les dès la première rougeur.</p>
<h2 id="quand-partir">Quand partir</h2>
<p>Le printemps et le début de l’automne sont les saisons les plus douces. En mai et juin, l’Aubrac se couvre de fleurs, mais les nuits peuvent rester froides sur le plateau, et la neige n’y est pas rare jusqu’au printemps. En juillet et août, la chaleur pèse dans le Quercy et le Gers, et les gîtes de la voie du Puy affichent souvent complet&nbsp;: réservez la veille, ou quelques jours avant. Septembre et octobre offrent une lumière superbe, des chemins plus calmes, et les vendanges dans les vignes gasconnes.</p>
<h2 id="marcher-seule-en-confiance">Marcher seule, en confiance</h2>
<p>Sur la voie du Puy, une femme qui marche seule ne surprend personne. Le soir, au gîte, on partage la table d’hôtes, et l’on retrouve d’une étape à l’autre les mêmes visages, au point qu’une petite famille de passage se forme souvent en quelques jours. Sur les voies moins fréquentées, la solitude est plus réelle, et c’est aussi ce qu’on y cherche.</p>
<p>Quelques habitudes suffisent. Indiquez à une proche votre étape du jour, gardez votre téléphone chargé, et notez que le 112 joint les secours partout en Europe. Ne marchez pas de nuit. Si une rencontre vous met mal à l’aise, rien ne vous oblige à continuer avec quelqu’un&nbsp;: ralentissez, laissez passer, attendez d’autres marcheurs, ou changez de gîte. L’hospitalier ou l’hospitalière qui tient votre gîte est un bon interlocuteur en cas de souci.</p>
<p>Le chemin passe par des lieux de prière où l’on peut s’arrêter une nuit. À Conques, une communauté religieuse accueille les pèlerins à l’abbaye, et Moissac vous fera passer par l’un des plus beaux cloîtres romans de France. Si cette alternance de marche et de silence vous attire, notre article sur <a href="https://carnetdebal.fr/voyages/retraite-silencieuse-dans-une-abbaye-mode-d-emploi/">les retraites en abbaye</a> vous dira comment prolonger l’expérience. Et pour d’autres conseils de voyage en solitaire, voyez <a href="https://carnetdebal.fr/voyages/voyager-seule-le-guide-de-celles-qui-osent-partir/">notre guide pour partir seule</a>.</p>
<p>Le dernier soir, quelle que soit l’étape, on regarde ses pieds, ses mains brunies, le sac posé contre le lit, et l’on s’étonne d’avoir fait tout ce chemin. On ne repart pas tout à fait la même. On repart surtout avec l’envie de revenir.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Compostelle, côté pratique</p><ul>
<li><strong>Voies françaises</strong>&nbsp;: Le Puy (GR 65, la plus fréquentée), Vézelay, Tours, Arles.</li>
<li><strong>Crédenciale</strong>&nbsp;: auprès des associations jacquaires, de l’accueil de la cathédrale du Puy ou de certaines paroisses. À faire tamponner à chaque étape.</li>
<li><strong>Hébergement</strong>&nbsp;: gîtes communaux ou privés, chambres d’hôtes, accueils chez l’habitant&#8239;; réservation conseillée en été sur la voie du Puy.</li>
<li><strong>Budget arrondi</strong>&nbsp;: une nuit en gîte de 15 à 25&nbsp;€, autour de 40 à 50&nbsp;€ en demi-pension.</li>
<li><strong>Saisons</strong>&nbsp;: printemps et début d’automne&#8239;; prudence sur l’Aubrac hors saison.</li>
<li><strong>Sac</strong>&nbsp;: un dixième de son poids environ&#8239;; chaussures déjà portées.</li>
<li><strong>Urgences</strong>&nbsp;: 112.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/compostelle-au-feminin-premiers-pas-sur-le-chemin/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>De Barbara à Françoise Hardy, la chanson française au féminin</title><link>https://carnetdebal.fr/culture/de-barbara-a-francoise-hardy-la-chanson-francaise-au-feminin/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/culture/de-barbara-a-francoise-hardy-la-chanson-francaise-au-feminin/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 11:43:00 GMT</pubDate><dc:creator>Sarah Duport</dc:creator><category>Culture</category><description>Elles ont écrit leurs propres textes quand on attendait d’elles qu’elles chantent ceux des hommes, parlé de désir, de deuil, d’avortement ou de harcèlement. Douze chanteuses françaises et francophones, une chanson chacune, de 1950 à aujourd’hui : une histoire de la chanson au féminin, à écouter dans l’ordre.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/de-barbara-a-francoise-hardy-la-chanson-francaise-au-feminin/1200.jpg" alt="Photographie en noir et blanc de Françoise Hardy en décembre 1969 à Amsterdam : longs cheveux et frange, manteau de fourrure, regard grave, au bord d’un canal."></p><p>Pendant longtemps, en France, la chanteuse était une interprète. Les hommes écrivaient, composaient, produisaient&#8239;; elle prêtait sa voix, son visage, sa robe. La liste qui suit raconte comment cela a changé. Une chanson par artiste, choisie non parce qu’elle est la plus connue, mais parce qu’elle dit quelque chose de ce que ces femmes ont conquis. Ordre chronologique. Mettez un casque.</p>
<h2 id="1-edith-piaf-l-hymne-a-l-amour-1950">1. Édith Piaf, <em>L’Hymne à l’amour</em> (1950)</h2>
<p>On commence par une exception&nbsp;: dès les années 1940, Piaf écrit une partie de ses textes. <em>L’Hymne à l’amour</em>, c’est elle pour les paroles, et Marguerite Monnot pour la musique, deux femmes, à une époque où c’était rare. La chanson est liée à Marcel Cerdan, le boxeur qu’elle aimait, mort dans un accident d’avion en octobre 1949. Elle l’enregistre en 1950. C’est une prière laïque, démesurée, sans aucune pudeur, où Piaf se jette dans l’amour comme on se jette à l’eau.</p>
<h2 id="2-francoise-hardy-tous-les-garcons-et-les-filles-1962">2. Françoise Hardy, <em>Tous les garçons et les filles</em> (1962)</h2>
<p>Une jeune fille de dix-huit ans, une guitare apprise seule, une chanson qu’elle a écrite elle-même sur la solitude d’une adolescente qui voit les autres aller par deux. En octobre 1962, la télévision la diffuse le soir des résultats d’un référendum, et la France entière l’entend. L’étiquette yé-yé ne lui a jamais vraiment convenu&nbsp;: Françoise Hardy, morte en 2024, était une autrice exigeante et mélancolique, qui a écrit une grande partie de ses chansons. Celle-ci reste la première, et elle n’a pas pris une ride.</p>
<h2 id="3-barbara-nantes-1964">3. Barbara, <em>Nantes</em> (1964)</h2>
<p>En 1959, Barbara est appelée au chevet de son père, à Nantes. Elle arrive trop tard. Elle en fait une chanson, l’une de ses plus belles, qu’elle enregistre sur l’album <em>Barbara chante Barbara</em>. Pendant des années, on l’écoute comme le chagrin d’une fille qui n’a pas pu dire adieu. Puis, en 1998, paraissent ses mémoires inachevés, <em>Il était un piano noir</em>, où elle révèle ce que ce père lui a fait subir enfant. La chanson change de sens sans changer d’une note. C’est ce que peut la chanson&nbsp;: dire et taire à la fois.</p>
<h2 id="4-juliette-greco-deshabillez-moi-1967">4. Juliette Gréco, <em>Déshabillez-moi</em> (1967)</h2>
<p>Muse de Saint-Germain-des-Prés, amie de Sartre et de Boris Vian, Gréco n’écrivait pas ses chansons, mais elle les choisissait avec une sûreté de goût redoutable. <em>Déshabillez-moi</em>, écrite par Robert Nyel et composée par Gaby Verlor, est un monument d’ironie&nbsp;: Gréco, qui a alors quarante ans, y dicte à son amant le rythme exact de son désir. Tout passe par la voix, les silences, les mains. Elle l’a chantée pendant des décennies, sans jamais la rendre vulgaire.</p>
<h2 id="5-brigitte-fontaine-comme-a-la-radio-1969">5. Brigitte Fontaine, <em>Comme à la radio</em> (1969)</h2>
<p>Une voix qui parle plus qu’elle ne chante, un musicien, Areski Belkacem, et le free jazz de l’Art Ensemble of Chicago. <em>Comme à la radio</em>, paru sur le petit label Saravah, ne ressemble à rien de ce qui passait alors à la radio, justement. Brigitte Fontaine a ouvert une porte que personne n’avait remarquée&nbsp;: celle d’une chanson française libre, bizarre, intellectuelle et drôle. Beaucoup d’artistes d’aujourd’hui lui doivent plus qu’ils ne le savent.</p>
<blockquote>
<p>Pendant longtemps, la chanteuse prêtait sa voix, son visage, sa robe. Les hommes écrivaient le reste.</p>
</blockquote>
<h2 id="6-veronique-sanson-amoureuse-1972">6. Véronique Sanson, <em>Amoureuse</em> (1972)</h2>
<p>Elle a vingt-deux ans, elle compose au piano, écrit ses textes, et Michel Berger produit son premier album. <em>Amoureuse</em> est une chanson sur le désir qui envahit tout, écrite par une femme qui ne s’excuse pas de le ressentir. L’harmonie est sophistiquée, la voix monte très haut, ose les cassures. La chanson a même traversé la Manche&nbsp;: l’Anglaise Kiki Dee en a fait un succès en anglais. Sanson a montré qu’une Française pouvait être autrice-compositrice au piano comme Carole King l’était en Amérique.</p>
<h2 id="7-anne-sylvestre-une-sorciere-comme-les-autres-1975">7. Anne Sylvestre, <em>Une sorcière comme les autres</em> (1975)</h2>
<p>On l’a longtemps réduite à ses <em>Fabulettes</em> pour enfants. C’est injuste. Anne Sylvestre a écrit, dès les années 1960, certaines des chansons les plus fortes sur la condition des femmes. Dans <em>Une sorcière comme les autres</em>, une femme demande simplement qu’on la regarde telle qu’elle est, ni mère, ni fée, ni sainte. Quelques années plus tôt, elle avait osé une chanson sur l’avortement, <em>Non, tu n’as pas de nom</em>. Elle est morte en 2020, et une nouvelle génération d’interprètes reprend aujourd’hui ses chansons.</p>
<h2 id="8-les-rita-mitsouko-marcia-baila-1984">8. Les Rita Mitsouko, <em>Marcia Baila</em> (1984)</h2>
<p>Catherine Ringer chante, danse, crie, et Fred Chichin compose avec elle une pop électrique que la France n’avait jamais entendue. <em>Marcia Baila</em> est un hommage à Marcia Moretto, danseuse et chorégraphe argentine morte d’un cancer. Le paradoxe est total&nbsp;: une chanson de deuil sur laquelle tout le monde danse. Catherine Ringer, avec sa voix capable de tout, a inventé une manière d’être une femme sur scène, hors des clichés de la chanteuse sage comme de la bombe sexuelle.</p>
<h2 id="9-camille-ta-douleur-2005">9. Camille, <em>Ta douleur</em> (2005)</h2>
<p>Sur l’album <em>Le Fil</em>, une seule note, tenue d’un bout à l’autre du disque, relie toutes les chansons. Camille joue avec sa voix, son souffle, son corps, sa bouche, comme d’un instrument complet. <em>Ta douleur</em> est une chanson à la fois joueuse et grave, où la voix tourne autour du chagrin comme pour l’apprivoiser. On peut l’écouter dix fois sans en faire le tour. Camille a rappelé que la voix d’une femme pouvait être un laboratoire.</p>
<h2 id="10-christine-and-the-queens-christine-2014">10. Christine and the Queens, <em>Christine</em> (2014)</h2>
<p>Sur l’album <em>Chaleur humaine</em>, la chanson <em>Christine</em>, dont la version anglaise, <em>Tilted</em>, a fait le tour du monde, propose un personnage de scène qui brouille les codes du masculin et du féminin&nbsp;: costume trop grand, chorégraphies anguleuses, textes mélangeant le français et l’anglais. L’artiste, qui se présente aujourd’hui sous le nom de Chris, a ouvert un espace pour celles et ceux qui ne se reconnaissent pas dans les rôles attribués. Le disque a connu un immense succès, en France comme à l’étranger.</p>
<h2 id="11-aya-nakamura-djadja-2018">11. Aya Nakamura, <em>Djadja</em> (2018)</h2>
<p>Née à Bamako, élevée à Aulnay-sous-Bois, Aya Nakamura écrit avec un vocabulaire à elle, mêlant argot, mots inventés et emprunts. <em>Djadja</em> répond à un homme qui se vante de ce qui ne s’est jamais passé&nbsp;: la chanson est une gifle joyeuse aux menteurs. Le succès est mondial. Le 26 juillet 2024, lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, elle chante devant l’Institut de France, accompagnée par la Garde républicaine. Une image qui, à elle seule, raconte l’histoire de la chanson française.</p>
<h2 id="12-angele-balance-ton-quoi-2019">12. Angèle, <em>Balance ton quoi</em> (2019)</h2>
<p>La chanteuse belge Angèle prend le ton d’une comptine pour parler de harcèlement et de sexisme ordinaire, avec un humour qui désarme. Le clip montre des hommes en stage de «&nbsp;réhabilitation&nbsp;» antisexiste. La chanson est devenue un hymne pour une génération qui a grandi avec les débats ouverts en 2017, et prouve qu’on peut être grave sans perdre le sourire.</p>
<h2 id="ce-que-cette-liste-raconte">Ce que cette liste raconte</h2>
<p>Mises bout à bout, ces douze chansons racontent une prise de pouvoir. Interprètes d’abord, puis autrices, compositrices, productrices, directrices de leur image. Piaf écrivait déjà, mais on retenait surtout sa voix. Hardy, Sanson et Barbara ont imposé la femme autrice. Catherine Ringer, Camille et Chris ont fait du corps et de la voix un terrain d’invention. Aya Nakamura et Angèle écrivent sans demander la permission, dans une langue qui est la leur.</p>
<p>Si cette promenade vous a donné envie d’aller plus loin, lisez aussi notre portrait de <a href="https://carnetdebal.fr/people/jane-birkin-le-panier-et-la-liberte/">Jane Birkin</a>, dont les chansons, écrites par Serge Gainsbourg, comptent parmi les plus belles du répertoire.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Pour prolonger l’écoute</p><ul>
<li><em>Barbara chante Barbara</em> (1964), Barbara</li>
<li><em>Comme à la radio</em> (1969), Brigitte Fontaine</li>
<li><em>Amoureuse</em> (1972), Véronique Sanson</li>
<li><em>Rita Mitsouko</em> (1984), Les Rita Mitsouko</li>
<li><em>Le Fil</em> (2005), Camille</li>
<li><em>Chaleur humaine</em> (2014), Christine and the Queens</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/de-barbara-a-francoise-hardy-la-chanson-francaise-au-feminin/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Femmes handicapées, les oubliées du féminisme</title><link>https://carnetdebal.fr/societe/femmes-handicapees-les-oubliees-du-feminisme/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/societe/femmes-handicapees-les-oubliees-du-feminisme/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 11:43:00 GMT</pubDate><dc:creator>Samira Maalouf</dc:creator><category>Société</category><description>Les grandes conquêtes féministes ont été menées au nom de toutes les femmes. Pour les femmes handicapées, beaucoup restent théoriques : une table d’examen trop haute, un compagnon dont on dépend, un désir d’enfant que l’on juge déraisonnable. État des lieux de ce que le féminisme a longtemps laissé de côté.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/femmes-handicapees-les-oubliees-du-feminisme/1200.jpg" alt="Sous un ciel d’orage percé de lumière, une personne en scooter électrique avance seule sur une longue digue de béton mouillée, le long d’une mer agitée."></p><p>Contraception, avortement, égalité au travail, lutte contre les violences&nbsp;: les grands combats féministes de la seconde moitié du XX<sup>e</sup> siècle ont été menés au nom de toutes les femmes. Ils ont changé des millions de vies. Mais pour une femme en fauteuil roulant qui veut un frottis, pour une femme sourde qui veut porter plainte, pour une femme avec une déficience intellectuelle qui veut un enfant, ces droits conquis se heurtent à autre chose&nbsp;: des marches, des formulaires, des regards.</p>
<p>Les femmes handicapées sont des femmes, et elles sont handicapées. Cela devrait aller de soi. Pendant des décennies, pourtant, chacun des deux mouvements qui auraient dû les défendre les a regardées d’un seul œil.</p>
<h2 id="femmes-handicapees-une-double-invisibilite">Femmes handicapées&nbsp;: une double invisibilité</h2>
<p>Les mouvements féministes ont longtemps pensé «&nbsp;la femme&nbsp;» comme une femme valide. Les mouvements de personnes handicapées, de leur côté, ont longtemps parlé de «&nbsp;la personne handicapée&nbsp;» sans dire si elle était un homme ou une femme. Entre les deux, une part considérable de la population est restée dans un angle mort.</p>
<p>Le droit international a fini par le reconnaître. La Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, adoptée en 2006 et ratifiée par la France en 2010, consacre un article entier, l’article 6, aux femmes et aux filles handicapées, et reconnaît qu’elles sont exposées à de multiples discriminations. Le mot qui désigne la discrimination fondée sur le handicap, le validisme, a gagné du terrain en France ces dernières années, porté notamment par des collectifs féministes comme Les Dévalideuses.</p>
<p>Aux États-Unis, l’histoire a retenu une figure&nbsp;: Judith Heumann, militante en fauteuil roulant, l’une des meneuses en 1977 de l’occupation d’un bâtiment fédéral de San Francisco qui dura près d’un mois, pour obtenir l’application d’une loi contre les discriminations. Le documentaire <em>Crip Camp</em> (2020) a fait connaître ce combat bien au-delà des cercles militants.</p>
<h2 id="se-faire-soigner-la-gynecologie-parcours-d-obstacles">Se faire soigner&nbsp;: la gynécologie, parcours d’obstacles</h2>
<p>Pour beaucoup de femmes handicapées, le simple suivi gynécologique relève de l’expédition. Le cabinet est au deuxième étage sans ascenseur. La table d’examen ne descend pas, et il n’y a ni lève-personne ni aide pour s’y installer. La consultation dure quinze minutes, quand il en faudrait quarante-cinq. Certaines praticiennes et certains praticiens, faute de formation, ne savent pas comment examiner une patiente spastique ou communiquer avec une patiente sourde.</p>
<p>À ces obstacles matériels s’ajoute un préjugé plus insidieux&nbsp;: l’idée que ces femmes n’ont pas de vie sexuelle. On ne leur parle pas de contraception, on ne leur propose pas toujours de dépistage. Les travaux de l’IRDES sur l’accès aux soins des personnes handicapées ont relevé un moindre recours au dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus chez les femmes concernées.</p>
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<p>Une table d’examen qui ne descend pas suffit à éloigner une femme du dépistage.</p>
</blockquote>
<p>Des solutions existent. Plusieurs hôpitaux ont ouvert des consultations dédiées, avec du matériel adapté et un temps de rendez-vous allongé. En Île-de-France, un dispositif baptisé Handigynéco envoie des sages-femmes dans les établissements médico-sociaux. Les sages-femmes, justement, peuvent assurer le suivi gynécologique de prévention et la contraception, et sont parfois plus disponibles. Au moment de prendre rendez-vous, il ne faut pas hésiter à décrire précisément ses besoins&nbsp;: l’accès, la table, le temps, la présence d’une interprète en langue des signes. Notre article sur <a href="https://carnetdebal.fr/sante/depistage-du-cancer-du-sein-ce-qui-change-a-chaque-age/">le dépistage du cancer du sein</a> rappelle le calendrier à respecter, qui vaut pour toutes.</p>
<h2 id="violences-plus-exposees-moins-entendues">Violences&nbsp;: plus exposées, moins entendues</h2>
<p>En 2020, la DREES a montré, à partir des enquêtes de victimation, que les personnes handicapées déclarent plus souvent que les autres avoir subi des violences physiques, sexuelles ou verbales. Pour les femmes, les mécanismes du risque s’additionnent.</p>
<p>La dépendance d’abord. Quand le conjoint est aussi celui qui aide à se lever, à se laver, à se déplacer, partir devient vertigineux. La dépendance financière ensuite. Pendant des années, l’allocation aux adultes handicapés était réduite, voire supprimée, en fonction des revenus du conjoint, plaçant de nombreuses femmes sous la coupe de leur compagnon. Après une longue mobilisation des associations, l’AAH est calculée sans tenir compte des revenus du conjoint depuis le 1<sup>er</sup> octobre 2023. C’est l’un des progrès récents les plus concrets pour l’autonomie de ces femmes.</p>
<p>S’ajoutent les obstacles à la parole&nbsp;: une femme qui s’exprime difficilement, qui ne peut pas se rendre seule au commissariat, ou dont la parole est mise en doute à cause d’une déficience intellectuelle ou psychique. Et les violences en institution, longtemps tues. Les signes de l’emprise sont les mêmes que pour toutes, et nous les détaillons dans notre guide sur <a href="https://carnetdebal.fr/societe/violences-conjugales-les-signes-qui-doivent-alerter/">les violences conjugales</a>&#8239;; les portes de sortie, elles, sont plus étroites.</p>
<p>La question de la stérilisation pèse sur cette histoire. La loi du 4 juillet 2001 l’a strictement encadrée pour les personnes majeures sous tutelle ou curatelle&nbsp;: elle n’est possible que s’il existe une contre-indication médicale absolue aux autres méthodes de contraception ou une impossibilité avérée de les mettre en œuvre, après décision du juge des tutelles et avis d’un comité d’experts. Le texte est venu poser des limites à une pratique qui avait donné lieu à des abus.</p>
<h2 id="emploi-deux-plafonds-au-lieu-d-un">Emploi&nbsp;: deux plafonds au lieu d’un</h2>
<p>Depuis 1987, les entreprises d’au moins vingt salariés doivent employer 6&nbsp;% de travailleurs handicapés, ou s’acquitter d’une contribution. L’obligation a fait progresser l’emploi, sans abolir les inégalités. Les femmes handicapées cumulent les obstacles réservés aux femmes, temps partiel, métiers moins payés, carrières interrompues, et ceux réservés aux personnes handicapées, préjugés à l’embauche, postes non aménagés, fatigabilité ignorée.</p>
<p>La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, la RQTH, ouvre des droits souvent méconnus&nbsp;: aménagement du poste et des horaires, accompagnement par Cap emploi, aides de l’Agefiph dans le privé et du FIPHFP dans la fonction publique. La demander n’oblige pas à en informer son employeur.</p>
<h2 id="maternite-le-droit-d-etre-mere-encore-conteste">Maternité&nbsp;: le droit d’être mère, encore contesté</h2>
<p>La Convention des Nations unies le dit explicitement, dans son article 23&nbsp;: les personnes handicapées ont le droit de fonder une famille et de conserver leur fertilité, sur la base de l’égalité avec les autres. Dans les faits, une femme handicapée enceinte entend encore trop souvent des questions qu’on ne poserait à personne d’autre. Comment allez-vous faire&#8239;? Y avez-vous bien réfléchi&#8239;? Avec, chez certaines, la crainte qu’on leur retire leur enfant.</p>
<p>Les aides existent pourtant. Depuis le 1<sup>er</sup> janvier 2021, la prestation de compensation du handicap comprend un volet parentalité, qui finance de l’aide humaine et du matériel adapté jusqu’aux sept ans de l’enfant&nbsp;: table à langer à hauteur de fauteuil, berceau à ouverture latérale, poussette adaptée. La demande se fait auprès de la maison départementale des personnes handicapées. À Paris, le SAPPH, service d’accompagnement à la parentalité des personnes handicapées, accompagne les futurs parents de la grossesse aux premières années de l’enfant.</p>
<h2 id="vie-affective-et-sexuelle-etre-regardee-comme-une-femme">Vie affective et sexuelle&nbsp;: être regardée comme une femme</h2>
<p>Reste le plus intime. En établissement, l’intimité est souvent un luxe&nbsp;: chambres partagées, portes qui s’ouvrent sans qu’on frappe, couples séparés le soir. Le débat public s’est beaucoup concentré sur l’assistance sexuelle, sur laquelle le Comité consultatif national d’éthique a rendu un avis défavorable en 2012, et qui se heurte en France à la législation sur la prostitution. Pour beaucoup de femmes handicapées, la question se pose autrement, et plus tôt&nbsp;: être reconnues comme des femmes qui désirent et que l’on peut désirer, ce que le regard des autres leur refuse souvent.</p>
<p>Le mouvement des personnes handicapées a un mot d’ordre&nbsp;: «&nbsp;Rien sur nous sans nous.&nbsp;» Il vaut pour le féminisme aussi. Les femmes handicapées n’attendent pas qu’on parle à leur place&#8239;; elles demandent qu’on leur fasse de la place, aux tribunes, dans les cortèges, et dans les cabinets de gynécologie.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Ressources utiles</p><ul>
<li>3919&nbsp;: Violences Femmes Info, gratuit, anonyme, 24 h/24 et 7 j/7.</li>
<li>114&nbsp;: numéro d’urgence par SMS, conçu pour les personnes sourdes et malentendantes et pour celles qui ne peuvent pas parler.</li>
<li>3977&nbsp;: contre les maltraitances envers les personnes âgées et les adultes handicapés.</li>
<li>Femmes pour le dire, femmes pour agir (FDFA)&nbsp;: association de femmes handicapées, qui propose une écoute dédiée aux violences.</li>
<li>Défenseur des droits, pour un refus de soins ou une discrimination&nbsp;: antidiscriminations.fr ou le 39 28.</li>
<li>MDPH de votre département&nbsp;: PCH parentalité, RQTH, aménagements.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/femmes-handicapees-les-oubliees-du-feminisme/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>L’amitié entre femmes après quarante ans : la perdre, la retrouver</title><link>https://carnetdebal.fr/psycho/l-amitie-entre-femmes-apres-quarante-ans/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/psycho/l-amitie-entre-femmes-apres-quarante-ans/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 11:43:00 GMT</pubDate><dc:creator>Chloé Schulmann</dc:creator><category>Psycho</category><description>Les amies de vingt ans se sont dispersées, celles du travail ne sont pas tout à fait des amies, et l’on n’ose plus proposer un café à une inconnue. L’amitié entre femmes après quarante ans obéit à des règles que la recherche commence à bien connaître. La première : il faut du temps.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/l-amitie-entre-femmes-apres-quarante-ans/1200.jpg" alt="Deux femmes âgées aux cheveux gris s’étreignent en riant ; l’une, de dos, entoure de son bras les épaules de l’autre, qui porte des lunettes."></p><p>Faites l’exercice un soir. Combien d’amies pourriez-vous appeler à 2 heures du matin, sans vous excuser, pour dire que ça ne va pas&#8239;? Beaucoup de femmes passé quarante ans comptent sur les doigts d’une main, et parfois s’arrêtent avant le pouce. Ce n’est pas faute d’avoir été entourées. À vingt ans, il y avait la bande du lycée, les colocataires, les copines de fac, les demoiselles d’honneur. Puis, sans dispute ni drame, la plupart se sont éloignées.</p>
<p>Cette érosion est banale. Elle n’en est pas moins douloureuse, et l’on en parle peu&nbsp;: la fin d’une amitié n’a ni rituel ni faire-part. Elle n’a rien d’une fatalité non plus.</p>
<h2 id="pourquoi-les-amities-s-effilochent-entre-trente-et-cinquante">Pourquoi les amitiés s’effilochent entre trente et cinquante ans</h2>
<p>Les sociologues de l’amitié, parmi lesquels l’Américaine Rebecca G. Adams, décrivent trois conditions qui favorisent la naissance d’un lien amical&nbsp;: la proximité physique, des rencontres répétées qui n’ont pas besoin d’être organisées, et un cadre où l’on se laisse aller aux confidences. Le lycée, l’université, les premiers emplois réunissent les trois sans effort. On se croise tous les jours, on n’a pas besoin de «&nbsp;se fixer un créneau&nbsp;», et les soirées finissent tard.</p>
<p>Vers trente ans, ces conditions disparaissent une à une. Les carrières dispersent, les déménagements éloignent, les enfants mangent les soirées, les couples imposent leurs propres cercles. Plus tard viennent les divorces, qui coupent parfois les amitiés en deux camps, et le soin des parents vieillissants, qui dévore ce qui restait de temps libre. Personne n’a décidé de s’éloigner. Chacune a simplement cessé de croiser l’autre.</p>
<p>Le psychologue britannique Robin Dunbar, connu pour avoir estimé à environ cent cinquante le nombre de relations sociales stables qu’un être humain peut entretenir, insiste dans son livre <em>Friends</em> (2021) sur un point peu romantique&nbsp;: l’amitié a besoin d’entretien. Sans contact, la proximité affective décline, et plus vite qu’on ne le croit. Le plus souvent, une amitié s’éteint d’inanition, sans la moindre dispute.</p>
<p>Il y a pourtant une autre lecture, plus douce. La psychologue Laura Carstensen, à Stanford, a montré avec sa théorie de la sélectivité socio-émotionnelle qu’en prenant de l’âge, nous resserrons volontairement notre cercle sur les liens qui comptent. Les réseaux rétrécissent, mais la satisfaction qu’on en tire tend à augmenter. Une partie de ce que l’on vit comme une perte relève donc d’un tri.</p>
<h2 id="ce-que-l-amitie-fait-au-corps">Ce que l’amitié fait au corps</h2>
<p>On aurait tort de ranger l’amitié parmi les agréments facultatifs de l’existence. En 2010, la psychologue Julianne Holt-Lunstad a publié dans <em>PLoS Medicine</em> une méta-analyse portant sur 148 études&nbsp;: les personnes disposant de liens sociaux solides avaient environ 50&nbsp;% de chances de survie en plus, sur la durée des études, que celles qui en manquaient.</p>
<p>Les femmes semblent, en outre, puiser dans ces liens une ressource particulière face au stress. En 2000, Shelley Taylor et ses collègues de l’université de Californie à Los Angeles ont proposé, à côté du célèbre réflexe «&nbsp;combattre ou fuir&nbsp;», un schéma qu’ils ont baptisé «&nbsp;prendre soin et se rapprocher&nbsp;»&nbsp;: sous pression, les femmes chercheraient davantage à protéger les leurs et à se tourner vers d’autres. L’hypothèse reste discutée. Elle a le mérite de rappeler que, pour beaucoup d’entre nous, l’amie est aussi une stratégie de survie.</p>
<h2 id="la-question-du-temps-deux-cents-heures-pour-une-amie-proche">La question du temps&nbsp;: deux cents heures pour une amie proche</h2>
<p>Combien de temps faut-il pour se faire une amie&#8239;? Le chercheur Jeffrey Hall, de l’université du Kansas, a tenté de répondre en 2018 dans le <em>Journal of Social and Personal Relationships</em>. Ses estimations&nbsp;: une cinquantaine d’heures passées ensemble pour passer de la connaissance à la camarade, environ quatre-vingt-dix pour devenir amies, et plus de deux cents pour une amitié proche.</p>
<p>Deux cents heures. Le chiffre décourage, puis il éclaire. Il explique pourquoi les apéritifs ponctuels ne mènent souvent nulle part, et pourquoi les amitiés d’adulte naissent si souvent d’activités répétées. Une chorale qui répète tous les mardis, un club de lecture mensuel, un cours de céramique sur l’année, une équipe de bénévoles du samedi matin&nbsp;: ces cadres reconstituent artificiellement les conditions du lycée. On se revoit sans avoir à le prévoir, et les heures s’accumulent.</p>
<blockquote>
<p>Une amitié se construit moins dans les grandes confidences que dans la répétition des petits rendez-vous.</p>
</blockquote>
<p>Reste à oser le premier pas, ce que l’on fait de moins en moins avec l’âge. Deux études devraient vous y aider. En 2018, Erica Boothby et ses collègues ont montré dans <em>Psychological Science</em> qu’après une conversation avec un inconnu, nous sous-estimons systématiquement combien l’autre nous a appréciés. En 2022, une équipe menée par Peggy Liu a observé que nous sous-estimons aussi le plaisir que procure un simple message envoyé à quelqu’un que l’on a perdu de vue. La proposition de café que vous n’osez pas faire sera probablement mieux reçue que vous ne l’imaginez.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Où rencontrer de nouvelles amies</p><ul>
<li>Les activités hebdomadaires&nbsp;: chorale, théâtre amateur, cours du soir, atelier d’écriture.</li>
<li>Le bénévolat régulier, dans une association de quartier, une épicerie solidaire, une bibliothèque.</li>
<li>Les clubs de randonnée et de marche, nombreux et ouverts à tous les niveaux.</li>
<li>Les universités du temps libre et universités inter-âges, pour celles qui ont du temps en journée.</li>
<li>Les jardins partagés, où l’on se croise sans rendez-vous.</li>
<li>Le club de lecture de la médiathèque, souvent gratuit.</li>
</ul>
</blockquote>
<h2 id="garder-celles-qu-on-a">Garder celles qu’on a</h2>
<p>Les amitiés anciennes ont un avantage que rien ne remplace&nbsp;: elles connaissent votre histoire. Les entretenir demande peu, à condition que ce peu soit régulier. Un rendez-vous fixe, le premier jeudi du mois, résiste mieux à l’agenda qu’un «&nbsp;on se fait un dîner bientôt&nbsp;» qui ne se fait jamais. Un message vocal de deux minutes en marchant vaut mieux qu’une longue lettre remise à plus tard. Certaines bandes d’amies s’offrent un week-end par an, toujours à la même date&#8239;; il devient le point fixe autour duquel le reste s’organise.</p>
<p>Il faut aussi accepter les saisons. Une amie qui vient d’avoir un bébé, qui accompagne un parent malade ou qui traverse un divorce donnera moins pendant un temps. L’amitié qui dure tolère ces déséquilibres, à condition qu’ils ne deviennent pas permanents.</p>
<p>Montaigne, dans le chapitre «&nbsp;De l’amitié&nbsp;» de ses <em>Essais</em>, résumait son lien avec La Boétie d’une formule restée célèbre&nbsp;: «&nbsp;Parce que c’était lui, parce que c’était moi.&nbsp;» Les grandes amitiés féminines ont leurs équivalents. Simone de Beauvoir a consacré à son amie d’enfance Zaza des pages bouleversantes des <em>Mémoires d’une jeune fille rangée</em> (1958). On n’a pas besoin d’une telle intensité pour qu’un lien compte, mais il est bon de se souvenir que l’amitié entre femmes a sa littérature.</p>
<h2 id="quand-une-amitie-s-eteint">Quand une amitié s’éteint</h2>
<p>Toutes ne se sauvent pas, et toutes ne méritent pas de l’être. Une amitié où l’on sort systématiquement plus fatiguée qu’en arrivant, où l’on est jugée, ou dont l’autre ne se souvient qu’en cas de besoin, peut se laisser aller. Le deuil n’en est pas moins réel, et il est légitime de le vivre comme tel.</p>
<p>Si la solitude, elle, devient pesante au point d’assombrir les journées, il ne faut pas rester seule avec elle. Les associations d’écoute comme SOS Amitié répondent jour et nuit. Et si apparaissent des idées noires, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est gratuit et joignable à toute heure. L’hiver accentue d’ailleurs ces moments de creux&nbsp;: nous en parlons dans notre article sur <a href="https://carnetdebal.fr/psycho/blues-de-novembre-pourquoi-le-changement-d-heure-nous-pese/">le blues de novembre</a>.</p>
<p>Pour les autres, il reste la bonne nouvelle de cette histoire. On peut se faire une amie proche à cinquante, soixante-dix ou quatre-vingt-dix ans. Il faut seulement lui donner ce que l’on donnait sans compter à vingt ans&nbsp;: des heures.</p>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/l-amitie-entre-femmes-apres-quarante-ans/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Vitamine D en hiver : faut-il vraiment se supplémenter ?</title><link>https://carnetdebal.fr/sante/vitamine-d-en-hiver-faut-il-se-supplementer/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/sante/vitamine-d-en-hiver-faut-il-se-supplementer/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 11:31:00 GMT</pubDate><dc:creator>Dominique Petit</dc:creator><category>Santé</category><description>Dès que les jours raccourcissent, les ampoules et les gouttes de vitamine D reviennent dans les conversations. Elles sont utiles pour certaines, inutiles pour d’autres, et risquées à fortes doses sans avis médical. Ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas, et à qui s’adresser.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/vitamine-d-en-hiver-faut-il-se-supplementer/1200.jpg" alt="Un soleil bas d’hiver rayonne au ras d’une chaîne de montagnes, au-dessus d’une vallée et d’une prairie couvertes de neige."></p><p>Le changement d’heure est passé, la nuit tombe avant 18 heures, et les questions arrivent avec elle. Une collègue prend des gouttes depuis la rentrée, une amie a reçu une ampoule de son médecin, un rayon entier de la pharmacie promet tonus et défenses immunitaires. Faut-il s’y mettre aussi&#8239;?</p>
<p>La réponse honnête est&nbsp;: cela dépend de vous. La vitamine D est nécessaire à l’organisme&#8239;; en prendre en supplément ne l’est pas pour tout le monde. Et entre la carence réelle, le léger manque de fin d’hiver et les promesses commerciales, il y a de la place pour beaucoup de confusion.</p>
<h2 id="une-vitamine-que-la-peau-fabrique">Une vitamine que la peau fabrique</h2>
<p>La vitamine D a une particularité&nbsp;: nous la produisons nous-mêmes. Sous l’effet des rayons ultraviolets B du soleil, la peau fabrique une forme de vitamine D, que le foie puis les reins transforment ensuite en forme active. Son rôle principal est connu de longue date&nbsp;: elle permet à l’intestin d’absorber le calcium et le phosphore, qui assurent la solidité des os. Elle intervient aussi dans le fonctionnement des muscles.</p>
<p>Une carence profonde et prolongée a des conséquences sérieuses&nbsp;: rachitisme chez l’enfant, ostéomalacie (un ramollissement des os) chez l’adulte. Chez la personne âgée, un manque de vitamine D contribue à la fragilité osseuse et musculaire, donc au risque de chute et de fracture. Ces situations sont devenues rares chez l’enfant en France grâce à la supplémentation systématique, mais elles n’ont pas disparu.</p>
<p>La vitamine D se stocke dans les tissus graisseux. Les réserves constituées pendant les beaux jours aident à passer une partie de l’hiver, sans toujours suffire jusqu’au printemps.</p>
<h2 id="pourquoi-l-hiver-change-la-donne">Pourquoi l’hiver change la donne</h2>
<p>En France, de la fin de l’automne au début du printemps, le soleil reste trop bas dans le ciel&nbsp;: les rayons UVB qui atteignent le sol sont trop faibles pour une production significative de vitamine D par la peau. S’y ajoutent les manteaux, les écharpes, les journées passées à l’intérieur.</p>
<p>D’autres facteurs réduisent la synthèse toute l’année. Avec l’âge, la peau en fabrique moins. Une peau foncée, plus riche en mélanine, en produit moins à exposition égale. Les vêtements couvrants et les crèmes solaires filtrent les UVB. Rien de tout cela ne doit faire renoncer à se protéger du soleil en été&nbsp;: le risque de cancer de la peau est bien réel, et il n’est pas nécessaire de bronzer pour fabriquer de la vitamine D. Une exposition courte et régulière du visage et des bras, en dehors des heures les plus chaudes, contribue à la production estivale.</p>
<h2 id="les-aliments-riches-en-vitamine-d-utiles-mais-rarement-suffi">Les aliments riches en vitamine D, utiles mais rarement suffisants</h2>
<p>Peu d’aliments en contiennent des quantités notables. En tête viennent les poissons gras&nbsp;: sardine, maquereau, hareng, saumon, truite. L’huile de foie de morue en est très riche. Le jaune d’œuf, certains champignons et des produits laitiers ou végétaux enrichis en apportent aussi. Deux portions de poisson par semaine, dont une de poisson gras, figurent d’ailleurs parmi les repères de Santé publique France pour une alimentation équilibrée.</p>
<p>C’est une bonne base, mais l’alimentation seule a du mal à couvrir les besoins quand la peau ne fabrique presque plus rien. D’où la question de la supplémentation.</p>
<blockquote>
<p>La vitamine D est nécessaire à l’organisme&#8239;; en prendre en supplément ne l’est pas pour tout le monde.</p>
</blockquote>
<h2 id="qui-est-concerne-par-la-supplementation">Qui est concerné par la supplémentation&#8239;?</h2>
<p>Certaines situations justifient une supplémentation, en général prescrite par un médecin.</p>
<p>Les enfants et les adolescents, d’abord&nbsp;: en France, les pédiatres recommandent une supplémentation en vitamine D de la naissance à la fin de l’adolescence, selon des modalités adaptées à l’âge. La grossesse ensuite, au cours de laquelle une supplémentation est habituellement proposée. Les personnes âgées, surtout celles qui sortent peu, vivent en établissement, ont déjà chuté ou souffrent d’ostéoporose. Les personnes à la peau foncée vivant sous nos latitudes, et celles dont le corps reste couvert à l’extérieur.</p>
<p>S’y ajoutent des situations médicales&nbsp;: obésité, chirurgie de l’obésité, maladies digestives qui gênent l’absorption des graisses comme la maladie cœliaque ou la maladie de Crohn, insuffisance rénale, certains traitements au long cours, dont les corticoïdes et quelques antiépileptiques. La ménopause, avec l’accélération de la perte osseuse qu’elle entraîne, est aussi un moment pour faire le point sur ses os, comme nous l’expliquons dans notre article sur <a href="https://carnetdebal.fr/sante/menopause-les-symptomes-qu-on-ne-vous-annonce-pas/">les symptômes méconnus de la ménopause</a>.</p>
<p>Pour une adulte en bonne santé, qui mange varié et sort régulièrement, la supplémentation n’est pas systématique. Elle peut se discuter avec le médecin, en fonction du mode de vie.</p>
<h2 id="faut-il-faire-une-prise-de-sang">Faut-il faire une prise de sang&#8239;?</h2>
<p>Souvent, non. En 2013, la Haute Autorité de santé a estimé que le dosage sanguin de la vitamine D n’était pas utile dans la population générale, et qu’il ne devait être pris en charge que dans des situations précises, comme une suspicion de rachitisme ou d’ostéomalacie, le suivi de certaines chirurgies de l’obésité, ou des chutes répétées chez une personne âgée. Pour les personnes à risque de carence, le médecin peut prescrire une supplémentation sans dosage préalable. Si une prise de sang vous est proposée sans raison claire, n’hésitez pas à demander à quoi elle servira.</p>
<h2 id="ce-que-la-vitamine-d-ne-fait-pas">Ce que la vitamine D ne fait pas</h2>
<p>La vitamine D a fait l’objet d’espoirs considérables&nbsp;: prévenir les cancers, les maladies du cœur, les infections, la dépression. Les grands essais ont tempéré cet enthousiasme. L’essai américain VITAL, mené sur plus de 25 000 adultes et publié dans le New England Journal of Medicine, n’a pas montré qu’une supplémentation réduisait la survenue de cancers ou d’accidents cardiovasculaires dans la population générale. Les espoirs placés en elle contre le Covid-19 n’ont pas été confirmés par les essais menés depuis.</p>
<p>Elle n’est pas non plus un remède contre la fatigue de l’hiver ou le moral en berne. Si vous êtes épuisée, d’autres causes méritent d’être recherchées, comme un manque de fer, un trouble de la thyroïde ou un <a href="https://carnetdebal.fr/sante/sommeil-des-femmes-pourquoi-nous-dormons-moins-bien/">sommeil de mauvaise qualité</a>. Et si la grisaille vous pèse, la lumière du matin et, parfois, la luminothérapie ont davantage fait leurs preuves, comme le détaille notre article sur <a href="https://carnetdebal.fr/psycho/blues-de-novembre-pourquoi-le-changement-d-heure-nous-pese/">le blues de novembre</a>.</p>
<h2 id="le-piege-du-plus-c-est-mieux">Le piège du «&nbsp;plus, c’est mieux&nbsp;»</h2>
<p>La vitamine D est une vitamine liposoluble&nbsp;: elle s’accumule dans l’organisme au lieu de s’éliminer facilement. Prise en excès, elle peut entraîner une hypercalcémie, c’est-à-dire trop de calcium dans le sang, avec nausées, vomissements, soif intense, fatigue et, dans les cas graves, atteinte des reins et troubles du rythme cardiaque. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a plusieurs fois alerté sur des surdosages chez des nourrissons, liés notamment à des compléments alimentaires mal dosés ou à des prises cumulées.</p>
<p>Quelques règles de prudence s’imposent donc. Ne prenez pas de fortes doses de votre propre initiative, même si une amie vous assure qu’elles lui ont fait du bien. Ne cumulez pas plusieurs produits qui en contiennent&nbsp;: un complément «&nbsp;multivitamines&nbsp;», un autre «&nbsp;spécial os&nbsp;», des gouttes, une ampoule prescrite. Pour les enfants, préférez les médicaments prescrits aux compléments alimentaires, dont la teneur est moins contrôlée. Et signalez toujours au médecin ou au pharmacien ce que vous prenez déjà.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">À retenir</p><ul>
<li>En hiver, sous nos latitudes, la peau ne fabrique presque plus de vitamine D&nbsp;: les réserves de l’été et l’alimentation prennent le relais.</li>
<li>Poissons gras, jaune d’œuf et produits enrichis en apportent, sans toujours suffire.</li>
<li>Enfants, femmes enceintes, personnes âgées, peaux foncées et certaines maladies justifient souvent une supplémentation, prescrite par un médecin ou une sage-femme.</li>
<li>Le dosage sanguin n’est pas utile pour tout le monde.</li>
<li>Pas de fortes doses sans avis médical, et pas de cumul de produits. Votre pharmacien peut vérifier ce que vous prenez.</li>
