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Amour & sexo · Couple

Vouloir des enfants tôt, et le dire sans s’excuser

À vingt-cinq ans, dire qu’on veut des enfants bientôt suffit encore à jeter un froid dans un dîner. Ce désir n’a pourtant rien d’une faute de goût. Comment en parler à celui qu’on aime, ce qu’il change dans le choix d’un compagnon, ce que dit vraiment la médecine, et comment l’accorder avec les études et le travail.

Sur un chemin de campagne bordé d’arbres et de hautes herbes, une jeune femme en jupe plissée tient la main de sa petite fille blonde dans la lumière du soir.
Photo : Jon Flobrant jonflobrant, Unsplash via Wikimedia Commons (CC0)

La scène se joue dans bien des dîners. Quelqu’un demande à une jeune femme de vingt-cinq ans ce qu’elle prévoit pour les années à venir. Elle répond tranquillement : un enfant, et si possible deux ou trois. Un petit silence passe. Puis une voix bienveillante lui assure qu’elle a « bien le temps », sur le ton qu’on prend pour dissuader quelqu’un de se faire tatouer.

Elle a le temps, c’est vrai. Elle a aussi le droit de ne pas vouloir l’attendre. Vouloir des enfants tôt est un désir comme un autre, ni plus noble ni moins réfléchi que celui de voyager ou de rester sans enfant. Il mérite simplement qu’on le prenne au sérieux, à commencer par celle qui l’éprouve.

Vouloir des enfants tôt, une envie devenue rare

Le décalage s’explique en partie par les chiffres. Selon l’INSEE, l’âge moyen des mères à la naissance de leur premier enfant atteignait 29,1 ans en 2023, contre 24 ans en 1974. Dit autrement : votre grand-mère qui avait son premier bébé à vingt-quatre ans était dans la norme de son époque, et vous qui voulez le vôtre au même âge passez aujourd’hui pour pressée.

Les raisons de ce recul sont connues et souvent excellentes : des études plus longues, un premier emploi stable plus tardif, le prix du logement. Personne n’a à s’en justifier. Mais la moyenne a fini par devenir une règle implicite, et l’on soupçonne volontiers celle qui s’en écarte de manquer d’ambition.

Il arrive pourtant que l’envie soit là, tout simplement. Parce qu’on a grandi dans une fratrie bruyante et qu’on veut la même. Parce qu’on se sent prête. Parce que l’idée d’être une mère jeune, qui courra encore derrière ses adolescents et connaîtra peut-être longtemps ses petits-enfants, a quelque chose de joyeux. Ces raisons-là n’ont pas besoin d’autre argument.

En parler tôt, sans en faire un entretien d’embauche

Faut-il l’annoncer au premier rendez-vous ? Non, à moins de vouloir que le serveur assiste à la scène. Mais inutile d’attendre deux ans en espérant que la question se réglera seule : dès que l’histoire devient sérieuse, le sujet mérite une vraie conversation.

Le ton compte autant que le moment. « Je veux un enfant avant trente ans, es-tu partant ? » sonne comme un ultimatum. « Je me vois bien mère assez jeune, et toi, comment imagines-tu ta vie dans dix ans ? » ouvre une discussion. Il s’agit de savoir si vos deux trajectoires peuvent se rejoindre. Combien d’enfants, à peu près quand, où vivre : ces questions paraissent lourdes au début d’un amour, elles le sont bien davantage après cinq ans de vie commune et un désaccord découvert trop tard.

Écoutez aussi ce qu’il ne dit pas. Un homme qui répond « on verra » à vingt-six ans peut être sincèrement indécis, et l’indécision n’est pas un défaut. Un homme qui répond « on verra » à trente-cinq ans, après des années de vie commune, vous donne peut-être une réponse. Pour amorcer ces échanges sans solennité, nos quarante questions à lui poser offrent quelques portes d’entrée, et notre article sur la communication dans le couple aide à ne pas transformer le désaccord en guerre de tranchées.

Ce que ce désir change dans le choix d’un compagnon

Savoir qu’on veut fonder une famille déplace le regard. On ne cherche plus seulement quelqu’un qui fait battre le cœur, on se demande aussi, en le regardant porter un neveu ou consoler un ami, quel père il ferait. Rien de froid là-dedans : c’est même, au fond, une manière très tendre de regarder quelqu’un.