<li>En cas d’ingestion accidentelle d’une grande quantité, notamment par un enfant, appelez un centre antipoison ou le 15.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/vitamine-d-en-hiver-faut-il-se-supplementer/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Le goûter, cette institution française qu’il faut continuer à défendre</title><link>https://carnetdebal.fr/famille/le-gouter-cette-institution-francaise/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/famille/le-gouter-cette-institution-francaise/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 10:56:00 GMT</pubDate><dc:creator>Clotilde de Portzamparc</dc:creator><category>Famille</category><description>À 16 h 30, devant toutes les écoles de France, se joue le même petit rituel. Le goûter a son histoire, ses tableaux et sa madeleine, mais c’est aussi un vrai repas pour les enfants. Ce qu’il doit contenir, ce qu’il vaut mieux éviter, et trois goûters maison.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/le-gouter-cette-institution-francaise/1200.jpg" alt="Une assiette de madeleines dorées, légèrement sucrées, sur une nappe rose, avec une tasse de thé blanche à liseré vert en arrière-plan."></p><p>Devant l’école, à 16 h 30, il y a deux catégories de parents&nbsp;: ceux qui ont pensé au goûter et ceux qui vont devoir négocier jusqu’à la boulangerie. J’ai appartenu aux deux, souvent dans la même semaine. Avec quatre enfants, on apprend vite que la sortie de classe sans rien dans le sac est une épreuve pour toute la famille.</p>
<p>Dans mon enfance finistérienne, le goûter était une tartine de pain de campagne, du beurre salé et un carré de chocolat noir posé dessus, qu’on mangeait en marchant. Au manoir, les adultes prenaient le thé à cinq heures, avec des tasses qui tintaient. Les enfants avaient droit aux mêmes gâteaux, à condition de ne pas courir avec. C’était déjà, sans que personne ne le dise, une leçon de savoir-vivre.</p>
<h2 id="une-heure-qui-a-son-histoire">Une heure qui a son histoire</h2>
<p>On disait autrefois «&nbsp;le quatre-heures&nbsp;», et le mot dit bien ce qu’il veut dire&nbsp;: une pause au milieu de l’après-midi, entre un déjeuner pris tôt et un dîner servi tard. Pendant des générations, le goûter des enfants français a eu une forme presque immuable&nbsp;: du pain et du chocolat, parfois une pomme, un verre de lait.</p>
<p>Il a aussi ses lettres de noblesse. En 1913, dans <em>Du côté de chez Swann</em>, Marcel Proust fait naître toute la <em>Recherche</em> d’une madeleine trempée dans une tasse de thé, offerte par sa mère un jour d’hiver où il rentrait transi. Le goût réveille le souvenir des dimanches matin à Combray, quand sa tante Léonie lui donnait un morceau de madeleine trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La plus célèbre page de la littérature française sur la mémoire est donc une affaire de goûter.</p>
<p>La peinture n’est pas en reste. En 1911, Jean Metzinger expose au Salon d’automne <em>Le Goûter</em>, une jeune femme nue qui tient une tasse de thé, découpée en facettes. Le critique André Salmon la surnomma «&nbsp;la Joconde du cubisme&nbsp;». On peut aller la voir au musée d’art de Philadelphie, et se demander ce qu’il y a dans la tasse.</p>
<h2 id="pour-les-enfants-un-vrai-repas">Pour les enfants, un vrai repas</h2>
<p>Pour un adulte, le goûter est un plaisir facultatif. Pour un enfant, c’est un repas. Le Programme national nutrition santé, à travers le site Manger Bouger, recommande quatre repas par jour pour les enfants et les adolescents&nbsp;: petit-déjeuner, déjeuner, goûter et dîner. Entre la cantine de midi et le dîner de 19 h 30, il s’écoule plus de sept heures. Un estomac de sept ans ne tient pas ce délai sans fringale, ni sans grignotage.</p>
<blockquote>
<p>Le goûter est le seul repas que les enfants attendent sans qu’on ait besoin de les appeler.</p>
</blockquote>
<p>C’est d’ailleurs la différence à retenir&nbsp;: le goûter n’est pas un grignotage. Il a lieu à heure à peu près fixe, assis si possible, et il s’arrête. Il ne remplace pas le dîner et ne s’étire pas jusqu’à lui.</p>
<p>Les recommandations de Manger Bouger en donnent la composition idéale&nbsp;: un produit céréalier (du pain, de préférence), un produit laitier, un fruit, et de l’eau pour boire. Un morceau de baguette, un yaourt et une clémentine font un goûter parfait. Un carré de chocolat sur le pain ne gâche rien&#8239;; c’est la répétition quotidienne des biscuits industriels, des barres chocolatées et des boissons sucrées qui pose problème, pas le plaisir.</p>
<p>Le goûter du matin, lui, a perdu la partie. Depuis le milieu des années 2000, les autorités sanitaires déconseillent la collation de 10 heures à l’école, qui coupait l’appétit pour le déjeuner sans compenser un petit-déjeuner absent. Mieux vaut un vrai petit-déjeuner à la maison et un vrai goûter l’après-midi.</p>
<h2 id="les-adolescents-et-les-grandes-personnes">Les adolescents, et les grandes personnes</h2>
<p>On l’oublie&nbsp;: c’est à l’adolescence, quand ils grandissent de plusieurs centimètres par an, que les enfants ont le plus faim l’après-midi. Le goûter d’un garçon de quinze ans qui rentre du sport peut ressembler à un second déjeuner, et c’est normal. Laisser dans la cuisine du pain, du fromage, des fruits et des œufs à cuire évite qu’il se rabatte sur ce qui croustille dans les placards.</p>
<p>Quant aux adultes, nul besoin de s’interdire le thé de cinq heures. Ceux qui dînent tard y trouvent un équilibre&#8239;; les personnes âgées, dont l’appétit diminue souvent, y gagnent un repas de plus, plus léger que les autres. Mes amies de chorale ne conçoivent pas une répétition sans une boîte de sablés au fond du sac. Je ne les ai jamais contredites.</p>
<h2 id="trois-gouters-maison-sans-chichis">Trois goûters maison, sans chichis</h2>
<p>Le goûter fait maison n’a pas besoin d’être spectaculaire. Ce qui compte, c’est qu’il tienne au corps et qu’on puisse le préparer un dimanche pour la semaine.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">La tartine qui a nourri des générations</p><ul>
<li>Préparation&nbsp;: 5 minutes, sans cuisson.</li>
<li>1 belle tranche de pain de campagne ou un quart de baguette</li>
<li>10 g de beurre, demi-sel si l’on est breton</li>
<li>1 ou 2 carrés de chocolat noir</li>
<li>Variante&nbsp;: du fromage blanc et un filet de miel, ou des lamelles de pomme sur une fine couche de beurre de cacahuète</li>
</ul>
</blockquote>
<p>La tartine est le goûter le plus économique qui soit, et l’un des plus équilibrés&nbsp;: du pain pour tenir, un peu de gras et de sucre pour le plaisir. Ajoutez un verre de lait ou un yaourt, et un fruit, et le compte y est.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Le gâteau au yaourt (8 parts)</p><ul>
<li>Préparation&nbsp;: 10 minutes. Cuisson&nbsp;: 35 minutes à 180 °C.</li>
<li>1 pot de yaourt nature (125 g), qui sert ensuite de mesure</li>
<li>3 œufs</li>
<li>2 pots de sucre (un et demi suffit très bien)</li>
<li>3 pots de farine</li>
<li>½ pot d’huile neutre (tournesol ou colza)</li>
<li>1 sachet de levure chimique (11 g)</li>
<li>1 pincée de sel, éventuellement le zeste d’un citron</li>
</ul>
</blockquote>
<p>C’est le premier gâteau que réussissent les enfants, parce qu’on mesure tout avec le pot vide. Mélangez le yaourt et les œufs, ajoutez le sucre, puis la farine, la levure et le sel, enfin l’huile. Versez dans un moule beurré de 22 à 24 cm et enfournez. La lame d’un couteau doit ressortir sèche. Il se garde trois jours sous un torchon, et se tranche pour le goûter de l’école.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">La compote pommes-poires (6 portions)</p><ul>
<li>Préparation&nbsp;: 15 minutes. Cuisson&nbsp;: 20 minutes.</li>
<li>4 pommes (de préférence des reinettes, des boskoops ou des golden)</li>
<li>2 poires bien mûres</li>
<li>5 cl d’eau</li>
<li>1 cuillerée à soupe de jus de citron</li>
<li>1 bâton de cannelle ou une gousse de vanille fendue, au choix</li>
</ul>
</blockquote>
<p>Épluchez les fruits, coupez-les en morceaux, mettez-les dans une casserole avec l’eau, le citron et l’épice. Couvrez et laissez cuire à feu doux en remuant de temps en temps. Écrasez à la fourchette pour une compote rustique, ou mixez. Les poires apportent assez de douceur pour se passer de sucre. Elle se garde quatre jours au réfrigérateur, en bocal bien fermé.</p>
<h2 id="le-gouter-une-affaire-de-temps">Le goûter, une affaire de temps</h2>
<p>Au fond, ce que les enfants retiennent du goûter, c’est moins ce qu’ils ont mangé que le moment&nbsp;: le sac qu’on ouvre sur un banc, ou la cuisine où l’on raconte sa journée pendant que la grand-mère sort les madeleines. C’est souvent la seule demi-heure de la journée où un enfant parle de lui sans qu’on lui pose de questions.</p>
<p>Ma petite-fille, qui a quatre ans, réclame le jeudi «&nbsp;le goûter de Mamie&nbsp;», c’est-à-dire la tartine au beurre salé et au chocolat. J’en conclus que la tradition se porte bien. Et si l’envie vous prend d’un goûter salé par un soir de novembre, nos <a href="https://carnetdebal.fr/art-de-vivre/soupes-d-automne-cinq-recettes-de-grand-mere/">soupes d’automne</a> font aussi très bien l’affaire.</p>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/le-gouter-cette-institution-francaise/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Parfum : comprendre les familles olfactives pour enfin choisir</title><link>https://carnetdebal.fr/beaute/parfum-comprendre-les-familles-olfactives-pour-enfin-choisir/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/beaute/parfum-comprendre-les-familles-olfactives-pour-enfin-choisir/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 10:56:00 GMT</pubDate><dc:creator>Laura Thomas</dc:creator><category>Beauté</category><description>Devant un mur de flacons, on finit souvent par choisir au hasard, ou par racheter le même parfum depuis vingt ans. Les sept familles olfactives des parfumeurs offrent une carte simple pour s’orienter. Leur histoire, leurs grands classiques et la méthode pour essayer sans saturer son nez.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/parfum-comprendre-les-familles-olfactives-pour-enfin-choisir/1200.jpg" alt="Deux mains entourent délicatement un bouquet de lavande en fleurs, les épis mauves se détachant sur un fond sombre."></p><p>Dans une parfumerie, le nez se fatigue en dix minutes. Au troisième flacon, tout sent pareil&#8239;; au cinquième, on ne sent plus rien. On repart avec celui que la vendeuse a vaporisé en dernier, ou l’on rachète, rassurée, le parfum qu’on porte depuis ses vingt ans.</p>
<p>Il existe pourtant une carte. Les parfumeurs rangent les parfums en grandes familles, comme les œnologues classent les vins. La connaître ne fait pas de vous une experte, mais elle permet de nommer ce que l’on aime et de demander enfin la bonne chose au comptoir.</p>
<h2 id="une-classification-nee-chez-les-parfumeurs">Une classification née chez les parfumeurs</h2>
<p>La Société française des parfumeurs a établi une classification, révisée à plusieurs reprises depuis les années 1980, qui distingue sept grandes familles&nbsp;: les hespéridés, les floraux, les fougères, les chyprés, les boisés, les ambrés et les cuirs. Chacune se subdivise ensuite en nuances&nbsp;: un floral peut être fruité ou poudré&#8239;; un boisé peut être épicé ou aromatique.</p>
<p>Un parfum se lit aussi dans le temps. Les notes de tête, les plus volatiles, se sentent dans les premières minutes. Les notes de cœur prennent le relais pendant quelques heures. Les notes de fond, plus lourdes, restent sur la peau jusqu’au lendemain. C’est pourquoi un parfum ne se juge jamais sur sa première bouffée.</p>
<h2 id="hesperides-et-floraux-l-eclat-et-le-bouquet">Hespéridés et floraux&nbsp;: l’éclat et le bouquet</h2>
<p><strong>Les hespéridés</strong> tirent leur nom du jardin des Hespérides, où la mythologie grecque plaçait des pommes d’or que l’on a plus tard rapprochées des agrumes. Bergamote, citron, orange, mandarine, pamplemousse&nbsp;: ce sont les parfums de la fraîcheur, souvent légers et peu tenaces. Leur ancêtre est l’eau de Cologne, que Jean-Marie Farina, un parfumeur italien installé dans cette ville, rendit célèbre au début du XVIII<sup>e</sup> siècle.</p>
<p><strong>Les floraux</strong> forment la famille la plus vaste. Rose, jasmin, tubéreuse, iris, muguet, fleur d’oranger&nbsp;: un floral peut être construit autour d’une seule fleur ou d’un bouquet. Le pays de Grasse, où l’on cultive encore la rose centifolia et le jasmin, en est le berceau français&#8239;; ses savoir-faire liés au parfum ont été inscrits en 2018 au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.</p>
<p>Deux classiques, pour comprendre. Le N°5 de Chanel, composé par Ernest Beaux en 1921, est un floral aldéhydé&nbsp;: ses aldéhydes, des molécules de synthèse, donnent une impression pétillante et abstraite qui ne ressemble à aucune fleur précise. Diorissimo, créé par Edmond Roudnitska pour Dior en 1956, fait l’inverse&nbsp;: il recompose le muguet, une fleur dont on ne sait pas extraire le parfum.</p>
<blockquote>
<p>Le muguet de Diorissimo est une illusion&nbsp;: on ne sait pas extraire le parfum de cette fleur, il a fallu l’inventer.</p>
</blockquote>
<h2 id="fougeres-et-chypres-deux-accords-inventes">Fougères et chyprés&nbsp;: deux accords inventés</h2>
<p>Ces deux familles ont une particularité&nbsp;: elles ne sentent rien de réel.</p>
<p><strong>La fougère</strong> ne sent pas la fougère, plante quasi inodore. Le nom vient de Fougère Royale, créé par Paul Parquet pour Houbigant en 1882. Ce parfum associait la lavande, la mousse de chêne et la coumarine, une molécule à l’odeur de foin coupé synthétisée depuis peu. L’accord, frais et aromatique, a fait la fortune des parfums masculins, mais les femmes qui aiment la lavande s’y retrouvent souvent.</p>
<p><strong>Le chypre</strong> doit son nom à l’île de Chypre, et sa forme moderne à François Coty, qui lança Chypre en 1917. L’accord repose sur un contraste&nbsp;: la fraîcheur de la bergamote en tête, la profondeur de la mousse de chêne, du ciste et du patchouli en fond. Le résultat est sec, d’une élégance un peu sévère. Mitsouko, créé par Jacques Guerlain en 1919, en est l’un des plus célèbres descendants.</p>
<p>Les chyprés ont beaucoup changé. La mousse de chêne contient des substances allergisantes, et son usage est désormais strictement limité par les règles de l’IFRA, l’association internationale de l’industrie du parfum. Les grands chyprés d’autrefois ont été reformulés&nbsp;: si le parfum de votre mère ne sent plus tout à fait comme dans votre souvenir, ce n’est pas forcément votre mémoire.</p>
<h2 id="boises-ambres-cuirs-la-profondeur">Boisés, ambrés, cuirs&nbsp;: la profondeur</h2>
<p><strong>Les boisés</strong> s’appuient sur le santal, crémeux, le cèdre, sec comme un crayon taillé, le vétiver, terreux et fumé, ou le patchouli. Longtemps réservés aux hommes, ils ont été largement adoptés par les femmes, et ils tiennent bien sur la peau.</p>
<p><strong>Les ambrés</strong>, que l’on appelait aussi «&nbsp;orientaux&nbsp;», sont chauds et enveloppants&nbsp;: vanille, benjoin, labdanum, épices, résines. Attention au mot&nbsp;: l’«&nbsp;ambre&nbsp;» des parfumeurs est un accord, et non l’ambre gris, matière animale rare. Shalimar de Guerlain, lancé en 1925, reste la référence de la famille&#8239;; Opium, d’Yves Saint Laurent, en a donné en 1977 une version épicée et spectaculaire.</p>
<p><strong>Les cuirs</strong> cherchent à évoquer le cuir tanné, avec des notes fumées et goudronnées. Cuir de Russie de Chanel, dans les années 1920, puis Bandit de Robert Piguet, en 1944, ont marqué la famille. Bandit fut composé par Germaine Cellier, l’une des premières femmes à s’imposer dans ce métier alors presque entièrement masculin.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Les sept familles et un classique pour chacune</p><ul>
<li>Hespéridés&nbsp;: l’eau de Cologne et ses descendantes.</li>
<li>Floraux&nbsp;: N°5 de Chanel (1921), Diorissimo de Dior (1956).</li>
<li>Fougères&nbsp;: Fougère Royale d’Houbigant (1882).</li>
<li>Chyprés&nbsp;: Chypre de Coty (1917), Mitsouko de Guerlain (1919).</li>
<li>Boisés&nbsp;: les vétivers, les santals.</li>
<li>Ambrés&nbsp;: Shalimar de Guerlain (1925).</li>
<li>Cuirs&nbsp;: Bandit de Robert Piguet (1944).</li>
</ul>
</blockquote>
<h2 id="essayer-un-parfum-sans-saturer-son-nez">Essayer un parfum sans saturer son nez</h2>
<p>D’abord, sachez ce que vous aimez déjà. Prenez les deux ou trois parfums que vous avez le plus portés dans votre vie et cherchez leur famille&nbsp;: souvent, ils appartiennent à la même. C’est la phrase à dire en boutique&nbsp;: «&nbsp;J’aime les chyprés&nbsp;» ou «&nbsp;Je porte des floraux poudrés, je voudrais quelque chose de plus boisé&nbsp;».</p>
<p>Pour le premier tri, utilisez les mouillettes, ces languettes de papier. Pas plus de trois ou quatre à la fois&#8239;; notez le nom au crayon sur chacune. Entre deux essais, sentez la laine de votre manche ou le creux de votre coude&nbsp;: votre propre odeur neutralise mieux le nez que les grains de café posés sur les comptoirs, dont l’efficacité n’a jamais été démontrée.</p>
<p>Ne gardez qu’un ou deux parfums pour l’essai sur la peau, à l’intérieur du poignet ou du coude. Ne frottez pas les poignets l’un contre l’autre&nbsp;: la chaleur accélère l’évaporation des notes de tête. Puis partez. Un parfum se juge au bout d’une heure, et mieux encore le soir. Demandez un échantillon, portez-le une journée entière, chez vous, au travail. Sur votre peau, il ne sentira pas comme sur celle de votre amie.</p>
<h2 id="ou-sentir-les-grands-classiques">Où sentir les grands classiques</h2>
<p>À Versailles, l’Osmothèque, conservatoire international des parfums fondé en 1990, conserve des milliers de parfums, y compris des formules disparues reconstituées d’après les archives. Elle organise des conférences et des séances de découverte&nbsp;: renseignez-vous avant de vous déplacer. À Grasse, le Musée international de la parfumerie raconte l’histoire du parfum, de l’Antiquité à nos jours, et l’on peut visiter dans la région des champs de roses et de jasmin à la saison des récoltes.</p>
<p>Pour le quotidien, la parfumerie la plus proche suffit. Les grands classiques cités ici sont presque tous encore en vente, souvent dans leur version reformulée. Les sentir, l’un après l’autre, en suivant la carte des familles, est la meilleure école du nez qui soit. Et lorsque vous aurez trouvé le vôtre, conservez-le à l’abri de la lumière et de la chaleur, loin de la salle de bains&nbsp;: c’est là qu’un parfum vieillit le plus vite.</p>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/parfum-comprendre-les-familles-olfactives-pour-enfin-choisir/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Quinze films de femmes à voir ou revoir cet automne</title><link>https://carnetdebal.fr/culture/quinze-films-de-femmes-a-voir-ou-revoir-cet-automne/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/culture/quinze-films-de-femmes-a-voir-ou-revoir-cet-automne/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 10:47:00 GMT</pubDate><dc:creator>Sarah Duport</dc:creator><category>Culture</category><description>Quinze films, quinze réalisatrices, six décennies et dix pays. Pas un palmarès, pas une liste de rattrapage scolaire : des films qui nous ont tenues éveillées, choisis pour les longues soirées qui commencent. Chacun avec une raison précise de le voir.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/quinze-films-de-femmes-a-voir-ou-revoir-cet-automne/1200.jpg" alt="Photographie en noir et blanc d’une salle de cinéma vide en 1964 : rangées de fauteuils, balcons à arcades, colonne sculptée et rideau tiré devant l’écran."></p><p>Une précision d’abord&nbsp;: «&nbsp;film de femme&nbsp;» ne désigne pas un genre. Il n’y a rien de commun entre la cuisine de <em>Jeanne Dielman</em> et la légion étrangère de <em>Beau travail</em>, sinon que des femmes ont tenu la caméra. Cette liste n’a pas d’autre principe. Elle mélange les classiques et les récents, les films qui consolent et ceux qui dérangent, et elle laisse de côté Agnès Varda, à qui nous consacrons <a href="https://carnetdebal.fr/culture/agnes-varda-la-glaneuse-qui-filmait-les-femmes/">un portrait à part entière</a>. Ordre chronologique, pour voyager dans le temps.</p>
<h2 id="1-les-petites-marguerites-vera-chytilova-tchecoslovaquie-196">1. <em>Les Petites Marguerites</em>, Věra Chytilová (Tchécoslovaquie, 1966)</h2>
<p>Deux jeunes filles, toutes deux prénommées Marie, décident que puisque le monde est gâté, elles le seront aussi. Elles se font inviter à dîner par des messieurs mûrs, les plantent sur le quai de la gare, et finissent par saccager un banquet dans une scène d’anthologie. Couleurs qui changent d’un plan à l’autre, collages, ciseaux&nbsp;: c’est le film le plus insolent de cette liste. Le pouvoir de l’époque ne l’a guère goûté.</p>
<h2 id="2-wanda-barbara-loden-etats-unis-1970">2. <em>Wanda</em>, Barbara Loden (États-Unis, 1970)</h2>
<p>Le seul film réalisé par Barbara Loden, qui joue aussi le rôle-titre. Wanda quitte son mari et ses enfants sans un mot, erre dans les paysages de mines de charbon de Pennsylvanie, puis suit un petit escroc minable dans un braquage voué à l’échec. Tourné en 16 mm, avec une économie de moyens totale, c’est le portrait le plus juste qu’on ait vu d’une femme qui ne sait pas ce qu’elle veut, sinon ne plus être là où elle est.</p>
<h2 id="3-jeanne-dielman-23-quai-du-commerce-1080-bruxelles-chantal-">3. <em>Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles</em>, Chantal Akerman (Belgique, 1975)</h2>
<p>Trois heures vingt dans la vie d’une veuve qui fait le ménage, épluche les pommes de terre, prépare l’escalope, et reçoit chaque après-midi un client. Delphine Seyrig est immense. Akerman, qui avait à peine vingt-cinq ans, filme en plans fixes, en temps réel, et c’est précisément cette durée qui rend la fin si terrible. En 2022, les critiques interrogés par la revue britannique <em>Sight and Sound</em> l’ont désigné meilleur film de tous les temps. Préparez un thé. Ne regardez pas votre téléphone.</p>
<h2 id="4-diabolo-menthe-diane-kurys-france-1977">4. <em>Diabolo menthe</em>, Diane Kurys (France, 1977)</h2>
<p>Paris, 1963, deux sœurs au lycée, les premiers garçons, les profs injustes, les parents divorcés. Diane Kurys raconte son adolescence avec une précision de mémoire qui ne vieillit pas. Prix Louis-Delluc 1977. La chanson d’Yves Simon vous restera en tête, et vous ne vous en plaindrez pas.</p>
<blockquote>
<p>«&nbsp;Film de femme&nbsp;» ne désigne pas un genre&nbsp;: il n’y a rien de commun entre la cuisine de <em>Jeanne Dielman</em> et la légion étrangère de <em>Beau travail</em>.</p>
</blockquote>
<h2 id="5-daughters-of-the-dust-julie-dash-etats-unis-1991">5. <em>Daughters of the Dust</em>, Julie Dash (États-Unis, 1991)</h2>
<p>En 1902, sur une île au large de la Caroline du Sud, une famille gullah, descendante d’esclaves africains, se réunit une dernière fois avant que certains de ses membres ne partent vers le Nord. Robes blanches sur le sable, langues mêlées, mémoire des ancêtres. Le film de Julie Dash est le premier long métrage d’une Afro-Américaine distribué en salles aux États-Unis. Beyoncé lui a rendu hommage dans les images de <em>Lemonade</em>, en 2016.</p>
<h2 id="6-la-lecon-de-piano-jane-campion-nouvelle-zelande-1993">6. <em>La Leçon de piano</em>, Jane Campion (Nouvelle-Zélande, 1993)</h2>
<p>Ada, muette, débarque avec sa fille et son piano sur une plage de Nouvelle-Zélande pour épouser un colon qu’elle ne connaît pas. Holly Hunter, Harvey Keitel, Sam Neill, la musique de Michael Nyman, la boue, la pluie. En 1993, Jane Campion devient la première femme à recevoir la Palme d’or, partagée avec <em>Adieu ma concubine</em> de Chen Kaige. Le film de l’automne par excellence&nbsp;: humide, sensuel, inoubliable.</p>
<h2 id="7-beau-travail-claire-denis-france-1999">7. <em>Beau travail</em>, Claire Denis (France, 1999)</h2>
<p>À Djibouti, l’adjudant Galoup, joué par Denis Lavant, voit d’un mauvais œil l’arrivée d’une jeune recrue dans sa section de légionnaires. Claire Denis filme les corps des soldats comme des danseurs, sur la musique de Britten. Et puis il y a la dernière scène, où Lavant danse seul dans une boîte de nuit, sur <em>The Rhythm of the Night</em>&nbsp;: l’une des plus belles fins du cinéma français.</p>
<h2 id="8-la-cienaga-lucrecia-martel-argentine-2001">8. <em>La Ciénaga</em>, Lucrecia Martel (Argentine, 2001)</h2>
<p>Un été étouffant dans le nord-ouest de l’Argentine. Une famille bourgeoise s’abrutit au bord d’une piscine croupie, entre verres de vin et enfants livrés à eux-mêmes. On ne sait jamais d’où viendra le danger, et Martel ne le dit pas. Premier long métrage d’une cinéaste majeure, à voir pour comprendre comment on peut filmer la torpeur et la menace en même temps.</p>
<h2 id="9-lost-in-translation-sofia-coppola-etats-unis-2003">9. <em>Lost in Translation</em>, Sofia Coppola (États-Unis, 2003)</h2>
<p>Un acteur vieillissant et une jeune femme qui s’ennuie se croisent dans un grand hôtel de Tokyo. Rien ne se passe, ou presque, et pourtant tout. Bill Murray chante <em>More Than This</em> au karaoké, Scarlett Johansson regarde la ville depuis sa fenêtre. Oscar du meilleur scénario original. Le film parfait pour une nuit d’insomnie.</p>
<h2 id="10-une-vie-simple-ann-hui-hong-kong-2011">10. <em>Une vie simple</em>, Ann Hui (Hong Kong, 2011)</h2>
<p>Ah Tao a servi pendant soixante ans la même famille. Quand elle tombe malade, c’est le fils de la maison, devenu producteur de cinéma et joué par Andy Lau, qui prend soin d’elle. Un film sur la vieillesse, la maison de retraite, la dette affective, sans une once de pathos. Deanie Ip a reçu pour ce rôle le prix d’interprétation féminine à Venise.</p>
<h2 id="11-wadjda-haifaa-al-mansour-arabie-saoudite-2012">11. <em>Wadjda</em>, Haifaa al-Mansour (Arabie saoudite, 2012)</h2>
<p>À Riyad, une fillette veut un vélo vert pour faire la course avec son voisin. Une fille à vélo, cela ne se fait pas. Elle s’inscrit donc à un concours de récitation du Coran pour gagner l’argent. Premier long métrage tourné entièrement en Arabie saoudite, par une réalisatrice saoudienne qui a dû diriger certaines scènes depuis une camionnette. Drôle, vif, à voir en famille.</p>
<h2 id="12-atlantique-mati-diop-senegal-2019">12. <em>Atlantique</em>, Mati Diop (Sénégal, 2019)</h2>
<p>À Dakar, des ouvriers qui construisent une tour de luxe, impayés depuis des mois, partent en pirogue vers l’Europe. Parmi eux, l’amoureux d’Ada, promise à un autre. Puis le film bascule dans le fantastique. Mati Diop est la première réalisatrice noire en compétition au Festival de Cannes&#8239;; elle y remporte le Grand Prix.</p>
<h2 id="13-portrait-de-la-jeune-fille-en-feu-celine-sciamma-france-2">13. <em>Portrait de la jeune fille en feu</em>, Céline Sciamma (France, 2019)</h2>
<p>En 1770, sur une île bretonne, une peintre doit faire en secret le portrait d’une jeune femme qui refuse de poser avant son mariage. Noémie Merlant et Adèle Haenel, le mythe d’Orphée lu au coin du feu, un chant de femmes autour d’un brasier, et le dernier plan, sur <em>L’Été</em> de Vivaldi, qui ne vous lâchera plus. Prix du scénario à Cannes.</p>
<h2 id="14-aftersun-charlotte-wells-royaume-uni-2022">14. <em>Aftersun</em>, Charlotte Wells (Royaume-Uni, 2022)</h2>
<p>Un père très jeune et sa fille de onze ans en vacances en Turquie, à la fin des années 1990. Des images de caméscope, une piscine, une danse sur <em>Under Pressure</em>. On comprend peu à peu ce qui se jouait derrière la carte postale. Paul Mescal et la jeune Frankie Corio sont bouleversants. Un premier film qui vous accompagnera longtemps.</p>
<h2 id="15-anatomie-d-une-chute-justine-triet-france-2023">15. <em>Anatomie d’une chute</em>, Justine Triet (France, 2023)</h2>
<p>Un homme est retrouvé mort dans la neige, au pied de son chalet, près de Grenoble. Suicide ou meurtre&#8239;? Sa femme, écrivaine, est accusée, et leur fils malvoyant devient le témoin clé. Sandra Hüller est saisissante. Palme d’or 2023&nbsp;: Justine Triet est la troisième femme à la recevoir, après Jane Campion et Julia Ducournau. Le film a aussi remporté l’Oscar du meilleur scénario original.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Si vous n’en voyez que trois</p><ul>
<li><em>Jeanne Dielman</em>, pour le choc.</li>
<li><em>La Leçon de piano</em>, pour le frisson.</li>
<li><em>Portrait de la jeune fille en feu</em>, pour le dernier plan.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/quinze-films-de-femmes-a-voir-ou-revoir-cet-automne/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Colorisme : la hiérarchie silencieuse des peaux</title><link>https://carnetdebal.fr/societe/colorisme-la-hierarchie-silencieuse-des-peaux/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/societe/colorisme-la-hierarchie-silencieuse-des-peaux/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 10:41:00 GMT</pubDate><dc:creator>Samira Maalouf</dc:creator><category>Société</category><description>Il se glisse dans un compliment fait à un nouveau-né, une remarque sur le soleil, une affiche de cinéma. Le colorisme, cette préférence pour les peaux claires, traverse les continents et les familles. D’où il vient, ce qu’il fait aux vies, et pourquoi les crèmes qui promettent d’éclaircir la peau sont un danger pour la santé.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/colorisme-la-hierarchie-silencieuse-des-peaux/1200.jpg" alt="Une dizaine de mains et d’avant-bras aux carnations variées, du plus clair au plus foncé, réunis en cercle, poignets ornés de bracelets de perles colorées."></p><p>Il y a des phrases que l’on entend dans tant de langues qu’elles finissent par sembler naturelles. Au-dessus d’un berceau&nbsp;: «&nbsp;Qu’il est clair, ce bébé.&nbsp;» À une adolescente qui part à la plage&nbsp;: «&nbsp;Ne reste pas trop au soleil, tu vas noircir.&nbsp;» Dans une conversation sur un futur mariage&nbsp;: «&nbsp;Elle est jolie, et en plus elle a la peau claire.&nbsp;» Personne n’y voit de mal. C’est pourtant là, dans ces petites phrases, que se transmet l’une des hiérarchies les plus anciennes et les moins discutées qui soient.</p>
<p>Elle a un nom&nbsp;: le colorisme.</p>
<h2 id="le-colorisme-un-mot-pose-par-alice-walker-en-1983">Le colorisme, un mot posé par Alice Walker en 1983</h2>
<p>C’est la romancière américaine Alice Walker, l’autrice de <em>La Couleur pourpre</em>, qui l’a mis en circulation. Dans un essai repris en 1983 dans son recueil <em>In Search of Our Mothers’ Gardens</em>, elle définit le colorisme comme le traitement préjudiciable ou préférentiel de personnes d’un même groupe, sur la seule base de leur couleur de peau.</p>
<p>La nuance est essentielle. Le racisme sépare des groupes&#8239;; le colorisme trace sa frontière à l’intérieur d’un même groupe, d’une même communauté, d’une même famille. Entre deux sœurs, entre deux cousines, entre deux candidates qui ont les mêmes origines, il favorise systématiquement la plus claire. Il peut s’exercer sans aucune personne blanche dans la pièce, ce qui le rend à la fois plus intime et plus difficile à nommer.</p>
<h2 id="d-ou-vient-la-preference-pour-les-peaux-claires">D’où vient la préférence pour les peaux claires</h2>
<p>Il n’y a pas une origine unique, mais plusieurs histoires qui se sont renforcées.</p>
<p>Dans les sociétés esclavagistes des Amériques, la couleur de peau est devenue un système de classement. Les colonies françaises, comme Saint-Domingue, ont produit toute une nomenclature, mulâtre, quarteron, métis, qui mesurait la part supposée d’ascendance européenne et hiérarchisait les droits en conséquence. Aux États-Unis, la mémoire collective a retenu le «&nbsp;paper bag test&nbsp;», pratique attribuée à certains clubs et institutions de la bourgeoisie noire au début du XX<sup>e</sup> siècle&nbsp;: n’y aurait été admis que celui dont la peau était plus claire qu’un sac en papier kraft. Les historiens discutent de son ampleur réelle. Le fait même que l’expression ait survécu dit quelque chose.</p>
<p>Ailleurs, la peau claire a longtemps été un marqueur social avant d’être un marqueur racial. Dans bien des sociétés, en Asie comme en Europe, elle signalait que l’on ne travaillait pas aux champs, sous le soleil. Les colonisations européennes ont ensuite superposé à ce vieux code de classe une hiérarchie raciale, et les industries de la beauté et du cinéma l’ont diffusée à l’échelle du monde.</p>
<p>Au Maghreb et au Proche-Orient, la peau claire reste souvent associée à la beauté et au rang, notamment au moment des mariages. Les populations noires de ces pays subissent un racisme dont on commence seulement à parler ouvertement. Il serait commode de croire que le colorisme est l’affaire des autres. Il traverse aussi nos familles.</p>
<h2 id="ce-que-le-colorisme-fait-aux-vies">Ce que le colorisme fait aux vies</h2>
<p>Dans les années 1940, les psychologues Kenneth et Mamie Clark présentent à des enfants afro-américains deux poupées identiques, l’une blanche, l’autre noire, et leur demandent laquelle est la plus jolie, laquelle est gentille. Une majorité préfère la poupée blanche. Ces travaux seront cités par la Cour suprême des États-Unis dans l’arrêt <em>Brown v. Board of Education</em> de 1954, qui déclare la ségrégation scolaire inconstitutionnelle. En 2005, une lycéenne new-yorkaise, Kiri Davis, refait l’expérience dans son court documentaire <em>A Girl Like Me</em> et observe des réponses semblables.</p>
<p>Le colorisme a aussi des effets mesurables à l’âge adulte. Une étude menée en Caroline du Nord, publiée en 2011, a montré que les détenues noires à la peau plus claire avaient reçu en moyenne des peines plus courtes que celles à la peau plus foncée. D’autres travaux, aux États-Unis comme ailleurs, ont relevé des écarts du même ordre dans l’emploi ou les revenus.</p>
<p>Il y a surtout ce que les chiffres ne mesurent pas&nbsp;: les enfants comparés à leurs frères et sœurs, les photos de mariage retouchées, les adolescentes qui évitent le soleil l’été. En 2014, lors d’une cérémonie organisée par le magazine <em>Essence</em>, l’actrice Lupita Nyong’o, oscarisée la même année, a raconté avoir prié, enfant, pour se réveiller avec une peau plus claire. Le documentaire <em>Dark Girls</em> (2011) avait déjà recueilli, devant la caméra, de nombreux récits de femmes noires sur ce même sujet.</p>
<blockquote>
<p>Le racisme sépare des groupes&#8239;; le colorisme trace sa frontière à l’intérieur d’une même famille.</p>
</blockquote>
<h2 id="cremes-eclaircissantes-un-danger-pour-la-sante">Crèmes éclaircissantes&nbsp;: un danger pour la santé</h2>
<p>La forme la plus visible du colorisme, et la plus dangereuse, est la dépigmentation volontaire&nbsp;: l’usage de produits pour éclaircir la peau. On la pratique en Afrique de l’Ouest et centrale, où elle porte des noms comme <em>xeesal</em> au Sénégal, en Asie du Sud et de l’Est, et dans les diasporas en Europe, y compris en France.</p>
<p>Les produits en cause contiennent souvent trois types de substances.</p>
<p><strong>L’hydroquinone</strong>, interdite dans les cosmétiques dans l’Union européenne et réservée à des médicaments prescrits. À forte dose ou en usage prolongé, elle peut provoquer des irritations et une ochronose exogène, une pigmentation brun-noir ou bleutée de la peau, l’inverse de l’effet recherché.</p>
<p><strong>Le mercure</strong>, toxique pour les reins et le système nerveux, qui passe à travers la peau. Il est interdit dans les cosmétiques en Europe, et la convention internationale de Minamata, signée en 2013, prévoyait la fin de la fabrication et du commerce des cosmétiques au mercure, dont les crèmes éclaircissantes, à partir de 2020. L’Organisation mondiale de la santé met régulièrement en garde contre ces produits.</p>
<p><strong>Les dermocorticoïdes puissants</strong>, des médicaments détournés de leur usage. Appliqués longtemps sur de grandes surfaces, ils amincissent la peau, provoquent des vergetures, de l’acné, des infections cutanées, et peuvent entraîner des effets sur tout l’organisme&nbsp;: hypertension, diabète, troubles hormonaux.</p>
<p>Ces produits circulent sous le manteau, sur certains marchés ou en ligne, avec des étiquettes incomplètes ou fantaisistes.</p>
<p>Une précision importante&nbsp;: si vous utilisez de tels produits depuis longtemps, ne les arrêtez pas brutalement sans avis médical, surtout s’il s’agit de corticoïdes. Parlez-en à votre médecin ou à un dermatologue, sans crainte d’être jugée. Et si vous souffrez de taches pigmentaires, comme un mélasma ou des marques laissées par l’acné, un dermatologue peut proposer des traitements encadrés.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Crèmes éclaircissantes&nbsp;: les signaux d’alerte</p><ul>
<li>Méfiez-vous des produits qui promettent d’«&nbsp;éclaircir&nbsp;», de «&nbsp;blanchir&nbsp;» ou d’«&nbsp;unifier&nbsp;» le teint et ne portent pas de liste complète d’ingrédients en français.</li>
<li>Ingrédients à fuir&nbsp;: hydroquinone, mercure (parfois sous le nom de <em>calomel</em> ou <em>mercurous chloride</em>), clobétasol, bétaméthasone.</li>
<li>Consultez si la peau s’amincit, se marque de vergetures, noircit par endroits ou s’infecte.</li>
<li>Signalez toujours à votre médecin l’usage de ces produits, même ancien.</li>
<li>En cas d’ingestion accidentelle ou d’intoxication, appelez un centre antipoison ou le 15.</li>
</ul>
</blockquote>
<h2 id="la-representation-un-combat-qui-avance">La représentation, un combat qui avance</h2>
<p>En 2020, Unilever a renommé sa crème Fair &amp; Lovely, vendue depuis les années 1970 en Inde, pour en retirer le mot «&nbsp;fair&nbsp;», clair. Le changement est symbolique, et les critiques n’ont pas manqué de rappeler que le produit, lui, promettait toujours un teint plus lumineux. Il dit tout de même que l’argument ne passe plus aussi facilement.</p>
<p>En France, le livre collectif <em>Noire n’est pas mon métier</em>, paru en 2018 à l’initiative de l’actrice Aïssa Maïga, a réuni seize comédiennes noires et métisses qui racontaient les rôles qu’on leur proposait, ou qu’on ne leur proposait pas. Elles ont monté ensemble les marches du Festival de Cannes cette année-là. Les gammes de fond de teint se sont élargies, les castings se diversifient, lentement. Pour celles qui cherchent, à tout âge, la nuance qui leur va, notre article sur <a href="https://carnetdebal.fr/beaute/trouver-son-rouge-a-levres-a-tout-age/">le rouge à lèvres et les sous-tons de peau</a> part de la peau telle qu’elle est.</p>
<p>Défaire une hiérarchie aussi ancienne ne se fera pas par une campagne publicitaire. Cela commence dans les familles, quand on cesse de complimenter un bébé pour sa clarté&#8239;; dans les bibliothèques d’enfants, quand les héroïnes ont toutes les carnations&#8239;; dans le regard que l’on porte sur sa propre peau, l’hiver comme l’été.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">À voir, à lire</p><ul>
<li>Alice Walker, <em>In Search of Our Mothers’ Gardens</em>, 1983.</li>
<li><em>A Girl Like Me</em>, court documentaire de Kiri Davis, 2005.</li>
<li><em>Dark Girls</em>, documentaire de Bill Duke et D. Channsin Berry, 2011.</li>
<li><em>Noire n’est pas mon métier</em>, collectif, Seuil, 2018.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/colorisme-la-hierarchie-silencieuse-des-peaux/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Ménopause et sexualité : ce que personne ne vous a dit</title><link>https://carnetdebal.fr/amour/menopause-et-sexualite-ce-que-personne-ne-vous-a-dit/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/amour/menopause-et-sexualite-ce-que-personne-ne-vous-a-dit/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 10:38:00 GMT</pubDate><dc:creator>Irina Malkova</dc:creator><category>Amour &amp; sexo</category><description>On vous a parlé des bouffées de chaleur, rarement de ce qui se passe sous la couette. Ménopause et sexualité font pourtant bon ménage, à condition de savoir ce qui change dans le corps, ce qui se soigne très bien, et ce que cette nouvelle étape peut avoir de libérateur.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/menopause-et-sexualite-ce-que-personne-ne-vous-a-dit/1200.jpg" alt="Sur une branche de figuier, une figue violette mûre, fendue, laisse voir sa chair rouge entre les grandes feuilles vertes."></p><p>Pour les règles, il y avait eu la brochure distribuée au collège. Pour la grossesse, les cours de préparation, les livres empilés sur la table de nuit, les conseils non sollicités des voisines. Pour la ménopause, on vous a parlé des bouffées de chaleur, éventuellement des os, et puis plus rien. Personne ne vous a expliqué qu’un soir, un geste qui vous faisait du bien depuis trente ans pourrait se mettre à brûler. Ni que cela se soigne, et plutôt bien.</p>
<p>Parlons-en donc franchement, entre adultes. Rien de ce qui suit ne remplace une consultation, mais tout cela vous aidera à la préparer, et à ne plus vous contenter d’un «&nbsp;c’est l’âge, madame&nbsp;».</p>
<h2 id="ce-qui-se-passe-vraiment-dans-le-corps">Ce qui se passe vraiment dans le corps</h2>
<p>La ménopause est officiellement atteinte après douze mois consécutifs sans règles, autour de cinquante et un ans en moyenne en France. Elle est précédée de plusieurs années de périménopause, où les cycles se dérèglent et où les premiers signes apparaissent. Au cœur de tout cela, la chute des œstrogènes.</p>
<p>Or ces hormones entretiennent les tissus de la vulve et du vagin&nbsp;: leur épaisseur, leur élasticité, leur irrigation, leur capacité à se lubrifier. Quand elles baissent, les muqueuses s’affinent, deviennent plus fragiles, moins souples. Il en résulte une sécheresse, des démangeaisons, des sensations de brûlure, et parfois des douleurs pendant les rapports, que les médecins appellent dyspareunie. La vessie et l’urètre, sensibles aux mêmes hormones, peuvent suivre&nbsp;: envies pressantes, infections urinaires plus fréquentes.</p>
<p>En 2014, deux sociétés savantes, la North American Menopause Society et l’International Society for the Study of Women’s Sexual Health, ont proposé de regrouper ces troubles sous un nom moins humiliant que l’ancienne «&nbsp;atrophie vulvo-vaginale&nbsp;»&nbsp;: le syndrome génito-urinaire de la ménopause. Ce changement de nom compte. Il rappelle qu’il s’agit d’un problème médical, sans rien de honteux. Et il comporte une information capitale&nbsp;: contrairement aux bouffées de chaleur, qui finissent souvent par s’apaiser, ces symptômes ont tendance à persister, voire à s’aggraver, si on ne les traite pas. Attendre que ça passe n’est donc pas une stratégie.</p>
<h2 id="la-libido-une-affaire-plus-compliquee-qu-une-hormone">La libido, une affaire plus compliquée qu’une hormone</h2>
<p>Faut-il s’attendre à perdre tout désir&#8239;? Non. Certaines femmes voient leur libido baisser, d’autres ne remarquent aucun changement, d’autres encore la sentent se réveiller. Le désir n’obéit pas à une seule hormone&nbsp;: il dépend du sommeil, que les sueurs nocturnes peuvent saccager, de l’humeur, de l’image que l’on a de son corps, de la qualité de la relation, de la santé du partenaire. Et de la douleur, bien sûr. Quand chaque rapport fait mal, le cerveau apprend vite à ne plus en avoir envie. Le corps se protège, voilà tout&#8239;; la «&nbsp;frigidité&nbsp;» n’a rien à y voir.</p>
<p>La sexologue Emily Nagoski, dans <em>Come as You Are</em> (2015), insiste sur une notion qui soulage beaucoup de femmes&nbsp;: la «&nbsp;non-concordance&nbsp;» de l’excitation. Ce que fait le corps et ce que ressent la tête ne coïncident pas toujours. Chez une femme ménopausée, cela signifie concrètement qu’on peut avoir très envie et rester sèche. La lubrification ne mesure pas le désir.</p>
<blockquote>
<p>Une muqueuse sèche ne dit rien de votre désir, et elle se soigne.</p>
</blockquote>
<p>Si vous vous reconnaissez dans cette mécanique de l’envie qui ne vient plus toute seule, notre article sur <a href="https://carnetdebal.fr/amour/le-desir-dans-les-couples-qui-durent/">le désir dans les couples qui durent</a> explique la différence entre désir spontané et désir réactif. Elle vaut à tout âge, et peut-être plus encore après cinquante ans.</p>
<h2 id="les-solutions-de-la-pharmacie-au-cabinet-medical">Les solutions, de la pharmacie au cabinet médical</h2>
<p><strong>Les lubrifiants</strong> s’utilisent au moment du rapport. Ceux à base d’eau sont compatibles avec tous les préservatifs et tous les jouets, mais sèchent assez vite. Ceux à base de silicone durent plus longtemps et conviennent aux préservatifs en latex, mais pas aux jouets en silicone, qu’ils peuvent abîmer. Les huiles, elles, fragilisent le latex&nbsp;: à proscrire avec un préservatif.</p>
<p><strong>Les hydratants vaginaux</strong> fonctionnent autrement. Ils s’appliquent régulièrement, plusieurs fois par semaine, indépendamment de toute activité sexuelle, comme une crème pour le visage. Beaucoup contiennent de l’acide hyaluronique. Ils améliorent le confort au quotidien.</p>
<p><strong>Les traitements hormonaux locaux</strong> se discutent avec votre médecin, votre gynécologue ou votre sage-femme. Il s’agit d’œstrogènes à très faible dose, sous forme d’ovules, de crème ou d’anneau vaginal, qui agissent sur place et aident les tissus à retrouver épaisseur et souplesse. D’autres options existent selon les situations. Un antécédent de cancer du sein, en particulier, impose un avis spécialisé avant tout traitement. Pour le traitement hormonal de la ménopause par voie générale, prescrit quand d’autres symptômes le justifient, notre rubrique santé fait le point dans <a href="https://carnetdebal.fr/sante/menopause-les-symptomes-qu-on-ne-vous-annonce-pas/">Ménopause&nbsp;: les symptômes qu’on ne vous annonce pas</a>.</p>
<p><strong>La rééducation du périnée</strong>, avec une sage-femme ou un kinésithérapeute, aide quand les muscles se sont crispés à force d’anticiper la douleur, ou au contraire relâchés.</p>
<p>Quant au laser vaginal, proposé à grand renfort de promesses dans certains cabinets, les preuves de son efficacité à long terme restent insuffisantes. Avant de signer un devis, demandez un deuxième avis.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">À dire à votre médecin</p><ul>
<li>Les symptômes précis&nbsp;: sécheresse, brûlures, douleurs, saignements après un rapport, troubles urinaires.</li>
<li>Depuis quand, et ce que vous avez déjà essayé.</li>
<li>Vos antécédents, notamment de cancer du sein ou de thrombose.</li>
<li>La contraception&nbsp;: elle reste nécessaire jusqu’à un an sans règles après cinquante ans, deux ans avant cinquante ans. Faites-le confirmer.</li>
<li>Un saignement après la ménopause doit toujours être signalé, sans attendre.</li>
</ul>
</blockquote>
<h2 id="reinventer-le-sexe-ou-simplement-l-elargir">Réinventer le sexe, ou simplement l’élargir</h2>
<p>La ménopause oblige souvent à quitter le pilote automatique. Bonne occasion de vérifier une chose&nbsp;: la pénétration n’a jamais été l’alpha et l’oméga de la sexualité. Les caresses, la bouche, les mains, le temps passé, les jouets, qui compensent très bien une sensibilité qui s’émousse, ont autant droit de cité. Prendre plus de temps avant tout rapport aide aussi&nbsp;: l’excitation augmente l’afflux de sang vers la vulve et le vagin, et donc le confort.</p>
<p>Le partenaire, s’il y en a un, vit souvent ses propres changements. Chez les hommes de la même génération, les érections deviennent moins fiables, et la gêne se cache parfois derrière un silence que l’on prend pour du désintérêt. Une conversation honnête, hors de la chambre, évite bien des malentendus de part et d’autre.</p>
<p>Et une règle, une seule, sans exception&nbsp;: ne serrez jamais les dents. Un rapport douloureux n’est ni un devoir conjugal ni une fatalité de l’âge. Arrêtez-vous, et consultez.</p>
<h2 id="une-liberte-que-personne-ne-vous-avait-vantee">Une liberté que personne ne vous avait vantée</h2>
<p>Il y a, enfin, ce que personne ne vous a dit parce que cela ne se vend pas en pharmacie. Plus de règles. Plus de grossesse à craindre, une fois la contraception arrêtée sur avis médical. Des enfants souvent grands, une connaissance de son corps que l’on n’avait pas à vingt-cinq ans, et une certaine indifférence aux injonctions. En 1991, l’essayiste australienne Germaine Greer consacrait à ce passage un livre, <em>The Change</em>, qui invitait les femmes à le vivre comme une libération plutôt que comme une perte.</p>
<p>La sexualité d’après peut n’avoir pas grand-chose à voir avec celle d’avant. Plus lente, plus bavarde, plus inventive, débarrassée de la peur de tomber enceinte et du souci de la performance. C’est ce que nous vous souhaitons, sécheresse soignée comprise.</p>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/menopause-et-sexualite-ce-que-personne-ne-vous-a-dit/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Marchés de Noël d’Europe, les plus beaux et les moins courus</title><link>https://carnetdebal.fr/voyages/marches-de-noel-d-europe-les-plus-beaux-et-les-moins-courus/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/voyages/marches-de-noel-d-europe-les-plus-beaux-et-les-moins-courus/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 10:20:00 GMT</pubDate><dc:creator>Camille Sauviat</dc:creator><category>Voyages</category><description>Vin chaud, pain d’épices, chalets de bois sous les guirlandes : les marchés de Noël se ressemblent tous de loin. De près, chacun a son caractère. Nos préférés, des plus célèbres aux plus discrets, avec de quoi les visiter sans être portée par la foule.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/marches-de-noel-d-europe-les-plus-beaux-et-les-moins-courus/1200.jpg" alt="À la tombée du jour, une place pavée de Colmar bordée de maisons à colombages illuminées de guirlandes dorées, où une foule floue de promeneurs circule entre les chalets du marché de Noël."></p><p>À quatre heures et demie, le ciel d’Alsace vire au bleu d’encre et les guirlandes s’allument d’un coup, rue après rue. Il flotte dans l’air une odeur de cannelle, de clou de girofle et de vin chaud, mêlée à celle, plus grasse, des saucisses grillées. On tient son gobelet à deux mains pour se réchauffer les doigts. C’est le moment exact pour lequel on a fait le voyage.</p>
<p>Les marchés de Noël sont une tradition d’Europe centrale et rhénane, née à la fin du Moyen Âge, quand les villes autorisaient avant les fêtes une foire où l’on achetait de quoi garnir la table et la maison. Beaucoup sont devenus des destinations très fréquentées. On peut pourtant les aimer encore&nbsp;: il suffit de savoir quand y aller, et où s’échapper quand la foule devient trop dense.</p>
<h2 id="quand-partir-et-ce-qu-il-faut-savoir-des-dates">Quand partir, et ce qu’il faut savoir des dates</h2>
<p>La plupart des marchés ouvrent à la fin de novembre, autour du premier dimanche de l’Avent, et ferment le 24 décembre&#8239;; quelques-uns prolongent jusqu’à la fin de l’année. Les dates exactes de chaque édition sont publiées à l’automne par les offices de tourisme&nbsp;: vérifiez-les avant de réserver quoi que ce soit.</p>
<p>Pour éviter la cohue, une règle vaut partout. Visitez en semaine plutôt que le samedi, et le matin plutôt que le soir. Les deux premières semaines sont généralement plus calmes que celles qui précèdent Noël. Gardez la soirée pour une seule promenade sous les lumières, une fois les cars repartis.</p>
<h2 id="strasbourg-le-plus-ancien-et-le-plus-couru">Strasbourg, le plus ancien, et le plus couru</h2>
<p>Le Christkindelsmärik de Strasbourg, le «&nbsp;marché de l’Enfant Jésus&nbsp;», remonte à 1570, ce qui en fait l’un des plus anciens d’Europe. Il s’étend aujourd’hui sur plusieurs places du centre, de la place Broglie aux abords de la cathédrale, et le grand sapin de la place Kléber en est le point de ralliement. Soyons honnêtes&nbsp;: le week-end, on y avance à petits pas.</p>
<p>Allez-y un mardi matin, quand les chalets ouvrent et que la lumière d’hiver éclaire la façade de grès rose de la cathédrale. Goûtez le vin chaud blanc, spécialité alsacienne moins connue que le rouge, et les <em>bredele</em>, ces petits biscuits de Noël que chaque famille fait à sa façon, à l’anis, à la cannelle ou aux amandes. Autour du 6 décembre, pour la Saint-Nicolas, les boulangeries vendent des <em>manala</em>, petits bonshommes de brioche. Puis échappez-vous vers la Petite France et ses ponts, où les marchés laissent place aux maisons de bois et aux canaux.</p>
<h2 id="colmar-et-les-villages-de-la-route-des-vins">Colmar et les villages de la route des Vins</h2>
<p>À une demi-heure de train, Colmar offre la même architecture en plus resserré, et plusieurs petits marchés répartis entre les places de la vieille ville, autour de l’ancienne douane, le Koïfhus, et jusqu’au quartier de la Petite Venise, au bord de la Lauch. La ville se parcourt entièrement à pied, et la nuit, quand les façades à colombages sont éclairées, elle tient de la maison de poupée.</p>
<p>Les villages voisins de la route des Vins, Kaysersberg, Riquewihr ou Eguisheim, ont aussi leurs marchés, plus petits, parfois ouverts seulement en fin de semaine. Kaysersberg, où naquit Albert Schweitzer en 1875, est le plus charmant au matin, quand la brume monte des vignes. Plus au nord, Sélestat revendique la plus ancienne mention écrite d’un sapin de Noël, dans un registre de comptes de 1521 conservé à la Bibliothèque humaniste. C’est une étape plus calme, et une bonne base pour dormir à prix raisonnable quand Strasbourg est complet.</p>
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<p>Visitez en semaine plutôt que le samedi, et le matin plutôt que le soir.</p>
</blockquote>
<h2 id="nuremberg-le-pain-d-epices-et-l-enfant-jesus">Nuremberg, le pain d’épices et l’Enfant Jésus</h2>
<p>En Bavière, le Christkindlesmarkt de Nuremberg occupe la grande place du marché, au pied de l’église Notre-Dame. Il s’ouvre traditionnellement par un prologue lu depuis le balcon de l’église par le <em>Christkind</em>, l’Enfant Jésus, incarné par une jeune femme de la ville, en robe dorée et couronne. On y vient pour les <em>Lebkuchen</em>, le pain d’épices local, pour les petites saucisses grillées servies par trois dans un petit pain, et pour les <em>Zwetschgenmännle</em>, figurines fabriquées avec des pruneaux.</p>
<p>Comme dans la plupart des marchés allemands, le vin chaud, le <em>Glühwein</em>, est servi dans une tasse en céramique décorée, contre une consigne&nbsp;: rendez-la pour récupérer quelques euros, ou gardez-la en souvenir. Le marché des enfants, juste à côté, a ses manèges à l’ancienne.</p>
<h2 id="vienne-un-marche-par-quartier">Vienne, un marché par quartier</h2>
<p>Vienne n’a pas un marché de Noël, mais une bonne douzaine. Le plus grand, devant l’hôtel de ville, attire les foules sous ses arbres illuminés. Préférez-lui ceux qui ont gardé une échelle de quartier. À Spittelberg, dans un lacis de ruelles aux maisons Biedermeier, les artisans vendent céramique, bijoux et lainages. Sur la Karlsplatz, devant l’église Saint-Charles, le marché fait la part belle à l’artisanat d’art. Dans la cour du château de Schönbrunn, les chalets se dressent devant la façade jaune du palais impérial.</p>
<p>On y boit du <em>Punsch</em>, plus sucré et plus fort que le vin chaud, on y mange des marrons grillés et des pommes de terre rôties, et l’on rentre se réchauffer dans un café viennois, devant une part de gâteau et un verre d’eau qu’on vous apporte sans le demander.</p>
<h2 id="tallinn-la-neige-et-la-nuit-a-quinze-heures">Tallinn, la neige et la nuit à quinze heures</h2>
<p>Au bord de la Baltique, la capitale de l’Estonie installe son marché sur la place de l’Hôtel-de-Ville, au cœur d’une vieille ville médiévale restée remarquablement intacte. La ville revendique le premier sapin de Noël public, dressé au XV<sup>e</sup> siècle, titre que lui dispute sa voisine Riga. En décembre, le soleil se couche au milieu de l’après-midi, et la neige est fréquente&nbsp;: la lumière des chalets n’en paraît que plus chaude.</p>
<p>On y goûte le <em>verivorst</em>, boudin noir servi avec de la choucroute, les <em>piparkoogid</em>, biscuits aux épices, et le vin chaud local. Tallinn demande un peu plus d’organisation, souvent un vol avec escale, mais elle reste bien moins fréquentée que les grands marchés rhénans.</p>
<h2 id="trois-petits-marches-pour-fuir-la-foule">Trois petits marchés pour fuir la foule</h2>
<p>Si vous voulez la féerie sans la foule, regardez du côté des petites villes. À Gengenbach, en Forêt-Noire, l’hôtel de ville se transforme en calendrier de l’Avent géant&nbsp;: ses vingt-quatre fenêtres s’ouvrent une à une, chaque soir jusqu’à Noël. À Monschau, dans l’Eifel allemand, près de la frontière belge, les maisons à colombages se serrent au fond d’une vallée étroite. À Esslingen, près de Stuttgart, le marché médiéval, avec ses artisans en costume, côtoie un marché de Noël plus classique.</p>
<p>Si vous partez seule, rien de plus facile&nbsp;: on se promène seule dans un marché de Noël sans que personne s’en étonne. Nous avons rassemblé quelques conseils dans <a href="https://carnetdebal.fr/voyages/voyager-seule-le-guide-de-celles-qui-osent-partir/">notre guide du voyage en solitaire</a>. Et si vous préférez la douceur au froid, <a href="https://carnetdebal.fr/voyages/lisbonne-en-novembre-la-ville-sans-la-foule/">Lisbonne en novembre</a> offre une tout autre lumière.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Marchés de Noël, côté pratique</p><ul>
<li><strong>Dates</strong>&nbsp;: en général de la fin novembre au 24 décembre&#8239;; vérifiez chaque année auprès des offices de tourisme.</li>
<li><strong>Y aller</strong>&nbsp;: Paris-Strasbourg en TGV en moins de deux heures, puis une demi-heure de TER jusqu’à Colmar. Nuremberg en train avec une correspondance, cinq à six heures depuis Paris. Vienne et Tallinn en avion, Tallinn souvent avec escale.</li>
<li><strong>Dormir</strong>&nbsp;: réservez très tôt à Strasbourg&#8239;; Colmar, Sélestat ou les villages voisins sont de bonnes alternatives.</li>
<li><strong>Budget arrondi</strong>&nbsp;: un vin chaud de 3 à 5&nbsp;€, plus une consigne de quelques euros pour la tasse en Allemagne et en Autriche. Prévoyez un peu d’argent liquide pour les petits chalets.</li>
<li><strong>Équipement</strong>&nbsp;: chaussures chaudes et imperméables, gants, bonnet. On reste debout des heures dans le froid.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/marches-de-noel-d-europe-les-plus-beaux-et-les-moins-courus/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Ce que l’aristocratie peut encore nous apprendre, et ce qu’elle doit oublier</title><link>https://carnetdebal.fr/art-de-vivre/ce-que-l-aristocratie-peut-encore-nous-apprendre/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/art-de-vivre/ce-que-l-aristocratie-peut-encore-nous-apprendre/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 09:44:00 GMT</pubDate><dc:creator>Clotilde de Portzamparc</dc:creator><category>Art de vivre</category><description>La noblesse a perdu ses privilèges en 1790, mais elle a gardé des habitudes. Certaines méritent d’être volées sans scrupule : la tenue, la discrétion, le goût du temps long. D’autres peuvent disparaître sans que personne les pleure. Petit inventaire, à l’usage de toutes.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/ce-que-l-aristocratie-peut-encore-nous-apprendre/1200.jpg" alt="Une petite salle à manger de château aux boiseries vert pâle : table ronde nappée, assiettes de porcelaine, verres en cristal taillé et un grand cerf de cristal au centre, près d’une fenêtre voilée de blanc."></p><p>J’ai grandi dans un manoir du Finistère où il pleuvait dans le grand salon et où l’on servait le thé à cinq heures précises. Cela résume assez bien une certaine noblesse de province&nbsp;: des principes impeccables et une toiture qui ne l’est pas. On y mettait une bassine sous la fuite, on posait la théière sur la desserte, et personne ne commentait ni l’une ni l’autre.</p>
<p>C’est peut-être la première chose que j’ai apprise de ce monde-là&nbsp;: on fait avec ce qu’on a, et l’on ne s’en plaint pas devant les invités. Je n’en ai pas gardé que de bons souvenirs. Mais puisque chacune se demande un jour ce qu’elle veut transmettre à ses enfants, il me semble utile de faire le tri, avec un peu d’humour, entre ce que cette vieille classe peut encore nous apprendre et ce qu’elle ferait bien d’oublier.</p>
<h2 id="une-noblesse-sans-privileges-mais-pas-sans-habitudes">Une noblesse sans privilèges, mais pas sans habitudes</h2>
<p>Rappelons les choses. L’Assemblée constituante a aboli la noblesse héréditaire et ses titres par un décret du 19 juin 1790. Napoléon en a créé une autre, la noblesse d’Empire, à partir de 1808, et les régimes suivants ont joué avec les titres. Aujourd’hui, être noble ne donne en France aucun droit, aucun privilège, et pas même une place de parking.</p>
<p>Précisons aussi, pour les amateurs de généalogie, que la particule ne prouve rien. Bien des familles nobles n’en ont jamais eu, et bien des «&nbsp;de&nbsp;» sont parfaitement roturiers. On peut porter un nom à rallonge et n’avoir pour tout héritage que l’humidité d’une maison de famille.</p>
<p>Ce qui reste, ce sont des manières. Et c’est là que l’inventaire devient intéressant.</p>
<h2 id="la-tenue-qui-n-a-rien-a-voir-avec-les-vetements">La tenue, qui n’a rien à voir avec les vêtements</h2>
<p>Dans ces familles, «&nbsp;se tenir&nbsp;» était une injonction de chaque instant. Le dos droit à table n’en était que la partie visible. Se tenir, c’était ne pas faire de scène en public, et ne pas se plaindre du froid dans une maison qu’on ne pouvait pas chauffer. On s’habillait pour dîner même quand le dîner était une soupe, par égard pour ceux qui partageaient la table.</p>
<p>Cette retenue a ses excès, nous y viendrons. Mais elle contient une idée précieuse&nbsp;: nos humeurs ne regardent pas forcément les autres, et la maîtrise de soi est une forme de politesse. On ne la confondra pas avec le refus de dire qu’on souffre. Il y a un monde entre pleurer chez son médecin et s’effondrer au milieu d’un dîner.</p>
<h2 id="la-discretion-surtout-sur-l-argent">La discrétion, surtout sur l’argent</h2>
<p>Dans le milieu où j’ai grandi, on ne parlait pas d’argent, on ne disait pas ce que coûtaient les choses, et l’on aurait trouvé du dernier vulgaire de citer la marque de sa montre. Je garde de cette école une méfiance tenace pour l’étalage, qui a toujours quelque chose d’humiliant pour ceux qui ne peuvent pas suivre.</p>
<p>Il faut pourtant nuancer. Le silence sur l’argent arrangeait surtout ceux qui en avaient. Ne pas parler de salaires, par exemple, a longtemps desservi les femmes, qui ignoraient ce que gagnaient leurs collègues masculins&#8239;; notre rubrique société explique très bien <a href="https://carnetdebal.fr/societe/egalite-salariale-pourquoi-l-ecart-resiste/">pourquoi l’écart de salaire résiste</a>. On peut donc garder la discrétion sur ce que l’on possède, et parler franchement de ce que l’on gagne.</p>
<blockquote>
<p>Une règle qui ne sert qu’à exclure n’est pas du savoir-vivre&#8239;; c’est un péage.</p>
</blockquote>
<h2 id="le-meme-ton-pour-tous">Le même ton pour tous</h2>
<p>Les meilleures personnes de ce monde-là, et j’en ai connu, parlaient exactement de la même façon au jardinier et au préfet. C’est une forme d’élégance qui ne coûte rien et que tout le monde peut s’approprier. Elle rejoint l’une de nos <a href="https://carnetdebal.fr/art-de-vivre/dix-regles-de-savoir-vivre-qui-tiennent-encore/">dix règles de savoir-vivre</a>&nbsp;: dire bonjour à ceux qui vous servent, et les regarder en le disant.</p>
<h2 id="le-sens-de-la-transmission">Le sens de la transmission</h2>
<p>C’est sans doute ce que l’aristocratie fait de mieux. On y plante des chênes qu’on ne verra jamais adultes. On garde les lettres et les photographies annotées au dos. On raconte aux enfants l’histoire de l’arrière-grand-oncle et du tableau de l’escalier, si bien qu’ils savent d’où ils viennent avant de savoir lire.</p>
<p>Rien de tout cela n’exige un château. N’importe quelle famille peut garder les lettres d’une grand-mère et écrire le nom des gens au dos des photos. C’est même devenu urgent&nbsp;: nos souvenirs dorment désormais dans des téléphones que personne n’ouvrira dans cinquante ans.</p>
<p>On attribue au duc de Lévis, au début du XIX<sup>e</sup> siècle, la formule «&nbsp;noblesse oblige&nbsp;». Elle a souvent servi de vernis. Prise au sérieux, elle dit une chose juste&nbsp;: ce qu’on a reçu crée des devoirs plutôt que des droits. Cela vaut pour un nom, et tout autant pour une éducation ou un peu d’aisance.</p>
<h2 id="ce-qui-peut-disparaitre-sans-regret">Ce qui peut disparaître sans regret</h2>
<p><strong>La morgue.</strong> Ce mélange de condescendance et d’ennui que certains prennent pour de la distinction. Il n’a jamais rendu personne plus aimable, et il a fait beaucoup de mal à ceux qui le subissaient.</p>
<p><strong>L’entre-soi.</strong> Les rallyes, ces soirées organisées pour que les jeunes gens d’un même milieu se rencontrent et, si possible, s’épousent, ont été minutieusement décrits par les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, notamment dans <em>Les Ghettos du gotha</em> (2007). On y voit un monde qui se protège à force de se fermer. Une famille qui ne fréquente que ses semblables finit par ne plus rien apprendre.</p>
<p><strong>Les mots de passe.</strong> Ne pas dire «&nbsp;enchanté&nbsp;», ne pas souhaiter «&nbsp;bon appétit&nbsp;»&nbsp;: ces usages n’ont aucune autre fonction que de repérer ceux qui ne les connaissent pas. La romancière anglaise Nancy Mitford s’en amusait déjà dans les années 1950, en dressant la liste des mots qui trahissaient l’appartenance sociale outre-Manche. Une règle qui ne sert qu’à exclure n’est pas du savoir-vivre&#8239;; c’est un péage.</p>
<p><strong>La préférence pour les fils.</strong> Depuis la Révolution, la loi impose l’égalité des enfants dans les successions. Bien des familles ont longtemps trouvé des arrangements pour que la maison revienne au fils aîné, tandis que les filles recevaient une dot et des conseils de maintien. Cette coutume-là peut rejoindre la bassine sous la fuite, au rayon des souvenirs.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">À garder, à laisser</p><ul>
<li>À garder&nbsp;: se tenir en public, la discrétion sur ce que l’on possède, le même ton pour tous, le goût du temps long, les lettres et les photos annotées.</li>
<li>À laisser&nbsp;: la morgue, l’entre-soi, les codes qui ne servent qu’à exclure, le silence sur les salaires, l’héritage réservé aux garçons.</li>
</ul>
</blockquote>
<h2 id="l-art-de-retrancher">L’art de retrancher</h2>
<p>Le château de Cheverny, dans le Loir-et-Cher, a servi de modèle à Hergé pour Moulinsart, le domaine du capitaine Haddock. Le dessinateur lui a simplement retiré ses deux ailes. J’y vois une jolie leçon&nbsp;: ce que l’aristocratie a de meilleur apparaît dès qu’on lui ôte ce qu’elle a de trop.</p>
<p>Les bonnes manières, au fond, n’ont jamais appartenu à une classe. Elles appartiennent à celles et ceux qui pensent aux autres avant de penser à eux. C’est pour cela qu’on peut les apprendre partout, y compris autour d’une table de cuisine, un soir où l’on <a href="https://carnetdebal.fr/art-de-vivre/recevoir-sans-se-ruiner-l-art-du-diner-simple/">reçoit six amis sans se ruiner</a>.</p>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/ce-que-l-aristocratie-peut-encore-nous-apprendre/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Cheveux blancs : les laisser pousser sans renoncer au style</title><link>https://carnetdebal.fr/beaute/cheveux-blancs-les-laisser-pousser-sans-renoncer-au-style/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/beaute/cheveux-blancs-les-laisser-pousser-sans-renoncer-au-style/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 09:44:00 GMT</pubDate><dc:creator>Laura Thomas</dc:creator><category>Beauté</category><description>Certaines femmes posent un jour le pinceau de coloration et laissent venir leurs cheveux blancs. La transition demande de la patience et un peu de méthode. Ce que dit la science du blanchiment, les étapes mois après mois, les coupes qui aident et les soins qui gardent un blanc lumineux.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/cheveux-blancs-les-laisser-pousser-sans-renoncer-au-style/1200.jpg" alt="Vue de dos, dans une rue animée, une femme aux longs cheveux gris argenté, en gilet de laine beige, porte un cabas noir à pois blancs sur l’épaule."></p><p>Pendant des décennies, le premier cheveu blanc annonçait un rendez-vous chez le coiffeur toutes les cinq semaines, pour le reste de la vie. Puis certaines ont cessé. Pendant les confinements de 2020, beaucoup de femmes ont vu leurs racines pousser faute de salon ouvert, et certaines ont décidé de ne pas y revenir.</p>
<p>Laisser pousser ses cheveux blancs relève d’un choix de couleur, comme un autre. Il demande seulement de traverser une période ingrate, qui se prépare.</p>
<h2 id="pourquoi-les-cheveux-blanchissent">Pourquoi les cheveux blanchissent</h2>
<p>Un cheveu n’a pas de couleur par lui-même. Il la reçoit à sa naissance, dans le bulbe, au fond du follicule pileux, où des cellules spécialisées, les mélanocytes, lui transmettent leurs pigments&nbsp;: l’eumélanine, brun-noir, et la phéomélanine, jaune-roux. Le mélange des deux fait toutes les nuances, du noir corbeau au blond vénitien.</p>
<p>Ces mélanocytes se renouvellent à partir d’un réservoir de cellules souches. Avec l’âge, ce réservoir s’épuise ou cesse de fonctionner correctement. Le cheveu continue de pousser, mais sans pigment&nbsp;: il est blanc. Ce que l’on appelle «&nbsp;cheveux gris&nbsp;» n’existe d’ailleurs presque pas. C’est un mélange de cheveux blancs et de cheveux encore colorés, que l’œil fond en une teinte intermédiaire.</p>
<p>L’âge des premiers cheveux blancs dépend d’abord de l’hérédité&nbsp;: si votre mère et votre grand-mère ont blanchi tôt, il y a de bonnes chances que vous aussi. Plusieurs études associent aussi le tabac à un blanchiment plus précoce.</p>
<p>Le stress&#8239;? Il n’était longtemps qu’une intuition. En 2020, une équipe de Harvard a montré dans la revue <em>Nature</em> que, chez la souris, un stress intense épuise les cellules souches des mélanocytes par l’intermédiaire du système nerveux. Une étude publiée en 2021 dans la revue <em>eLife</em> a même observé, chez un petit nombre de volontaires, des cheveux blancs qui retrouvaient leur couleur après une période plus calme. Ce sont des travaux de recherche fondamentale, pas des traitements. Aucun produit vendu aujourd’hui ne fait revenir la couleur d’origine.</p>
<h2 id="deux-legendes-a-oublier">Deux légendes à oublier</h2>
<p><strong>Arracher un cheveu blanc en fait pousser plusieurs.</strong> Faux&nbsp;: chaque follicule produit un seul cheveu, et le suivant poussera de la même couleur. En revanche, arracher souvent au même endroit finit par abîmer le follicule, qui peut cesser de produire. Mieux vaut couper au ras.</p>
<p><strong>On peut blanchir en une nuit.</strong> La légende, attachée à Marie-Antoinette, a la vie dure. La partie visible du cheveu est faite de kératine morte&nbsp;: elle ne peut pas perdre sa couleur. L’explication la plus probable de ces récits est une chute brutale, comme dans certaines pelades, qui emporte d’abord les cheveux colorés et laisse apparaître les blancs déjà présents.</p>
<h2 id="la-transition-mois-apres-mois">La transition, mois après mois</h2>
<p>Un cheveu pousse d’environ un centimètre par mois. Faites le calcul avec la longueur de vos cheveux&nbsp;: pour une coupe aux épaules, il faut compter un an et demi à deux ans avant d’avoir éliminé toute la coloration. C’est la vraie difficulté, la ligne de démarcation entre la racine blanche et les longueurs teintes, d’autant plus visible que la couleur d’origine était foncée.</p>
<blockquote>
<p>Pour une coupe aux épaules, comptez un an et demi à deux ans&nbsp;: c’est la seule vraie difficulté, et elle se prépare.</p>
</blockquote>
<p>Trois stratégies existent.</p>
<p><strong>Couper court d’un coup.</strong> C’est la plus rapide et la plus radicale. Après trois ou quatre mois de repousse, une coupe très courte élimine presque toute la couleur. Si vous avez toujours eu envie d’essayer la nuque dégagée, c’est le moment.</p>
<p><strong>Raccourcir progressivement.</strong> On garde sa coupe, et l’on coupe quelques centimètres toutes les six à huit semaines, en laissant la racine gagner. Un carré qui remonte peu à peu, par exemple. La période de démarcation est longue, mais on ne change pas de tête du jour au lendemain.</p>
<p><strong>Flouter la frontière.</strong> C’est le travail du coloriste. Des mèches fines, claires ou argentées, posées dans les longueurs colorées, adoucissent le contraste avec la racine. Sur cheveux foncés, cela passe souvent par une décoloration partielle, à confier à un professionnel. Une autre piste consiste à abandonner la coloration permanente au profit d’une coloration ton sur ton, qui s’estompe au fil des shampoings et laisse la racine prendre le relais en douceur.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Le calendrier de la transition, en gros</p><ul>
<li>Trois mois&nbsp;: environ 3 cm de racine. Le moment d’une coupe très courte.</li>
<li>Six mois&nbsp;: environ 6 cm. Une coupe garçonne ou un court flou peut être entièrement naturel.</li>
<li>12 mois&nbsp;: environ 12 cm. Un carré court commence à être possible.</li>
<li>18 à 24 mois&nbsp;: un carré aux épaules, sans trace de coloration.</li>
<li>Pendant tout ce temps&nbsp;: des coupes régulières, et le droit de changer d’avis.</li>
</ul>
</blockquote>
<h2 id="reflets-jaunes-le-bon-usage-du-shampoing-violet">Reflets jaunes&nbsp;: le bon usage du shampoing violet</h2>
<p>Le blanc jaunit. Le soleil, la pollution, le tabac, l’eau calcaire, la chaleur des fers et des sèche-cheveux trop chauds lui donnent une teinte paille qui éteint le visage.</p>
<p>Le shampoing violet repose sur une règle de peintre&nbsp;: sur le cercle chromatique, le violet est la couleur complémentaire du jaune, et il la neutralise. Une fois par semaine, à la place du shampoing habituel, laissé quelques minutes sur les cheveux mouillés, il suffit. Davantage, et le blanc prend des reflets lilas. Si cela arrive, deux ou trois shampoings ordinaires rétablissent l’équilibre.</p>
<p>Le reste de la semaine, un shampoing doux, sans sulfates agressifs, convient. Si votre eau est très calcaire, un dernier rinçage à l’eau filtrée ou en bouteille ralentit le jaunissement. Et en été, un chapeau protège la couleur autant que le cuir chevelu.</p>
<h2 id="une-texture-qui-change-des-soins-qui-suivent">Une texture qui change, des soins qui suivent</h2>
<p>Avec l’âge, le cuir chevelu produit moins de sébum, et les cheveux blancs paraissent souvent plus secs et plus rêches. Certaines femmes voient apparaître une ondulation qu’elles n’avaient jamais eue.</p>
<p>Un après-shampoing à chaque lavage et un masque nourrissant une fois par semaine changent déjà beaucoup. Une huile légère sur les pointes, ou un sérum lissant, discipline les cheveux qui frisottent. Baissez la température des appareils chauffants, et utilisez un protecteur thermique.</p>
<p>La coupe, enfin, compte double. Un blanc bien coupé, net aux pointes, paraît choisi et soigné&#8239;; le même blanc négligé fait vite «&nbsp;laisser-aller&nbsp;». Un carré précis comme une longueur dense coupée droit&nbsp;: tout fonctionne, à condition d’entretenir.</p>
<h2 id="un-visage-qui-retrouve-ses-contrastes">Un visage qui retrouve ses contrastes</h2>
<p>Les cheveux blancs éclaircissent le cadre du visage. Les traits peuvent alors paraître plus pâles. Quelques ajustements suffisent à rétablir le relief&nbsp;: des sourcils un peu plus définis, au crayon ou à la poudre, et une bouche affirmée. Le rouge, sur des cheveux blancs, prend un éclat particulier, et nous expliquons <a href="https://carnetdebal.fr/beaute/trouver-son-rouge-a-levres-a-tout-age/">comment trouver le vôtre</a>.</p>
<p>Côté vêtements, les couleurs franches près du visage (un rouge, un vert émeraude) font merveille avec le blanc, alors que les beiges trop jaunes peuvent éteindre l’ensemble. Nous en parlons dans notre article sur <a href="https://carnetdebal.fr/mode/s-habiller-apres-soixante-ans-la-fin-des-interdits/">la fin des interdits après soixante ans</a>.</p>
<p>Des montures de lunettes colorées ou en écaille foncée donnent aussi au visage le point d’ancrage que la couleur des cheveux ne fournit plus. Le blanc fait le reste&nbsp;: il éclaire, comme un réflecteur de photographe posé autour du visage.</p>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/cheveux-blancs-les-laisser-pousser-sans-renoncer-au-style/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Sommeil des femmes : pourquoi nous dormons moins bien que les hommes</title><link>https://carnetdebal.fr/sante/sommeil-des-femmes-pourquoi-nous-dormons-moins-bien/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/sante/sommeil-des-femmes-pourquoi-nous-dormons-moins-bien/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 09:44:00 GMT</pubDate><dc:creator>Dominique Petit</dc:creator><category>Santé</category><description>Les femmes se plaignent plus souvent d’insomnie que les hommes, et l’écart se creuse avec les années. Les hormones y sont pour beaucoup, la charge mentale aussi. Ce qui perturbe nos nuits à chaque âge, et ce qui aide vraiment, des gestes du soir à la thérapie qui a fait ses preuves.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/sommeil-des-femmes-pourquoi-nous-dormons-moins-bien/1200.jpg" alt="Un croissant de lune orangé se lève au-dessus d’une ligne de toits sombres, dans le bleu profond de la nuit."></p><p>Il est quatre heures du matin. La maison dort, sauf vous. Vous avez fait le tour de la liste des courses, du rendez-vous chez le dentiste du petit, du dossier à rendre jeudi, et vous savez qu’il faudra se lever dans trois heures. Le changement d’heure du 25 octobre n’a rien arrangé.</p>
<p>Cette scène, beaucoup de femmes la connaissent. Les études menées dans de nombreux pays convergent&nbsp;: les femmes se plaignent plus souvent d’insomnie que les hommes, et l’écart se creuse à partir de la quarantaine. Paradoxe relevé par plusieurs travaux en laboratoire&nbsp;: mesuré par les enregistrements, le sommeil des femmes n’est pas toujours de moins bonne qualité que celui des hommes, il comporte même souvent davantage de sommeil profond. C’est le vécu des nuits, leurs interruptions, leurs réveils précoces et la fatigue du lendemain qui diffèrent. Les raisons sont en partie biologiques, en partie sociales, et elles s’additionnent.</p>
<h2 id="le-cycle-menstruel-premiere-horloge">Le cycle menstruel, première horloge</h2>
<p>Au fil du cycle, les hormones changent, et le sommeil avec elles. Après l’ovulation, la progestérone augmente et la température du corps s’élève légèrement. Certaines femmes ont alors davantage sommeil&#8239;; d’autres, surtout dans les jours qui précèdent les règles, dorment plus mal, se réveillent plus souvent, rêvent davantage. Chez les femmes qui souffrent d’un syndrome prémenstruel marqué, les troubles du sommeil font partie du tableau.</p>
<p>Les règles douloureuses jouent aussi leur rôle. Une douleur qui réveille la nuit n’est pas anodine, et elle peut être le signe d’une endométriose, à laquelle nous consacrons <a href="https://carnetdebal.fr/sante/endometriose-sept-ans-pour-un-diagnostic/">un article détaillé</a>.</p>
<h2 id="grossesse-et-post-partum-des-nuits-en-morceaux">Grossesse et post-partum&nbsp;: des nuits en morceaux</h2>
<p>La grossesse bouleverse le sommeil dès le premier trimestre, souvent marqué par une somnolence inhabituelle. Au dernier trimestre, tout se complique&nbsp;: difficulté à trouver une position, envies d’uriner, brûlures d’estomac, crampes. Le syndrome des jambes sans repos, ce besoin irrépressible de bouger les jambes le soir au coucher, est plus fréquent pendant la grossesse&#8239;; il est parfois lié à un manque de fer, que l’on peut rechercher par une prise de sang. Parlez de tout cela à votre sage-femme ou à votre médecin, plutôt que de prendre seule un médicament ou un complément pour dormir.</p>
<p>Après la naissance, le sommeil se fragmente au rythme des tétées et des pleurs. Cette fatigue est attendue. Un signe, en revanche, doit alerter&nbsp;: ne pas parvenir à dormir alors que le bébé dort, surtout si s’y ajoutent tristesse, anxiété envahissante ou sentiment d’incapacité. Ce peut être le début d’une dépression du post-partum, qui se soigne et justifie de consulter rapidement.</p>
<h2 id="menopause-quand-la-nuit-se-rechauffe">Ménopause&nbsp;: quand la nuit se réchauffe</h2>
<p>Les sueurs nocturnes réveillent, parfois plusieurs fois par nuit, et l’on se rendort mal. Mais la périménopause dérègle aussi le sommeil chez des femmes qui n’ont pas de bouffées de chaleur, avec des réveils précoces et un sommeil plus léger. Nous détaillons ces troubles dans notre article sur <a href="https://carnetdebal.fr/sante/menopause-les-symptomes-qu-on-ne-vous-annonce-pas/">les symptômes méconnus de la ménopause</a>.</p>
<p>Un point mérite qu’on s’y arrête&nbsp;: après la ménopause, le risque d’apnées du sommeil augmente nettement chez les femmes. Or ces apnées, ces pauses respiratoires répétées pendant la nuit, se présentent souvent chez elles de façon moins typique que chez les hommes. Moins de ronflements spectaculaires, davantage de fatigue au réveil, de maux de tête matinaux, d’insomnie, de troubles de l’humeur. Résultat, elles sont plus souvent méconnues. Or des apnées non traitées pèsent sur le cœur et la tension artérielle. Un enregistrement du sommeil, prescrit par le médecin, permet de trancher.</p>
<h2 id="la-charge-mentale-ne-s-eteint-pas-avec-la-lumiere">La charge mentale ne s’éteint pas avec la lumière</h2>
<p>Le soir, au moment de se coucher, le cerveau dresse l’inventaire de ce qui reste à faire. Ce n’est pas une faiblesse personnelle. Les enquêtes de l’Insee sur l’emploi du temps montrent depuis des décennies que les femmes assurent encore la plus grande part des tâches domestiques et parentales, et l’organisation de la maison ne s’arrête pas à 22 heures. Notre rubrique Société revient sur ce sujet dans <a href="https://carnetdebal.fr/societe/charge-mentale-quarante-ans-apres-qui-porte-encore-la-maison/">Charge mentale, quarante ans après&nbsp;: qui porte encore la maison&#8239;?</a>.</p>
<p>Ce sont aussi plus souvent les femmes qui se lèvent pour un enfant malade, et qui veillent sur un parent âgé. L’anxiété et la dépression, plus fréquemment diagnostiquées chez les femmes, perturbent le sommeil&#8239;; à l’inverse, une insomnie qui dure fragilise l’humeur. Le cercle se referme vite.</p>
<blockquote>
<p>Le lit doit redevenir un endroit où l’on dort, pas un endroit où l’on attend de dormir.</p>
</blockquote>
<h2 id="hygiene-du-sommeil-les-gestes-qui-aident">Hygiène du sommeil&nbsp;: les gestes qui aident</h2>
<p>Les conseils dits d’hygiène du sommeil ne guérissent pas une insomnie installée, mais ils en sont la base.</p>
<p>Levez-vous à heure fixe, y compris le week-end&nbsp;: c’est le réglage le plus puissant de l’horloge interne. Exposez-vous à la lumière du jour le matin, ce qui compte double en novembre, comme l’explique notre article sur <a href="https://carnetdebal.fr/psycho/blues-de-novembre-pourquoi-le-changement-d-heure-nous-pese/">le blues du changement d’heure</a>. Évitez le café, le thé et les sodas caféinés à partir du début d’après-midi. Méfiez-vous de l’alcool&nbsp;: il aide parfois à s’endormir, mais il fragmente la seconde partie de la nuit. Gardez une chambre plutôt fraîche, sombre et calme. Éloignez les écrans dans l’heure qui précède le coucher, autant pour leur lumière que pour ce qu’ils racontent.</p>
<p>Enfin, si vous ne dormez pas au bout d’une vingtaine de minutes environ, levez-vous. Allez dans une autre pièce, sous une lumière douce, faites quelque chose de calme, et ne revenez au lit que lorsque le sommeil se fait sentir.</p>
<h2 id="la-tcc-i-traitement-de-reference-de-l-insomnie-chronique">La TCC-I, traitement de référence de l’insomnie chronique</h2>
<p>On parle d’insomnie chronique lorsque les difficultés de sommeil surviennent au moins trois nuits par semaine depuis au moins trois mois, avec un retentissement dans la journée. Pour cette insomnie-là, les recommandations internationales placent en première intention la thérapie cognitive et comportementale de l’insomnie, ou TCC-I.</p>
<p>Elle se déroule en général sur quelques séances, individuelles ou en groupe, avec un médecin ou un psychologue formé, et s’appuie sur un agenda du sommeil tenu par la patiente. Elle associe plusieurs outils&nbsp;: des règles pour réassocier le lit au sommeil, une réduction encadrée du temps passé au lit pour consolider les nuits, un travail sur les pensées qui entretiennent l’insomnie («&nbsp;si je ne dors pas, ma journée est fichue&nbsp;»), des techniques de relaxation. La restriction du temps au lit est exigeante et doit être menée avec un professionnel. Ses effets durent au-delà de la fin du traitement, ce qui n’est pas le cas des somnifères.</p>
<p>Les hypnotiques, justement, ne sont prévus que pour des durées courtes, de quelques jours à quelques semaines au plus. Ils exposent à l’accoutumance, à la somnolence le lendemain et, chez les personnes âgées, aux chutes. La mélatonine, vendue en complément alimentaire, ne convient pas à toutes&nbsp;: demandez conseil à votre pharmacien ou à votre médecin, surtout si vous êtes enceinte, si vous allaitez ou si vous prenez d’autres traitements.</p>
<p>Pour trouver une TCC-I, parlez-en à votre médecin traitant. Les centres du sommeil hospitaliers en proposent, de même que des psychologues et des médecins formés en ville.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Quand consulter</p><ul>
<li>Vous dormez mal au moins trois nuits par semaine depuis plus de trois mois, et vos journées en souffrent.</li>
<li>Vous somnolez dans la journée, ou vous avez déjà senti le sommeil vous gagner au volant.</li>
<li>On vous a signalé des ronflements ou des pauses respiratoires pendant la nuit, ou vous vous réveillez avec la sensation d’étouffer, des maux de tête, une bouche sèche.</li>
<li>Vos jambes vous obligent à bouger le soir au coucher.</li>
<li>Vous êtes enceinte ou venez d’accoucher et ne dormez plus, même quand le bébé dort.</li>
<li>Votre moral est au plus bas. En cas d’idées suicidaires, le 3114 répond jour et nuit.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/sommeil-des-femmes-pourquoi-nous-dormons-moins-bien/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Les chibanias, ces grands-mères venues d’ailleurs</title><link>https://carnetdebal.fr/societe/les-chibanias-ces-grands-meres-venues-d-ailleurs/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/societe/les-chibanias-ces-grands-meres-venues-d-ailleurs/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 09:41:00 GMT</pubDate><dc:creator>Samira Maalouf</dc:creator><category>Société</category><description>On a beaucoup parlé des chibanis, ces travailleurs immigrés vieillis dans les foyers. Bien moins de leurs épouses, arrivées souvent dans les années 1970 avec les enfants et une valise. Elles ont aujourd’hui soixante-dix, quatre-vingts ans ou plus. Portrait collectif de femmes que l’histoire a rangées un peu vite dans la case « épouses ».</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/les-chibanias-ces-grands-meres-venues-d-ailleurs/1200.jpg" alt="Les mains d’une femme âgée, bagues aux doigts et manches retroussées, pétrissent une boule de pâte sur une toile cirée saupoudrée de farine, dans la lumière d’une cuisine."></p><p>On les croise au marché, un cabas à roulettes dans une main, un petit-enfant dans l’autre. Elles marchandent en arabe ou en kabyle, répondent en français à l’adolescent qui les accompagne, glissent un mot de portugais ou de turc selon les rues. Elles ont des foulards noués sous le menton ou des cheveux teints au henné, des cartes Vitale usées et des carnets d’adresses écrits par d’autres. À Marseille, à Lyon, à Roubaix, à Saint-Denis, elles sont partout et presque nulle part dans les récits.</p>
<p>On les appelle parfois les chibanias. Le mot dit déjà beaucoup.</p>
<h2 id="chibani-chibania-ce-que-disent-les-mots">Chibani, chibania&nbsp;: ce que disent les mots</h2>
<p><em>Chibani</em> vient de l’arabe maghrébin, où il désigne le vieillard, littéralement celui qui a les cheveux blancs. En France, le mot s’est répandu depuis les années 2000 pour nommer les anciens travailleurs immigrés venus du Maghreb, souvent seuls, vieillis dans les foyers de travailleurs, entre deux rives et deux pensions. Il a donné son nom à des associations, des documentaires, des combats juridiques pour l’accès aux droits.</p>
<p>Son féminin, <em>chibania</em>, circule beaucoup moins. Il désigne ces femmes venues rejoindre un mari, ou parfois venues seules, qui ont vieilli ici dans des appartements HLM plutôt que dans des foyers. Leur relative invisibilité tient sans doute à cela&nbsp;: leur vieillesse s’est déroulée à l’abri des regards, dans des familles, et non dans des institutions que les journalistes et les élus pouvaient visiter. Quand l’Assemblée nationale a constitué une mission d’information sur les immigrés âgés, en 2013, la figure qui dominait le débat public restait celle de l’homme seul en foyer.</p>
<p>Ce texte parle surtout des femmes venues du Maghreb, parce que c’est à elles que le mot s’applique. Mais leurs contemporaines portugaises, espagnoles, turques, maliennes ou sénégalaises ont souvent connu des trajectoires voisines, et une invisibilité comparable.</p>
<h2 id="1976-le-regroupement-familial-l-arrivee">1976, le regroupement familial&nbsp;: l’arrivée</h2>
<p>En juillet 1974, la France suspend l’immigration de travail. Les hommes qui sont déjà là doivent choisir&nbsp;: repartir, ou faire venir leur famille. Le décret du 29 avril 1976 organise le regroupement familial. Le gouvernement tente bien, l’année suivante, de le suspendre&#8239;; en décembre 1978, le Conseil d’État annule cette décision et consacre le droit des étrangers à mener une vie familiale normale.</p>
<p>Beaucoup de femmes arrivent ainsi, souvent avec des enfants en bas âge, dans des villes qu’elles ne connaissent pas, sans parler le français, sans l’avoir choisi pour beaucoup d’entre elles. Certaines étaient arrivées bien avant, dans les années 1950 et 1960, et avaient connu les bidonvilles et les cités de transit. D’autres arriveront après, au fil des mariages.</p>
<p>La cinéaste Yamina Benguigui a raconté cette arrivée deux fois. Dans son documentaire <em>Mémoires d’immigrés, l’héritage maghrébin</em> (1997), dont l’un des trois volets est consacré aux mères, elle leur donne longuement la parole. Dans sa fiction <em>Inch’Allah dimanche</em> (2001), elle suit Zouina, qui débarque en 1974 en Picardie avec ses enfants et sa belle-mère pour rejoindre un mari presque inconnu. Le film montre, mieux que bien des études, ce que fut l’isolement des premiers mois&nbsp;: les voisins méfiants, l’appartement comme seul horizon, l’autorité de la belle-famille, et les dimanches où l’on tente de sortir en cachette.</p>
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<p>Elles ont traversé la Méditerranée avec une valise et des enfants, et l’histoire les a rangées dans la case «&nbsp;épouses&nbsp;».</p>
</blockquote>
<h2 id="des-vies-de-travail-que-les-releves-de-carriere-ignorent">Des vies de travail que les relevés de carrière ignorent</h2>
<p>On les a souvent décrites comme des femmes au foyer. Beaucoup l’ont été, avec des familles nombreuses à faire tourner dans des logements trop petits. Mais beaucoup ont aussi travaillé&nbsp;: ménages chez des particuliers ou dans des bureaux, garde d’enfants, confection, cantines, cuisines de restaurants. Une partie de ce travail n’a jamais été déclarée, ou l’a été à temps très partiel.</p>
<p>Le résultat arrive au moment de la retraite. Des carrières courtes, hachées, mal payées donnent des pensions modestes, parfois quasi nulles. Beaucoup vivent de la pension de réversion de leur mari, quand il est décédé, et du minimum vieillesse, l’allocation de solidarité aux personnes âgées. Or l’ASPA est soumise à une condition de résidence stable en France, plus de six mois par an. Pour des femmes dont une partie de la famille vit de l’autre côté de la Méditerranée, cette règle organise le calendrier de la vieillesse&nbsp;: on part l’été, on revient à temps, on garde les billets.</p>
<p>À cela s’ajoute la bataille des papiers. Beaucoup de ces femmes n’ont jamais appris à lire, en français ou en arabe. Pendant des décennies, les démarches passaient par le mari, puis par les enfants. Avec la dématérialisation des services publics, sur laquelle le Défenseur des droits a alerté à plusieurs reprises, un formulaire en ligne peut devenir un mur. Les petites-filles remplissent les dossiers sur leur téléphone, entre deux cours.</p>
<h2 id="le-veuvage-la-solitude-et-ce-qui-la-contredit">Le veuvage, la solitude, et ce qui la contredit</h2>
<p>Les hommes de cette génération, souvent plus âgés que leurs épouses et usés par des métiers physiques, sont nombreux à être partis les premiers. Les chibanias se retrouvent alors veuves dans des appartements où l’on a élevé six enfants, avec des escaliers qui deviennent difficiles, des enfants dispersés en France et ailleurs, et la question de l’avenir, ici ou là-bas.</p>
<p>Il serait pourtant faux de les réduire à leur solitude. Elles ont tissé, en cinquante ans, des réseaux serrés&nbsp;: des voisines avec qui l’on prend le thé, des associations de quartier, des ateliers sociolinguistiques où certaines apprennent à lire le français à soixante-dix ans passés. À Paris, des cafés sociaux sont nés au début des années 2000 pour accueillir les immigrés âgés. Dans bien des familles, la grand-mère reste le point fixe, celle chez qui l’on se retrouve, celle qui sait qui est fâché avec qui. Nous parlons ailleurs de ces <a href="https://carnetdebal.fr/famille/grands-meres-d-aujourd-hui-ni-gateaux-ni-nounous/">grands-mères d’aujourd’hui</a>&nbsp;: celles-là en sont, avec leur histoire propre.</p>
<p>La Toussaint ramène aussi une question dont on parle peu&nbsp;: où reposer. Pendant longtemps, le rapatriement du corps au pays allait de soi. Pour beaucoup de familles, il ne va plus de soi&nbsp;: les enfants et les petits-enfants sont ici, et l’on se demande qui ira fleurir une tombe à mille kilomètres. Les carrés confessionnels que certaines communes ont aménagés dans leurs cimetières rendent ce choix possible. Il reste, pour chacune, une décision intime.</p>
<h2 id="ce-que-les-chibanias-transmettent">Ce que les chibanias transmettent</h2>
<p>Ce qui passe par elles ne figure dans aucun programme scolaire. Une langue, d’abord&nbsp;: l’arabe dialectal, le kabyle, le chleuh, que les petits-enfants comprennent souvent sans le parler. Des gestes&nbsp;: rouler le couscous à la main, pétrir la galette, tracer le henné avant un mariage. Des chants, des proverbes, des remèdes, des histoires de village. Et une manière de tenir debout dans un pays qui ne vous attendait pas.</p>
<p>Leur histoire, elle, commence à être racontée par la génération suivante. Alice Zeniter, dans <em>L’Art de perdre</em> (2017), prix Goncourt des lycéens, retrace trois générations d’une famille arrivée d’Algérie, avec la grand-mère Yema au cœur du récit. Azouz Begag, dans <em>Le Gone du Chaâba</em> (1986), faisait déjà une place à sa mère, dans le bidonville lyonnais de son enfance. Le Musée national de l’histoire de l’immigration, au palais de la Porte Dorée à Paris, conserve des objets, des valises, des photographies de ces arrivées.</p>
<p>Reste le plus simple, et le plus urgent&nbsp;: leur poser des questions pendant qu’il est temps. Où étaient-elles le jour du départ, qu’ont-elles emporté, qu’ont-elles laissé. Ces récits ne remplissent pas encore les livres d’histoire. Ils tiennent dans la mémoire de femmes qui ont aujourd’hui soixante-dix, quatre-vingts, quatre-vingt-dix ans, et c’est à nous de les recueillir.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">À voir, à lire</p><ul>
<li><em>Mémoires d’immigrés, l’héritage maghrébin</em>, documentaire de Yamina Benguigui (1997), en trois volets&nbsp;: les pères, les mères, les enfants.</li>
<li><em>Inch’Allah dimanche</em>, film de Yamina Benguigui (2001).</li>
<li><em>L’Art de perdre</em>, Alice Zeniter, Flammarion, 2017.</li>
<li><em>Le Gone du Chaâba</em>, Azouz Begag, Seuil, 1986.</li>
<li>Le Musée national de l’histoire de l’immigration, palais de la Porte Dorée, Paris 12<sup>e</sup>.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/les-chibanias-ces-grands-meres-venues-d-ailleurs/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Syndrome de l’imposteur : ce que dit vraiment la recherche</title><link>https://carnetdebal.fr/psycho/syndrome-de-l-imposteur-ce-que-dit-vraiment-la-recherche/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/psycho/syndrome-de-l-imposteur-ce-que-dit-vraiment-la-recherche/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 09:36:00 GMT</pubDate><dc:creator>Chloé Schulmann</dc:creator><category>Psycho</category><description>Promue, diplômée, applaudie, et pourtant persuadée qu’on va finir par vous démasquer ? Le syndrome de l’imposteur a été décrit en 1978 par deux psychologues américaines. Près de cinquante ans de recherche l’ont nuancé, parfois contredit. Ce qu’il faut en retenir, et ce qui aide.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/syndrome-de-l-imposteur-ce-que-dit-vraiment-la-recherche/1200.jpg" alt="Photographie en noir et blanc d’une femme coiffée d’un foulard noué qui sourit à l’objectif en tenant contre sa joue un petit miroir où apparaît son profil."></p><p>L’annonce est tombée un mardi&nbsp;: vous prenez la direction de l’équipe. Les collègues félicitent, la famille trinque, et vous, sous le sourire, vous pensez une seule chose. Ils se sont trompés. Tôt ou tard, quelqu’un s’apercevra que vous n’avez pas le niveau, que vos réussites tenaient à la chance, à un bon timing, à la gentillesse d’un supérieur. Vous préparez la première réunion trois soirs de suite. Elle se passe très bien. Le soulagement dure une heure.</p>
<p>Ce mécanisme porte un nom devenu familier, le «&nbsp;syndrome de l’imposteur&nbsp;». Il a même trop bien réussi&nbsp;: on le voit partout, en couverture des livres de développement personnel comme dans les formations en entreprise. Revenons à la source, puis à ce que la recherche en a fait.</p>
<h2 id="1978-deux-psychologues-et-cent-cinquante-femmes-brillantes">1978&nbsp;: deux psychologues et cent cinquante femmes brillantes</h2>
<p>En 1978, Pauline Rose Clance et Suzanne Imes, psychologues à l’université d’État de Géorgie, à Atlanta, publient dans la revue <em>Psychotherapy: Theory, Research &amp; Practice</em> un article intitulé «&nbsp;The Imposter Phenomenon in High Achieving Women: Dynamics and Therapeutic Intervention&nbsp;». Elles s’appuient sur leur pratique clinique auprès de plus de cent cinquante femmes à la réussite incontestable&nbsp;: docteures, universitaires, professionnelles reconnues. Toutes, malgré diplômes et distinctions, sont convaincues de ne pas être aussi intelligentes qu’on le pense, et redoutent d’être démasquées.</p>
<p>Deux points de cet article fondateur sont souvent oubliés. D’abord, les autrices parlent d’un «&nbsp;phénomène&nbsp;», pas d’un syndrome. Il ne s’agit pas d’un diagnostic&nbsp;: on ne le trouve ni dans le DSM, le manuel américain des troubles mentaux, ni dans la classification de l’Organisation mondiale de la santé. C’est une expérience psychologique, parfois envahissante, pas une maladie. Ensuite, l’échantillon était uniquement féminin, blanc pour l’essentiel, et diplômé. Les conclusions sur «&nbsp;les femmes&nbsp;» reposaient donc sur un groupe très particulier.</p>
<p>En 1985, Clance publie un livre, <em>The Impostor Phenomenon</em>, et une échelle de mesure de vingt questions, la <em>Clance Impostor Phenomenon Scale</em>, toujours utilisée. Elle y décrit un cycle que beaucoup reconnaîtront&nbsp;: une tâche suscite l’angoisse&#8239;; on y répond par un travail excessif ou, à l’inverse, par la procrastination suivie d’un sprint&#8239;; la tâche réussit&#8239;; on attribue ce succès à l’effort démesuré ou à la chance, jamais à sa compétence&#8239;; et la tâche suivante relance la machine.</p>
<h2 id="ce-que-la-recherche-a-nuance-depuis">Ce que la recherche a nuancé depuis</h2>
<p>Première correction&nbsp;: les hommes aussi. Dès les années suivantes, Clance et ses collègues ont constaté que des hommes se reconnaissaient dans ce portrait. En 2020, une revue systématique dirigée par Dena Bravata et publiée dans le <em>Journal of General Internal Medicine</em> a passé en revue soixante-deux études. Beaucoup ne trouvaient aucune différence entre les sexes&#8239;; d’autres en trouvaient une, dans un sens ou dans l’autre. La même revue relevait des taux de prévalence allant de 9&nbsp;% à 82&nbsp;% selon les populations, les questionnaires et les seuils retenus. Un écart pareil dit surtout une chose&nbsp;: on mesure ce phénomène de façon très inégale, et les chiffres spectaculaires qui circulent sur les réseaux sociaux ne valent pas grand-chose.</p>
<p>Deuxième correction&nbsp;: le contexte compte. Le psychologue Kevin Cokley, à l’université du Texas, a montré chez des étudiants issus de minorités que le sentiment d’imposture était lié aux discriminations perçues. Se sentir illégitime n’est pas qu’une affaire de psychologie individuelle quand votre entourage vous rappelle, par mille signaux, que vous n’êtes pas à votre place.</p>
<p>C’est l’argument d’un article très discuté de la <em>Harvard Business Review</em>, en 2021, signé Ruchika Tulshyan et Jodi-Ann Burey, dont le titre résume la thèse&nbsp;: il faut arrêter de dire aux femmes qu’elles ont un syndrome de l’imposteur. Leur reproche&nbsp;: en faisant d’un problème d’environnement un défaut personnel, on demande aux femmes de se réparer elles-mêmes, plutôt qu’aux organisations de cesser d’envoyer des messages d’exclusion.</p>
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<p>Le sentiment d’imposture ne mesure pas votre compétence&nbsp;: il mesure l’écart entre ce que vous faites et ce que vous vous autorisez à croire.</p>
</blockquote>
<p>Troisième nuance, plus inattendue. En 2022, la chercheuse Basima Tewfik, du MIT, a publié dans l’<em>Academy of Management Journal</em> des travaux suggérant que les personnes sujettes aux pensées d’imposture étaient jugées plus attentives aux autres par leurs interlocuteurs. Craindre de ne pas être à la hauteur pousserait à écouter davantage. Pas de quoi cultiver l’angoisse, bien sûr. Le rappel reste précieux&nbsp;: ce sentiment ne dit rien de votre valeur réelle, et il voisine parfois avec des qualités.</p>
<p>Reste un point solide. La revue de 2020 associe fréquemment le sentiment d’imposture à l’anxiété, à la dépression et à l’épuisement professionnel. Quand il empêche de dormir, de demander une augmentation, de postuler, il mérite d’être pris au sérieux.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Les cinq profils de Valerie Young</p><p>Dans <em>The Secret Thoughts of Successful Women</em> (2011), la spécialiste américaine Valerie Young distingue cinq manières de se sentir imposteur&nbsp;:</p>
<ul>
<li><strong>La perfectionniste</strong>&nbsp;: une seule erreur annule tout le reste.</li>
<li><strong>L’experte</strong>&nbsp;: elle doit tout savoir avant d’oser agir.</li>
<li><strong>Le génie naturel</strong>&nbsp;: si elle doit faire un effort, c’est qu’elle n’est pas douée.</li>
<li><strong>La solitaire</strong>&nbsp;: demander de l’aide serait avouer son incompétence.</li>
<li><strong>La surhumaine</strong>&nbsp;: elle doit exceller partout à la fois, au travail, à la maison, auprès des siens.</li>
</ul>
</blockquote>
<h2 id="ce-qui-aide-d-apres-les-cliniciens">Ce qui aide, d’après les cliniciens</h2>
<p><strong>Nommer la pensée.</strong> Quand la petite voix murmure «&nbsp;tu vas être démasquée&nbsp;», se dire&nbsp;: voilà la pensée d’imposture qui parle. Cette mise à distance, empruntée aux thérapies cognitives et comportementales, ne la fait pas taire, mais l’empêche de passer pour un constat objectif.</p>
<p><strong>Tenir un dossier de preuves.</strong> Un carnet ou un fichier où l’on consigne les résultats obtenus, les messages de remerciement, les problèmes résolus. Le sentiment d’imposture a une mémoire sélective&nbsp;: il retient l’erreur de 2019 et oublie les vingt réussites qui ont suivi. Le dossier rétablit l’équilibre.</p>
<p><strong>En parler à d’autres.</strong> Clance et Imes recommandaient déjà le travail en groupe&nbsp;: entendre une collègue respectée raconter exactement la même peur produit un effet que la meilleure argumentation n’obtient pas. Un déjeuner franc avec deux ou trois pairs peut en tenir lieu.</p>
<p><strong>Réviser les attributions.</strong> Quand vous dites «&nbsp;j’ai eu de la chance&nbsp;», ajoutez la seconde moitié de la phrase&nbsp;: «&nbsp;et j’ai su la saisir&nbsp;». La chance existe&#8239;; elle ne rédige pas les rapports à votre place.</p>
<p><strong>Accepter un compliment.</strong> Un «&nbsp;merci&nbsp;» suffit. Pas de «&nbsp;oh, ce n’était rien&nbsp;», pas de «&nbsp;c’est surtout grâce à l’équipe&nbsp;» réflexe. L’exercice paraît dérisoire. Il est souvent l’un des plus difficiles.</p>
<p><strong>Distinguer bien fait et parfait.</strong> Fixez-vous, avant de commencer, ce qui serait un travail réussi, puis arrêtez-vous quand vous l’avez atteint. Le surinvestissement nourrit la conviction que, sans lui, tout se serait effondré.</p>
<h2 id="et-du-cote-des-organisations">Et du côté des organisations</h2>
<p>Si le sentiment d’imposture dépend en partie de l’environnement, une part de la solution s’y trouve aussi. Un retour précis et régulier sur le travail accompli, des critères d’évaluation explicites, des modèles auxquels s’identifier, des réunions où la parole ne revient pas toujours aux mêmes&nbsp;: tout cela réduit le flou dans lequel le doute prospère. Une manageuse qui raconte ses propres hésitations fait souvent plus qu’un séminaire.</p>
<p>Ce sentiment rend aussi plus difficile de refuser une tâche de trop&nbsp;: quand on se croit en sursis, on accepte tout pour mériter sa place. Notre article sur <a href="https://carnetdebal.fr/psycho/savoir-dire-non-sans-se-justifier/">l’art de dire non sans se justifier</a> prolonge cette réflexion.</p>
<p>Enfin, si le doute se double d’une anxiété permanente, de troubles du sommeil ou d’un sentiment d’épuisement, il est temps d’en parler à un médecin ou à un psychologue. Le sentiment d’imposture n’est pas une maladie, mais ce qu’il entraîne peut en devenir une.</p>
<p>Quant à l’impression d’avoir trompé tout le monde, elle appelle une dernière remarque, simple. Pour tromper autant de gens aussi longtemps, il faudrait un talent considérable. Celui-là, au moins, vous pouvez vous l’accorder.</p>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/syndrome-de-l-imposteur-ce-que-dit-vraiment-la-recherche/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Retraite silencieuse dans une abbaye, mode d’emploi</title><link>https://carnetdebal.fr/voyages/retraite-silencieuse-dans-une-abbaye-mode-d-emploi/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/voyages/retraite-silencieuse-dans-une-abbaye-mode-d-emploi/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 09:27:00 GMT</pubDate><dc:creator>Camille Sauviat</dc:creator><category>Voyages</category><description>Quelques jours dans une hôtellerie monastique, c’est une chambre simple, des cloches, des repas en silence et un temps qui s’étire. Comment choisir son abbaye, réserver, vivre au rythme des offices, et ce que l’on y trouve même quand on ne croit pas.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/retraite-silencieuse-dans-une-abbaye-mode-d-emploi/1200.jpg" alt="La galerie d’un cloître roman : une charpente de bois au-dessus d’une allée dallée, et une longue rangée d’arcs sur colonnettes ouverte sur un jardin baigné de soleil."></p><p>La cloche sonne à une heure où vous n’avez pas l’habitude d’être réveillée. Dans le couloir de l’hôtellerie, une porte s’ouvre, des pas glissent sur le carrelage, puis plus rien. Dehors il fait encore nuit. Vous pouvez vous rendormir, personne ne viendra frapper. Ou bien vous enfiler un pull, traverser la cour froide et vous glisser au fond de l’église, où une trentaine de voix d’hommes, ou de femmes, psalmodient à mi-voix sous une seule lampe. C’est l’office des vigiles. Il a lieu chaque nuit, depuis des siècles, que vous soyez là ou non.</p>
<p>Une retraite dans une abbaye ne demande ni de croire ni de savoir prier. Elle demande d’accepter un rythme qui n’est pas le vôtre, et de vous taire plus longtemps que d’habitude. C’est parfois exactement ce qui manquait.</p>
<h2 id="ce-qu-est-une-hotellerie-monastique">Ce qu’est une hôtellerie monastique</h2>
<p>La Règle de saint Benoît, écrite au VI<sup>e</sup> siècle et suivie aujourd’hui encore par les bénédictins et les cisterciens, consacre un chapitre entier, le cinquante-troisième, à l’accueil des hôtes&nbsp;: ils doivent être reçus comme le Christ lui-même. De là vient l’hôtellerie, ce bâtiment ou cette aile du monastère où l’on loge ceux qui frappent à la porte. Un moine ou une moniale en a la charge, le père hôtelier ou la sœur hôtelière, et c’est à lui ou à elle que vous aurez affaire.</p>
<p>Ce n’est pas un hôtel. Les chambres sont simples, souvent un lit, une table, un crucifix, un lavabo et une fenêtre sur le jardin. Les repas se prennent selon les maisons au réfectoire des moines, en silence, pendant qu’un frère lit à voix haute, ou dans une salle à part réservée aux hôtes. On fait parfois son lit en partant, on débarrasse sa place. Personne ne vous demande si vous êtes baptisée, ni ce que vous venez chercher.</p>
<p>Une précision utile pour les lectrices&nbsp;: certains monastères d’hommes accueillent les femmes dans leur hôtellerie, d’autres seulement dans une maison voisine, et les monastères de moniales reçoivent souvent en priorité les femmes. Posez la question en réservant.</p>
<h2 id="choisir-son-abbaye-et-comment-reserver">Choisir son abbaye, et comment réserver</h2>
<p>La France compte un grand nombre de monastères qui reçoivent des retraitants. Quelques-uns, parmi les plus connus, donnent une idée de la diversité. À Solesmes, dans la Sarthe, les deux abbayes bénédictines, Saint-Pierre pour les moines et Sainte-Cécile pour les moniales, sont attachées depuis le XIX<sup>e</sup> siècle à la restauration du chant grégorien&#8239;; on vient de loin pour l’entendre. Sur l’île Saint-Honorat, au large de Cannes, l’abbaye de Lérins abrite des moines cisterciens sur une terre de monastères depuis le V<sup>e</sup> siècle&#8239;; on y arrive en bateau, entre les vignes et les pins. Près de Poitiers, l’abbaye de Ligugé se réclame de la fondation de saint Martin, au IV<sup>e</sup> siècle, et passe pour l’un des plus anciens monastères d’Occident. Dans le Tarn, au pied de la Montagne noire, les abbayes d’En-Calcat et de Sainte-Scholastique se font face, l’une de moines, l’autre de moniales.</p>
<p>D’autres traditions accueillent aussi. Taizé, en Saône-et-Loire, communauté œcuménique fondée par frère Roger en 1940, reçoit chaque semaine des jeunes venus du monde entier, mais aussi des adultes et des familles. En Dordogne, le Village des Pruniers, fondé en 1982 par le moine bouddhiste Thich Nhat Hanh, propose des retraites de méditation.</p>
<p>Pour réserver, passez par le site, le téléphone ou une lettre, selon les maisons, et prévoyez plusieurs semaines d’avance, bien davantage pour Noël, Pâques et l’été. Un séjour dure le plus souvent de deux nuits à une semaine. On arrive l’après-midi, de préférence avant les vêpres, et l’on prévient si l’on a du retard.</p>
<blockquote>
<p>Le premier soir, le silence fait un bruit énorme.</p>
</blockquote>
<h2 id="participation-libre-ce-que-cela-veut-dire">Participation libre, ce que cela veut dire</h2>
<p>Beaucoup d’hôtelleries ne fixent pas de prix. Elles parlent de participation libre, ou indiquent une somme conseillée par jour en pension complète, en général quelques dizaines d’euros. Le principe est simple&nbsp;: celles qui peuvent donner davantage aident à loger celles qui ne le peuvent pas. Donnez selon vos moyens réels, sans rougir si c’est peu. Une enveloppe laissée à l’hôtelier le dernier jour, ou un chèque à l’ordre de l’abbaye, suffit. Renseignez-vous sur les modalités au moment de réserver&#8239;; chaque maison a les siennes.</p>
<h2 id="une-journee-rythmee-par-les-offices">Une journée rythmée par les offices</h2>
<p>Les horaires changent d’un monastère à l’autre, mais la trame est la même chez les bénédictins. Les vigiles avant l’aube, les laudes au lever du jour, la messe en matinée, de courts offices à midi et en début d’après-midi, les vêpres à la tombée du jour, et enfin les complies, le soir, après lesquelles commence le grand silence, qui dure jusqu’au lendemain matin. Dans certaines abbayes, on chante en latin et en grégorien&#8239;; dans d’autres, en français. Les horaires sont affichés à l’hôtellerie.</p>
<p>Rien ne vous oblige à assister aux offices. Choisissez ceux qui vous conviennent. S’il ne fallait en garder que deux, prenez les vêpres et les complies, les plus faciles à suivre, et les plus beaux quand la nuit tombe. Entre deux offices, le temps est à vous&nbsp;: la bibliothèque, le parc, une marche dans les environs. La devise qu’on prête aux bénédictins, <em>ora et labora</em>, prie et travaille, laisse dans l’après-midi une place qu’on apprend vite à aimer.</p>
<h2 id="apprivoiser-le-silence">Apprivoiser le silence</h2>
<p>Le premier soir, le silence fait un bruit énorme. On entend son propre souffle, les canalisations, une porte au loin. On a envie de regarder son téléphone toutes les dix minutes. Éteignez-le, rangez-le au fond du sac, prenez un réveil de voyage. Le deuxième jour est souvent le plus difficile&nbsp;: l’ennui arrive, avec une fatigue que l’on ne soupçonnait pas. Dormez. Il est courant de passer les premiers jours surtout à dormir, et c’est déjà beaucoup.</p>
<p>Si vous en ressentez le besoin, demandez un entretien. Dans bien des communautés, on peut demander à parler avec un moine ou une moniale, une demi-heure, pour se poser une question ou simplement être écoutée. On n’y vient pas pour être convertie, et personne ne cherchera à le faire.</p>
<h2 id="ce-qu-on-y-trouve-meme-sans-croire">Ce qu’on y trouve, même sans croire</h2>
<p>On y trouve d’abord un rythme. Après trois jours, le corps a compris&nbsp;: il se réveille avant la cloche, il a faim à l’heure du repas, il s’endort après les complies. On y trouve aussi le plaisir rare d’un lieu où personne ne vend rien, où la beauté des voûtes et des voix est offerte sans contrepartie. Les non-croyantes y respectent simplement les usages&nbsp;: une tenue discrète, se lever quand la communauté se lève, garder le silence dans l’église et les couloirs.</p>
<p>Et l’on rentre avec une petite chose qu’on n’attendait pas, qui ressemble à de l’attention. Celles qui aiment marcher prolongent souvent l’expérience sur <a href="https://carnetdebal.fr/voyages/compostelle-au-feminin-premiers-pas-sur-le-chemin/">les chemins de Compostelle</a>, qui passent par plusieurs abbayes. Celles qui n’ont jamais voyagé seules trouveront aussi quelques conseils dans <a href="https://carnetdebal.fr/voyages/voyager-seule-le-guide-de-celles-qui-osent-partir/">notre guide pour partir seule</a>.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Retraite en abbaye, côté pratique</p><ul>
<li><strong>Réserver</strong>&nbsp;: par le site, le téléphone ou par lettre, plusieurs semaines à l’avance&#8239;; beaucoup plus tôt pour Noël, Pâques et l’été. Demandez où logent les femmes.</li>
<li><strong>Durée</strong>&nbsp;: de deux nuits à une semaine. Arrivée l’après-midi, avant les vêpres.</li>
<li><strong>Prix</strong>&nbsp;: participation libre ou somme indicative, en général quelques dizaines d’euros par jour en pension complète. Modalités propres à chaque maison.</li>
<li><strong>Dans la valise</strong>&nbsp;: vêtements chauds (les églises sont fraîches, même en été), chaussons, réveil, carnet, une tenue sobre.</li>
<li><strong>Offices</strong>&nbsp;: horaires affichés à l’hôtellerie, aucune obligation d’y assister.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/retraite-silencieuse-dans-une-abbaye-mode-d-emploi/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Ces femmes qui ont tout commencé après soixante ans</title><link>https://carnetdebal.fr/people/ces-femmes-qui-ont-tout-commence-apres-soixante-ans/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/people/ces-femmes-qui-ont-tout-commence-apres-soixante-ans/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 09:21:00 GMT</pubDate><dc:creator>Isabelle Moreau</dc:creator><category>People</category><description>Elles ont publié leur premier roman, exposé leur première toile ou trouvé leur public à l’âge où l’on est censé ranger ses affaires. Huit destins de femmes qui ont commencé tard, racontés à partir des faits, sans légende dorée.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/ces-femmes-qui-ont-tout-commence-apres-soixante-ans/1200.jpg" alt="Portrait en noir et blanc de Grandma Moses vers 1950 : vieille dame souriante aux cheveux relevés et aux lunettes rondes, assise, les mains croisées, en robe à pois."></p><p>On aime les histoires de génies précoces, les premiers romans à vingt ans, les Oscars à vingt-cinq. Elles sont belles, mais elles laissent entendre que tout se joue tôt. Les vies qui suivent racontent autre chose. Certaines de ces femmes n’avaient jamais créé avant soixante ans&#8239;; d’autres avaient travaillé toute leur vie dans l’ombre et n’ont été vues que très tard. Aucune n’a eu la tâche facile. Toutes ont commencé avec ce qu’elles avaient&nbsp;: un fauteuil, un crayon, des ciseaux, des mains abîmées.</p>
<p>Une précision avant de commencer. On cite souvent Julia Child dans ce genre de liste. C’est inexact&nbsp;: elle avait trente-six ans quand une sole meunière, à Rouen, lui a révélé la cuisine française, et quarante-neuf quand a paru <em>Mastering the Art of French Cooking</em>, en 1961. Elle a commencé tard pour son époque, mais avant cinquante ans. Les huit femmes qui suivent ont attendu, ou dû attendre, la soixantaine pour commencer ou pour être enfin vues.</p>
<h2 id="1-mary-delany-72-ans-des-fleurs-en-papier">1. Mary Delany, 72 ans&nbsp;: des fleurs en papier</h2>
<p>Anglaise, née en 1700, deux fois veuve, Mary Delany a passé sa vie dans le monde, à broder, dessiner, écrire des lettres. En 1772, à soixante-douze ans, elle remarque, selon le récit qu’on en a gardé, qu’un pétale de géranium ressemble à un morceau de papier rouge posé sur la table. Elle prend des ciseaux. Pendant dix ans, elle découpe et assemble de minuscules fragments de papier colorés sur fond noir pour reproduire des fleurs, avec une exactitude de botaniste. Elle en réalise près d’un millier, jusqu’à ce que sa vue l’abandonne. Ces «&nbsp;mosaïques de papier&nbsp;» sont aujourd’hui conservées au British Museum, et on les regarde encore avec stupeur.</p>
<h2 id="2-laura-ingalls-wilder-65-ans-la-petite-maison">2. Laura Ingalls Wilder, 65 ans&nbsp;: la petite maison</h2>
<p>Laura Ingalls Wilder a grandi dans les chariots de pionniers, puis a été institutrice, fermière, épouse et mère dans le Missouri. Elle écrit quelques chroniques pour un journal agricole. C’est en 1932, à soixante-cinq ans, qu’elle publie <em>La Petite Maison dans les grands bois</em>, premier volume d’une série tirée de son enfance, écrite au crayon dans des cahiers d’écolier, avec l’aide de sa fille Rose Wilder Lane, journaliste. Huit livres paraissent de son vivant. Des générations de lectrices les ont dévorés, et la série télévisée <em>La Petite Maison dans la prairie</em> les a rendus célèbres dans le monde entier à partir de 1974. Laura avait alors disparu depuis longtemps&nbsp;: elle est morte en 1957, à quatre-vingt-dix ans.</p>
<h2 id="3-grandma-moses-78-ans-peindre-quand-on-ne-peut-plus-broder">3. Grandma Moses, 78 ans&nbsp;: peindre quand on ne peut plus broder</h2>
<p>Anna Mary Robertson Moses a passé l’essentiel de sa vie dans des fermes de l’État de New York et de Virginie. Elle brodait. Vers soixante-dix-huit ans, l’arthrite rend l’aiguille trop douloureuse&#8239;; elle passe au pinceau. En 1938, un collectionneur, Louis Caldor, aperçoit ses tableaux dans la vitrine d’une pharmacie de Hoosick Falls et les achète. Deux ans plus tard, une galerie new-yorkaise lui consacre sa première exposition personnelle. Elle a quatre-vingts ans. Ses scènes de campagne enneigée, de moissons et de fêtes de village font d’elle l’une des peintres les plus populaires d’Amérique. Elle peint jusqu’au bout et meurt en 1961, à cent un ans.</p>
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<p>Toutes ont commencé avec ce qu’elles avaient&nbsp;: un fauteuil, un crayon, des ciseaux, des mains abîmées.</p>
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<h2 id="4-penelope-fitzgerald-60-ans-un-premier-roman-puis-le-booker">4. Penelope Fitzgerald, 60 ans&nbsp;: un premier roman, puis le Booker</h2>
<p>Penelope Fitzgerald a été libraire, professeure, mère de trois enfants, et a vécu un temps sur une péniche de la Tamise qui a fini par couler. Son premier roman, <em>The Golden Child</em>, paraît en 1977, quand elle a soixante ans. Deux ans plus tard, en 1979, <em>Offshore</em>, inspiré justement de sa vie sur la péniche, remporte le Booker Prize. Elle écrira encore six romans brefs, précis, drôles, dont <em>La Fleur bleue</em> (1995), consacré au poète Novalis, que beaucoup tiennent pour son chef-d’œuvre. Elle prouve qu’on peut entrer en littérature tard et y entrer par la grande porte.</p>
<h2 id="5-mary-wesley-70-ans-le-scandale-tranquille">5. Mary Wesley, 70 ans&nbsp;: le scandale tranquille</h2>
<p>Après deux livres pour enfants, l’Anglaise Mary Wesley publie son premier roman pour adultes, <em>Jumping the Queue</em>, en 1983. Elle a soixante-dix ans. Suivent <em>The Camomile Lawn</em> (1984) et plusieurs autres, qui en font l’une des romancières les plus lues de Grande-Bretagne. Ses livres parlent de désir, d’adultère, de familles bancales, avec une franchise qui surprend chez une dame de son âge. C’est justement ce qui plaît&nbsp;: elle écrit comme quelqu’un qui n’a plus rien à prouver.</p>
<h2 id="6-louise-bourgeois-70-ans-la-reconnaissance-enfin">6. Louise Bourgeois, 70 ans&nbsp;: la reconnaissance, enfin</h2>
<p>Louise Bourgeois, elle, n’a pas commencé tard. Née à Paris en 1911, installée à New York en 1938, elle sculpte depuis des décennies quand le Museum of Modern Art lui consacre une rétrospective en 1982. Elle a soixante-dix ans, et c’est le début de la gloire. Elle représente les États-Unis à la Biennale de Venise en 1993, reçoit le Lion d’or pour l’ensemble de son œuvre en 1999, l’année où elle conçoit <em>Maman</em>, l’araignée géante devenue sa signature. En 2000, elle inaugure le grand hall de la Tate Modern, à Londres. Elle travaille jusqu’à sa mort, en 2010, à quatre-vingt-dix-huit ans. Son cas rappelle qu’un talent invisible n’est pas un talent absent. Notre grand format <a href="https://carnetdebal.fr/societe/ce-que-chaque-age-sait-que-les-autres-ignorent/">Ce que chaque âge sait que les autres ignorent</a> revient sur ces savoirs qu’on n’acquiert qu’avec le temps.</p>
<h2 id="7-iris-apfel-84-ans-devenir-une-icone">7. Iris Apfel, 84 ans&nbsp;: devenir une icône</h2>
<p>Pendant des décennies, Iris Apfel a dirigé avec son mari, Carl, une entreprise de tissus d’ameublement, Old World Weavers, et participé à la restauration de pièces de la Maison-Blanche sous plusieurs présidents. Elle s’habillait déjà comme personne&nbsp;: bracelets empilés, colliers énormes, lunettes rondes démesurées. En 2005, le Costume Institute du Metropolitan Museum de New York expose sa garde-robe sous le titre <em>Rara Avis</em>. Elle a quatre-vingt-quatre ans et devient, du jour au lendemain, une figure de la mode. Le cinéaste Albert Maysles lui consacre un documentaire, <em>Iris</em>, en 2014&#8239;; elle signe un contrat avec une agence de mannequins à quatre-vingt-dix-sept ans. Elle meurt en 2024, à cent deux ans. Si son audace vous inspire, lisez <a href="https://carnetdebal.fr/mode/s-habiller-apres-soixante-ans-la-fin-des-interdits/">S’habiller après soixante ans&nbsp;: la fin des interdits</a>.</p>
<h2 id="8-carmen-herrera-89-ans-la-premiere-toile-vendue">8. Carmen Herrera, 89 ans&nbsp;: la première toile vendue</h2>
<p>Née à La Havane en 1915, installée à New York, Carmen Herrera peint depuis les années 1940 des toiles abstraites aux lignes nettes et aux couleurs franches. Pendant soixante ans, presque personne ne les achète, ni ne les expose. Elle vend sa première toile en 2004, à quatre-vingt-neuf ans. Les musées se réveillent alors&nbsp;: le Whitney Museum de New York lui consacre une grande exposition en 2016, elle a cent un ans. Elle meurt en 2022, à cent six ans, en ayant peint jusqu’à la fin.</p>
<h2 id="ce-que-ces-vies-disent-vraiment">Ce que ces vies disent vraiment</h2>
<p>Il serait trop facile d’en tirer une morale de calendrier, du genre «&nbsp;il n’est jamais trop tard&nbsp;». Ces femmes n’ont pas commencé tard par goût de l’exploit. Le plus souvent, elles n’avaient pas eu le temps avant&nbsp;: les enfants, la ferme, le mari, le travail, la guerre. Ou bien elles travaillaient déjà, mais personne ne regardait. Leurs histoires racontent autant la patience que l’injustice.</p>
<p>Elles disent aussi une chose plus réjouissante. À soixante-dix ou quatre-vingts ans, on a parfois ce qui manquait à vingt&nbsp;: du temps, une indifférence au jugement d’autrui, une mémoire pleine. Mary Delany avait regardé des fleurs toute sa vie. Laura Ingalls Wilder avait gardé intacts ses souvenirs de prairie. Elles n’ont pas commencé de zéro. Elles ont commencé de très loin.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Pour aller plus loin</p><ul>
<li><em>La Petite Maison dans les grands bois</em>, Laura Ingalls Wilder (1932), premier volume de la série.</li>
<li><em>Offshore</em>, Penelope Fitzgerald (1979), Booker Prize.</li>
<li><em>La Fleur bleue</em>, Penelope Fitzgerald (1995).</li>
<li><em>Iris</em>, documentaire d’Albert Maysles (2014).</li>
<li>Les mosaïques de papier de Mary Delany, consultables en ligne dans les collections du British Museum.</li>
</ul>
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]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/ces-femmes-qui-ont-tout-commence-apres-soixante-ans/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Les dix pièces d’un vestiaire d’automne qui dure</title><link>https://carnetdebal.fr/mode/les-dix-pieces-d-un-vestiaire-d-automne-qui-dure/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/mode/les-dix-pieces-d-un-vestiaire-d-automne-qui-dure/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 09:09:00 GMT</pubDate><dc:creator>Laura Thomas</dc:creator><category>Mode</category><description>Un vestiaire d’automne qui tient des années repose sur une dizaine de pièces bien choisies, pas sur la tendance du mois. Voici les dix nôtres, avec pour chacune ce qui la justifie, les critères pour la choisir et une idée honnête de son prix, en neuf comme en seconde main.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/les-dix-pieces-d-un-vestiaire-d-automne-qui-dure/1200.jpg" alt="Derrière une vitrine, des portants de vêtements aux tons d’automne, crème, camel, ocre et kaki, éclairés par des ampoules chaudes."></p><p>Un vêtement cher qu’on porte deux cents fois revient moins cher qu’un vêtement bon marché qu’on porte trois fois. Ce calcul, le «&nbsp;coût par port&nbsp;» (les Anglo-Saxons disent <em>cost per wear</em>), est le seul qui compte vraiment quand on construit un vestiaire. Il explique la liste qui suit&nbsp;: dix pièces qui se combinent entre elles et vont aussi bien à vingt-cinq qu’à soixante-quinze ans.</p>
<p>Les prix indiqués sont des ordres de grandeur, arrondis, pour du neuf de qualité correcte. La plupart de ces pièces se trouvent pour beaucoup moins cher en seconde main, et nous expliquons <a href="https://carnetdebal.fr/mode/seconde-main-l-art-de-chiner-sans-se-ruiner/">comment les dénicher</a>.</p>
<h2 id="1-le-manteau-de-laine">1. Le manteau de laine</h2>
<p><strong>Pourquoi.</strong> C’est la pièce qui fait la silhouette de novembre à mars, celle qu’on voit en premier. Un bon manteau de laine dure dix ans, souvent davantage.</p>
<p><strong>Comment le choisir.</strong> Lisez l’étiquette&nbsp;: au moins 70&nbsp;% de laine, sans quoi il tient moins chaud et perd sa forme. Préférez une coupe droite, assez ample pour accueillir un pull épais, et une couleur qui va avec tout le reste&nbsp;: camel, marine, gris anthracite, noir. Vérifiez les épaules avec un pull dessous.</p>
<p><strong>Prix.</strong> De 150 à 400 euros environ en neuf&#8239;; de 30 à 120 euros en seconde main.</p>
<h2 id="2-le-trench">2. Le trench</h2>
<p><strong>Pourquoi.</strong> Il couvre les mi-saisons, celles où le manteau est trop chaud et la veste trop légère. Il pare la pluie d’octobre et celle d’avril.</p>
<p><strong>Comment le choisir.</strong> Une gabardine de coton dense et des épaules justes. Son histoire et les critères détaillés sont dans <a href="https://carnetdebal.fr/mode/pourquoi-le-trench-a-survecu-a-cent-ans-de-modes/">notre article consacré au trench</a>.</p>
<p><strong>Prix.</strong> De 100 à 500 euros selon la toile et les finitions.</p>
<h2 id="3-le-pull-fin-en-merinos">3. Le pull fin en mérinos</h2>
<p><strong>Pourquoi.</strong> Il se glisse sous une veste comme sous un manteau. La laine mérinos régule la chaleur et retient peu les odeurs&nbsp;: on peut la porter plusieurs fois avant de la laver.</p>
<p><strong>Comment le choisir.</strong> Une jauge fine, un col rond ou en V selon votre visage, des côtes bien serrées aux poignets et à la taille. Prenez-en deux, dans des couleurs neutres que vous aimez porter près du visage.</p>
<p><strong>Prix.</strong> De 50 à 120 euros.</p>
<h2 id="4-le-gros-pull-ou-le-cardigan-epais">4. Le gros pull ou le cardigan épais</h2>
<p><strong>Pourquoi.</strong> C’est le vêtement du dimanche et des soirées où le chauffage n’est pas encore allumé. Il remplace une veste à la maison et sous un grand manteau dehors.</p>
<p><strong>Comment le choisir.</strong> Une laine qui a du corps&nbsp;: shetland, lambswool (laine d’agneau) ou un mélange avec un peu d’alpaga. Un tricot torsadé ou côtelé bien serré se déforme moins. Le cardigan à boutons a un avantage pratique&nbsp;: il s’ouvre quand on a trop chaud.</p>
<p><strong>Prix.</strong> De 60 à 150 euros.</p>
<h2 id="5-la-chemise-en-coton">5. La chemise en coton</h2>
<p><strong>Pourquoi.</strong> Blanche ou bleu ciel, elle se porte seule ou sous un pull dont le col dépasse. Elle habille un jean et détend un tailleur.</p>
<p><strong>Comment le choisir.</strong> La popeline est lisse et nette&#8239;; l’oxford, plus épais, se froisse plus joliment et convient mieux à l’automne. Regardez le col (il doit tenir sans baleines en plastique qui se tordent au lavage) et les boutons, cousus serré.</p>
<p><strong>Prix.</strong> De 40 à 100 euros.</p>
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<p>Un vêtement cher qu’on porte deux cents fois revient moins cher qu’un vêtement bon marché qu’on porte trois fois.</p>
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<h2 id="6-le-pantalon-droit-en-laine">6. Le pantalon droit en laine</h2>
<p><strong>Pourquoi.</strong> Le pantalon de flanelle grise est l’un des vêtements les plus polyvalents qui soient&nbsp;: avec des mocassins au bureau comme avec des baskets le week-end.</p>
<p><strong>Comment le choisir.</strong> Choisissez une laine qui tombe bien et une jambe droite ou légèrement large&#8239;; la hauteur de taille dépend de votre corps. S’il n’est pas doublé et que la laine pique, une doublure peut être ajoutée par une retoucheuse. Faites faire l’ourlet à la hauteur des chaussures que vous porterez le plus.</p>
<p><strong>Prix.</strong> De 80 à 200 euros.</p>
<h2 id="7-le-jean-brut-droit">7. Le jean brut droit</h2>
<p><strong>Pourquoi.</strong> Foncé et sans délavage, il se porte comme un pantalon habillé autant qu’un pantalon du dimanche.</p>
<p><strong>Comment le choisir.</strong> Un denim épais, avec peu ou pas d’élasthanne&nbsp;: il se fera à votre corps au lieu de se détendre au fil de la journée. Une coupe droite, ni slim ni très évasée, traverse les modes sans dommage. Lavez-le rarement, à l’envers et à froid.</p>
<p><strong>Prix.</strong> De 60 à 120 euros.</p>
<h2 id="8-la-jupe-mi-longue">8. La jupe mi-longue</h2>
<p><strong>Pourquoi.</strong> Avec des bottines et des collants opaques, elle est aussi chaude qu’un pantalon et donne une autre allure à un pull tout simple.</p>
<p><strong>Comment la choisir.</strong> En laine ou en velours côtelé, droite ou plissée, elle doit bouger quand vous marchez. Une longueur sous le genou ou à mi-mollet va à toutes les morphologies&#8239;; vérifiez qu’elle reste confortable une fois assise.</p>
<p><strong>Prix.</strong> De 50 à 150 euros.</p>
<h2 id="9-les-bottines-en-cuir">9. Les bottines en cuir</h2>
<p><strong>Pourquoi.</strong> Elles vont avec la jupe comme avec le jean, et elles tiennent les chevilles au chaud.</p>
<p><strong>Comment les choisir.</strong> Un cuir pleine fleur, qui se patine au lieu de se craqueler, et une semelle cousue plutôt que collée&nbsp;: elle pourra être remplacée chez le cordonnier, ce qui double la vie de la chaussure. Un talon large, de trois à cinq centimètres, se porte toute la journée. Une fermeture éclair intérieure facilite la vie à tout âge.</p>
<p><strong>Prix.</strong> De 120 à 300 euros&#8239;; comptez quelques dizaines d’euros pour un ressemelage.</p>
<h2 id="10-la-grande-echarpe-en-laine">10. La grande écharpe en laine</h2>
<p><strong>Pourquoi.</strong> Elle réchauffe plus qu’on ne croit, et elle met de la couleur près du visage quand tout le reste est neutre. C’est la pièce où l’on peut se permettre la fantaisie&nbsp;: un rouge franc ou un tartan.</p>
<p><strong>Comment la choisir.</strong> Assez longue pour faire deux tours, en laine ou en cachemire. Un tissage serré bouloche moins.</p>
<p><strong>Prix.</strong> De 30 à 100 euros.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Où mettre l’argent, où l’économiser</p><ul>
<li>À privilégier&nbsp;: le manteau, les bottines, le pantalon de laine. Ce sont les pièces qui s’usent le plus et se voient le plus.</li>
<li>À économiser&nbsp;: la chemise et le pull fin, faciles à trouver en bon état d’occasion.</li>
<li>À ne pas acheter neuf si possible&nbsp;: le trench et le gros pull, souvent mieux faits en seconde main.</li>
<li>À garder pour la fin&nbsp;: l’écharpe, la touche personnelle, qui change tout le reste.</li>
</ul>
</blockquote>
<h2 id="et-le-reste">Et le reste&#8239;?</h2>
<p>Rien n’empêche d’ajouter chaque saison une pièce de fantaisie qui vous amuse. Simplement, elle viendra se poser sur ces dix-là, et non les remplacer. Si votre penderie contient déjà la moitié de cette liste, commencez par la pièce qui vous manque le plus en novembre, quand il fait froid pour de bon. C’est presque toujours le manteau.</p>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/les-dix-pieces-d-un-vestiaire-d-automne-qui-dure/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Aimer après cinquante ans : ce qui change, et ce qui ne change pas</title><link>https://carnetdebal.fr/amour/aimer-apres-cinquante-ans-ce-qui-change-et-ce-qui-ne-change-pas/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/amour/aimer-apres-cinquante-ans-ce-qui-change-et-ce-qui-ne-change-pas/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 08:39:00 GMT</pubDate><dc:creator>Irina Malkova</dc:creator><category>Amour &amp; sexo</category><description>On ne tombe pas amoureuse à cinquante-huit ans comme à vingt-cinq : il y a des enfants adultes, une maison, des habitudes et parfois un veuvage. Mais le trac du premier rendez-vous, lui, n’a pas pris une ride. Aimer après cinquante ans, mode d’emploi franc et tendre.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/aimer-apres-cinquante-ans-ce-qui-change-et-ce-qui-ne-change-pas/1200.jpg" alt="Vus de dos, un homme et une femme âgés, coiffés de chapeaux de paille, sont assis sur un banc face à une vaste étendue d’eau bordée de montagnes ; un chien roux est couché à côté du banc."></p><p>Elle a cinquante-sept ans, deux enfants qui ont quitté la maison, un divorce derrière elle, et elle vient d’accepter un deuxième dîner avec un homme rencontré au club de randonnée. Elle a changé trois fois de chemisier. Elle a pensé à annuler. Elle s’est trouvée ridicule d’avoir le cœur qui bat comme à dix-sept ans, puis elle s’est dit que c’était plutôt bon signe.</p>
<p>Ce personnage n’existe pas, mais vous la connaissez sans doute. Peut-être même lui ressemblez-vous. Les histoires d’amour après cinquante ans n’ont rien d’exceptionnel, et pourtant on en parle comme d’une curiosité, avec un petit sourire en coin. Parlons-en plutôt sérieusement, ce qui n’empêche pas d’en sourire.</p>
<h2 id="la-rencontre-a-change-de-decor">La rencontre a changé de décor</h2>
<p>Il y a d’abord une réalité démographique. Les séparations tardives sont devenues fréquentes. Aux États-Unis, les sociologues Susan Brown et I-Fen Lin ont montré en 2012 que le taux de divorce des plus de cinquante ans avait doublé entre 1990 et 2010. Elles parlent de «&nbsp;gray divorce&nbsp;», le divorce aux cheveux gris. À cela s’ajoutent les veuvages, et une espérance de vie qui laisse devant soi, à cinquante-cinq ans, de longues années à vivre. Assez pour une nouvelle histoire, voire deux.</p>
<p>Où se rencontre-t-on&#8239;? Un peu partout, et surtout là où l’on fait quelque chose ensemble&nbsp;: une association, une chorale, un cours de danse, un voyage en groupe, le cercle d’amis d’amis. Les sites et applications de rencontre attirent aussi beaucoup de quinquagénaires et de sexagénaires, avec leurs bonheurs et leurs lassitudes&#8239;; nous leur consacrons un article à part, sur <a href="https://carnetdebal.fr/amour/fatigue-des-applications-de-rencontre-comment-s-en-sortir/">la fatigue des applications de rencontre</a>.</p>
<p>Ce qui change le plus, c’est vous. À cinquante ans passés, on sait à peu près ce qu’on ne supporte plus. On n’a plus de projet de bébé à caser dans un calendrier, plus de carrière à construire en urgence. On peut se permettre de demander dès le troisième rendez-vous&nbsp;: que cherches-tu, au juste&#8239;? Une compagnie pour les dimanches, un amoureux du vendredi soir, quelqu’un avec qui vieillir&#8239;? Toutes ces réponses sont légitimes. Mieux vaut seulement qu’elles concordent.</p>
<h2 id="les-enfants-meme-adultes-restent-des-enfants">Les enfants, même adultes, restent des enfants</h2>
<p>On imagine que des enfants de trente ans accueilleront avec philosophie la nouvelle histoire de leur mère. C’est parfois le cas. C’est parfois aussi le moment où une fille de trente-deux ans se met à bouder comme à douze.</p>
<p>Les ressorts sont connus. La loyauté envers l’autre parent, surtout après un veuvage, quand le nouveau venu semble prendre une place sacrée. La peur, rarement avouée, pour l’héritage. Une gêne aussi, toute simple&nbsp;: il n’est jamais facile de voir ses parents comme des êtres qui désirent.</p>
<p>Quelques principes aident. Annoncer plutôt que demander la permission&nbsp;: vous n’avez pas à obtenir leur bénédiction, mais vous leur devez la franchise. Laisser du temps avant les grandes présentations, et choisir un terrain neutre, un déjeuner au restaurant plutôt qu’un Noël en famille. Ne pas exiger qu’ils aiment d’emblée la personne que vous aimez. Et rassurer, par des actes plutôt que par des promesses, sur la question du patrimoine.</p>
<h2 id="parler-d-argent-sans-tuer-l-amour">Parler d’argent sans tuer l’amour</h2>
<p>C’est le chapitre que personne n’aime ouvrir, et pourtant il protège tout le monde. Après cinquante ans, chacun arrive avec un logement, une épargne, une retraite à venir, des enfants à qui l’on veut transmettre. Le cadre juridique choisi change tout.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Mariage, pacs, union libre&nbsp;: ce qui change</p><ul>
<li><strong>Mariage</strong>&nbsp;: le conjoint survivant est héritier et exonéré de droits de succession. Il peut, sous conditions, toucher une pension de réversion. Le contrat de mariage, souvent la séparation de biens à cet âge, se signe chez le notaire.</li>
<li><strong>Pacs</strong>&nbsp;: le partenaire n’hérite pas sans testament. S’il est désigné par testament, il est exonéré de droits de succession. Pas de pension de réversion.</li>
<li><strong>Union libre</strong>&nbsp;: aucun droit à l’héritage. Ce que l’on lègue à son concubin par testament est taxé à 60&nbsp;%, après un faible abattement.</li>
<li><strong>Dans tous les cas</strong>, les enfants restent héritiers réservataires&nbsp;: on ne peut pas les déshériter entièrement.</li>
<li>Ces règles sont complexes et évoluent&nbsp;: un rendez-vous chez le notaire s’impose avant toute décision.</li>
</ul>
</blockquote>
<p>Ces règles ont des conséquences très concrètes. Une femme qui s’installe dans la maison de son compagnon, sans mariage ni testament, peut se retrouver à devoir la quitter s’il meurt, face à des enfants qui ne la connaissent qu’à peine. À l’inverse, un remariage sans précaution peut léser les enfants d’une première union. Le notaire a mauvaise réputation chez les romantiques. C’est pourtant lui qui permet souvent à une histoire d’amour de ne pas finir au tribunal.</p>
<h2 id="vivre-ensemble-ou-chacun-chez-soi">Vivre ensemble, ou chacun chez soi</h2>
<p>Voici peut-être la plus grande liberté de l’amour tardif&nbsp;: rien n’oblige à partager le même toit. Les sociologues parlent de couples «&nbsp;non cohabitants&nbsp;», les Anglo-Saxons de <em>living apart together</em>. Chacun garde son appartement, ses habitudes, son désordre ou son ordre maniaque, sa chambre pour accueillir les petits-enfants. On se retrouve le week-end, ou trois soirs par semaine, ou pour les vacances.</p>
<p>Ce choix n’a rien d’un amour au rabais. Il évite de mêler les patrimoines, ménage les susceptibilités familiales et préserve ce qui a pris des années à se construire. Il entretient aussi, Esther Perel ne dirait pas le contraire, ce petit espace dont le désir a besoin&nbsp;: nous en parlons dans <a href="https://carnetdebal.fr/amour/le-desir-dans-les-couples-qui-durent/">notre article sur le désir dans les couples qui durent</a>.</p>
<p>Celles qui choisissent la vie commune ont tout à gagner à discuter des détails avant le déménagement, sans romantisme. Qui paie quoi, à qui appartient quoi, dans quelle ville, avec quels meubles. Et la chambre à part, si l’un ronfle et que l’autre lit jusqu’à 2 heures du matin&nbsp;: elle n’a jamais signé la fin d’une histoire, elle en a peut-être sauvé quelques-unes.</p>
<h2 id="le-desir-toujours-la">Le désir, toujours là</h2>
<p>On voudrait nous faire croire que la sexualité prend sa retraite à soixante ans. Elle change de rythme, voilà tout. Le corps a ses nouvelles exigences&nbsp;: les érections sont moins automatiques chez lui, la lubrification moins spontanée chez elle après la ménopause, et tout prend un peu plus de temps. Ce temps, justement, beaucoup de femmes le découvrent avec plaisir. On ne se presse plus, on se parle davantage, et l’on rit plus volontiers des maladresses.</p>
<p>Un mot moins glamour, mais nécessaire&nbsp;: le préservatif n’est pas réservé aux jeunes. L’absence de risque de grossesse ne protège d’aucune infection sexuellement transmissible. Un dépistage à deux en début de relation, chez son médecin ou dans un centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD), relève du soin mutuel plutôt que de la méfiance. Pour les questions liées aux bouleversements hormonaux, notre article <a href="https://carnetdebal.fr/amour/menopause-et-sexualite-ce-que-personne-ne-vous-a-dit/">Ménopause et sexualité&nbsp;: ce que personne ne vous a dit</a> entre dans le détail.</p>
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<p>À cinquante-cinq ans, rencontrer quelqu’un, c’est rencontrer une vie entière, avec ses enfants, ses morts et ses meubles.</p>
</blockquote>
<h2 id="ce-qui-ne-change-pas">Ce qui ne change pas</h2>
<p>En 1988, Benoîte Groult, alors âgée de soixante-huit ans, publiait <em>Les Vaisseaux du cœur</em>, l’histoire d’un amour charnel qui traverse les décennies entre une intellectuelle parisienne et un marin breton. Les scènes d’amour firent jaser&nbsp;: une femme de cet âge écrivait le désir sans détour. Le livre devint un succès. Il rappelait une évidence qu’on oublie volontiers&nbsp;: l’envie d’être choisie, regardée, touchée ne dépend pas de la date de naissance.</p>
<p>Le trac du premier rendez-vous non plus. Ni l’attente d’un message, ni le plaisir idiot de penser à quelqu’un en faisant ses courses. La femme au chemisier changé trois fois a eu raison d’y aller. La suite ne regarde qu’elle.</p>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/aimer-apres-cinquante-ans-ce-qui-change-et-ce-qui-ne-change-pas/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Mercure et Vénus rétrogrades jusqu’au 13 novembre : le mode d’emploi</title><link>https://carnetdebal.fr/astro/mercure-et-venus-retrogrades-jusqu-au-13-novembre/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/astro/mercure-et-venus-retrogrades-jusqu-au-13-novembre/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 08:33:00 GMT</pubDate><dc:creator>Salomé de Visconti</dc:creator><category>Astro</category><description>Vénus recule depuis le 3 octobre, Mercure l’a rejointe le 24. Les deux planètes repartent en marche directe le 13 novembre, à quelques heures d’écart. D’ici là, rien n’est perdu : tout se relit. Le calendrier exact, et ce qu’il dit à chaque signe.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/mercure-et-venus-retrogrades-jusqu-au-13-novembre/1200.jpg" alt="Au crépuscule, sur un plateau désertique, trois silhouettes marchent entre deux coupoles de télescopes ; dans le ciel bleu nuit, au-dessus d’un horizon orangé, brillent trois minuscules points de lumière, des planètes."></p><p>Aucune planète ne recule jamais. Mercure et Vénus tournent autour du Soleil dans le même sens depuis des milliards d’années, et continueront. Mais vues de la Terre, qui tourne elle aussi, elles semblent par moments s’arrêter sur le fond des étoiles, faire demi-tour, puis repartir. Les astronomes appellent cela un mouvement rétrograde apparent. Les astrologues, eux, en ont fait un des moments les plus commentés du calendrier.</p>
<p>Mercure le fait environ trois fois par an, pendant trois semaines. Vénus est plus rare&nbsp;: une fois tous les dix-neuf mois environ, pendant six semaines. Cet automne, les deux périodes se chevauchent, et c’est ce chevauchement qui donne à la fin d’octobre son air de disque rayé.</p>
<blockquote>
<p>Aucune planète ne recule jamais&nbsp;: c’est notre point de vue qui tourne.</p>
</blockquote>
<h2 id="venus-retrograde-du-scorpion-a-la-balance">Vénus rétrograde, du Scorpion à la Balance</h2>
<p>Vénus s’est arrêtée le 3 octobre à 8° 29′ du Scorpion, puis a reculé. Le 24 octobre, elle est passée exactement entre la Terre et le Soleil&nbsp;: c’est la conjonction inférieure, le moment où l’étoile du soir disparaît pour renaître, quelques jours plus tard, en étoile du matin. Le 25 octobre, elle a repassé la frontière de la Balance, et elle y reprendra sa marche directe dans la nuit du 13 au 14 novembre, à 22° 52′ de ce signe.</p>
<p>Vénus parle d’amour, mais aussi d’argent, de goût, de ce qu’on trouve beau et de ce qu’on est prête à payer pour l’avoir. Quand elle recule, la tradition conseille de différer les grands achats de plaisir (le manteau hors de prix, la teinture radicale) et de se méfier des coups de foudre trop pressés. En revanche, c’est un temps béni pour les retrouvailles. Un ancien amour qui reparaît, une amie perdue de vue qu’on recroise au marché&nbsp;: Vénus rétrograde aime ce qui revient.</p>
<p>Le 4 novembre, elle forme un sextile à Jupiter, en Lion&#8239;; le 28, une fois redevenue directe, elle refait exactement le même aspect. Ce qui s’amorce le 4 a donc toutes les chances d’être confirmé à la fin du mois. Entre les deux, le 10 novembre, un sextile à Mars apporte un peu d’audace&nbsp;: bon jour pour proposer un rendez-vous, ou pour demander une augmentation sans s’excuser.</p>
<h2 id="mercure-retrograde-en-scorpion-trois-semaines-pour-relire">Mercure rétrograde en Scorpion, trois semaines pour relire</h2>
<p>Mercure, lui, s’est arrêté le 24 octobre à 20° 59′ du Scorpion. Il recule jusqu’au 13 novembre, où il reprend sa marche directe vers 17 heures, à 5° 02′ du même signe. Toute sa rétrogradation se joue donc en Scorpion, signe des secrets et des fonds de tiroir.</p>
<p>Le 30 octobre, jour de parution de cet article, Mercure forme un carré exact à Mars, 18 degrés du Scorpion contre 18 degrés du Lion. Les mots vont plus vite que la pensée&nbsp;: un message écrit à chaud ce soir gagnera à dormir dans les brouillons. Le 4 novembre, Mercure passe à son tour entre la Terre et le Soleil, à 12 degrés du Scorpion. Les astrologues appellent ce moment cazimi, «&nbsp;au cœur du Soleil&nbsp;», et le tiennent pour l’instant le plus lucide de la rétrogradation&nbsp;: une idée qui vous vient ce jour-là mérite d’être notée.</p>
<p>Quand il repart, le 13, Mercure se trouve à moins de deux degrés d’un carré à Pluton. Les vérités qui sortent ce jour-là ne sont pas forcément agréables, mais elles sont utiles.</p>
<p>Que faire, concrètement, de ces trois semaines&#8239;? Sauvegarder son téléphone, relire un contrat ligne à ligne. Et, plus intéressant, reprendre une conversation interrompue. Mercure rétrograde n’interdit rien. Il redonne une seconde chance à ce qui a été mal dit.</p>
<h2 id="la-sortie-de-l-ombre-plus-lente-qu-on-ne-croit">La sortie de l’ombre, plus lente qu’on ne croit</h2>
<p>Une planète qui redevient directe doit encore parcourir le terrain qu’elle a perdu. Mercure retrouvera ses 21 degrés du Scorpion le 30 novembre&#8239;; c’est la fin de ce que les astrologues nomment sa zone d’ombre. Il entrera en Sagittaire le 6 décembre. Vénus, plus lente, regagnera le Scorpion le 4 décembre et ne retrouvera son point de départ que le 16 décembre. Les décisions sentimentales ou financières mûries pendant la rétrogradation peuvent donc attendre la mi-décembre pour être signées, sans que rien ne soit perdu.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Les dates clés des deux rétrogradations</p><ul>
<li>3 octobre&nbsp;: Vénus devient rétrograde à 8° 29′ du Scorpion.</li>
<li>24 octobre&nbsp;: Mercure devient rétrograde à 20° 59′ du Scorpion&#8239;; Vénus passe entre la Terre et le Soleil.</li>
<li>25 octobre&nbsp;: Vénus revient en Balance.</li>
<li>30 octobre&nbsp;: carré exact de Mercure à Mars.</li>
<li>4 novembre&nbsp;: Mercure au cœur du Soleil&#8239;; sextile de Vénus à Jupiter.</li>
<li>10 novembre&nbsp;: sextile de Vénus à Mars.</li>
<li>13 novembre, vers 17 h&nbsp;: Mercure redevient direct.</li>
<li>Nuit du 13 au 14 novembre&nbsp;: Vénus redevient directe.</li>
<li>28 novembre&nbsp;: second sextile de Vénus à Jupiter.</li>
<li>30 novembre&nbsp;: Mercure sort de sa zone d’ombre.</li>
<li>16 décembre&nbsp;: Vénus sort de la sienne.</li>
</ul>
</blockquote>
<h2 id="signe-par-signe-ce-que-la-double-retrogradation-vous-demande">Signe par signe, ce que la double rétrogradation vous demande</h2>
<p><strong>Bélier.</strong> Mercure recule dans votre secteur de l’argent partagé&nbsp;: impôts et comptes communs. Vérifiez les virements. Vénus rétrograde en Balance, face à vous, remet le couple au centre&#8239;; un vieux reproche ressort, mieux vaut l’entendre jusqu’au bout.</p>
<p><strong>Taureau.</strong> Mercure recule face à vous&nbsp;: les contrats et les promesses d’autrui sont à relire. Vénus, votre planète, travaille dans le secteur du quotidien et de la santé. Reprenez un rendez-vous médical repoussé depuis l’été.</p>
<p><strong>Gémeaux.</strong> Votre planète recule dans le domaine du travail&nbsp;: un dossier qu’on croyait bouclé revient sur le bureau, et c’est tant mieux, il était mal ficelé. Vénus en Balance rallume une histoire de cœur, ou un loisir abandonné.</p>
<p><strong>Cancer.</strong> Mercure rétrograde dans votre secteur des amours et des enfants&nbsp;: relisez les lettres anciennes, retrouvez un jeu qu’on faisait ensemble. Vénus recule au cœur de la maison&#8239;; reportez l’achat du canapé, pas le dîner de réconciliation.</p>
<p><strong>Lion.</strong> Le carré de Mercure à Mars, le 30 octobre, tombe sur vous et sur votre famille. Parlez moins fort que d’habitude ce soir-là. Vénus en Balance adoucit ensuite les échanges avec un frère, une sœur, une voisine.</p>
<p><strong>Vierge.</strong> Mercure, votre maître, recule dans le secteur des trajets et des messages&nbsp;: partez avec un quart d’heure d’avance, gardez vos billets. Vénus rétrograde touche vos finances&#8239;; un remboursement oublié peut revenir avant le 13.</p>
<p><strong>Balance.</strong> Vénus recule dans votre signe et y repart dans la nuit du 13 au 14&nbsp;: vous changez d’avis sur votre image ou sur votre façon de dire oui. Mercure rétrograde dans le secteur de l’argent conseille de renégocier plutôt que de dépenser.</p>
<p><strong>Scorpion.</strong> Mercure recule dans votre signe&nbsp;: on vous comprend de travers, vous vous comprenez mieux. Vénus, dans la partie cachée de votre ciel, réveille un souvenir amoureux. Le cazimi du 4 novembre vous offre une idée claire&#8239;; écrivez-la.</p>
<p><strong>Sagittaire.</strong> Mercure recule dans la zone la plus discrète de votre ciel&nbsp;: rêves agités, envie de silence. Vénus en Balance ramène une amitié ancienne. Le second sextile à Jupiter, votre planète, le 28 novembre, confirme une invitation.</p>
<p><strong>Capricorne.</strong> Mercure rétrograde secoue vos réseaux&nbsp;: un groupe de messagerie s’emballe, une association change de bureau. Vénus recule au sommet de votre ciel&#8239;; une ancienne collègue ou un ancien patron reprend contact, écoutez sa proposition.</p>
<p><strong>Verseau.</strong> Mercure recule au sommet de votre ciel&nbsp;: un entretien ou une négociation de carrière se rejoue. Préparez vos chiffres. Vénus en Balance réveille un projet de voyage ou d’études abandonné&#8239;; le 10 novembre, osez le relancer.</p>
<p><strong>Poissons.</strong> Mercure rétrograde dans votre secteur des voyages et des papiers&nbsp;: passeport ou inscription, vérifiez les dates. Vénus recule dans le domaine de l’intimité et de l’argent partagé&#8239;; une conversation franche sur les comptes du couple vaut mieux qu’un silence.</p>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/mercure-et-venus-retrogrades-jusqu-au-13-novembre/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Soupes d’automne : cinq recettes de grand-mère pour les soirs de novembre</title><link>https://carnetdebal.fr/art-de-vivre/soupes-d-automne-cinq-recettes-de-grand-mere/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/art-de-vivre/soupes-d-automne-cinq-recettes-de-grand-mere/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 08:33:00 GMT</pubDate><dc:creator>Clotilde de Portzamparc</dc:creator><category>Art de vivre</category><description>Quand la nuit tombe avant 18 heures, rien ne console comme une soupe qui mijote. Cinq recettes de grand-mère, du velouté de potiron à la garbure béarnaise, avec des quantités justes pour quatre et les gestes qui font la différence.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/soupes-d-automne-cinq-recettes-de-grand-mere/1200.jpg" alt="Vue de dessus d’un bol de velouté orangé parsemé de graines de courge et d’herbes, posé sur une serviette vert d’eau, avec des amandes et des chrysanthèmes autour."></p><p>Chez nous, le soir, il y avait de la soupe. Pas «&nbsp;un potage&nbsp;», mot que ma mère réservait aux dîners où l’on sortait l’argenterie&nbsp;: de la soupe, servie dans de grandes assiettes creuses, avec du pain. Le mot lui-même vient de là. La soupe désignait d’abord la tranche de pain sur laquelle on versait le bouillon, et c’est d’elle que le souper tient son nom.</p>
<p>Depuis le changement d’heure, la nuit tombe avant 18 heures et l’envie revient d’une casserole qui frémit. Voici cinq recettes de famille, assez simples pour un mardi, assez bonnes pour des invités. Les quantités sont prévues pour quatre personnes, en grandes assiettes.</p>
<h2 id="le-veloute-de-potiron-doux-comme-un-plaid">Le velouté de potiron, doux comme un plaid</h2>
<p>Le potiron et la citrouille ne sont pas la même plante. La citrouille, celle d’Halloween, a une chair filandreuse et aqueuse&#8239;; le potiron, plus dense et plus sucré, donne des veloutés autrement plus soyeux. Le potimarron, dont on peut garder la peau, fait aussi très bien l’affaire.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Ingrédients pour 4</p><ul>
<li>Préparation&nbsp;: 20 minutes. Cuisson&nbsp;: 30 minutes.</li>
<li>1 kg de potiron (environ 800 g de chair épluchée)</li>
<li>1 oignon</li>
<li>1 pomme de terre moyenne (150 g)</li>
<li>30 g de beurre</li>
<li>75 cl de bouillon de volaille ou de légumes</li>
<li>10 cl de crème liquide</li>
<li>Noix de muscade, sel, poivre</li>
</ul>
</blockquote>
<p>Faites fondre l’oignon émincé dans le beurre pendant cinq minutes, sans le colorer. Ajoutez le potiron et la pomme de terre en cubes, couvrez de bouillon, salez légèrement. Laissez cuire vingt-cinq minutes à petits bouillons, jusqu’à ce que la pointe d’un couteau s’enfonce sans résistance. Mixez longuement, ajoutez la crème, une râpée de muscade, et rectifiez l’assaisonnement. Quelques graines de courge grillées à sec dans une poêle font une jolie garniture.</p>
<h2 id="poireaux-pommes-de-terre-la-soupe-de-toujours">Poireaux-pommes de terre, la soupe de toujours</h2>
<p>C’est la soupe la plus française qui soit, et la plus économique. Mixée, elle s’appelle potage Parmentier. Froide et enrichie de crème, elle devient la vichyssoise, qu’un cuisinier né dans l’Allier, Louis Diat, a mise à la carte du Ritz-Carlton de New York dans les années 1910. Chez ma grand-mère, on ne la mixait pas&nbsp;: les morceaux de poireau devaient se voir.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Ingrédients pour 4</p><ul>
<li>Préparation&nbsp;: 15 minutes. Cuisson&nbsp;: 35 minutes.</li>
<li>3 poireaux (environ 600 g)</li>
<li>400 g de pommes de terre à chair farineuse (bintje)</li>
<li>30 g de beurre</li>
<li>1,25 l d’eau</li>
<li>2 cuillerées à soupe de crème fraîche (facultatif)</li>
<li>Quelques brins de ciboulette, sel, poivre</li>
</ul>
</blockquote>
<p>Fendez les poireaux en deux dans la longueur et rincez-les soigneusement, la terre se loge entre les feuilles. Émincez le blanc et la moitié du vert. Faites-les suer cinq minutes dans le beurre, ajoutez les pommes de terre en dés et l’eau, salez. Comptez trente minutes de cuisson à frémissement. Écrasez grossièrement à la fourchette ou mixez, selon votre camp. Une cuillerée de crème et de la ciboulette au moment de servir.</p>
<h2 id="la-gratinee-a-l-oignon-celle-des-petits-matins">La gratinée à l’oignon, celle des petits matins</h2>
<p>Pendant des décennies, les noctambules parisiens finissaient la nuit aux Halles devant une gratinée, au milieu des forts qui commençaient leur journée. Les Halles sont parties à Rungis en 1969&#8239;; la soupe est restée. Son secret tient en un mot&nbsp;: la patience. Les oignons doivent cuire très lentement, jusqu’à devenir blonds puis ambrés, sans jamais brûler.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Ingrédients pour 4</p><ul>
<li>Préparation&nbsp;: 20 minutes. Cuisson&nbsp;: 1 heure 10.</li>
<li>800 g d’oignons jaunes (5 ou 6)</li>
<li>40 g de beurre</li>
<li>1 cuillerée à soupe de farine (15 g)</li>
<li>15 cl de vin blanc sec</li>
<li>1 l de bouillon de bœuf</li>
<li>1 feuille de laurier, 1 brin de thym</li>
<li>8 tranches de baguette rassise</li>
<li>120 g de comté râpé</li>
<li>Sel, poivre</li>
</ul>
</blockquote>
<p>Émincez finement les oignons. Faites-les fondre dans le beurre à feu doux pendant trente-cinq minutes, en remuant souvent. Saupoudrez de farine, mélangez une minute, puis versez le vin blanc et laissez-le s’évaporer. Ajoutez le bouillon, le laurier et le thym, et laissez mijoter vingt minutes. Répartissez la soupe dans des bols qui vont au four, posez deux tranches de pain sur chacun, couvrez généreusement de fromage. Passez huit à dix minutes sous le gril bien chaud, jusqu’à ce que le fromage bouillonne et dore.</p>
<blockquote>
<p>Une soupe ratée, cela n’existe presque pas&nbsp;: il manque souvent un peu de sel, ou vingt minutes de patience.</p>
</blockquote>
<h2 id="le-veloute-de-chataignes-la-soupe-des-jours-de-fete">Le velouté de châtaignes, la soupe des jours de fête</h2>
<p>C’est la plus élégante des cinq, celle que je sers aux invités en entrée, dans de petites tasses. Les châtaignes cuites vendues en bocal ou sous vide rendent la recette très rapide. Si vous partez de châtaignes fraîches, d’Ardèche ou des Cévennes, prévoyez une bonne demi-heure d’épluchage en plus, et une amie bavarde pour vous tenir compagnie.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Ingrédients pour 4</p><ul>
<li>Préparation&nbsp;: 10 minutes. Cuisson&nbsp;: 25 minutes.</li>
<li>400 g de châtaignes cuites et épluchées</li>
<li>1 oignon ou 2 échalotes</li>
<li>1 petit blanc de poireau</li>
<li>20 g de beurre</li>
<li>80 cl de bouillon de volaille</li>
<li>15 cl de crème liquide</li>
<li>Sel, poivre, une pointe de muscade</li>
</ul>
</blockquote>
<p>Faites revenir l’oignon et le poireau émincés dans le beurre pendant cinq minutes. Ajoutez les châtaignes, gardez-en trois ou quatre pour le décor, et versez le bouillon. Laissez cuire vingt minutes à couvert. Mixez très finement, ajoutez la crème et assaisonnez. Servez avec les châtaignes réservées émiettées sur le dessus. Quelques lardons grillés ou un filet d’huile de noix ne gâchent rien.</p>
<h2 id="la-garbure-un-repas-a-elle-seule">La garbure, un repas à elle seule</h2>
<p>Dans le Béarn et en Gascogne, la garbure n’est pas une entrée, c’est le dîner. Épaisse, chargée de chou, de haricots et de confit, elle doit être assez dense, dit-on là-bas, pour que la cuillère y tienne debout. À la fin, on fait chabrot&nbsp;: un trait de vin rouge versé dans le fond de bouillon, que l’on boit à même l’assiette. Ce n’est peut-être pas la règle de savoir-vivre la plus orthodoxe, mais c’en est une.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Ingrédients pour 4</p><ul>
<li>Préparation&nbsp;: 30 minutes, plus 12 heures de trempage la veille. Cuisson&nbsp;: 2 heures 30.</li>
<li>250 g de haricots blancs secs (tarbais ou lingots)</li>
<li>2 cuisses de canard confites</li>
<li>150 g de ventrèche ou de lard demi-sel, en un morceau</li>
<li>½ chou vert frisé (environ 600 g)</li>
<li>3 carottes</li>
<li>2 navets</li>
<li>3 pommes de terre (400 g)</li>
<li>1 poireau</li>
<li>1 oignon</li>
<li>3 gousses d’ail</li>
<li>1 bouquet garni</li>
<li>2,5 l d’eau</li>
<li>Poivre, et du sel avec prudence</li>
</ul>
</blockquote>
<p>La veille, mettez les haricots à tremper dans un grand volume d’eau froide. Le jour même, égouttez-les et placez-les dans une grande cocotte avec l’eau, la ventrèche, l’oignon et le bouquet garni. Laissez frémir une heure. Ajoutez les carottes et les navets en morceaux, le poireau en tronçons et l’ail, et poursuivez trente minutes. Ajoutez le chou en lanières et les pommes de terre en gros dés, puis comptez quarante minutes. Enfin, posez les cuisses de canard sur le dessus avec une cuillerée de leur graisse, et laissez-les chauffer vingt minutes. Goûtez avant de saler&nbsp;: la ventrèche et le confit le sont déjà. Servez le bouillon et les légumes sur des tranches de pain de campagne, la viande à part.</p>
<h2 id="quelques-gestes-qui-changent-tout">Quelques gestes qui changent tout</h2>
<p>Salez en deux fois, au début et à la fin, car une soupe réduit et se concentre en cuisant. Mixez toujours hors du feu, et méfiez-vous du blender rempli de liquide brûlant, qui peut projeter son couvercle. Presque toutes ces soupes sont meilleures le lendemain et se congèlent sans difficulté, sauf celles à base de pommes de terre, qui prennent alors une texture un peu farineuse.</p>
<p>Si vous recevez ces jours-ci, le velouté de châtaignes ouvre parfaitement <a href="https://carnetdebal.fr/art-de-vivre/recevoir-sans-se-ruiner-l-art-du-diner-simple/">un dîner simple pour six</a>. Et si la soupe ne suffit pas à chasser le cafard de novembre, notre rubrique psycho explique <a href="https://carnetdebal.fr/psycho/blues-de-novembre-pourquoi-le-changement-d-heure-nous-pese/">pourquoi le changement d’heure nous pèse</a>.</p>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/soupes-d-automne-cinq-recettes-de-grand-mere/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Violences conjugales : les signes qui doivent alerter</title><link>https://carnetdebal.fr/societe/violences-conjugales-les-signes-qui-doivent-alerter/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/societe/violences-conjugales-les-signes-qui-doivent-alerter/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 08:21:00 GMT</pubDate><dc:creator>Léa Chambon</dc:creator><category>Société</category><description>Les violences conjugales commencent rarement par un coup. Elles s’installent par petites touches : une remarque, une interdiction, un téléphone fouillé. Reconnaître les signes de l’emprise, savoir qui appeler, et comment soutenir une amie sans la pousser à se refermer.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/violences-conjugales-les-signes-qui-doivent-alerter/1200.jpg" alt="Une chambre plongée dans la pénombre : un rideau sombre noué près d’une fenêtre embuée de pluie, et sur une table de chevet un livre, un petit flacon et un téléphone."></p><p>On imagine la violence conjugale comme une scène&nbsp;: des cris, un coup, une porte qui claque. Elle commence pourtant le plus souvent sans bruit. Par une remarque sur une robe trop courte. Par un mot de passe qu’il faudrait partager «&nbsp;puisqu’on n’a rien à se cacher&nbsp;». Par une amie qu’on voit moins, parce qu’il ne l’aime pas et que ce n’est pas la peine de se disputer pour ça.</p>
<p>Le 25 novembre, journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, ramènera le sujet dans l’actualité. Mais c’est toute l’année que des femmes se demandent, sans oser le formuler, si ce qu’elles vivent est «&nbsp;normal&nbsp;». Cet article est fait pour elles, et pour celles qui s’inquiètent pour une sœur, une collègue, une voisine.</p>
<h2 id="l-emprise-un-piege-qui-se-referme-lentement">L’emprise, un piège qui se referme lentement</h2>
<p>Le mot emprise désigne un mécanisme plus qu’un acte. Petit à petit, l’un des deux partenaires prend le contrôle de la vie de l’autre&nbsp;: ses fréquentations, son argent, ses vêtements, ses horaires, jusqu’à ses pensées. Le sociologue américain Evan Stark a théorisé ce fonctionnement en 2007 sous le nom de «&nbsp;contrôle coercitif&nbsp;»&nbsp;: la violence y est d’abord un système de domination quotidienne, dont les coups ne sont qu’une des armes possibles, et parfois même absente.</p>
<p>La psychologue Lenore Walker avait décrit dès 1979 le «&nbsp;cycle de la violence&nbsp;», toujours utilisé par les associations. Une phase de tension, où la victime marche sur des œufs&#8239;; une crise, verbale, physique ou sexuelle&#8239;; une phase de justification, où l’agresseur rejette la faute sur elle&#8239;; puis une «&nbsp;lune de miel&nbsp;», faite d’excuses et de promesses. Le cycle recommence, de plus en plus vite, et la lune de miel raccourcit.</p>
<p>Comprendre ce cycle aide à comprendre ce qui paraît incompréhensible de l’extérieur&nbsp;: pourquoi tant de femmes restent, partent puis reviennent. Il faut y voir l’effet attendu d’un système conçu pour faire douter et pour isoler, et non une faiblesse de caractère.</p>
<h2 id="les-signes-de-violences-conjugales-qui-doivent-alerter">Les signes de violences conjugales qui doivent alerter</h2>
<p>Aucun signe pris isolément ne suffit à poser un diagnostic. C’est leur accumulation, et surtout la peur qu’ils installent, qui doit alerter.</p>
<p><strong>L’isolement.</strong> Vous voyez de moins en moins vos amies, votre famille. Il les critique, vous fait une scène après chaque sortie, ou s’arrange pour que les visites tournent mal.</p>
<p><strong>Le contrôle.</strong> Il consulte votre téléphone, exige vos codes, veut savoir où vous êtes à toute heure, vérifie vos dépenses, décide de ce que vous portez.</p>
<p><strong>Le dénigrement.</strong> Il vous rabaisse, en privé ou devant les autres, vous traite d’incapable, de folle, d’hystérique. À force, vous finissez par le croire.</p>
<p><strong>La jalousie présentée comme une preuve d’amour.</strong> Elle est souvent la première à apparaître, et la plus facile à excuser.</p>
<p><strong>Les violences économiques.</strong> Il garde votre salaire, votre carte bancaire, vos papiers d’identité, ou vous empêche de travailler.</p>
<p><strong>Les violences sexuelles.</strong> Le couple n’autorise rien. La Cour de cassation a reconnu le viol entre époux en 1990, et depuis 2006 le fait d’être le conjoint ou le partenaire de la victime constitue même une circonstance aggravante.</p>
<p><strong>Les menaces.</strong> Contre vous, contre les enfants, contre un animal, ou chantage au suicide.</p>
<p><strong>La peur.</strong> Vous pesez chaque mot, vous guettez son humeur en rentrant, vous anticipez ses réactions. C’est sans doute le signe le plus sûr.</p>
<p>Les violences psychologiques sont punies par la loi&nbsp;: depuis 2010, le harcèlement moral au sein du couple est un délit. Et certains gestes doivent être pris très au sérieux, même s’ils ne se sont produits qu’une fois&nbsp;: une main serrée autour du cou, une arme montrée, des menaces de mort. Ce sont des signaux de danger grave.</p>
<blockquote>
<p>La violence conjugale commence rarement par un coup. Elle commence par une règle que l’on n’a pas choisie.</p>
</blockquote>
<h2 id="qui-appeler-et-a-quel-moment">Qui appeler, et à quel moment</h2>
<p>Il n’y a pas de «&nbsp;bon moment&nbsp;» pour demander de l’aide, et il n’est pas nécessaire d’avoir décidé de partir pour appeler.</p>
<p><strong>Le 3919, Violences Femmes Info</strong>, est gratuit, anonyme, et répond 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Les écoutantes, formées, ne vous diront pas quoi faire&nbsp;: elles écoutent, informent sur vos droits et orientent vers les associations proches de chez vous. On peut l’appeler simplement pour mettre des mots sur ce qui se passe.</p>
<p><strong>En cas de danger immédiat, composez le 17</strong>, police secours, ou le 112 depuis un portable. Si vous ne pouvez pas parler sans vous mettre en danger, <strong>envoyez un SMS au 114</strong>&nbsp;: ce numéro d’urgence, conçu à l’origine pour les personnes sourdes et malentendantes, est ouvert aux victimes de violences qui ne peuvent pas téléphoner.</p>
<p><strong>Le site arretonslesviolences.gouv.fr</strong> recense les aides près de chez vous et permet d’échanger en ligne, de façon anonyme, avec des policiers ou des gendarmes formés à ces situations.</p>
<p>Si vous décidez de porter plainte, la police et la gendarmerie sont tenues de l’enregistrer. Une association peut vous accompagner. Faites constater vos blessures par un médecin, même légères. Gardez une trace de tout&nbsp;: messages, photos, dates, noms des témoins, dans un endroit qu’il ne peut pas consulter, une messagerie qu’il ne connaît pas ou chez une personne de confiance.</p>
<h2 id="se-proteger-ce-que-prevoit-la-loi">Se protéger&nbsp;: ce que prévoit la loi</h2>
<p><strong>L’ordonnance de protection</strong> est délivrée par le juge aux affaires familiales, y compris sans dépôt de plainte préalable. Depuis une loi de décembre 2019, le juge doit statuer dans un délai de six jours à compter de la fixation de la date d’audience. Elle peut interdire au conjoint violent d’entrer en contact avec vous, vous attribuer le logement du couple, organiser provisoirement la garde des enfants.</p>
<p>La justice peut aussi attribuer un <strong>téléphone grave danger</strong>, qui permet de joindre directement une plateforme d’assistance, ou imposer un <strong>bracelet anti-rapprochement</strong> qui déclenche une alerte quand l’auteur s’approche de la victime.</p>
<p>Depuis décembre 2023, une <strong>aide universelle d’urgence</strong>, versée par la CAF ou la MSA, peut aider financièrement les victimes à quitter le domicile, sous conditions, notamment l’existence d’une ordonnance de protection, d’une plainte ou d’un signalement au procureur.</p>
<p>Si vous préparez un départ, rassemblez discrètement le nécessaire&nbsp;: papiers d’identité ou leurs copies, livret de famille, carte Vitale, ordonnances et médicaments, un peu d’argent, des clés, un chargeur, les numéros utiles notés sur papier. Une amie peut garder ce sac. Pour un hébergement d’urgence, le 115 répond jour et nuit.</p>
<p>Les enfants qui grandissent dans un foyer violent sont eux-mêmes victimes, même lorsqu’ils ne sont pas frappés. Le 119, Allô enfance en danger, répond aussi à toute heure.</p>
<h2 id="aider-une-amie-sans-la-faire-fuir">Aider une amie sans la faire fuir</h2>
<p>Vous soupçonnez qu’une proche vit sous emprise. Votre premier réflexe sera peut-être de lui dire de partir, tout de suite. C’est souvent le plus contre-productif. Elle risque de se sentir jugée, de défendre son compagnon, et de couper le contact avec vous, ce qui l’isolerait un peu plus.</p>
<p>Ce qui aide, d’après les associations spécialisées, est plus modeste et plus patient. Lui dire que vous avez remarqué qu’elle semblait inquiète, et que vous êtes là si elle veut en parler. La croire, sans demander de preuves. Lui répéter que ce n’est pas sa faute, qu’aucun comportement ne justifie la violence. Respecter son rythme&nbsp;: elle connaît mieux que personne le danger, et la période de la séparation est souvent la plus risquée. Rester présente dans sa vie, simplement, pour qu’elle ait une porte où frapper le jour venu. Les <a href="https://carnetdebal.fr/psycho/l-amitie-entre-femmes-apres-quarante-ans/">amitiés entre femmes</a> jouent ici un rôle que rien ne remplace.</p>
<p>Vous pouvez lui donner le 3919, ou l’appeler vous-même&nbsp;: la ligne répond aussi à l’entourage. Proposez de garder ses documents, convenez d’un mot code qui signifie «&nbsp;appelle la police&nbsp;». Ne confrontez pas le conjoint&nbsp;: cela pourrait la mettre en danger. Et si vous êtes témoin de violences, chez une voisine ou dans la rue, appelez le 17.</p>
<p>Les médecins, enfin, ne sont plus tenus au silence dans les situations les plus graves&nbsp;: depuis une loi de juillet 2020, ils peuvent signaler au procureur des violences conjugales sans l’accord de la victime lorsqu’ils estiment que sa vie est en danger immédiat et qu’elle se trouve sous emprise. Certaines femmes sont plus exposées encore et moins entendues&#8239;; nous y consacrons un article sur <a href="https://carnetdebal.fr/societe/femmes-handicapees-les-oubliees-du-feminisme/">les femmes handicapées</a>.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Les numéros à garder</p><ul>
<li>3919&nbsp;: Violences Femmes Info, gratuit et anonyme, 24 h/24 et 7 j/7. L’entourage peut aussi appeler.</li>
<li>17&nbsp;: police secours, en cas de danger immédiat (112 depuis un portable).</li>
<li>114&nbsp;: par SMS, si vous ne pouvez pas parler.</li>
<li>arretonslesviolences.gouv.fr&nbsp;: aides près de chez vous et échange en ligne avec des forces de l’ordre formées.</li>
<li>115&nbsp;: hébergement d’urgence.</li>
<li>119&nbsp;: enfance en danger.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/violences-conjugales-les-signes-qui-doivent-alerter/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Joséphine Baker, cinq ans au Panthéon : les trois vies d’une Française</title><link>https://carnetdebal.fr/people/josephine-baker-cinq-ans-au-pantheon/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/people/josephine-baker-cinq-ans-au-pantheon/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 08:10:00 GMT</pubDate><dc:creator>Isabelle Moreau</dc:creator><category>People</category><description>Le 30 novembre 2021, Joséphine Baker devenait la sixième femme honorée au Panthéon, et la première femme noire. Cinq ans après, il faut relire sa vie entière : la danseuse de 1925, l’agente de la France libre, la mère de douze enfants venus du monde entier.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/josephine-baker-cinq-ans-au-pantheon/1200.jpg" alt="Photographie en noir et blanc de Joséphine Baker assise sur un muret dans le jardin de son château des Milandes, en Dordogne, en juin 1961, souriante derrière ses lunettes, un long collier sur un haut sombre à encolure rayée, la vallée boisée derrière elle."></p><p>Il y a cinq ans, le 30 novembre 2021, un cercueil recouvert du drapeau tricolore remontait la rue Soufflot, porté par des aviateurs, jusqu’aux marches du Panthéon. Il ne contenait pas le corps de Joséphine Baker, qui repose à Monaco selon le vœu de sa famille, mais des poignées de terre prélevées dans les quatre lieux de sa vie&nbsp;: Saint-Louis, dans le Missouri, où elle est née&#8239;; Paris, qui l’a faite reine&#8239;; le château des Milandes, en Dordogne, où elle a voulu bâtir un monde&#8239;; et Monaco, où elle a fini ses jours. La date n’avait pas été choisie au hasard. C’est un 30 novembre, en 1937, qu’elle avait épousé Jean Lion et était devenue française.</p>
<p>Elle était la sixième femme admise au Panthéon, après Sophie Berthelot, Marie Curie, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Simone Veil. La première femme noire. On retient souvent d’elle une ceinture de bananes et un sourire. C’est oublier tout le reste.</p>
<h2 id="saint-louis-1906-partir">Saint-Louis, 1906&nbsp;: partir</h2>
<p>Freda Josephine McDonald naît le 3 juin 1906 à Saint-Louis. L’enfance est pauvre, dure, marquée par la ségrégation. Petite, elle fait des ménages chez des Blancs. En 1917, elle a onze ans quand les émeutes raciales d’East Saint-Louis, de l’autre côté du Mississippi, font des dizaines de morts&#8239;; elle en gardera toute sa vie le souvenir. Adolescente, elle danse dans des troupes itinérantes, puis à Broadway, dans les chœurs des revues noires. Elle se fait remarquer en jouant la fille du bout de la rangée qui louche et fait des grimaces&nbsp;: le public ne regarde qu’elle.</p>
<h2 id="paris-1925-la-revue-qui-change-tout">Paris, 1925&nbsp;: la revue qui change tout</h2>
<p>En 1925, elle a dix-neuf ans et traverse l’Atlantique avec la troupe de la <em>Revue nègre</em>, présentée au théâtre des Champs-Élysées. Le titre dit assez le regard de l’époque, fasciné et colonial à la fois. Joséphine danse le charleston, presque nue, avec une énergie et un humour qui laissent Paris stupéfait. Elle comprend vite le jeu des fantasmes qu’on projette sur elle, et décide d’en jouer plutôt que d’en être la victime.</p>
<p>L’année suivante, aux Folies Bergère, apparaît la fameuse ceinture de bananes. En 1930, au Casino de Paris, elle chante <em>J’ai deux amours</em>, de Vincent Scotto, qui devient sa signature. Le cinéma suit&nbsp;: <em>Zouzou</em> (1934), avec Jean Gabin, puis <em>Princesse Tam Tam</em> (1935). Elle se promène sur les Champs-Élysées avec un guépard, Chiquita, et devient l’une des femmes les plus photographiées d’Europe.</p>
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<p>Elle comprend vite le jeu des fantasmes qu’on projette sur elle, et décide d’en jouer plutôt que d’en être la victime.</p>
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<h2 id="1939-la-vedette-devient-agente">1939&nbsp;: la vedette devient agente</h2>
<p>Quand la guerre éclate, Joséphine Baker est recrutée par le contre-espionnage français, par l’intermédiaire du capitaine Jacques Abtey. Sa célébrité devient une couverture. Une vedette en tournée voyage, fréquente les ambassades, passe les frontières avec des malles de costumes, et personne ne fouille les partitions d’une chanteuse. Elle transmet des renseignements, notamment par le Portugal, puis rejoint l’Afrique du Nord, où elle reste au service de la France libre malgré une longue et grave maladie.</p>
<p>Elle chante pour les troupes alliées, s’engage dans les formations féminines de l’armée de l’air, avec le grade de sous-lieutenant. Après la guerre, elle reçoit la croix de guerre, la médaille de la Résistance avec rosette, puis la Légion d’honneur. Elle portera son uniforme dans des occasions solennelles jusqu’à la fin de sa vie. Le 28 août 1963, lors de la marche sur Washington pour l’emploi et la liberté, elle prend la parole en uniforme de l’armée de l’air française, ses décorations sur la poitrine, le jour même du discours de Martin Luther King.</p>
<p>Car son combat contre le racisme n’a jamais cessé. Aux États-Unis, dans les années 1950, elle refuse de se produire devant des salles ségréguées. Elle avait quitté son pays pour ne plus être traitée en citoyenne de seconde zone&#8239;; elle y revenait pour exiger que personne ne le soit.</p>
<h2 id="les-milandes-la-tribu-arc-en-ciel">Les Milandes&nbsp;: la tribu arc-en-ciel</h2>
<p>Dès la fin des années 1930, Joséphine Baker loue le château des Milandes, à Castelnaud-la-Chapelle, en Dordogne&#8239;; elle l’achète après la guerre. Elle y conçoit un projet fou, à sa mesure&nbsp;: adopter des enfants de toutes origines et de toutes religions, et prouver, en les élevant ensemble, que la fraternité est possible. Ils seront douze, nés en Corée, au Japon, en Colombie, en Finlande, en Algérie, en France, en Côte d’Ivoire, au Venezuela, au Maroc. Elle les appelle sa «&nbsp;tribu arc-en-ciel&nbsp;».</p>
<p>Le domaine devient une petite entreprise&nbsp;: hôtel, restaurant, salle de spectacle, visites. C’est aussi un gouffre. Les dettes s’accumulent, les galas ne suffisent plus. En 1969, après la vente du château aux enchères, elle en est expulsée. Les photographies de cette femme de soixante-deux ans assise sur les marches, sous la pluie, ont fait le tour de la presse.</p>
<p>Une autre Américaine devenue princesse lui vient alors en aide&nbsp;: Grace de Monaco l’aide à s’installer à Roquebrune-Cap-Martin, au-dessus de la Méditerranée. On peut relire à ce propos <a href="https://carnetdebal.fr/people/grace-kelly-de-hollywood-au-rocher/">notre portrait de Grace Kelly</a>.</p>
<h2 id="bobino-avril-1975-le-dernier-rideau">Bobino, avril 1975&nbsp;: le dernier rideau</h2>
<p>Joséphine Baker remonte sur scène, pour vivre et pour faire vivre les siens. Au printemps 1975, à soixante-huit ans, elle triomphe à Bobino dans une revue qui célèbre ses cinquante ans de carrière à Paris. Le spectacle affiche complet. Quelques jours après la première, elle est victime d’une hémorragie cérébrale et meurt le 12 avril 1975 à la Pitié-Salpêtrière. Ses obsèques, en l’église de la Madeleine, sont accompagnées des honneurs militaires, et la foule déborde sur la place.</p>
<h2 id="ce-que-dit-sa-pantheonisation">Ce que dit sa panthéonisation</h2>
<p>On peut voir dans l’hommage de 2021 la consécration d’une icône commode, consensuelle, que chacun tire à soi. Ce serait passer à côté de ce qui rend Joséphine Baker si actuelle. Elle a été une femme noire, pauvre, immigrée, et elle a choisi sa patrie. Elle a fait de son corps un spectacle, à une époque où ce corps était regardé avec des yeux de colon, et elle en a gardé la maîtrise. Elle a risqué sa vie pour un pays qui n’était pas celui de sa naissance. Elle a élevé douze enfants pour démontrer une idée.</p>
<p>Ses contradictions font partie du portrait. Elle a été généreuse jusqu’à la ruine, et l’utopie des Milandes a eu son prix, pour ses enfants comme pour elle. Le Panthéon n’en fait pas une sainte. Il dit seulement que la France reconnaît les siens à ce qu’ils ont fait pour elle, et non à l’endroit d’où ils viennent. Cinq ans après, c’est encore une phrase qu’il n’est pas inutile de répéter.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Sur ses pas</p><ul>
<li><strong>Le Panthéon</strong>, Paris 5<sup>e</sup>&nbsp;: son cénotaphe se trouve dans la crypte.</li>
<li><strong>Le château des Milandes</strong>, Castelnaud-la-Chapelle (Dordogne)&nbsp;: ouvert à la visite, il conserve souvenirs, costumes et uniformes.</li>
<li><strong>Le cimetière de Monaco</strong>, où elle est inhumée.</li>
<li><strong>Le théâtre des Champs-Élysées</strong>, Paris 8<sup>e</sup>, où tout a commencé en 1925.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/josephine-baker-cinq-ans-au-pantheon/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Endométriose : sept ans pour un diagnostic, et comment raccourcir l’attente</title><link>https://carnetdebal.fr/sante/endometriose-sept-ans-pour-un-diagnostic/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/sante/endometriose-sept-ans-pour-un-diagnostic/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 07:58:00 GMT</pubDate><dc:creator>Dominique Petit</dc:creator><category>Santé</category><description>Elle concerne environ une femme sur dix en âge d’avoir des enfants, et il faut encore en moyenne sept ans pour mettre un nom dessus. L’endométriose n’est plus une maladie inconnue. Symptômes qui doivent alerter, examens utiles, traitements, et ce qu’a changé la stratégie nationale lancée en 2022.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/endometriose-sept-ans-pour-un-diagnostic/1200.jpg" alt="Un coquelicot rouge, seul, se détache au milieu de hautes herbes vertes sombres."></p><p>Il y a l’adolescente qui manque le collège deux jours par mois et à qui l’on répond que les règles, ça fait mal, que sa mère aussi avait mal. Il y a la femme de 30 ans qui enchaîne les antidouleurs, renonce aux rapports sexuels parce qu’ils sont devenus douloureux, et finit par croire que c’est dans sa tête. Ces deux femmes peuvent avoir la même maladie, et attendre des années avant qu’on la nomme.</p>
<p>L’endométriose concerne environ une femme sur dix en âge de procréer, selon l’Organisation mondiale de la santé et l’Inserm. En France, on estime qu’il faut encore en moyenne sept ans entre les premiers symptômes et le diagnostic. Ce délai se raccourcit, lentement. Il dépend en partie de vous, de ce que vous savez et de ce que vous osez dire en consultation.</p>
<h2 id="une-maladie-frequente-longtemps-ignoree">Une maladie fréquente, longtemps ignorée</h2>
<p>L’endométriose se définit par la présence, en dehors de l’utérus, d’un tissu semblable à l’endomètre, la muqueuse qui tapisse l’intérieur de l’utérus et s’élimine pendant les règles. Ces lésions se logent le plus souvent dans le petit bassin&nbsp;: sur le péritoine, les ovaires, les ligaments qui soutiennent l’utérus, parfois sur la vessie ou l’intestin. Comme l’endomètre, elles réagissent aux hormones du cycle. Elles entretiennent une inflammation et peuvent provoquer des adhérences entre les organes.</p>
<p>L’adénomyose, une forme voisine où ce tissu s’infiltre dans le muscle de l’utérus, lui est souvent associée.</p>
<p>Un point déroute patientes et médecins&nbsp;: l’intensité des douleurs ne reflète pas forcément l’étendue des lésions. De petites lésions peuvent faire très mal, des lésions étendues peuvent rester silencieuses et n’être découvertes qu’à l’occasion d’un bilan d’infertilité. C’est l’une des raisons pour lesquelles la maladie échappe si longtemps aux radars.</p>
<h2 id="les-symptomes-de-l-endometriose-qui-doivent-alerter">Les symptômes de l’endométriose qui doivent alerter</h2>
<p>Le signe le plus fréquent est la douleur pendant les règles, mais pas n’importe laquelle. Une douleur qui résiste aux antalgiques habituels, qui oblige à rester couchée, à manquer l’école ou le travail, n’est pas normale. D’autres symptômes doivent faire penser à la maladie, surtout s’ils reviennent au rythme des cycles&nbsp;:</p>
<ul>
<li>des douleurs profondes pendant les rapports sexuels&#8239;;</li>
<li>des douleurs en allant à la selle ou en urinant pendant les règles&#8239;;</li>
<li>des douleurs pelviennes en dehors des règles, parfois permanentes&#8239;;</li>
<li>des troubles digestifs, ballonnements, diarrhée ou constipation, qui s’aggravent pendant les règles&#8239;;</li>
<li>une fatigue importante&#8239;;</li>
<li>des difficultés à concevoir.</li>
</ul>
<p>Aucun de ces signes n’est spécifique à l’endométriose. Les troubles digestifs sont souvent étiquetés «&nbsp;côlon irritable&nbsp;», les douleurs urinaires «&nbsp;cystite&nbsp;». C’est leur association et leur rythme qui doivent mettre sur la piste.</p>
<blockquote>
<p>Avoir mal au point de manquer l’école ou le travail tous les mois n’est pas normal.</p>
</blockquote>
<h2 id="pourquoi-sept-ans-d-attente">Pourquoi sept ans d’attente&#8239;?</h2>
<p>La première cause est culturelle. La douleur menstruelle a longtemps été présentée comme une fatalité féminine, par l’entourage comme par une partie du corps médical. Beaucoup de femmes ont appris à la minimiser elles-mêmes. La deuxième tient aux symptômes, variés et changeants, qui conduisent vers le gastro-entérologue, l’urologue, le psychiatre, avant que quelqu’un fasse le lien. La troisième est technique&nbsp;: une échographie réalisée sans recherche ciblée peut paraître normale alors que la maladie est bien là.</p>
<p>Les adolescentes paient le prix fort. Les règles douloureuses sont fréquentes à cet âge, et l’on hésite à envisager une maladie chronique chez une jeune fille de 15 ans. Pourtant, une douleur qui l’empêche régulièrement d’aller en cours mérite une consultation, avec un médecin ou une sage-femme.</p>
<h2 id="comment-pose-t-on-le-diagnostic-aujourd-hui">Comment pose-t-on le diagnostic aujourd’hui&#8239;?</h2>
<p>Les recommandations publiées en 2017 par la Haute Autorité de santé (HAS) et le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) ont simplifié le parcours. Il commence par un interrogatoire détaillé sur la nature, l’intensité et le calendrier des douleurs, puis un examen clinique. L’examen gynécologique n’est jamais obligatoire&nbsp;: il se propose, s’explique, et peut être refusé, notamment chez une jeune fille.</p>
<p>L’examen de première intention est l’échographie pelvienne, de préférence par voie endovaginale lorsque c’est possible. L’IRM pelvienne vient en deuxième intention. Pour les deux, l’expérience de la personne qui les réalise compte beaucoup&nbsp;: un radiologue ou un échographiste formé à l’endométriose repère des lésions qu’un examen standard laisse passer. N’hésitez pas à demander à votre médecin vers qui il vous adresse.</p>
<p>La cœlioscopie, une intervention chirurgicale sous anesthésie générale, n’est plus nécessaire pour affirmer le diagnostic. Un traitement peut être débuté sur la base des symptômes et de l’imagerie. Un test salivaire mis au point en France fait par ailleurs l’objet d’évaluations&#8239;; il n’est pas, à ce jour, un examen de routine.</p>
<p>Pour gagner du temps, arrivez avec des notes. Un carnet sur deux ou trois cycles, où vous indiquez chaque jour la douleur sur une échelle de 0 à 10, sa localisation, les médicaments pris et les activités annulées, vaut mieux qu’un long récit de mémoire.</p>
<h2 id="les-traitements-soulager-d-abord">Les traitements&nbsp;: soulager d’abord</h2>
<p>Il n’existe pas, aujourd’hui, de traitement qui fasse disparaître définitivement l’endométriose. Les objectifs sont de réduire la douleur, de préserver la qualité de vie et, pour celles qui le souhaitent, la fertilité.</p>
<p>En première intention, les recommandations associent des antalgiques, en particulier les anti-inflammatoires, et un traitement hormonal qui met les lésions au repos en supprimant ou en atténuant les règles&nbsp;: pilule œstroprogestative, éventuellement prise en continu, ou dispositif intra-utérin hormonal. D’autres traitements hormonaux existent en deuxième intention. Le choix se fait avec le médecin, selon les symptômes, le désir de grossesse, les contre-indications et les effets indésirables ressentis.</p>
<p>La chirurgie est réservée à certaines situations&nbsp;: douleurs qui persistent malgré le traitement, atteinte d’un organe comme l’intestin ou la vessie, certains kystes de l’ovaire, ou dans le cadre d’un projet de grossesse. Quand elle concerne des lésions profondes, elle doit être réalisée par une équipe expérimentée. Avant toute intervention sur les ovaires, la question de la préservation de la fertilité mérite d’être posée.</p>
<p>D’autres approches complètent le traitement&nbsp;: kinésithérapie pelvienne, activité physique adaptée, suivi dans un centre de la douleur, soutien psychologique. Méfiez-vous des régimes présentés comme curatifs&nbsp;: aucun n’a fait la preuve qu’il guérissait la maladie, même si certaines femmes constatent que des ajustements alimentaires soulagent leurs troubles digestifs.</p>
<p>Quant à la fertilité, l’endométriose n’est pas synonyme de stérilité. Beaucoup de femmes atteintes ont des enfants sans aide médicale&#8239;; d’autres auront besoin d’une assistance médicale à la procréation.</p>
<h2 id="ce-qu-a-change-la-strategie-nationale-de-2022">Ce qu’a changé la stratégie nationale de 2022</h2>
<p>En janvier 2022, le gouvernement a présenté une stratégie nationale de lutte contre l’endométriose. Elle prévoit notamment la mise en place, dans chaque région, de filières de soins spécialisées qui organisent le parcours entre médecins généralistes, gynécologues, radiologues et centres experts, ainsi que des actions de formation des soignants, d’information du public et de recherche. Si vous êtes en difficulté pour trouver un professionnel formé, votre médecin peut se renseigner auprès de la filière de votre région.</p>
<p>Les associations de patientes, comme EndoFrance, ont joué un rôle décisif pour faire connaître la maladie. Elles proposent de l’information et des groupes de parole, utiles pour rompre l’isolement.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Quand consulter</p><ul>
<li>Vos règles sont douloureuses au point de vous empêcher d’aller en cours ou au travail, ou les antalgiques habituels ne suffisent pas.</li>
<li>Les rapports sexuels vous font mal, en particulier en profondeur.</li>
<li>Vous avez mal en allant à la selle ou en urinant pendant les règles.</li>
<li>Vous n’arrivez pas à être enceinte après un an d’essais (six mois après 35 ans).</li>
<li>Consultez votre médecin généraliste, votre gynécologue ou votre sage-femme. Une douleur pelvienne brutale et intense, avec fièvre ou malaise, relève des urgences&nbsp;: appelez le 15.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/endometriose-sept-ans-pour-un-diagnostic/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Grands-mères d’aujourd’hui : ni gâteaux ni nounous, mais une juste place</title><link>https://carnetdebal.fr/famille/grands-meres-d-aujourd-hui-ni-gateaux-ni-nounous/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/famille/grands-meres-d-aujourd-hui-ni-gateaux-ni-nounous/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 07:58:00 GMT</pubDate><dc:creator>Clotilde de Portzamparc</dc:creator><category>Famille</category><description>Elles travaillent encore, voyagent, ont une vie amoureuse et piscine le mercredi. Les grands-mères d’aujourd’hui ne ressemblent plus aux images d’Épinal, mais on leur demande souvent davantage. Comment être grand-mère sans devenir la nounou de service ni la belle-mère redoutée.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/grands-meres-d-aujourd-hui-ni-gateaux-ni-nounous/1200.jpg" alt="Au premier plan, une femme en pull rayé tient une tasse à deux mains ; derrière elle, floue, une petite fille roule dans une voiture électrique miniature à la tombée du jour."></p><p>Quand ma belle-fille m’a demandé, avec beaucoup de délicatesse, si je pourrais garder le bébé tous les mercredis, j’ai répondu oui. Un mercredi sur deux. L’autre, j’ai chorale, et je tiens à ma chorale autant qu’à mes petits-enfants, ce que je ne dis pas devant eux. Nous en avons ri, nous avons trouvé une voisine pour les mercredis impairs, et personne n’a été fâché.</p>
<p>Cette petite négociation résume assez bien le métier de grand-mère aujourd’hui. On nous aime, on compte sur nous, et l’on oublie parfois que nous avons, nous aussi, un agenda.</p>
<h2 id="la-grand-mere-au-chignon-a-pris-sa-retraite">La grand-mère au chignon a pris sa retraite</h2>
<p>L’image a la vie dure&nbsp;: un tablier noué sur une robe à fleurs, une cuisine qui sent la confiture. Elle ne correspond plus à grand-chose. On devient souvent grand-mère avant la retraite, parfois en pleine carrière. On peut être divorcée, remariée, amoureuse, sportive, en train d’apprendre l’italien ou de soigner ses propres parents très âgés. Les grands-mères de cinquante-cinq ans et celles de quatre-vingt-cinq ans n’ont en commun que le titre.</p>
<p>Même la fête qui leur est consacrée a l’âge d’une génération&nbsp;: elle a été lancée en France en 1987 par une marque de café, et se célèbre le premier dimanche de mars. On a connu des traditions plus anciennes.</p>
<p>Ce qui n’a pas changé, en revanche, c’est le besoin. Quand la crèche ferme à 18 h 30, quand l’enfant a de la fièvre un matin de réunion, beaucoup de familles appellent d’abord les grands-parents. Cette aide informelle tient debout une bonne part de la vie des jeunes parents, et elle repose souvent sur les femmes.</p>
<h2 id="garder-les-petits-un-cadeau-pas-un-du">Garder les petits&nbsp;: un cadeau, pas un dû</h2>
<p>Garder ses petits-enfants est un bonheur. C’est aussi une fatigue que l’on mesure mal à trente ans&nbsp;: porter un enfant de douze kilos, le suivre au square, le relever dix fois, le faire dîner, tout cela pèse autrement à soixante-dix ans.</p>
<p>Le mieux est de parler clairement dès le début, avant que l’habitude ne devienne une obligation. Quels jours, quelles heures, quelles exceptions&#8239;? Qui paie les couches, les goûters, l’essence&#8239;? Que se passe-t-il si la grand-mère est malade, ou part trois semaines en voyage&#8239;? Ces questions semblent prosaïques. Elles évitent les rancœurs, qui naissent toujours de ce qu’on n’a pas osé dire.</p>
<p>Et l’on a le droit de refuser, ou de dire «&nbsp;pas cette fois&nbsp;». Une grand-mère épuisée n’est utile à personne. Si le mot vous reste en travers de la gorge, notre consœur de la rubrique psycho explique très bien comment <a href="https://carnetdebal.fr/psycho/savoir-dire-non-sans-se-justifier/">dire non sans se justifier</a>.</p>
<blockquote>
<p>Une grand-mère n’est pas un mode de garde&nbsp;: c’est une personne, qui a parfois piscine le mercredi.</p>
</blockquote>
<h2 id="chez-grand-mere-d-autres-regles">Chez grand-mère, d’autres règles</h2>
<p>Les enfants le savent d’instinct&nbsp;: chez les grands-parents, on peut manger sa tartine devant la cheminée, se coucher un peu plus tard, écouter les mêmes histoires vingt fois. Cette différence est saine. Elle apprend à l’enfant que les règles dépendent des lieux et des personnes, et qu’il existe plusieurs façons d’être aimé.</p>
<p>Encore faut-il distinguer l’accessoire de l’essentiel. Sur tout ce qui touche la santé et la sécurité, ce sont les parents qui décident&nbsp;: le siège auto, les allergies, les médicaments, le sommeil du nourrisson couché sur le dos, et désormais <a href="https://carnetdebal.fr/famille/les-ecrans-avant-trois-ans-ce-que-disent-les-recommandations/">les écrans avant trois ans</a>. On peut être la maison où l’on a le droit de goûter deux fois&#8239;; pas celle où l’on a le droit de voyager sans ceinture.</p>
<p>Le principe est simple, l’application moins&nbsp;: chez moi, mes règles&#8239;; pour l’éducation de l’enfant, celles de ses parents. Et quand une règle des parents vous semble absurde, ce n’est pas à l’enfant qu’il faut le dire.</p>
<h2 id="belle-mere-la-place-la-plus-delicate">Belle-mère&nbsp;: la place la plus délicate</h2>
<p>Il y a les grands-mères du côté de la mère et celles du côté du père, et chacune sait laquelle elle est. La belle-mère occupe une position inconfortable&nbsp;: elle aime son fils, elle aime ses petits-enfants, et elle doit composer avec une femme qui ne l’a pas choisie et qui élève ces enfants à sa manière.</p>
<p>Quelques règles évitent la plupart des orages. Ne donnez un conseil que s’il est demandé, et une seule fois. Si quelque chose vous préoccupe vraiment, parlez-en à votre enfant, pas à son conjoint, et jamais devant les petits. Ne comparez pas&nbsp;: ni avec la façon dont vous faisiez, ni avec l’autre grand-mère. Et souvenez-vous de votre propre belle-mère, du moins des jours où elle vous agaçait.</p>
<p>L’inverse est vrai aussi. Les jeunes parents gagnent beaucoup à expliquer leurs choix plutôt qu’à les imposer, et à laisser la grand-mère faire les choses à sa façon tant qu’il n’y a pas de danger. Personne n’a jamais été traumatisé par une purée trop beurrée.</p>
<h2 id="ce-que-dit-la-loi">Ce que dit la loi</h2>
<p>Quand les relations se brouillent pour de bon, il est utile de savoir que le droit français protège le lien. L’article 371-4 du Code civil pose que l’enfant a le droit d’entretenir des relations personnelles avec ses ascendants, et que seul son intérêt peut y faire obstacle. C’est un droit de l’enfant, non des grands-parents, et le juge aux affaires familiales tranche en fonction de cet intérêt. Avant d’en arriver là, la médiation familiale permet souvent de renouer le fil.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Ce qu’il vaut mieux se dire dès le début</p><ul>
<li>Les jours et horaires de garde, et ce qui se passe pendant les vacances.</li>
<li>Qui prend en charge les frais&nbsp;: repas, couches, transports, sorties.</li>
<li>Les règles non négociables des parents&nbsp;: sommeil, alimentation, écrans, sécurité.</li>
<li>Le droit de la grand-mère de dire non, sans avoir à se justifier.</li>
<li>Un point d’étape tous les quelques mois, pour ajuster sans attendre la crise.</li>
</ul>
</blockquote>
<h2 id="ce-qu-une-grand-mere-transmet">Ce qu’une grand-mère transmet</h2>
<p>Une grand-mère n’est pas une seconde mère. Elle est autre chose&nbsp;: un adulte qui n’a pas la charge de l’éducation, qui a du temps à perdre et des histoires à raconter. Elle connaît la jeunesse des parents, ce qui fascine toujours les enfants. Elle sait la recette des crêpes du dimanche et le nom de l’arrière-grand-oncle sur la photo jaunie.</p>
<p>Elle transmet aussi, sans le vouloir, une image de la vieillesse. Une grand-mère qui part marcher, qui lit, qui a des amies et des projets, montre aux enfants que la vie ne s’arrête pas à soixante ans. Pour celles qui en douteraient, notre rubrique people raconte <a href="https://carnetdebal.fr/people/ces-femmes-qui-ont-tout-commence-apres-soixante-ans/">ces femmes qui ont tout commencé après soixante ans</a>.</p>
<p>Mes petits-enfants savent qu’un mercredi sur deux, je chante. Le plus grand m’a demandé l’autre jour s’il pourrait venir écouter. J’y vois une forme de transmission.</p>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/grands-meres-d-aujourd-hui-ni-gateaux-ni-nounous/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Seconde main : l’art de chiner sans se ruiner</title><link>https://carnetdebal.fr/mode/seconde-main-l-art-de-chiner-sans-se-ruiner/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/mode/seconde-main-l-art-de-chiner-sans-se-ruiner/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 07:58:00 GMT</pubDate><dc:creator>Laura Thomas</dc:creator><category>Mode</category><description>Acheter de seconde main, c’est payer moins cher des vêtements souvent mieux faits que ceux du neuf. Encore faut-il savoir où chercher, et reconnaître en quelques secondes une couture solide ou une laine qui durera. Les gestes d’une chineuse, de l’étiquette à la doublure.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/seconde-main-l-art-de-chiner-sans-se-ruiner/1200.jpg" alt="Gros plan sur une rangée de blousons de cuir d’occasion suspendus côte à côte, noirs, gris, blancs et bordeaux, aux coutures surpiquées."></p><p>Il y a deux manières d’entrer dans une friperie. La première consiste à fouiller au hasard, à se laisser tenter par une couleur, et à ressortir avec un chemisier qui gratte. La seconde demande un peu de méthode&nbsp;: savoir ce qu’on cherche, puis regarder l’étiquette avant le motif et l’intérieur avant l’extérieur. Elle prend à peine plus de temps, et elle change complètement ce qu’on rapporte à la maison.</p>
<p>Acheter de seconde main n’a plus rien d’honteux, si tant est que cela l’ait jamais été. C’est souvent le seul moyen d’accéder, pour le prix d’un tee-shirt neuf, à un manteau de laine épaisse ou à une chemise en vraie popeline. À condition de savoir trier.</p>
<h2 id="ou-chiner-de-la-friperie-a-l-application">Où chiner&nbsp;: de la friperie à l’application</h2>
<p><strong>Les friperies</strong> n’ont pas toutes le même modèle. Certaines vendent au kilo ou en vrac, à petits prix, et demandent de la patience. D’autres, dites «&nbsp;vintage&nbsp;», sélectionnent leurs pièces et les vendent plus cher&#8239;; on y paie le travail de tri.</p>
<p><strong>Les dépôts-ventes</strong> fonctionnent autrement&nbsp;: des particuliers y laissent leurs vêtements, la boutique les vend et garde une commission. Les pièces sont en général propres, en bon état, souvent de belle facture. C’est l’adresse des manteaux, des tailleurs, des sacs en cuir.</p>
<p><strong>Emmaüs</strong>, né en 1949 autour de l’abbé Pierre, revend dans ses communautés les dons qu’il reçoit, et fait vivre les compagnons qui y travaillent. Les prix sont parmi les plus bas, les rayons parfois chaotiques&#8239;; c’est là que l’on trouve, avec de la chance et de l’œil, le pull en shetland des années 1980 à quelques euros. Les vestiboutiques de la Croix-Rouge, les ressourceries et les recycleries de quartier jouent dans la même catégorie.</p>
<p><strong>Les vide-greniers et les braderies</strong>, de celle de Lille, début septembre, aux petites brocantes de village, réservent leurs meilleures pièces aux lèves-tôt.</p>
<p><strong>Les applications de revente entre particuliers</strong>, enfin, ont tout changé&nbsp;: on peut y chercher un modèle précis, à sa taille, sans bouger de chez soi. L’inconvénient est évident, puisqu’on ne touche pas le tissu. Demandez toujours une photo de l’étiquette de composition et des zones d’usure (aisselles, col, entrejambe) avant de payer.</p>
<h2 id="lire-une-etiquette-en-dix-secondes">Lire une étiquette en dix secondes</h2>
<p>L’étiquette de composition est obligatoire dans l’Union européenne, et c’est votre meilleure alliée. Cherchez-la d’abord, souvent cousue sur la couture de côté, à l’intérieur.</p>
<p>Une bonne laine est annoncée comme telle&nbsp;: «&nbsp;laine&nbsp;», «&nbsp;laine vierge&nbsp;» (une laine neuve, qui n’a pas été recyclée), «&nbsp;mérinos&nbsp;», «&nbsp;lambswool&nbsp;», «&nbsp;cachemire&nbsp;», «&nbsp;mohair&nbsp;». Méfiez-vous d’un pull qui ressemble à de la laine mais qui affiche une majorité d’acrylique&nbsp;: il boulochera vite et tiendra moins chaud. Pour un manteau, visez au moins 70&nbsp;% de laine, sans quoi il perdra sa tenue.</p>
<p>Les tailles, elles, ont bougé au fil des décennies, et d’une marque à l’autre. Un 40 de 1985 ne correspond pas à un 40 d’aujourd’hui. Notez vos mesures sur votre téléphone (tour de poitrine, de taille, de hanches, largeur d’épaules, longueur de jambe) et emportez un mètre ruban. Mesurer un vêtement à plat prend une minute et évite bien des déceptions.</p>
<h2 id="juger-une-couture-retournez-le-vetement">Juger une couture&nbsp;: retournez le vêtement</h2>
<p>C’est le geste qui distingue la chineuse avertie. Retournez la pièce et regardez l’intérieur.</p>
<p>Les <strong>points de couture</strong> doivent être réguliers, serrés et sans fil qui pend. Plus il y a de points par centimètre, plus l’assemblage est solide. Les <strong>surplus de couture</strong> (la marge de tissu entre la couture et le bord) généreux sont bon signe&nbsp;: ils permettent d’élargir un vêtement chez la retoucheuse. Sur une chemise, les coutures rabattues, propres des deux côtés, signent un travail soigné.</p>
<p>Regardez aussi les <strong>motifs</strong>&nbsp;: sur un tissu à carreaux ou à rayures bien coupé, les lignes se raccordent aux coutures, au milieu du dos, aux poches. C’est long à faire, donc c’est rare, donc c’est un signe de qualité.</p>
<blockquote>
<p>Retournez toujours le vêtement&nbsp;: l’intérieur dit la vérité que l’extérieur maquille.</p>
</blockquote>
<p>Vérifiez enfin les points de fatigue. Les aisselles, l’entrejambe d’un pantalon, les coins de poches, l’ourlet du bas, la fermeture éclair (faites-la glisser de bout en bout). Un bouton manquant se remplace&#8239;; une déchirure dans le tissu, beaucoup moins.</p>
<h2 id="sentir-une-laine-a-la-main-et-a-la-lumiere">Sentir une laine, à la main et à la lumière</h2>
<p>Prenez un pan de tricot entre le pouce et l’index et frottez doucement. Une bonne laine est souple, un peu élastique, elle reprend sa forme. Serrez ensuite le tissu dans votre poing quelques secondes, puis relâchez&nbsp;: la laine se défroisse presque seule, la viscose et le coton gardent le pli.</p>
<p>Cherchez les <strong>bouloches</strong> sous les bras et sur les flancs, là où le bras frotte le corps. Quelques-unes s’enlèvent au rasoir à pulls&#8239;; un tissu entièrement peluché trahit une fibre courte, qui continuera de s’user.</p>
<p>Tenez ensuite le vêtement face à une fenêtre. Les trous de mites, invisibles à l’œil sur un tricot sombre, apparaissent comme des têtes d’épingle lumineuses. Un pull rigide, un peu cartonné, et plus court qu’il ne devrait l’être a été lavé trop chaud&nbsp;: il a feutré, et c’est irréversible.</p>
<p>Reste l’odeur. Le renfermé et le tabac partent le plus souvent avec un lavage et une journée à l’air. L’odeur de moisi, beaucoup moins.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Le kit de la chineuse</p><ul>
<li>Un mètre ruban et la liste de vos mesures sur votre téléphone.</li>
<li>Une tenue facile à enlever, ou un haut près du corps pour essayer par-dessus.</li>
<li>Un grand sac en tissu et un peu de monnaie pour les brocantes.</li>
<li>La photo de ce qui vous manque vraiment, pour éviter l’achat de trop.</li>
<li>Au retour&nbsp;: lavage selon l’étiquette, puis quelques jours au congélateur, dans un sac fermé, pour toute laine suspecte de mites.</li>
</ul>
</blockquote>
<h2 id="combien-payer-et-quand-renoncer">Combien payer, et quand renoncer</h2>
<p>Les écarts de prix sont considérables. Un pull en laine peut coûter quelques euros dans une communauté Emmaüs, une vingtaine d’euros en friperie, davantage dans une boutique vintage. Un bon manteau de laine se trouve souvent entre 30 et 150 euros selon l’adresse, quand il en coûterait plusieurs centaines neuf.</p>
<p>Avant de payer, comptez les retouches. Un ourlet de pantalon coûte en général une quinzaine d’euros chez la retoucheuse, le remplacement d’une fermeture éclair davantage. Une règle simple&nbsp;: n’achetez pas une pièce qui demande plus d’une retouche, sauf si elle est exceptionnelle. Et ne l’achetez jamais parce qu’elle n’est pas chère. Un vêtement que vous ne porterez pas reste trop cher, même à deux euros.</p>
<p>Certaines pièces se prêtent particulièrement bien à la chine, parce qu’elles vieillissent bien et que les anciennes étaient souvent mieux faites&nbsp;: le trench, dont nous racontons <a href="https://carnetdebal.fr/mode/pourquoi-le-trench-a-survecu-a-cent-ans-de-modes/">l’histoire et les critères de choix</a>, le manteau de laine, le blazer, les bottines en cuir, la jupe plissée. Elles composent l’essentiel de <a href="https://carnetdebal.fr/mode/les-dix-pieces-d-un-vestiaire-d-automne-qui-dure/">notre vestiaire d’automne qui dure</a>.</p>
<p>Chiner, au fond, c’est glaner. Agnès Varda l’avait filmé en 2000 dans <em>Les Glaneurs et la Glaneuse</em>, et notre rubrique Culture revient sur <a href="https://carnetdebal.fr/culture/agnes-varda-la-glaneuse-qui-filmait-les-femmes/">son regard de glaneuse</a>. Ramasser ce que d’autres ont laissé, et y voir ce qu’ils n’ont pas vu&nbsp;: c’est exactement ce que vous ferez samedi matin, devant un portant de laine mélangée, en retournant un manteau pour regarder ses coutures.</p>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/seconde-main-l-art-de-chiner-sans-se-ruiner/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Voyager seule, le guide de celles qui osent partir</title><link>https://carnetdebal.fr/voyages/voyager-seule-le-guide-de-celles-qui-osent-partir/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/voyages/voyager-seule-le-guide-de-celles-qui-osent-partir/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 07:58:00 GMT</pubDate><dc:creator>Camille Sauviat</dc:creator><category>Voyages</category><description>Partir sans personne, c’est choisir chaque matin où aller et à quelle heure se lever. Il y faut un peu de méthode et beaucoup moins de courage qu’on ne le croit. Destinations, sécurité, repas en tête-à-tête avec soi-même : ce qu’il faut savoir avant le premier départ, à tout âge.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/voyager-seule-le-guide-de-celles-qui-osent-partir/1200.jpg" alt="Vue de dos, une femme aux longs cheveux défaits par le vent photographie le soleil couchant au-dessus de la mer, depuis un rivage rocheux."></p><p>«&nbsp;Vous attendez quelqu’un&#8239;?&nbsp;» Le serveur a deux couverts dans la main et l’air sincèrement désolé pour vous. Vous répondez non, il retire l’assiette de trop, et pendant une minute vous avez l’impression que toute la salle vous regarde. Personne ne vous regarde. Au deuxième verre, vous avez oublié la scène&#8239;; au troisième dîner, vous la trouvez drôle. Voyager seule commence souvent là, dans ce petit vertige devant une table pour une personne.</p>
<p>Il n’existe pas d’âge pour s’y mettre. On part seule à dix-neuf ans parce que les amies n’ont pas les mêmes dates, à quarante-cinq parce que les enfants sont grands, à soixante-dix parce qu’on est veuve et qu’on refuse d’attendre qu’un autre veuille bien. Les raisons diffèrent&#8239;; la méthode, elle, se ressemble beaucoup.</p>
<h2 id="choisir-une-premiere-destination-qui-pardonne-les-erreurs">Choisir une première destination qui pardonne les erreurs</h2>
<p>Pour un premier voyage, cherchez une ville qui se parcourt à pied, où les transports en commun sont simples, où l’on comprend au moins les panneaux. Une ville moyenne vaut mieux qu’une mégapole, un pays dont vous parlez un peu la langue mieux qu’un pays où vous ne pourrez rien demander. Lisbonne, Porto, Édimbourg, Vienne, Copenhague répondent bien à ces critères&#8239;; Montréal et Québec ont l’avantage du français. Nous avons raconté <a href="https://carnetdebal.fr/voyages/lisbonne-en-novembre-la-ville-sans-la-foule/">Lisbonne en novembre</a>, quand la ville est calme et douce&nbsp;: c’est un bon baptême.</p>
<p>Rien n’oblige non plus à prendre l’avion. Un week-end seule à Nantes, à Strasbourg ou à Bordeaux, dans une ville où vous ne connaissez personne, apprend presque tout&nbsp;: se repérer, se nourrir, occuper une soirée. Le train a ses vertus pour celles qui débutent. On y arrive en plein centre, on peut lire, et les gares sont plus faciles à déchiffrer que les aéroports.</p>
<p>Les pèlerinages et les retraites sont une autre porte d’entrée, plus douce encore, car on y est seule sans être isolée. Les chemins de Compostelle sont pleins de femmes qui marchent sans compagnon&#8239;; nous y consacrons <a href="https://carnetdebal.fr/voyages/compostelle-au-feminin-premiers-pas-sur-le-chemin/">un article à part</a>. Une <a href="https://carnetdebal.fr/voyages/retraite-silencieuse-dans-une-abbaye-mode-d-emploi/">retraite dans une hôtellerie monastique</a> offre le même apprentissage, en silence.</p>
<h2 id="la-securite-sans-la-paranoia">La sécurité, sans la paranoïa</h2>
<p>La prudence d’une voyageuse seule tient en quelques habitudes, qu’on prend une fois pour toutes.</p>
<p>Avant de partir, lisez la fiche du pays dans la rubrique «&nbsp;Conseils aux voyageurs&nbsp;» du site France Diplomatie, et inscrivez-vous sur Ariane, le service gratuit du ministère qui permet d’être prévenue et jointe en cas de crise. Envoyez-vous par courriel une copie de votre passeport, de votre assurance et de vos réservations. Donnez votre itinéraire à une personne de confiance, avec le nom des hôtels.</p>
<p>Pour la première nuit, réservez toujours, et arrangez-vous pour arriver de jour&nbsp;: chercher son adresse à minuit dans une ville inconnue, valise à la main, est la situation la plus inconfortable qui soit. Préférez un hôtel avec réception ouverte la nuit. Dans l’Union européenne, le 112 joint les secours partout&#8239;; ailleurs, notez les numéros locaux avant le départ. Certains trains de nuit proposent des compartiments réservés aux femmes, qu’il faut demander à la réservation.</p>
<p>Pour le reste, faites comme chez vous. Vous ne suivriez pas un inconnu trop insistant à Paris&#8239;; ne le suivez pas à Séville. Vous savez reconnaître un malaise&nbsp;: écoutez-le, changez de trottoir, entrez dans une boutique, prenez un taxi. Partir d’un endroit qui ne vous plaît pas n’exige aucune justification. Dans les lieux de culte, enfin, couvrir ses épaules et parfois ses cheveux relève de la politesse plus que du danger&#8239;; un grand foulard dans le sac règle la question.</p>
<blockquote>
<p>Personne ne vous regarde. Au troisième dîner, vous trouvez la scène drôle.</p>
</blockquote>
<h2 id="manger-seule-au-restaurant-le-vrai-bapteme">Manger seule au restaurant, le vrai baptême</h2>
<p>C’est souvent ce qui fait renoncer, bien plus que la peur. Commencez par le déjeuner&nbsp;: les salles sont pleines de gens qui mangent seuls, entre deux rendez-vous, et le menu du jour coûte moins cher. Le soir, demandez à vous asseoir au comptoir. En Espagne, on mange les tapas debout au bar en parlant avec le patron&#8239;; au Japon, beaucoup de restaurants sont construits autour d’un comptoir où l’on s’attable seul sans que personne s’en étonne. Au comptoir, on voit la cuisine, on bavarde si l’on veut, et l’on n’a jamais l’air d’attendre.</p>
<p>Emportez un livre, ou mieux, un carnet. La femme qui écrit à sa table devient celle qui observe, et c’est un très bon rôle. Demandez conseil au serveur, goûtez le plat qu’il recommande, prenez le temps du dessert. Au bout de quelques jours, vous découvrirez le luxe particulier de choisir un restaurant sans négocier avec personne.</p>
<h2 id="a-vingt-ans-a-cinquante-a-quatre-vingts">À vingt ans, à cinquante, à quatre-vingts</h2>
<p>À vingt ans, l’argent compte plus que tout. Les auberges de jeunesse proposent presque toutes des dortoirs réservés aux femmes, et le passe Interrail permet de traverser l’Europe en train. L’Union européenne offre même, sur candidature, des passes de train gratuits à des jeunes de dix-huit ans, dans le cadre du programme DiscoverEU&nbsp;: renseignez-vous l’année de vos dix-huit ans.</p>
<p>À cinquante ou soixante ans, la question devient plutôt celle du «&nbsp;supplément single&nbsp;», cette majoration que facturent hôtels et voyagistes à qui occupe seule une chambre double. Comparez les offres, voyagez hors saison, et regardez du côté des voyages en petits groupes, qui permettent d’être seule sans l’être tout le temps.</p>
<p>À soixante-quinze ou quatre-vingts ans, rien n’interdit de partir, mais tout se prépare un peu mieux. Voyagez léger, une valise que vous pouvez soulever vous-même. Lisez attentivement votre contrat d’assurance&nbsp;: certains contrats fixent des limites d’âge ou excluent des maladies déjà connues. Parlez de votre voyage à votre médecin, gardez vos médicaments et leur ordonnance dans le bagage à main, et choisissez des itinéraires avec peu de correspondances. Le train de jour, encore lui, convient merveilleusement à cet âge-là.</p>
<h2 id="celles-qui-sont-parties-avant-nous">Celles qui sont parties avant nous</h2>
<p>Alexandra David-Néel avait cinquante-cinq ans quand elle entra à Lhassa, en 1924, déguisée en mendiante tibétaine, accompagnée du jeune lama Yongden, qu’elle adopterait plus tard. La ville était alors interdite aux étrangers. Elle a vécu jusqu’à cent ans passés à Digne, dans la maison qu’elle avait baptisée Samten Dzong, et l’on raconte qu’elle fit renouveler son passeport à cent ans. On n’est pas tenue de la prendre pour modèle. On peut en garder l’idée que le départ n’a pas d’âge limite.</p>
<p>Ce que l’on rapporte d’un voyage seule tient rarement dans les photos. C’est plutôt une forme de confiance, acquise sans y penser, à force de petites décisions prises sans demander l’avis de personne. On rentre avec la certitude tranquille qu’on saura se débrouiller la prochaine fois. Et la prochaine fois arrive vite.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Avant de partir seule</p><ul>
<li>Lire la fiche «&nbsp;Conseils aux voyageurs&nbsp;» du pays sur le site France Diplomatie et s’inscrire sur Ariane.</li>
<li>S’envoyer par courriel une copie du passeport, de l’assurance et des réservations.</li>
<li>Réserver la première nuit, arriver de jour, laisser son itinéraire à une proche.</li>
<li>Noter les numéros d’urgence&nbsp;: 112 dans l’Union européenne, numéros locaux ailleurs.</li>
<li>Vérifier son assurance&nbsp;: rapatriement, plafonds, éventuelles limites d’âge.</li>
<li>Emporter une batterie de secours, un grand foulard et un carnet.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/voyager-seule-le-guide-de-celles-qui-osent-partir/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Annie Ernaux : lire sa vie pour comprendre la nôtre</title><link>https://carnetdebal.fr/culture/annie-ernaux-lire-sa-vie-pour-comprendre-la-notre/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/culture/annie-ernaux-lire-sa-vie-pour-comprendre-la-notre/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 07:46:00 GMT</pubDate><dc:creator>Sarah Duport</dc:creator><category>Culture</category><description>Fille de cafetiers normands devenue professeure, puis prix Nobel de littérature en 2022, Annie Ernaux écrit depuis cinquante ans sur sa propre vie. Et pourtant, c’est la nôtre qu’on y reconnaît. Pourquoi ses livres touchent autant, et par lequel commencer.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/annie-ernaux-lire-sa-vie-pour-comprendre-la-notre/1200.jpg" alt="Annie Ernaux, cheveux blonds mi-longs et veste de velours bordeaux, penchée sur une table, dédicace un livre au milieu de lecteurs."></p><p>Il y a, au début de <em>La Place</em>, une scène qui dit tout de l’œuvre à venir. La narratrice passe les épreuves pratiques du CAPES, à Lyon, devant un jury qui la félicite. Deux mois plus tard, son père meurt. Entre ces deux événements, il y a un monde&nbsp;: celui qu’elle a quitté en devenant professeure, et qu’elle n’a jamais cessé de regarder. Tout Annie Ernaux part de là. D’une fille qui est passée de l’autre côté, et qui écrit pour ne pas trahir ceux qu’elle a laissés.</p>
<p>Le 6 octobre 2022, l’Académie suédoise lui a décerné le prix Nobel de littérature, saluant le courage et l’acuité avec lesquels elle met au jour les racines et les contraintes collectives de la mémoire personnelle. Elle avait quatre-vingt-deux ans. Elle était la première Française à le recevoir.</p>
<h2 id="yvetot-un-cafe-epicerie">Yvetot, un café-épicerie</h2>
<p>Annie Duchesne naît le 1<sup>er</sup> septembre 1940 à Lillebonne, en Seine-Maritime. Elle grandit à Yvetot, où ses parents tiennent un café-épicerie. Ce sont des gens d’origine ouvrière et paysanne, qui ont réussi à s’établir à leur compte et qui veulent pour leur fille une autre vie. Elle fait des études de lettres à Rouen, devient professeure, épouse Philippe Ernaux, a deux fils. Elle enseigne, puis s’installe en 1977 à Cergy, ville nouvelle du Val-d’Oise, dont elle tiendra plus tard la chronique dans <em>Journal du dehors</em> (1993).</p>
<p>Elle publie son premier livre, <em>Les Armoires vides</em>, en 1974. C’est un roman, encore, avec de la colère et beaucoup de style. Puis, peu à peu, elle abandonne la fiction pour un genre qu’elle invente presque&nbsp;: un récit à la première personne, d’une précision presque sociologique, où le «&nbsp;je&nbsp;» n’est jamais seulement intime.</p>
<h2 id="l-ecriture-plate">L’écriture plate</h2>
<p>En 1983, <em>La Place</em> raconte la vie de son père. Pas une biographie romancée&nbsp;: un inventaire. Ce qu’il mangeait, comment il parlait, ses fiertés, ses hontes, ses gestes. Elle refuse toute poésie du souvenir, tout attendrissement, toute ironie. Elle le dit dans le livre&nbsp;: «&nbsp;L’écriture plate me vient naturellement.&nbsp;» Cette écriture plate, c’est une langue sans effet, qui décrit les choses comme on les ferait voir. Le livre reçoit le prix Renaudot en 1984. Il est devenu un classique des lycées.</p>
<p>Le procédé déconcerte d’abord. On cherche les métaphores, il n’y en a pas. Puis on comprend. Cette sobriété est une politique. Écrire «&nbsp;joliment&nbsp;» la vie de son père, ce serait l’écrire du point de vue de ceux qui méprisent les gens comme lui. Ernaux choisit les mots exacts, les phrases nues, et c’est leur nudité qui serre la gorge.</p>
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<p>Écrire joliment la vie de son père, ce serait l’écrire du point de vue de ceux qui méprisent les gens comme lui.</p>
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<p>Elle a souvent cité Pierre Bourdieu, dont la lecture l’a aidée à comprendre ce qui lui était arrivé&nbsp;: le passage d’une classe à une autre, la honte, la distance. Aujourd’hui, on parle de «&nbsp;transfuge de classe&nbsp;». Ernaux a donné à ce mot une littérature.</p>
<h2 id="le-corps-des-femmes-sans-fard">Le corps des femmes, sans fard</h2>
<p>L’autre grand sujet d’Annie Ernaux, c’est le corps des femmes. <em>La Femme gelée</em> (1981) raconte comment le mariage et la maternité éteignent une jeune femme pleine d’ambition. <em>Passion simple</em> (1991) décrit, sans détour, la passion physique pour un homme marié, l’attente du téléphone, l’obsession. Le livre a fait scandale&#8239;; il a aussi rendu Ernaux célèbre bien au-delà des lecteurs de littérature.</p>
<p>Puis il y a <em>L’Événement</em> (2000). En 1963, étudiante à Rouen, Annie Ernaux est enceinte. L’avortement est illégal. Elle raconte tout&nbsp;: la recherche d’une adresse, les médecins qui détournent les yeux, la faiseuse d’anges, l’hémorragie, l’hôpital. C’est l’un des livres les plus nécessaires qu’on puisse lire, à dix-sept ans comme à quatre-vingts. L’adaptation qu’en a tirée Audrey Diwan a reçu le Lion d’or à Venise en 2021.</p>
<p>Plus tard, <em>Mémoire de fille</em> (2016) revient sur l’été 1958, quand, monitrice de colonie de vacances, elle a vécu sa première nuit avec un homme, et la honte qui a suivi. Elle avait dix-huit ans. Elle en a mis près de soixante à pouvoir l’écrire.</p>
<h2 id="les-annees-le-grand-livre"><em>Les Années</em>, le grand livre</h2>
<p>En 2008 paraît <em>Les Années</em>, le livre qui a fait d’Annie Ernaux une écrivaine de dimension mondiale. Elle y raconte six décennies, de l’après-guerre au début du XXI<sup>e</sup> siècle, mais sans dire «&nbsp;je&nbsp;». Elle écrit «&nbsp;on&nbsp;», «&nbsp;nous&nbsp;», «&nbsp;elle&nbsp;». Le récit avance de photographie en photographie&nbsp;: la petite fille sur la plage, l’adolescente, la jeune mère, la femme mûre. Autour, tout change&nbsp;: les objets, les chansons, les slogans, les élections, les publicités, la façon de parler aux enfants.</p>
<p>C’est une autobiographie impersonnelle, une contradiction qui fonctionne. On y reconnaît sa propre mère, sa propre grand-mère, ses propres années. Si vous n’avez qu’un livre d’Ernaux à lire, c’est celui-là. En 2022, elle a présenté au Festival de Cannes <em>Les Années Super 8</em>, un film coréalisé avec son fils David Ernaux-Briot, à partir des films de famille tournés dans les années 1970. On y voit en images ce qu’elle avait écrit en mots.</p>
<h2 id="pourquoi-elle-nous-concerne">Pourquoi elle nous concerne</h2>
<p>On reproche parfois à Annie Ernaux de ne parler que d’elle. C’est mal la lire. Elle se sert de sa vie comme d’un instrument pour comprendre celle des autres, et surtout celle des femmes. Ses livres parlent de la honte sociale, de l’avortement, du désir, du vieillissement, de la mort des parents, de la maladie d’Alzheimer, avec une précision qui interdit le mensonge.</p>
<p>On peut ne pas aimer son écriture. On peut la trouver froide. Mais il est difficile de la lire sans se sentir regardée, sans se dire que ce qu’elle raconte, on l’a vécu, ou que sa mère l’a vécu. Elle donne aux vies ordinaires une dignité littéraire qu’on ne leur accordait pas. Cela suffit à expliquer qu’on la lise de Cergy à Stockholm, et de dix-sept à cent dix-sept ans.</p>
<p>Pour prolonger, lisez aussi notre portrait d’une autre femme qui a fait de sa vie une œuvre, <a href="https://carnetdebal.fr/culture/agnes-varda-la-glaneuse-qui-filmait-les-femmes/">Agnès Varda</a>.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Par où commencer</p><ul>
<li><em><strong>La Place</strong></em> (1983)&nbsp;: le père, en une centaine de pages. La porte d’entrée idéale.</li>
<li><em><strong>Une femme</strong></em> (1987)&nbsp;: la mère, le pendant de <em>La Place</em>, écrit après sa mort.</li>
<li><em><strong>L’Événement</strong></em> (2000)&nbsp;: l’avortement clandestin, en 1963. Court, puissant, à lire à tout âge.</li>
<li><em><strong>Les Années</strong></em> (2008)&nbsp;: le grand livre, pour qui veut tout Ernaux en un seul volume.</li>
<li><em><strong>Mémoire de fille</strong></em> (2016)&nbsp;: la première nuit, la honte, et soixante ans pour l’écrire.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/annie-ernaux-lire-sa-vie-pour-comprendre-la-notre/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Savoir dire non sans se justifier, et sans se sentir coupable</title><link>https://carnetdebal.fr/psycho/savoir-dire-non-sans-se-justifier/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/psycho/savoir-dire-non-sans-se-justifier/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 07:40:00 GMT</pubDate><dc:creator>Chloé Schulmann</dc:creator><category>Psycho</category><description>Un « non » tout simple, et voilà trois paragraphes d’excuses. Savoir dire non sans se justifier s’apprend : ce que la recherche dit du prix du refus pour les femmes, pourquoi les explications affaiblissent votre réponse, et comment s’entraîner.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/savoir-dire-non-sans-se-justifier/1200.jpg" alt="Portrait en gros plan d’une femme aux cheveux bouclés qui regarde l’objectif, calme et droite, devant un mur clair."></p><p>Il est 22 heures, le téléphone vibre. «&nbsp;Tu pourrais me remplacer samedi à la permanence&#8239;?&nbsp;» Vous n’en avez aucune envie, vous aviez prévu de ne rien faire, et ce rien vous semblait précieux. Vous tapez&nbsp;: «&nbsp;Désolée, je ne vais pas pouvoir, j’ai promis à ma sœur de l’aider pour son déménagement, et puis je suis un peu à plat en ce moment, mais si vraiment tu ne trouves personne…&nbsp;» Vous relisez. Vous ajoutez un émoji contrit. Vous envoyez, et vous vous sentez coupable jusqu’à minuit.</p>
<p>Un mot de trois lettres nous coûte parfois une soirée. Il y a des raisons à cela, et une partie d’entre elles ne se trouve pas dans notre tête.</p>
<h2 id="pourquoi-le-refus-coute-plus-cher-aux-femmes">Pourquoi le refus coûte plus cher aux femmes</h2>
<p>On aime à dire que les femmes «&nbsp;ne savent pas dire non&nbsp;», comme s’il s’agissait d’une faiblesse de caractère. La recherche raconte une histoire plus intéressante. En 2017, quatre économistes américaines, Linda Babcock, Maria Recalde, Lise Vesterlund et Laurie Weingart, ont publié dans l’<em>American Economic Review</em> une série d’expériences sur les tâches dites «&nbsp;peu valorisantes&nbsp;»&nbsp;: celles qui rendent service au groupe sans faire avancer la carrière de qui s’en charge. Organiser le pot de départ, prendre les notes de réunion, siéger dans un comité que personne ne regarde.</p>
<p>Leurs résultats sont limpides. Dans les groupes mixtes, les femmes se portent plus souvent volontaires. On leur demande aussi davantage, et ce sont les hommes comme les femmes qui les sollicitent. Surtout, quand on demande, elles acceptent plus souvent. Les chercheuses l’expliquent par une anticipation plutôt que par un goût inné du dévouement&nbsp;: chacun s’attend à ce qu’elles disent oui, et elles le savent. Trois d’entre elles, avec Brenda Peyser, en ont tiré un livre, <em>The No Club</em> (2022), né d’un petit groupe qu’elles avaient formé pour s’aider mutuellement à refuser.</p>
<p>S’y ajoute un coût social bien documenté. Les travaux de la psychologue Laurie Rudman sur ce qu’elle appelle l’effet de «&nbsp;retour de bâton&nbsp;» montrent qu’une femme qui s’affirme est plus souvent jugée moins sympathique qu’un homme qui adopte exactement le même comportement. Hésiter avant de refuser n’a donc rien d’irrationnel. C’est un calcul, appris tôt, que la cour d’école puis le bureau ont souvent confirmé.</p>
<p>Savoir cela ne règle rien, mais déplace la culpabilité. Vous n’êtes pas «&nbsp;trop gentille&nbsp;». Vous répondez à une attente réelle. Reste à décider si vous voulez continuer à la satisfaire.</p>
<h2 id="la-justification-ce-piege-qui-affaiblit-le-non">La justification, ce piège qui affaiblit le non</h2>
<p>Regardez le message de 22 heures. Il contient une excuse, deux raisons, un aveu de fatigue et une porte ouverte. Chaque élément offre une prise à l’autre. Le déménagement de votre sœur&#8239;? «&nbsp;Il finit à quelle heure&#8239;? Tu pourrais passer après.&nbsp;» La fatigue&#8239;? «&nbsp;Justement, ça te changera les idées.&nbsp;»</p>
<blockquote>
<p>Chaque raison donnée est une porte laissée entrouverte.</p>
</blockquote>
<p>En 1975, le psychologue américain Manuel J. Smith publiait <em>When I Say No, I Feel Guilty</em>, traduit en français sous le titre <em>Quand je dis non, je me sens coupable</em>. Il y décrit la technique dite du «&nbsp;disque rayé&nbsp;»&nbsp;: répéter calmement la même phrase de refus, sans ajouter d’arguments, aussi longtemps qu’il le faut. La méthode peut sembler raide. Elle repose sur une idée juste&nbsp;: on n’a pas à gagner un débat pour avoir le droit de refuser.</p>
<p>Une autre piste vient d’une étude publiée en 2012 dans le <em>Journal of Consumer Research</em> par Vanessa Patrick et Henrik Hagtvedt. Les chercheurs ont comparé deux façons de résister à une tentation&nbsp;: dire «&nbsp;je ne peux pas&nbsp;» ou «&nbsp;je ne fais pas&nbsp;». La seconde formule s’est révélée plus efficace pour tenir sa résolution. «&nbsp;Je ne peux pas&nbsp;» évoque une contrainte extérieure, qu’on peut toujours lever&#8239;; «&nbsp;je ne fais pas&nbsp;» exprime une règle à soi. L’expérience portait sur les tentations, pas sur les demandes d’autrui, mais la nuance se transpose bien&nbsp;: «&nbsp;je ne prête pas ma voiture&nbsp;» se discute beaucoup moins que «&nbsp;je ne peux pas te prêter ma voiture&nbsp;».</p>
<p>Une précision, pour finir&nbsp;: se justifier n’est pas interdit. Entre proches, une explication est souvent une marque d’égard. La question est de savoir si vous l’offrez ou si on vous l’extorque.</p>
<h2 id="des-phrases-toutes-pretes-a-garder-en-poche">Des phrases toutes prêtes, à garder en poche</h2>
<p>Le plus difficile se joue dans les trois secondes qui suivent la demande. Avoir quelques phrases prêtes évite le oui réflexe.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Formules de refus</p><ul>
<li>«&nbsp;Non, merci.&nbsp;» Elle suffit plus souvent qu’on ne le croit.</li>
<li>«&nbsp;Ce n’est pas possible pour moi.&nbsp;»</li>
<li>«&nbsp;Je ne prends pas de nouveaux engagements en ce moment.&nbsp;»</li>
<li>«&nbsp;Je vous réponds demain.&nbsp;» Le délai est un droit.</li>
<li>«&nbsp;Je ne peux pas m’en charger, mais je peux relire le document.&nbsp;» Un non suivi d’une offre limitée, choisie par vous.</li>
<li>«&nbsp;J’ai bien entendu, et ma réponse reste non.&nbsp;» Pour la troisième relance.</li>
</ul>
</blockquote>
<p>Remarquez ce qui manque&nbsp;: les «&nbsp;désolée&nbsp;», les «&nbsp;malheureusement&nbsp;», les «&nbsp;je sais que ça t’embête&nbsp;». Ces petits mots demandent à l’autre de vous absoudre, ce qui lui donne la main. Une formule courte, dite sur un ton aimable, est souvent mieux reçue qu’on ne le redoute.</p>
<h2 id="s-entrainer-comme-on-assouplit-un-muscle">S’entraîner, comme on assouplit un muscle</h2>
<p>Personne ne passe du oui permanent au non serein en une semaine. Voici quelques exercices, à faire dans l’ordre de difficulté qui vous convient.</p>
<p><strong>Le délai systématique.</strong> Pendant quinze jours, ne répondez à aucune demande non urgente sur-le-champ. «&nbsp;Je regarde mon agenda et je reviens vers vous.&nbsp;» Ce temps vous permet de sentir ce que vous voulez vraiment, loin du regard de l’autre.</p>
<p><strong>Les petits non.</strong> Entraînez-vous là où l’enjeu est nul&nbsp;: refuser le sac à la caisse, la carte de fidélité, le deuxième café, la proposition du vendeur. Ces refus anodins habituent la voix et le corps à prononcer le mot.</p>
<p><strong>Le brouillon sans «&nbsp;parce que&nbsp;».</strong> Écrivez votre message de refus, puis supprimez toutes les raisons. Relisez ce qui reste. C’est en général bien assez, et beaucoup plus net.</p>
<p><strong>Le bilan du dimanche.</strong> Notez les oui de la semaine, puis entourez ceux que vous regrettez. Au bout d’un mois, un motif apparaît&nbsp;: certaines personnes, certains types de demandes, certains moments de fatigue. Vous saurez où porter votre vigilance.</p>
<p><strong>Au travail.</strong> Avant d’accepter une tâche de plus, posez-vous la question que recommandent les autrices de <em>The No Club</em>&nbsp;: cette tâche sera-t-elle vue, et comptera-t-elle dans mon évaluation&#8239;? Si la réponse est non, proposez un tour de rôle plutôt que de vous désigner d’office.</p>
<h2 id="ce-que-le-non-protege">Ce que le non protège</h2>
<p>La culpabilité qui suit un refus est réelle, et elle passe. Ce qui ne passe pas, c’est la rancœur accumulée de mille oui contraints, celle qui finit par empoisonner les amitiés et les couples bien plus sûrement qu’un refus franc. Une relation qui ne survit pas à un non posé avec courtoisie vous apprend quelque chose sur elle.</p>
<p>Et il y a un bénéfice inattendu&nbsp;: vos oui prennent de la valeur. Quand vous acceptez, on sait que vous le voulez. Si le refus vous paralyse au point de douter de votre légitimité au travail, notre article sur <a href="https://carnetdebal.fr/psycho/syndrome-de-l-imposteur-ce-que-dit-vraiment-la-recherche/">le syndrome de l’imposteur</a> pourrait vous parler. Et si l’anxiété devient envahissante au point de vous empêcher de vivre, un psychologue formé aux thérapies cognitives et comportementales peut vous aider&nbsp;: l’affirmation de soi fait partie de leurs outils classiques.</p>
<p>Quant au message de 22 heures, il tenait en une ligne. «&nbsp;Pas ce samedi. Pense à moi pour le mois prochain.&nbsp;» Ou, si le mois prochain ne vous tente pas davantage&nbsp;: «&nbsp;Pas ce samedi. Bonne soirée.&nbsp;»</p>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/savoir-dire-non-sans-se-justifier/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Trouver son rouge à lèvres à tout âge : sous-tons, textures, gestes</title><link>https://carnetdebal.fr/beaute/trouver-son-rouge-a-levres-a-tout-age/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/beaute/trouver-son-rouge-a-levres-a-tout-age/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 07:22:00 GMT</pubDate><dc:creator>Laura Thomas</dc:creator><category>Beauté</category><description>Il existe un rouge pour chaque bouche, à dix-sept ans comme à quatre-vingt-dix. Le trouver tient moins de la chance que de la méthode : connaître son sous-ton, choisir la bonne texture, et savoir ce qui change quand les lèvres s’affinent avec l’âge. Petite histoire d’un tube et mode d’emploi.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/trouver-son-rouge-a-levres-a-tout-age/1200.jpg" alt="Une jeune femme aux cheveux bouclés relevés, en débardeur blanc, applique au pinceau un rouge à lèvres carmin en regardant droit vers l’objectif."></p><p>Le rouge à lèvres est le plus petit objet de la trousse et celui qui change le plus un visage. Un trait, et la bouche devient le centre de tout. C’est aussi celui qui fait le plus peur. Beaucoup de tubes achetés sur un coup de cœur finissent au fond d’un tiroir, trop orangés ou trop secs.</p>
<p>Le problème vient rarement du rouge lui-même. Il vient d’un sous-ton mal accordé, d’une texture qui ne convient pas à la bouche, ou de lèvres qui ont changé sans qu’on change de méthode.</p>
<h2 id="un-petit-tube-une-longue-histoire">Un petit tube, une longue histoire</h2>
<p>Les femmes se colorent les lèvres depuis l’Antiquité, avec ce qu’elles avaient sous la main&nbsp;: des ocres, des sucs de plantes, parfois des pigments toxiques. À la cour d’Élisabeth I<sup>re</sup> d’Angleterre, la bouche rouge sur un visage blanchi à la céruse est un signe de rang. Au XIX<sup>e</sup> siècle, la bonne société bourgeoise se méfie du fard&nbsp;: le rouge est pour les actrices, et l’on soupçonne les autres.</p>
<p>Le XX<sup>e</sup> siècle le rend portatif. On attribue généralement à l’Américain Maurice Levy l’invention, en 1915, du tube de métal coulissant qui permet de glisser le rouge dans un sac. Le geste devient public&nbsp;: on se remaquille au restaurant, à la vue de tous.</p>
<p>Un détail a traversé les siècles. Beaucoup de rouges contiennent encore du carmin, un pigment tiré de la cochenille, un petit insecte qui vit sur les cactus. Sur l’étiquette, il apparaît sous le code CI 75470. Les personnes véganes ou allergiques le chercheront.</p>
<h2 id="chaud-froid-ou-neutre-trouver-son-sous-ton">Chaud, froid ou neutre&nbsp;: trouver son sous-ton</h2>
<p>La couleur de la peau ne suffit pas à choisir un rouge. Ce qui compte, c’est le sous-ton, la nuance qui affleure sous la surface. Il est chaud quand la peau tire vers le doré ou l’olive&#8239;; froid quand elle tire vers le rose ou le bleuté&#8239;; neutre quand on hésite.</p>
<p>Le test des veines du poignet (vertes pour les chaudes, bleues pour les froides) est populaire mais peu fiable. Deux tests valent mieux. Le premier&nbsp;: posez sous votre menton, à la lumière du jour, un tissu blanc pur puis un tissu ivoire. Si le blanc vous illumine, votre sous-ton est probablement froid&#8239;; si c’est l’ivoire, plutôt chaud. Le second&nbsp;: les bijoux. Celles que l’argent avantage sont souvent froides, celles que l’or réchauffe, chaudes.</p>
<p>Ensuite, la règle est simple. Aux sous-tons froids, les rouges bleutés&nbsp;: cerise ou framboise. Aux sous-tons chauds, les rouges orangés&nbsp;: corail ou brique. Aux neutres, presque tout, et en particulier le «&nbsp;rouge vrai&nbsp;», ni orange ni bleu, qui va à une majorité de visages.</p>
<p>Toutes les carnations portent le rouge. Sur une peau foncée, les rouges profonds (bordeaux, prune) sont somptueux, et les rouges vifs tout autant. Si vos lèvres sont naturellement plus foncées ou de deux tons, un crayon passé sur toute la surface avant le rouge unifie la base et rend la couleur plus fidèle à celle du tube.</p>
<h2 id="mat-satine-brillant-la-texture-compte-autant-que-la-couleur">Mat, satiné, brillant&nbsp;: la texture compte autant que la couleur</h2>
<p><strong>Le mat</strong> tient longtemps et donne une bouche très dessinée. En contrepartie, il assèche et souligne chaque ridule.</p>
<p><strong>Le satiné</strong>, ou crémeux, est le meilleur compromis&nbsp;: une couleur pleine avec un léger éclat, et un vrai confort. C’est la texture la plus facile à porter à tout âge.</p>
<p><strong>Le brillant</strong>, ou gloss, donne de la lumière et un effet de volume. Il tient peu et, sur une bouche marquée, il a tendance à filer dans les ridules.</p>
<p><strong>Les encres et les baumes teintés</strong> colorent la lèvre sans l’épaissir. Ils sont parfaits pour s’essayer au rouge sans en avoir l’air&nbsp;: on obtient une bouche «&nbsp;mordue&nbsp;», comme après un verre de vin.</p>
<p>En boutique, testez sur la pulpe des doigts plutôt que sur le dos de la main&nbsp;: la texture y ressemble davantage à celle des lèvres. Et regardez le résultat à la lumière du jour, à la porte du magasin.</p>
<h2 id="quand-les-levres-changent-avec-l-age">Quand les lèvres changent avec l’âge</h2>
<p>Avec les années, les lèvres perdent du volume. Leur contour, cet ourlet net qui sépare la lèvre de la peau, s’estompe. La lèvre supérieure s’allonge un peu. De fines ridules verticales apparaissent au-dessus de la bouche, plus tôt chez les fumeuses et celles qui ont beaucoup pris le soleil. Le rouge, alors, «&nbsp;file&nbsp;»&nbsp;: il glisse dans ces ridules et dessine de petites bavures.</p>
<p>Rien de tout cela n’interdit le rouge. Cela demande de changer quelques gestes.</p>
<p>Choisissez une texture satinée plutôt qu’un mat sec ou un gloss fluide. Préférez les teintes moyennes et lumineuses&nbsp;: les rouges très sombres rétrécissent visuellement une bouche fine. Hydratez les lèvres avant tout, avec un baume posé dix minutes plus tôt puis essuyé. Et surtout, utilisez un crayon.</p>
<blockquote>
<p>Le contour des lèvres s’efface avec les années&#8239;; un crayon le redessine en dix secondes.</p>
</blockquote>
<h2 id="le-crayon-l-outil-qu-on-oublie">Le crayon, l’outil qu’on oublie</h2>
<p>Le crayon contour a mauvaise réputation, à cause du trait brun foncé autour d’un gloss clair qui a marqué les années 1990. Utilisé ton sur ton, il est pourtant l’allié des bouches de tout âge.</p>
<p>Choisissez-le de la couleur exacte de votre rouge, ou de la couleur naturelle de vos lèvres. Il existe aussi des crayons transparents, dits «&nbsp;invisibles&nbsp;», qui forment une barrière contre les bavures sans ajouter de couleur. Tracez le contour exactement sur l’ourlet, sans déborder&nbsp;: redessiner une bouche plus grande se voit toujours de près. Puis remplissez légèrement l’intérieur au crayon, qui servira de base et fera tenir le rouge.</p>
<h2 id="les-gestes-pour-qu-il-tienne">Les gestes pour qu’il tienne</h2>
<p>Posez le rouge au pinceau, du centre vers les coins, pour plus de précision. Pressez un mouchoir en papier entre vos lèvres, puis posez une seconde couche. La couleur tiendra deux fois plus longtemps. Une astuce de maquilleuse&nbsp;: pour savoir si le rouge déborde sur les dents, glissez votre index dans la bouche, refermez les lèvres et retirez-le&#8239;; l’excédent part sur le doigt.</p>
<p>Les rouges bleutés ont un autre avantage, souvent oublié&nbsp;: par contraste, ils font paraître les dents plus blanches. Les orangés, à l’inverse, accentuent un émail jauni.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Trouver son rouge en quatre étapes</p><ul>
<li>Faire le test du blanc et de l’ivoire, à la lumière du jour.</li>
<li>Essayer trois teintes sur la pulpe des doigts, puis la préférée sur la bouche.</li>
<li>Choisir une texture satinée pour commencer.</li>
<li>Acheter le crayon assorti en même temps que le rouge.</li>
</ul>
</blockquote>
<h2 id="un-rouge-a-chaque-age">Un rouge à chaque âge</h2>
<p>À dix-sept ans, un baume teinté framboise suffit à éclairer un visage. À quarante, un rouge vrai satiné tient lieu de maquillage complet avec un peu de mascara. À soixante-dix ans, un rouge cerise ou corail, posé sur un contour net, réveille un teint et rend leur relief aux traits. Avec des <a href="https://carnetdebal.fr/beaute/cheveux-blancs-les-laisser-pousser-sans-renoncer-au-style/">cheveux devenus blancs</a>, le rouge prend même un éclat qu’il n’avait pas sur des cheveux foncés. À quatre-vingt-dix ans et au-delà, un rose soutenu à la texture crémeuse, facile à poser même d’une main moins sûre, suffit à donner bonne mine.</p>
<p>Un bon rouge n’a pas besoin de coûter cher&nbsp;: on trouve d’excellentes formules en pharmacie et en grande surface, autour d’une dizaine d’euros. Ce qu’il faut, c’est la bonne teinte. Le jour où vous la trouvez, achetez-en deux.</p>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/trouver-son-rouge-a-levres-a-tout-age/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Dépistage du cancer du sein : ce qui change à chaque âge</title><link>https://carnetdebal.fr/sante/depistage-du-cancer-du-sein-ce-qui-change-a-chaque-age/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/sante/depistage-du-cancer-du-sein-ce-qui-change-a-chaque-age/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 07:04:00 GMT</pubDate><dc:creator>Dominique Petit</dc:creator><category>Santé</category><description>Octobre rose s’achève, les rubans vont quitter les vitrines. Reste une question très concrète : que faut-il faire, à votre âge et avec votre histoire familiale, pour surveiller vos seins ? Le dépistage du cancer du sein, décennie par décennie.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/depistage-du-cancer-du-sein-ce-qui-change-a-chaque-age/1200.jpg" alt="Deux mains ouvertes, paumes vers le haut, tiennent une renoncule rose pâle sur un fond noir."></p><p>Les façades illuminées en rose vont s’éteindre, les rubans retourner dans les tiroirs. Les questions, elles, ne s’arrêtent pas le 31 octobre. On se demande s’il faut une mammographie à 40 ans, ce que change le cancer d’une mère ou d’une sœur, si la surveillance cesse quand les courriers de l’Assurance maladie ne viennent plus.</p>
<p>Les réponses dépendent de deux choses, votre âge et votre niveau de risque. Le point de départ est connu. Le cancer du sein est le plus fréquent des cancers chez la femme en France, avec environ 61 000 nouveaux cas par an selon l’Institut national du cancer (INCa). C’est aussi un cancer qui se soigne d’autant mieux qu’il est pris tôt&nbsp;: détecté à un stade précoce, il guérit dans neuf cas sur dix, rappelle l’INCa. Le dépistage sert précisément à cela, chercher la maladie chez des femmes qui ne ressentent rien.</p>
<h2 id="de-25-a-49-ans-l-examen-clinique-des-seins-chaque-annee">De 25 à 49 ans&nbsp;: l’examen clinique des seins chaque année</h2>
<p>Avant 50 ans, pour une femme sans risque particulier, il n’y a pas de mammographie de dépistage systématique. Ce n’est pas un oubli. À cet âge, les seins sont souvent plus denses, ce qui rend la mammographie moins performante, et le cancer est moins fréquent. Les inconvénients (fausses alertes, examens supplémentaires, irradiation, même faible) l’emportent alors sur le bénéfice attendu.</p>
<p>Cela ne veut pas dire qu’il ne se passe rien. Dès 25 ans, l’INCa et la Haute Autorité de santé (HAS) recommandent un examen clinique des seins chaque année&nbsp;: une palpation des seins et des aisselles réalisée par un médecin généraliste, un gynécologue ou une sage-femme. Il prend quelques minutes et peut se faire lors d’une consultation pour la contraception ou d’un frottis. Si personne ne vous l’a proposé, demandez-le.</p>
<p>C’est aussi la décennie où il faut parler de sa famille. Le risque est plus élevé lorsque plusieurs femmes du même côté de la famille ont eu un cancer du sein ou de l’ovaire, en particulier à un âge jeune, ou lorsqu’un homme de la famille a eu un cancer du sein. Votre médecin peut évaluer ce risque à l’aide de questions précises et, si nécessaire, vous orienter vers une consultation d’oncogénétique. Celle-ci peut aboutir à la recherche d’une prédisposition génétique, comme une mutation des gènes BRCA1 ou BRCA2.</p>
<h2 id="risque-eleve-un-suivi-qui-commence-plus-tot">Risque élevé&nbsp;: un suivi qui commence plus tôt</h2>
<p>Les femmes à risque élevé ou très élevé ne relèvent pas du dépistage organisé, mais d’un suivi spécifique, défini par la HAS et l’INCa. Sont concernées notamment les femmes porteuses d’une mutation génétique prédisposante, celles qui ont un antécédent personnel de cancer du sein, celles qui ont reçu une radiothérapie du thorax pendant l’enfance ou la jeunesse (par exemple pour un lymphome), et celles dont l’histoire familiale fait apparaître un risque important.</p>
<p>Pour elles, la surveillance commence souvent bien avant 50 ans. Elle associe selon les cas des examens cliniques plus rapprochés, une IRM mammaire, une mammographie et une échographie, à un rythme fixé par l’équipe médicale. Ce suivi n’est pas une condamnation&nbsp;: il existe justement pour repérer très tôt ce qui doit l’être. Si vous pensez être dans cette situation et que personne n’a jamais posé la question, abordez-la à votre prochain rendez-vous.</p>
<blockquote>
<p>Être rappelée après une mammographie n’est pas un diagnostic de cancer&nbsp;: la plupart des examens complémentaires se révèlent rassurants.</p>
</blockquote>
<h2 id="de-50-a-74-ans-le-depistage-organise-mode-d-emploi">De 50 à 74 ans&nbsp;: le dépistage organisé, mode d’emploi</h2>
<p>C’est la tranche d’âge où le bénéfice du dépistage par mammographie est le mieux établi. Tous les deux ans, les femmes de 50 à 74 ans sans symptôme ni risque particulier reçoivent une invitation de l’Assurance maladie ou du centre régional de coordination des dépistages des cancers. Le courrier contient la liste des radiologues agréés de votre département. Vous en choisissez un, vous prenez rendez-vous, et vous vous présentez avec l’invitation.</p>
<p>L’examen comprend une mammographie, deux clichés par sein, et un examen clinique des seins. Il est pris en charge à 100&nbsp;% par l’Assurance maladie, sans avance de frais. Sa particularité tient à la double lecture&nbsp;: toute mammographie jugée normale par le premier radiologue est relue par un second, spécialement formé. Ce regard supplémentaire permet de repérer des anomalies passées inaperçues.</p>
<p>Si une image est jugée suspecte, le radiologue peut réaliser tout de suite des examens complémentaires, comme une échographie ou des clichés supplémentaires. Dans certains cas, une biopsie est proposée. Ces étapes inquiètent, et c’est compréhensible. Mais la majorité des femmes rappelées n’ont pas de cancer.</p>
<p>Malgré ces garanties, moins d’une femme concernée sur deux participe au dépistage organisé, selon Santé publique France. Certaines font des mammographies en dehors du programme, sur prescription de leur médecin, ce qui reste une surveillance, mais sans la double lecture systématique. D’autres n’en font plus du tout. Si vous n’avez pas reçu ou avez égaré votre invitation, votre médecin traitant ou l’Assurance maladie peuvent vous aider à vous réinscrire.</p>
<h2 id="les-limites-du-depistage-dites-franchement">Les limites du dépistage, dites franchement</h2>
<p>Le dépistage a des bénéfices, il a aussi des limites, et l’INCa les expose lui-même. Aucun examen n’est parfait&nbsp;: un cancer peut apparaître entre deux mammographies, d’où l’importance de consulter dès qu’un changement apparaît, sans attendre la date suivante. Il existe aussi un risque de surdiagnostic, c’est-à-dire la détection de petites lésions cancéreuses qui n’auraient jamais évolué au point de menacer la vie, mais que l’on soigne faute de pouvoir les distinguer des autres. Connaître ces limites permet de faire un choix éclairé, en général celui de participer.</p>
<p>Deux situations demandent de prévenir le centre de radiologie. Si vos seins sont denses, ce que le compte rendu mentionne, le radiologue peut compléter la mammographie par une échographie. Si vous avez des implants mammaires, la mammographie reste possible, avec une technique adaptée.</p>
<p>L’accès à l’examen n’est pas le même pour toutes. Pour beaucoup de femmes en situation de handicap, se rendre dans un cabinet de radiologie et se placer devant l’appareil reste un parcours d’obstacles. Notre rubrique Société y consacre une enquête, <a href="https://carnetdebal.fr/societe/femmes-handicapees-les-oubliees-du-feminisme/">Femmes handicapées, les oubliées du féminisme</a>.</p>
<h2 id="apres-74-ans-une-decision-au-cas-par-cas">Après 74 ans&nbsp;: une décision au cas par cas</h2>
<p>Les invitations cessent à 75 ans. Le risque, lui, ne disparaît pas&nbsp;: il augmente avec l’âge. Mais l’intérêt d’une mammographie régulière dépend alors de l’état de santé général, des maladies associées, des préférences de chacune. La décision se prend avec le médecin traitant. Une femme de 78 ans en pleine forme peut avoir intérêt à poursuivre une surveillance&#8239;; une autre préférera s’en tenir à l’examen clinique. Dans tous les cas, un changement dans un sein doit amener à consulter, quel que soit l’âge.</p>
<h2 id="ce-qui-reduit-le-risque-a-tout-age">Ce qui réduit le risque, à tout âge</h2>
<p>Certains facteurs ne dépendent pas de vous, comme l’âge ou la génétique. D’autres se modifient. L’INCa range la consommation d’alcool parmi les facteurs de risque du cancer du sein, y compris à faible dose. Le surpoids après la ménopause et le manque d’activité physique en font partie aussi, tandis qu’une activité physique régulière est associée à une diminution du risque. Le traitement hormonal de la ménopause augmente légèrement le risque selon sa composition et sa durée, un point à peser avec le médecin, comme nous l’expliquons dans notre article sur <a href="https://carnetdebal.fr/sante/menopause-les-symptomes-qu-on-ne-vous-annonce-pas/">les symptômes de la ménopause</a>.</p>
<p>Reste l’autopalpation. Elle n’a pas fait la preuve, à elle seule, d’une réduction de la mortalité et ne remplace aucun examen. Connaître l’aspect habituel de ses seins permet en revanche de remarquer ce qui change. Le meilleur moment pour regarder, c’est en dehors des règles, quand les seins sont moins tendus.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Quand consulter sans attendre</p><ul>
<li>Une boule ou une zone dure dans un sein ou sous l’aisselle, même indolore.</li>
<li>Une modification de la peau&nbsp;: rougeur, rétraction, aspect en peau d’orange.</li>
<li>Un mamelon qui se rétracte, change d’aspect ou présente un écoulement, surtout s’il est sanglant.</li>
<li>Un changement de taille ou de forme d’un sein.</li>
<li>Ces signes ont le plus souvent une cause bénigne, mais ils justifient un rendez-vous rapide chez votre médecin, votre gynécologue ou votre sage-femme, quel que soit votre âge et même si votre dernière mammographie était normale.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/depistage-du-cancer-du-sein-ce-qui-change-a-chaque-age/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Les écrans avant trois ans : ce que disent vraiment les recommandations</title><link>https://carnetdebal.fr/famille/les-ecrans-avant-trois-ans-ce-que-disent-les-recommandations/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/famille/les-ecrans-avant-trois-ans-ce-que-disent-les-recommandations/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 07:04:00 GMT</pubDate><dc:creator>Clotilde de Portzamparc</dc:creator><category>Famille</category><description>En avril 2024, une commission d’experts a remis au président de la République un rapport sans ambiguïté : pas d’écran avant trois ans. Ce que dit exactement ce texte, ce qu’il ne dit pas, et comment l’appliquer dans une vraie maison, avec de vrais parents fatigués.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/les-ecrans-avant-trois-ans-ce-que-disent-les-recommandations/1200.jpg" alt="Un petit garçon en pull rayé bleu, vu de profil et de dos, tapote l’écran d’une tablette posée sur une table sombre."></p><p>Dimanche dernier, dans une brasserie, une petite fille de deux ans regardait des dessins animés sur un téléphone calé contre la carafe. Ses parents, en face, mangeaient enfin un plat chaud. Je n’ai rien dit, et je n’avais rien à dire. Mes quatre enfants ont grandi devant le <em>Club Dorothée</em>, et j’ai moi-même bénéficié de bien des mercredis de paix grâce à lui.</p>
<p>Mais la question a changé de taille. La télévision du salon s’éteignait&#8239;; le téléphone, lui, tient dans une poche et ne s’arrête jamais. C’est pour cela que les recommandations se sont durcies, et qu’il vaut la peine de savoir exactement ce qu’elles disent.</p>
<h2 id="le-rapport-de-2024-pas-d-ecran-avant-trois-ans">Le rapport de 2024&nbsp;: pas d’écran avant trois ans</h2>
<p>En janvier 2024, Emmanuel Macron a installé une commission d’experts sur l’exposition des enfants aux écrans, coprésidée par la neurologue Servane Mouton et le psychiatre addictologue Amine Benyamina. Son rapport, intitulé <em>Enfants et écrans. À la recherche du temps perdu</em>, a été remis le 30 avril 2024.</p>
<p>Pour les plus petits, la recommandation est nette&nbsp;: aucun écran avant trois ans. Entre trois et six ans, un usage déconseillé ou, à défaut, limité, occasionnel, avec des contenus de qualité éducative, et toujours en présence d’un adulte. Pour la suite, la commission proposait d’attendre onze ans pour un téléphone, treize ans pour un smartphone connecté à internet, et quinze ans pour les réseaux sociaux.</p>
<p>Ce texte n’est pas une loi. Personne ne viendra vérifier ce que votre enfant regarde. C’est une recommandation de santé publique, qui dit ce qu’il serait souhaitable de faire, et qui a l’avantage d’être claire.</p>
<h2 id="pourquoi-trois-ans-et-pourquoi-si-strict">Pourquoi trois ans, et pourquoi si strict</h2>
<p>Avant trois ans, un enfant apprend presque tout par l’échange&nbsp;: on lui parle, il babille, on lui répond de nouveau. Il apprend aussi avec ses mains, et en observant un visage qui réagit au sien. Le langage, en particulier, se construit dans ces allers-retours. Un écran, même rempli de couleurs et de chansons, ne répond pas.</p>
<p>Le problème tient donc moins au contenu qu’à ce que l’écran remplace&nbsp;: la conversation, le jeu libre, l’ennui fécond, le sommeil quand on regarde tard. De nombreux travaux associent une exposition précoce et prolongée à des difficultés de langage et de sommeil. Les chercheurs discutent encore de l’ampleur exacte de ces effets&#8239;; la commission a choisi la prudence, et c’est un choix qu’on peut comprendre quand il s’agit de cerveaux en construction.</p>
<blockquote>
<p>Un tout-petit n’a pas besoin d’un programme&nbsp;: il a besoin d’un visage qui lui répond.</p>
</blockquote>
<h2 id="la-television-allumee-pour-le-bruit">La télévision allumée «&nbsp;pour le bruit&nbsp;»</h2>
<p>On pense souvent aux écrans qu’on donne à l’enfant. On pense moins à ceux qui tournent autour de lui. La télévision allumée toute la journée dans le salon, même quand personne ne la regarde, capte l’attention des adultes et occupe le silence où, d’ordinaire, on parlerait au bébé. Beaucoup de spécialistes insistent sur ce point&nbsp;: l’éteindre quand on ne la regarde pas est déjà un grand progrès.</p>
<p>Même chose pour nos propres téléphones. Un biberon donné les yeux sur un fil d’actualité est un biberon sans regard. Il ne s’agit pas de se flageller pour chaque coup d’œil, seulement de garder des moments, les repas, le bain, la promenade ou le coucher, où le téléphone reste dans une autre pièce.</p>
<h2 id="et-la-visio-avec-grand-mere">Et la visio avec grand-mère&#8239;?</h2>
<p>La question revient dans toutes les familles dispersées. L’Académie américaine de pédiatrie, dans ses recommandations de 2016, mettait à part les appels vidéo, parce qu’ils sont une vraie conversation, avec une personne qui répond. Un appel avec un grand-parent, l’adulte à côté de l’enfant, n’a pas grand-chose à voir avec un dessin animé regardé seul. Les grands-mères éloignées peuvent respirer, à condition de ne pas transformer l’appel en spectacle d’une heure.</p>
<h2 id="au-quotidien-sans-culpabiliser">Au quotidien, sans culpabiliser</h2>
<p>Les règles strictes ont un mérite&nbsp;: elles évitent de négocier. Encore faut-il les rendre praticables.</p>
<p><strong>Prévoir l’alternative avant d’en avoir besoin.</strong> Au restaurant, dans le train, chez le médecin, l’écran surgit parce qu’on n’a rien d’autre sous la main. Un petit sac toujours prêt change tout&nbsp;: un livre cartonné, deux crayons et un carnet, une petite voiture, une pâte à modeler, une boîte qu’on ouvre et qu’on ferme. Ce n’est pas plus compliqué, c’est juste prévu.</p>
<p><strong>Ne pas craindre l’ennui.</strong> Un enfant de deux ans qui ne sait pas quoi faire finit par trouver&nbsp;: une cuillère, un carton, ses pieds. C’est là qu’il invente.</p>
<p><strong>Accepter les exceptions sans en faire une habitude.</strong> Une gastro un dimanche, une mère seule et fiévreuse&nbsp;: il y aura des jours où l’écran sera la seule solution raisonnable. Choisissez alors un programme lent, regardez-le avec l’enfant si vous le pouvez, et éteignez sans drame. Une exception reste une exception tant qu’on ne la reconduit pas tous les soirs.</p>
<p><strong>S’appuyer sur des repères connus.</strong> Le psychiatre Serge Tisseron a proposé à la fin des années 2000 la règle «&nbsp;3-6-9-12&nbsp;», qui fixe des étapes selon l’âge et commence elle aussi par pas d’écran avant trois ans. La psychologue Sabine Duflo a popularisé ses «&nbsp;quatre pas&nbsp;»&nbsp;: pas d’écran le matin, pas pendant les repas, pas avant de dormir, pas dans la chambre de l’enfant. Ces formules sont faciles à retenir et à transmettre à la nounou ou aux grands-parents.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">À retenir</p><ul>
<li>Avant 3 ans&nbsp;: aucun écran, selon le rapport de la commission «&nbsp;Enfants et écrans&nbsp;» (avril 2024).</li>
<li>De 3 à 6 ans&nbsp;: un usage limité, occasionnel, avec un contenu de qualité et un adulte présent.</li>
<li>La télévision allumée en fond compte aussi&nbsp;: on l’éteint quand personne ne la regarde.</li>
<li>Les appels vidéo avec la famille, l’adulte à côté de l’enfant, sont une conversation, pas un programme.</li>
<li>Un sac d’objets prêt à l’emploi évite la plupart des écrans «&nbsp;de dépannage&nbsp;».</li>
</ul>
</blockquote>
<h2 id="ce-n-est-pas-un-concours-de-vertu">Ce n’est pas un concours de vertu</h2>
<p>La recommandation est stricte&#8239;; la vie l’est davantage. Un parent qui tend un téléphone à son enfant n’est pas un mauvais parent, c’est souvent un parent épuisé. La vraie réponse à l’écran de dépannage, ce sont des adultes moins seuls&nbsp;: un conjoint qui prend le relais, une amie qui garde une heure, des <a href="https://carnetdebal.fr/famille/grands-meres-d-aujourd-hui-ni-gateaux-ni-nounous/">grands-parents</a> qui passent le mercredi.</p>
<p>La petite fille de la brasserie, je l’ai revue au moment du dessert. Son père avait rangé le téléphone et lui faisait goûter la chantilly du bout de sa cuillère. Elle riait. Je ne sais pas ce que dirait la commission&#8239;; moi, j’ai trouvé que c’était une très bonne fin de repas.</p>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/les-ecrans-avant-trois-ans-ce-que-disent-les-recommandations/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Lisbonne en novembre, la ville sans la foule</title><link>https://carnetdebal.fr/voyages/lisbonne-en-novembre-la-ville-sans-la-foule/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/voyages/lisbonne-en-novembre-la-ville-sans-la-foule/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 07:04:00 GMT</pubDate><dc:creator>Camille Sauviat</dc:creator><category>Voyages</category><description>Quand les foules de l’été sont reparties, Lisbonne retrouve ses trottoirs, ses belvédères et une lumière d’or pâle. Quatre jours en novembre, quartier par quartier, avec les maisons anciennes qui tiennent bon et un budget raisonnable.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/lisbonne-en-novembre-la-ville-sans-la-foule/1200.jpg" alt="Vue plongeante sur les toits de tuiles orange de l’Alfama, à Lisbonne, avec au loin le dôme blanc du Panthéon national et l’estuaire du Tage sous un ciel bleu."></p><p>Le premier signe, c’est l’odeur. Au bord de la Praça da Figueira, un marchand pousse un chariot qui fume comme une petite locomotive, et le vent qui remonte du fleuve rabat sur la place une fumée grise, sucrée, un peu âcre. Ce sont les <em>castanhas</em>, les châtaignes grillées, qu’on vous tend dans un cornet de papier journal et qui brûlent les doigts. En novembre, Lisbonne sent le marron chaud et la pierre mouillée.</p>
<p>Elle a aussi rendu ses trottoirs à ceux qui y vivent. L’été, les ruelles de l’Alfama se franchissent au pas, le tram 28 se prend d’assaut et les belvédères ressemblent à des quais de gare. Novembre défait tout cela. Il pleut parfois, franchement, puis le ciel se lave et la lumière revient, plus basse et plus dorée, rasante sur les façades jaunes et roses. Vous la reconnaîtrez dès le premier matin.</p>
<h2 id="une-lumiere-d-automne-qui-tombe-de-biais-sur-le-tage">Une lumière d’automne qui tombe de biais sur le Tage</h2>
<p>Lisbonne est posée sur des collines, face à un estuaire si large qu’on le prend pour la mer. C’est lui qui fait sa lumière&nbsp;: le fleuve renvoie le ciel sur les murs chaulés, sur les azulejos, sur le calcaire des trottoirs. En novembre, le soleil reste bas toute la journée et cette réverbération dure du matin au soir. Les après-midi sont souvent doux, les soirées fraîchissent vite, et la nuit tombe tôt, avant 17 h 30. Organisez vos journées à l’envers de l’été&nbsp;: dehors de bonne heure, musées et cafés quand le jour baisse.</p>
<p>Prévoyez des chaussures à semelle crantée. La <em>calçada portuguesa</em>, ce pavage de petits cubes de calcaire blanc et de basalte noir qui dessine des vagues sur les places, devient glissante comme du savon sous la pluie, surtout dans les descentes. Les Lisboètes la prennent de biais, une main sur la rampe quand il y en a une. Faites comme eux.</p>
<h2 id="le-tram-28-a-prendre-au-saut-du-lit">Le tram 28, à prendre au saut du lit</h2>
<p>Le 28 relie Martim Moniz à Campo de Ourique en serpentant par la Graça, l’Alfama, la Baixa, le Chiado et l’Estrela. Ses voitures jaunes, boiseries vernies et sièges de bois, grincent dans les virages et frôlent les façades d’assez près pour qu’on puisse compter les pots de géranium aux fenêtres. Elles roulent encore parce qu’aucun bus ne passerait dans ces rues-là.</p>
<p>Pour l’avoir presque à vous, montez au terminus de Martim Moniz avant 9 heures. Plus tard, la file s’allonge même en novembre, et la cohue fait le bonheur des pickpockets&nbsp;: sac fermé porté devant, téléphone dans une poche intérieure. Le billet acheté à bord coûte nettement plus cher que le trajet payé avec la carte rechargeable Viva Viagem, en vente dans les stations de métro, qui sert aussi pour les funiculaires et le bac.</p>
<blockquote>
<p>En novembre, Lisbonne sent le marron chaud et la pierre mouillée.</p>
</blockquote>
<h2 id="les-miradouros-du-premier-cafe-au-coucher-du-soleil">Les miradouros, du premier café au coucher du soleil</h2>
<p>Les belvédères, les <em>miradouros</em>, sont la vraie carte de la ville. Le matin, commencez par Santa Luzia, sa pergola couverte de bougainvillées et ses panneaux d’azulejos, puis le Largo das Portas do Sol, juste à côté&nbsp;: les toits de l’Alfama dégringolent vers le fleuve, et l’on voit au loin le dôme blanc de Santa Engrácia, devenue Panthéon national. Plus haut, dans la Graça, le belvédère qui porte aujourd’hui le nom de la poétesse Sophia de Mello Breyner Andresen a ses pins parasols et son kiosque à café. Celui de Senhora do Monte, encore au-dessus, offre la vue la plus large, avec le château Saint-Georges en face.</p>
<p>Gardez pour la fin de journée l’autre rive de la ville. À São Pedro de Alcântara, en haut du Bairro Alto, le soleil couchant allume le château et l’Alfama, de l’autre côté de la vallée. À Santa Catarina, sous la statue d’Adamastor, le géant des <em>Lusiades</em> de Camões, la vue file vers le pont du 25-Avril et l’estuaire. Les kiosques y servent une <em>bica</em>, l’express lisboète, pour presque rien.</p>
<h2 id="l-alfama-et-la-mouraria-a-l-heure-ou-l-on-rentre-le-linge">L’Alfama et la Mouraria, à l’heure où l’on rentre le linge</h2>
<p>L’Alfama est le plus vieux quartier de Lisbonne, un lacis d’escaliers, d’impasses et de placettes qui a largement survécu au tremblement de terre de 1755. Perdez-vous-y en matinée, quand le linge sèche aux fenêtres et que les voisines se parlent d’un balcon à l’autre. Le mardi et le samedi, poussez jusqu’au Campo de Santa Clara, où se tient la Feira da Ladra, la «&nbsp;foire de la voleuse&nbsp;», marché aux puces où l’on trouve des azulejos dépareillés, des cartes postales et des vinyles de fado.</p>
<p>Le fado, justement, est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco depuis 2011. Le soir, dans l’Alfama et la Mouraria voisine, préférez les petites salles aux grandes tablées pour touristes, et respectez la règle&nbsp;: quand la chanteuse commence, on se tait, on pose ses couverts, on ne commande plus. Le Museu do Fado, au pied du quartier, aide à comprendre ce que l’on entend.</p>
<p>À l’est, un court trajet en bus mène au Museu Nacional do Azulejo, installé dans l’ancien couvent de Madre de Deus. On y voit, sur des mètres de carreaux bleus, un grand panorama de Lisbonne peint avant le séisme&nbsp;: la ville d’avant, intacte, au bord de son fleuve.</p>
<h2 id="les-vieilles-maisons-de-la-baixa-et-du-chiado">Les vieilles maisons de la Baixa et du Chiado</h2>
<p>En bas, la Baixa a été reconstruite au cordeau après 1755, en damier, avec des rues qui portaient le nom de leurs métiers. Fernando Pessoa y a logé son double, Bernardo Soares, aide-comptable rue des Douradores, dont les pensées forment le <em>Livre de l’intranquillité</em>, publié en 1982 seulement, bien après la mort du poète. Relisez-en quelques pages sur place.</p>
<p>Plusieurs maisons de ce temps-là ouvrent toujours. La Confeitaria Nacional, sur la Praça da Figueira, sert des gâteaux depuis 1829. Rue des Bacalhoeiros, la Conserveira de Lisboa emballe à la main, depuis 1930, ses boîtes de sardines et de thon dans du papier imprimé. Au Largo de São Domingos, A Ginjinha verse depuis 1840 sa liqueur de griotte, qu’on boit debout sur le trottoir, avec ou sans le fruit. En montant au Chiado, la Livraria Bertrand, ouverte en 1732, revendique le titre de plus ancienne librairie encore en activité, et le café A Brasileira, ouvert en 1905, garde sur sa terrasse une statue de bronze de Pessoa attablé.</p>
<p>Pour Belém, prenez le tram 15 le long du fleuve. Les Pastéis de Belém cuisent leurs flans à la crème depuis 1837, à deux pas du monastère des Hiéronymites. Il y a toujours une file&#8239;; elle avance vite, et les salles du fond, carrelées de bleu, sont vastes.</p>
<h2 id="passer-le-fleuve-pour-voir-la-ville-en-face">Passer le fleuve pour voir la ville en face</h2>
<p>Le dernier jour, descendez au Cais do Sodré et prenez le bac pour Cacilhas, sur la rive sud. La traversée dure une dizaine de minutes et coûte le prix d’un ticket de transport. Au retour, Lisbonne s’étage devant vous, de la Baixa au château, exactement comme sur le panorama du musée de l’Azulejo. On comprend alors pourquoi on l’a toujours dessinée depuis l’eau.</p>
<p>Si vous êtes là autour du 11 novembre, c’est la Saint-Martin&nbsp;: on mange des châtaignes, on goûte le vin nouveau, et l’on espère l’«&nbsp;été de la Saint-Martin&nbsp;», ces quelques jours de douceur qui reviennent souvent à cette période. Lisbonne se prête bien au voyage en solitaire, si l’idée vous tente&nbsp;: nous en parlons dans <a href="https://carnetdebal.fr/voyages/voyager-seule-le-guide-de-celles-qui-osent-partir/">notre guide pour partir seule</a>. Et si décembre vous appelle plus au nord, voici <a href="https://carnetdebal.fr/voyages/marches-de-noel-d-europe-les-plus-beaux-et-les-moins-courus/">les marchés de Noël que nous préférons</a>.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Lisbonne en novembre, côté pratique</p><ul>
<li><strong>Y aller</strong>&nbsp;: environ 2 h 30 de vol depuis Paris&#8239;; la ligne rouge du métro part de l’aéroport et dessert la ville. Il est une heure de moins à Lisbonne qu’à Paris.</li>
<li><strong>Se déplacer</strong>&nbsp;: carte rechargeable Viva Viagem pour le métro, les trams, les funiculaires et le bac de Cacilhas. Pour Sintra, train depuis la gare du Rossio, une quarantaine de minutes.</li>
<li><strong>Budget arrondi</strong>&nbsp;: vol aller-retour hors vacances de 100 à 250&nbsp;€&#8239;; chambre double correcte de 70 à 130&nbsp;€ la nuit&#8239;; déjeuner dans une <em>tasca</em> de 15 à 20&nbsp;€&#8239;; un pastel de nata autour de 1,50&nbsp;€.</li>
<li><strong>Maisons anciennes</strong>&nbsp;: Pastéis de Belém (1837), Confeitaria Nacional (1829), A Ginjinha (1840), Conserveira de Lisboa (1930), Livraria Bertrand (1732), A Brasileira (1905).</li>
<li><strong>À savoir</strong>&nbsp;: Feira da Ladra le mardi et le samedi, Campo de Santa Clara. Chaussures antidérapantes et petit parapluie dans le sac.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/lisbonne-en-novembre-la-ville-sans-la-foule/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Égalité salariale : pourquoi l’écart entre femmes et hommes résiste</title><link>https://carnetdebal.fr/societe/egalite-salariale-pourquoi-l-ecart-resiste/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/societe/egalite-salariale-pourquoi-l-ecart-resiste/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 07:01:00 GMT</pubDate><dc:creator>Léa Chambon</dc:creator><category>Société</category><description>Le principe « à travail égal, salaire égal » est inscrit dans la loi française depuis 1972. L’écart de salaire entre femmes et hommes, lui, n’a jamais disparu. Temps partiel, métiers sous-payés, maternité, index trop indulgent : ce qui le nourrit, et ce que la transparence salariale venue d’Europe pourrait changer.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/egalite-salariale-pourquoi-l-ecart-resiste/1200.jpg" alt="La façade de pierre d’un immeuble de bureaux, la nuit : les fenêtres de l’étage supérieur sont encore éclairées au néon, celles du dessous sont plongées dans le noir."></p><p>Le principe tient en cinq mots, et il a plus d’un demi-siècle. Dès 1957, le traité de Rome inscrivait l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes parmi les règles de la Communauté économique européenne. En France, la loi du 22 décembre 1972 l’a fait entrer dans le Code du travail&nbsp;: à travail égal, salaire égal. La loi Roudy de 1983 a étendu l’exigence à l’égalité professionnelle tout entière. Depuis, chaque gouvernement a eu son plan, sa loi ou son index.</p>
<p>Et pourtant, chaque année, les chiffres de l’INSEE racontent la même histoire. L’écart se réduit lentement, il ne se referme pas. Pour comprendre pourquoi, il faut d’abord savoir de quel écart on parle, car il y en a plusieurs, et ils ne disent pas la même chose.</p>
<h2 id="ecart-de-salaire-femmes-hommes-trois-chiffres-trois-realites">Écart de salaire femmes-hommes&nbsp;: trois chiffres, trois réalités</h2>
<p>L’INSEE mesure l’écart de plusieurs manières. Pour l’année 2022, dans le secteur privé, l’institut établissait que le revenu salarial des femmes était inférieur de près d’un quart à celui des hommes. Ce premier chiffre est le plus brut&nbsp;: il compare tout ce que les unes et les autres ont gagné dans l’année, temps partiel et périodes sans emploi compris.</p>
<p>Si l’on raisonne à temps de travail identique, en équivalent temps plein, l’écart tombe autour de 15&nbsp;%. Il ne tient plus au volume d’heures, mais au fait que les femmes occupent des postes moins bien rémunérés, dans des secteurs moins bien payés, et accèdent moins souvent aux sommets de la hiérarchie.</p>
<p>Enfin, à poste comparable, c’est-à-dire à même profession chez le même employeur, il reste un écart d’environ 4&nbsp;%. C’est le plus difficile à justifier. On le présente souvent comme la part «&nbsp;inexpliquée&nbsp;», celle où se loge la discrimination pure. C’est en partie vrai, mais en partie seulement&nbsp;: il reflète aussi des différences d’ancienneté, de primes, d’heures supplémentaires, de négociation à l’embauche.</p>
<p>Ces trois chiffres ne se contredisent pas. Ils se superposent. Celui qui ne retient que le plus petit en conclut que le problème est presque réglé&#8239;; celle qui ne cite que le plus grand fait comme si tout était discrimination. Les deux se trompent, et la vérité est plus dérangeante&nbsp;: l’écart est fabriqué à toutes les étapes d’une carrière.</p>
<h2 id="le-temps-partiel-premiere-fabrique-de-l-ecart">Le temps partiel, première fabrique de l’écart</h2>
<p>Environ huit salariés à temps partiel sur dix sont des femmes, selon l’INSEE. Une partie de ce temps partiel est choisie, souvent pour s’occuper des enfants, ce qui renvoie directement à la <a href="https://carnetdebal.fr/societe/charge-mentale-quarante-ans-apres-qui-porte-encore-la-maison/">charge mentale et domestique</a> qui pèse encore sur elles. Une autre partie est subie&nbsp;: dans la grande distribution, le nettoyage, l’aide à domicile, les contrats de vingt-quatre ou vingt-huit heures sont la norme, avec des journées coupées en deux et des amplitudes qui interdisent de prendre un second emploi.</p>
<p>Un temps partiel ne coûte pas seulement les heures non payées. Il ralentit l’avancement, éloigne des promotions, réduit les droits au chômage, et se paie une seconde fois à la retraite. La DREES documente chaque année cet écart de pensions, qui prolonge et amplifie celui des salaires.</p>
<h2 id="les-metiers-feminises-payes-moins-parce-qu-ils-sont-feminins">Les métiers féminisés, payés moins parce qu’ils sont féminins</h2>
<p>Les femmes ne sont pas réparties au hasard sur le marché du travail. Elles sont très majoritaires parmi les aides-soignantes, les aides à domicile, les assistantes maternelles, les secrétaires, les agentes d’entretien. Or ces métiers, essentiels, figurent parmi les moins bien rémunérés.</p>
<p>L’explication tient en partie à une idée tenace&nbsp;: les compétences mobilisées y passent pour naturelles. Rassurer une personne âgée, apaiser un enfant, gérer l’agenda d’un service, tout cela relèverait du tempérament plus que de la qualification. Personne ne dit d’un technicien de maintenance qu’il a «&nbsp;un don&nbsp;» pour les machines&#8239;; on le dit volontiers d’une auxiliaire de puériculture avec les bébés. Ce qui est réputé inné ne se paie pas.</p>
<h2 id="maternite-le-moment-ou-les-trajectoires-se-separent">Maternité&nbsp;: le moment où les trajectoires se séparent</h2>
<p>Les économistes ont un nom pour ce phénomène&nbsp;: la pénalité de l’enfant. Les travaux d’Henrik Kleven, de Camille Landais et de leurs coauteurs, menés d’abord sur des données danoises, ont montré qu’avant le premier enfant, les revenus des femmes et des hommes évoluent de manière comparable. Après la naissance, ceux des mères décrochent durablement, tandis que ceux des pères ne bougent presque pas. Le même schéma a été retrouvé dans de nombreux pays.</p>
<p>L’Américaine Claudia Goldin, prix Nobel d’économie en 2023 pour ses recherches sur la place des femmes sur le marché du travail, en a donné une lecture éclairante dans <em>Career and Family</em> (2021). Une large part de l’écart restant tient à ce qu’elle appelle le travail «&nbsp;glouton&nbsp;»&nbsp;: des postes très bien payés qui exigent une disponibilité totale, les soirées, les déplacements, les réponses à minuit. Dans un couple avec enfants, il est rationnel que l’un des deux prenne ce poste et que l’autre assure les arrières. Le plus souvent, c’est elle qui assure les arrières.</p>
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<p>L’écart ne naît pas d’une seule injustice&nbsp;: il se fabrique à chaque étape d’une carrière, et la naissance d’un enfant en est le grand accélérateur.</p>
</blockquote>
<h2 id="l-index-de-l-egalite-professionnelle-utile-mais-trop-indulge">L’index de l’égalité professionnelle, utile mais trop indulgent</h2>
<p>Créé par la loi du 5 septembre 2018 dite «&nbsp;Avenir professionnel&nbsp;», l’index de l’égalité professionnelle oblige les entreprises d’au moins cinquante salariés à calculer et publier chaque année, au plus tard le 1<sup>er</sup> mars, une note sur 100. Elle agrège plusieurs indicateurs&nbsp;: écart de rémunération, écarts d’augmentations et de promotions, augmentation au retour de congé de maternité, nombre de femmes parmi les dix plus hautes rémunérations. En dessous de 75 points, l’entreprise doit prendre des mesures correctives, sous peine d’une pénalité financière pouvant atteindre 1&nbsp;% de sa masse salariale.</p>
<p>L’outil a eu un mérite&nbsp;: obliger les directions à regarder leurs chiffres. Mais syndicats et chercheuses lui reprochent sa générosité. Sa méthode de calcul tolère des écarts, compare par grandes catégories et laisse de nombreuses entreprises afficher des notes confortables alors même que leurs salariées constatent des différences. Une bonne note ne prouve pas l’égalité&#8239;; elle prouve que l’entreprise passe le test tel qu’il a été conçu.</p>
<p>La loi Rixain de décembre 2021 a ajouté un autre levier, en imposant aux grandes entreprises des quotas progressifs de femmes parmi leurs cadres dirigeants.</p>
<h2 id="transparence-salariale-ce-que-change-la-directive-europeenne">Transparence salariale&nbsp;: ce que change la directive européenne</h2>
<p>Le changement le plus profond pourrait venir de Bruxelles. La directive européenne sur la transparence des rémunérations, adoptée le 10 mai 2023, part d’un constat simple&nbsp;: on ne peut pas contester un écart que l’on ne connaît pas. Les États membres avaient jusqu’au 7 juin 2026 pour la transposer dans leur droit.</p>
<p>Le texte prévoit notamment que les candidates connaissent la rémunération ou la fourchette de salaire du poste avant l’entretien, et interdit à l’employeur de les interroger sur leur salaire passé, qui reproduit mécaniquement les écarts antérieurs. Chaque salariée pourra demander les niveaux de rémunération moyens, ventilés par sexe, des personnes qui effectuent le même travail ou un travail de même valeur. Les clauses interdisant de parler de son salaire ne pourront plus lui être opposées.</p>
<p>Les entreprises d’au moins cent salariés devront publier leur écart de rémunération, selon un calendrier qui commence par les plus grandes&nbsp;: celles de deux cent cinquante salariés et plus rendront un premier rapport en 2027. Lorsqu’un écart d’au moins 5&nbsp;% ne peut être justifié par des critères objectifs et n’est pas corrigé, une évaluation conjointe avec les représentants du personnel devient obligatoire. En cas de litige, c’est à l’employeur de prouver qu’il n’y a pas eu discrimination.</p>
<p>La notion de «&nbsp;travail de même valeur&nbsp;» est la plus prometteuse. Elle oblige à comparer des postes différents à partir de critères comme les compétences, les efforts, les responsabilités et les conditions de travail. C’est exactement ce qui permettrait de poser la question des métiers féminisés sous-payés. Selon le calendrier et la forme de la transposition, certaines de ces obligations peuvent déjà s’appliquer dans votre entreprise ou arriver dans les mois qui viennent&nbsp;: renseignez-vous auprès de vos représentants du personnel.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Si vous pensez être moins payée qu’un collègue</p><ul>
<li>Consultez l’index de votre entreprise&nbsp;: il doit être publié sur son site chaque année, au plus tard le 1<sup>er</sup> mars.</li>
<li>Parlez-en aux représentants du personnel (CSE) ou à un syndicat&nbsp;: ils ont accès à des données que vous n’avez pas.</li>
<li>Rassemblez les éléments&nbsp;: fiches de paie, fiche de poste, entretiens annuels, échanges écrits.</li>
<li>Le Défenseur des droits peut être saisi gratuitement pour toute discrimination&nbsp;: antidiscriminations.fr ou le 39 28.</li>
<li>L’inspection du travail et le conseil de prud’hommes sont compétents. L’action en réparation d’une discrimination se prescrit par cinq ans à compter de sa révélation.</li>
</ul>
</blockquote>
<h2 id="ce-qui-ferait-vraiment-bouger-les-lignes">Ce qui ferait vraiment bouger les lignes</h2>
<p>Aucune mesure isolée ne refermera l’écart, puisqu’il se forme à plusieurs endroits à la fois. Il faudrait que la transparence devienne la règle et non l’exception&#8239;; que les métiers du soin et du service soient payés pour les compétences qu’ils mobilisent&#8239;; que le temps partiel cesse d’être l’horizon de tant d’emplois peu qualifiés&#8239;; que les pères prennent leur part, dès la naissance, pour que la pénalité de l’enfant cesse de ne frapper que les mères.</p>
<p>Rien de tout cela n’est hors de portée. Les écarts se sont déjà réduits, ce qui prouve qu’ils ne sont pas une loi de la nature. Ils résultent de décisions et de grilles salariales écrites par des gens. D’autres gens peuvent les réécrire.</p>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/egalite-salariale-pourquoi-l-ecart-resiste/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Grace Kelly, de Hollywood au Rocher : le rôle qu’elle n’a jamais quitté</title><link>https://carnetdebal.fr/people/grace-kelly-de-hollywood-au-rocher/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/people/grace-kelly-de-hollywood-au-rocher/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 06:56:00 GMT</pubDate><dc:creator>Isabelle Moreau</dc:creator><category>People</category><description>En cinq ans, elle a tourné onze films, dont trois pour Hitchcock, et remporté un Oscar. Puis, à vingt-six ans, elle a tout arrêté pour épouser le prince Rainier III. Retour sur la trajectoire de Grace Kelly, actrice devenue princesse, et sur le prix d’un conte de fées.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/grace-kelly-de-hollywood-au-rocher/1200.jpg" alt="Portrait en noir et blanc de Grace Kelly en 1955 : cheveux blonds relevés, collier de perles, robe noire au décolleté en V, regard droit vers l’objectif."></p><p>Avril 1956, dans la rade de Monaco. Une jeune femme coiffée d’un grand chapeau quitte le paquebot qui l’a amenée de New York, sous les flashs d’une nuée de photographes et devant une foule massée sur les quais. Elle a vingt-six ans, un Oscar sur sa cheminée, et elle vient de renoncer au métier qui l’a rendue célèbre. Dans quelques jours, elle épousera un prince régnant. Personne, ce jour-là, ne mesure encore ce que ce mariage va lui demander.</p>
<h2 id="une-fille-de-philadelphie-qui-voulait-jouer">Une fille de Philadelphie qui voulait jouer</h2>
<p>Grace Patricia Kelly naît le 12 novembre 1929 à Philadelphie, dans une famille aisée d’origine irlandaise et allemande. Son père, John B. Kelly, a fait fortune dans la brique et remporté trois médailles d’or olympiques en aviron, en 1920 et en 1924. Chez les Kelly, on admire les champions. Grace, elle, est une enfant timide, myope, qui préfère le théâtre au sport.</p>
<p>Elle part à New York, entre à l’American Academy of Dramatic Arts, pose pour des publicités, joue à la télévision, débute à Broadway en 1949. Hollywood la remarque vite. Après un premier petit rôle dans <em>Quatorze heures</em> (1951), elle est l’épouse quaker de Gary Cooper dans <em>Le train sifflera trois fois</em> de Fred Zinnemann (1952). Elle a vingt-deux ans et tient tête, à l’écran, à l’une des plus grandes stars du moment.</p>
<h2 id="hitchcock-et-la-blonde-qui-brule-sous-la-glace">Hitchcock et la blonde qui brûle sous la glace</h2>
<p>En 1953, <em>Mogambo</em>, de John Ford, lui vaut une nomination à l’Oscar du second rôle. Mais c’est Alfred Hitchcock qui fixe son image. Il la dirige trois fois en deux ans&nbsp;: <em>Le crime était presque parfait</em> (1954), <em>Fenêtre sur cour</em> (1954) et <em>La Main au collet</em> (1955).</p>
<p>Dans <em>Fenêtre sur cour</em>, elle est Lisa Fremont, femme du monde qui débarque chez James Stewart, immobilisé dans son fauteuil, et allume les lampes une à une en se présentant. Les robes d’Edith Head, la lumière, le premier baiser en très gros plan&nbsp;: Hitchcock compose avec elle le portrait d’une élégance qui cache une audace. Car Lisa n’a rien d’une potiche. C’est elle qui, à la fin, escalade la façade et pénètre chez le meurtrier présumé.</p>
<p>Ce paradoxe, Hitchcock l’aimait. Il s’en est expliqué dans ses entretiens avec François Truffaut&nbsp;: il préférait les actrices dont la sensualité se devine sous une apparence de dame, plutôt que celles qui l’affichent. Grace Kelly incarnait exactement cela&nbsp;: des gants blancs, un chignon impeccable, et un regard qui en savait long.</p>
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<p>Grace Kelly incarnait exactement cela&nbsp;: des gants blancs, un chignon impeccable, et un regard qui en savait long.</p>
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<p><em>La Main au collet</em>, tourné sur la Côte d’Azur avec Cary Grant, lui fait découvrir la Riviera. Entre-temps, elle a obtenu, en mars 1955, l’Oscar de la meilleure actrice pour <em>Une fille de la province</em> de George Seaton, où elle joue, démaquillée et en cardigan, l’épouse usée d’un comédien alcoolique, face à Bing Crosby. Le rôle était à contre-emploi. C’est précisément ce que l’Académie a récompensé.</p>
<h2 id="cannes-mai-1955-la-rencontre">Cannes, mai 1955&nbsp;: la rencontre</h2>
<p>Au printemps 1955, Grace Kelly est l’invitée du Festival de Cannes. <em>Paris Match</em> organise une séance de photos au palais princier de Monaco, avec le prince Rainier III. La rencontre est brève et protocolaire. Elle est suivie d’une correspondance, puis d’une visite du prince aux États-Unis en décembre. Les fiançailles sont annoncées au début de janvier 1956.</p>
<p>Il reste à Grace deux films à tourner pour honorer son contrat avec la MGM&nbsp;: <em>Le Cygne</em> (1956), où elle joue, comble d’ironie, une jeune femme promise à un prince héritier, et <em>Haute Société</em> (1956), comédie musicale où elle chante <em>True Love</em> en duo avec Bing Crosby et croise Frank Sinatra et Louis Armstrong. Onze films en cinq ans. Puis plus rien.</p>
<h2 id="le-mariage-du-siecle-et-ce-qui-suit">Le mariage du siècle, et ce qui suit</h2>
<p>En avril 1956, elle traverse l’Atlantique à bord du paquebot <em>Constitution</em> avec sa famille, ses amies et une montagne de bagages. Le mariage civil est célébré au palais le 18 avril, le mariage religieux le lendemain en la cathédrale de Monaco. Sa robe, dessinée par Helen Rose, la costumière de la MGM, est un cadeau du studio&nbsp;: soie, dentelle ancienne, petites perles, un voile léger. Elle reste l’une des robes de mariée les plus copiées au monde.</p>
<p>Les enfants naissent vite&nbsp;: Caroline en janvier 1957, Albert en mars 1958, Stéphanie en février 1965. Photographiée au début de sa première grossesse, la princesse dissimule son ventre derrière un grand sac Hermès en cuir. Le modèle prendra son nom, et les clientes de la maison parleront bientôt du «&nbsp;Kelly&nbsp;», comme elles parleront plus tard du Birkin. Nous avons raconté l’histoire de cet autre sac dans <a href="https://carnetdebal.fr/people/jane-birkin-le-panier-et-la-liberte/">notre portrait de Jane Birkin</a>.</p>
<h2 id="le-role-qu-on-lui-a-interdit-de-reprendre">Le rôle qu’on lui a interdit de reprendre</h2>
<p>En 1962, Hitchcock lui propose le premier rôle de <em>Pas de printemps pour Marnie</em>. Elle est tentée. Mais l’annonce de son retour à l’écran soulève une vive opposition à Monaco, où l’on juge mal qu’une princesse redevienne actrice, et la principauté traverse alors une crise politique avec la France. Elle renonce. Le rôle ira à Tippi Hedren.</p>
<p>C’est sans doute le moment où le conte de fées montre ses coutures. Grace Kelly avait choisi le Rocher en connaissance de cause&#8239;; elle n’avait peut-être pas mesuré qu’on lui demanderait de renoncer pour toujours à ce qu’elle savait faire de mieux. Elle a cherché d’autres scènes. Elle préside la Croix-Rouge monégasque, crée en 1964 la Fondation Princesse Grace, s’occupe de l’enfance, des arts, de la danse, des fleurs. Elle compose des tableaux de fleurs séchées. À la fin des années 1970, elle donne des lectures de poésie sur scène, en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Toujours la voix, toujours le texte, mais à distance du cinéma.</p>
<p>Elle tend aussi la main à une autre Américaine devenue française, ruinée et chassée de son château de Dordogne&nbsp;: à la fin des années 1960, elle aide Joséphine Baker à s’installer à Roquebrune-Cap-Martin, près de Monaco. Nous racontons <a href="https://carnetdebal.fr/people/josephine-baker-cinq-ans-au-pantheon/">ce destin hors norme</a>, cinq ans après l’entrée de Joséphine Baker au Panthéon.</p>
<h2 id="septembre-1982-la-route-de-roc-agel">Septembre 1982, la route de Roc Agel</h2>
<p>Le 13 septembre 1982, Grace de Monaco conduit sur la route qui descend de Roc Agel, la propriété familiale des hauteurs, vers Monaco. Sa fille Stéphanie, dix-sept ans, est à côté d’elle. La voiture quitte la chaussée dans un virage et dévale le ravin. Grace, victime d’un accident vasculaire cérébral au volant selon les médecins, meurt le lendemain à l’hôpital qui porte son nom. Elle avait cinquante-deux ans. Stéphanie survit.</p>
<p>Les obsèques ont lieu dans la cathédrale où elle s’était mariée vingt-six ans plus tôt. Elle y repose&#8239;; le prince Rainier, mort en 2005, a été inhumé à ses côtés.</p>
<h2 id="ce-qu-elle-reste">Ce qu’elle reste</h2>
<p>On a fait d’elle une image&nbsp;: la blonde glacée, la princesse parfaite, le chignon et les gants. C’est réducteur. Grace Kelly a été une actrice de premier plan, capable de comédie comme de drame, qui a gagné un Oscar en jouant contre son physique. Elle a ensuite choisi une vie qui la privait de son métier, et elle l’a tenue avec une discipline que peu de gens auraient eue.</p>
<p>Le cinéma a continué de la regarder. En 2014, <em>Grace de Monaco</em>, d’Olivier Dahan, avec Nicole Kidman, a fait l’ouverture du Festival de Cannes, ce même festival où tout avait commencé. Mais pour la connaître, mieux vaut revoir ses films. Il suffit de quatre soirées&nbsp;: <em>Le train sifflera trois fois</em>, <em>Fenêtre sur cour</em>, <em>Une fille de la province</em> et <em>La Main au collet</em>. Quatre femmes très différentes, et la même intelligence de jeu.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Filmographie choisie</p><ul>
<li><em>Le train sifflera trois fois</em>, Fred Zinnemann (1952)</li>
<li><em>Mogambo</em>, John Ford (1953)</li>
<li><em>Le crime était presque parfait</em>, Alfred Hitchcock (1954)</li>
<li><em>Fenêtre sur cour</em>, Alfred Hitchcock (1954)</li>
<li><em>Une fille de la province</em>, George Seaton (1954), Oscar de la meilleure actrice</li>
<li><em>La Main au collet</em>, Alfred Hitchcock (1955)</li>
<li><em>Haute Société</em>, Charles Walters (1956)</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/grace-kelly-de-hollywood-au-rocher/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>S’habiller après soixante ans : la fin des interdits</title><link>https://carnetdebal.fr/mode/s-habiller-apres-soixante-ans-la-fin-des-interdits/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/mode/s-habiller-apres-soixante-ans-la-fin-des-interdits/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 06:47:00 GMT</pubDate><dc:creator>Laura Thomas</dc:creator><category>Mode</category><description>On a longtemps dicté aux femmes de soixante ans ce qu’elles n’avaient plus le droit de porter. Ces règles ne résistent pas à l’examen. S’habiller après soixante ans pose pourtant de vraies questions, de coupe, de matière et de chaussures, auxquelles on répond rarement.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/s-habiller-apres-soixante-ans-la-fin-des-interdits/1200.jpg" alt="Une femme aux cheveux châtains et lunettes de soleil, en chemise turquoise et pantalon noir, roule à vélo sur une rue pavée, un panier en osier au guidon."></p><p>Elles circulent encore, ces listes. Après cinquante ans, plus de cheveux longs. Après soixante, plus de jupe au-dessus du genou, plus de rouge vif, plus de jean, plus de bras nus. Elles se transmettent de magazine en magazine et de mère en fille, avec l’autorité tranquille des choses que personne n’a jamais vérifiées.</p>
<p>Nous les avons vérifiées. Aucune ne tient.</p>
<h2 id="d-ou-viennent-ces-regles">D’où viennent ces règles</h2>
<p>Les interdits d’âge datent d’une époque où la vie d’une femme se découpait en saisons bien rangées&nbsp;: jeune fille, épouse, mère, puis «&nbsp;dame&nbsp;». À chaque étape son uniforme. La dame portait du gris ou du beige, une jupe sous le genou et un chignon. On attendait d’elle de la discrétion.</p>
<p>Cette femme-là existe toujours, si elle le souhaite. Seulement, les femmes de soixante-cinq ans d’aujourd’hui travaillent encore pour beaucoup, voyagent, font du vélo, gardent leurs petits-enfants le mercredi et vont au concert le samedi. Leur imposer le vestiaire de leurs grands-mères revient à les habiller pour une vie qu’elles ne mènent pas.</p>
<h2 id="cheveux-longs-minijupe-couleurs-vives-ce-qui-tient-vraiment">Cheveux longs, minijupe, couleurs vives&nbsp;: ce qui tient vraiment</h2>
<p><strong>Les cheveux longs.</strong> Ce qui compte ici, c’est la matière du cheveu. Avec les années, le cheveu s’affine souvent et perd de la densité&#8239;; une longueur qui tombait en masse peut alors pendre en mèches clairsemées. Si vos cheveux restent épais, gardez-les longs aussi longtemps que vous les aimez. Le blanc, lui, se porte à toutes les longueurs, et nous lui consacrons <a href="https://carnetdebal.fr/beaute/cheveux-blancs-les-laisser-pousser-sans-renoncer-au-style/">un article entier</a>.</p>
<p><strong>La jupe courte.</strong> Personne n’a de comptes à rendre sur ses genoux. La vraie question est pratique&nbsp;: pouvez-vous vous asseoir ou monter dans un bus sans y penser&#8239;? Avec des collants opaques et des bottes plates, une jupe au-dessus du genou reste parfaitement confortable en hiver.</p>
<p><strong>Les couleurs vives.</strong> Ici, la règle dit exactement l’inverse de ce qu’il faudrait. Avec l’âge, le contraste naturel du visage diminue&nbsp;: les cheveux et les sourcils s’éclaircissent, la carnation s’uniformise. Une couleur franche près du visage (un rouge, un bleu roi) redonne justement le relief que le beige efface.</p>
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<p>Une couleur franche près du visage redonne le relief que le beige efface.</p>
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<h2 id="les-vraies-questions-la-taille-les-epaules-la-poitrine">Les vraies questions&nbsp;: la taille, les épaules, la poitrine</h2>
<p>Ce qui change après soixante ans, ce sont les proportions. Avec la ménopause et la baisse des œstrogènes, la graisse tend à se redistribuer vers le ventre, et la taille se marque moins (notre rubrique Santé détaille <a href="https://carnetdebal.fr/sante/menopause-les-symptomes-qu-on-ne-vous-annonce-pas/">ces changements qu’on ne vous annonce pas</a>). Rien d’alarmant, mais les vêtements coupés pour une taille fine tirent soudain au mauvais endroit.</p>
<p>Quelques pistes, à essayer plutôt qu’à appliquer&nbsp;:</p>
<p>Les <strong>vestes droites</strong>, qui descendent jusqu’aux hanches, tombent mieux que les vestes cintrées. Les <strong>pantalons taille haute</strong> avec une ceinture élastique au dos, et une façade plate devant, offrent le confort sans l’allure du pantalon de jogging. Les <strong>robes chemises</strong> et les robes portefeuille, qui se règlent à la main, suivent le corps tel qu’il est ce jour-là.</p>
<p>Les épaules, elles, s’arrondissent souvent un peu vers l’avant. Une veste aux épaules trop larges l’accentue&#8239;; une couture qui tombe juste au bord de l’épaule la corrige. Pour la poitrine, faites-vous mesurer à nouveau&nbsp;: la taille de soutien-gorge change avec les années, et un sous-vêtement qui ne soutient plus modifie tout ce qu’on porte par-dessus.</p>
<p>Quant aux bras, ils vous appartiennent. Si vous aimez les manches courtes, portez-les. Si vous préférez les couvrir, la manche trois-quarts dégage le poignet et reste la plus flatteuse.</p>
<h2 id="matieres-le-confort-d-abord-et-sans-s-excuser">Matières&nbsp;: le confort d’abord, et sans s’excuser</h2>
<p>La peau s’affine avec l’âge et devient plus sensible aux frottements. Les laines qui grattent et les étiquettes rigides deviennent vite insupportables. Préférez la laine mérinos fine, le coton, le lin, la soie, la viscose de bonne qualité&#8239;; découpez les étiquettes au ras de la couture.</p>
<p>Les bouffées de chaleur de la ménopause, puis la sensibilité accrue au froid qui vient souvent plus tard, plaident pour les couches fines superposées plutôt qu’un seul gros pull&nbsp;: on retire, on remet.</p>
<p>Pensez aussi aux mains. L’arthrose des doigts rend les petits boutons pénibles et certaines fermetures impossibles. Il n’y a aucune honte à choisir de gros boutons ou des vêtements qui s’enfilent. Une couturière peut remplacer de petits boutons par des fermetures aimantées&#8239;; un ergothérapeute peut conseiller des aides à l’habillage si le geste devient difficile.</p>
<h2 id="les-chaussures-la-ou-tout-se-joue">Les chaussures, là où tout se joue</h2>
<p>C’est le chapitre le plus négligé, et pourtant le plus important. Avec l’âge, le coussinet graisseux sous la plante du pied s’amincit, le pied s’élargit souvent, un hallux valgus (l’«&nbsp;oignon&nbsp;») peut apparaître. L’équilibre, lui, devient plus précieux.</p>
<p>La chaussure idéale tient le pied sans le serrer&nbsp;: un talon large, de trois ou quatre centimètres au plus, et une semelle qui accroche. Le bout doit laisser de la place aux orteils. Les derbies à lacets, les mocassins en cuir souple, les bottines à fermeture éclair et les baskets en cuir blanc répondent à tout cela, et vont avec à peu près tout. Si vos pieds vous font souffrir, un podologue peut proposer des semelles sur mesure, et vous éviter bien des chutes.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">En cabine d’essayage, cinq gestes avant d’acheter</p><ul>
<li>S’asseoir&nbsp;: la taille ne doit ni rouler ni comprimer le ventre.</li>
<li>Lever les deux bras&nbsp;: la veste ne doit pas remonter jusqu’aux côtes.</li>
<li>Monter une marche ou un tabouret&nbsp;: la jupe doit suivre.</li>
<li>Se pencher en avant&nbsp;: le décolleté et le dos doivent rester en place.</li>
<li>Boutonner et déboutonner seule, sans miroir.</li>
</ul>
</blockquote>
<h2 id="avoir-un-style-a-n-importe-quel-age">Avoir un style, à n’importe quel âge</h2>
<p>Il existe des femmes de quatre-vingts ans qui portent des lunettes rouges et des colliers énormes, et d’autres qui ne quittent pas le pantalon gris et la chemise blanche. Les deux ont un style, parce que les deux savent ce qu’elles aiment. La regrettée Iris Apfel, morte en 2024 à cent deux ans, en était l’exemple le plus spectaculaire, et elle n’est pas la seule à avoir connu la reconnaissance sur le tard&nbsp;: nos pages People racontent l’histoire de <a href="https://carnetdebal.fr/people/ces-femmes-qui-ont-tout-commence-apres-soixante-ans/">ces femmes qui ont tout commencé après soixante ans</a>.</p>
<p>Si vous ne savez plus très bien ce qui vous va, faites un essai simple. Sortez de votre armoire les trois vêtements dans lesquels on vous a fait des compliments ces dernières années. Regardez ce qu’ils ont en commun&nbsp;: une couleur, une longueur, une matière, une encolure. Voilà votre point de départ. Il ne dépend pas de votre date de naissance.</p>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/s-habiller-apres-soixante-ans-la-fin-des-interdits/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item></channel></rss>