Certaines qualités prennent alors du relief : la constance, le sens des responsabilités, la capacité à tenir parole quand ce n’est pas drôle, l’envie de partager le quotidien plutôt que de le déléguer. Un charmeur imprévisible peut faire un merveilleux amant de vingt ans. Il fait rarement un bon coéquipier de nuits blanches.

Mieux vaut une famille fondée trois ans plus tard avec la bonne personne qu’à l’heure avec la mauvaise.

Le piège inverse existe aussi. L’envie d’enfant ne doit pas pousser à s’installer avec le premier homme disponible, ni à rester avec quelqu’un qui ne vous rend pas heureuse parce qu’il « ferait l’affaire ». Un enfant consolide rarement un couple fragile. Mieux vaut une famille fondée trois ans plus tard avec la bonne personne qu’une famille fondée à l’heure avec la mauvaise.

La fertilité, des faits plutôt que des peurs

Sur l’horloge biologique, on entend tout et son contraire. Voici ce que disent les sources sérieuses, sans dramatiser.

L’Inserm, dans son dossier consacré à l’infertilité, rappelle que la fertilité féminine est optimale entre 18 et 31 ans, que la moitié des femmes ne peuvent plus concevoir au-delà de 40 ans, et que l’insuffisance ovarienne devient la première cause d’infertilité après 35 ans. Le rapport sur les causes de l’infertilité remis au gouvernement en 2022 par le Pr Samir Hamamah et Salomé Berlioux, repris par le site public Santé.fr, évalue les chances de grossesse par cycle à environ 25 % entre 25 et 30 ans, 12 % à 35 ans et 6 % au-delà de 40 ans. Les hommes ne sont pas hors du temps : la quantité et la qualité de leurs spermatozoïdes diminuent à partir de 40 ans, puis nettement après 50 ans.

Ces chiffres sont des moyennes, qui ne disent rien de votre corps à vous. Ils ne sont pas une raison de se précipiter : à vingt-cinq ans, on a de la marge. Ils expliquent seulement pourquoi votre envie n’a rien d’absurde.

Si vos règles sont très douloureuses, n’attendez pas d’avoir un projet pour en parler : l’endométriose met encore des années à être reconnue, comme nous le racontions dans notre article sur son diagnostic. Et pour toute question sur votre santé, votre contraception ou votre cycle, le bon interlocuteur reste votre médecin ou votre sage-femme, pas un forum.

Un mot, enfin, pour celles qui veulent des enfants mais pas tout de suite. Depuis la loi de bioéthique de 2021, l’autoconservation des ovocytes sans raison médicale est possible en France à partir du 29e anniversaire et avant le 37e, les ovocytes pouvant être utilisés jusqu’au 45e anniversaire. Le CNGOF prévient honnêtement dans sa fiche d’information qu’elle « n’offre aucune garantie de grossesse ultérieure ». C’est une possibilité, pas une assurance.

Études, travail : concilier sans tout sacrifier

Reste la question qui fâche : comment faire un enfant en finissant un master, ou deux ans après un premier poste ? Il n’y a pas de calendrier parfait, seulement des calendriers plus ou moins commodes.

Certaines choisissent d’avoir leur premier enfant à la fin des études, avant que la carrière n’exige tout. D’autres attendent un contrat stable, pour la sécurité et pour les droits qui vont avec, dont le congé maternité, seize semaines pour un premier enfant. Renseignez-vous tôt sur les modes de garde de votre commune : les places en crèche se demandent souvent dès la grossesse.

Surtout, posez la question du partage avant la naissance, pas après. Qui se lèvera la nuit, qui posera des jours quand l’enfant aura de la fièvre, qui réduira son temps de travail si quelqu’un doit le faire. Les couples qui en parlent tôt s’épargnent bien des rancœurs : comme le rappelle notre enquête sur la charge mentale, c’est à l’arrivée du premier enfant que les trajectoires des deux parents se séparent, et les habitudes prises alors ne se défont plus guère. Pensez aussi aux vôtres : des parents encore jeunes, des grands-mères disponibles un mercredi sur deux : devenir mère jeune, c’est souvent pouvoir compter sur une famille encore alerte.

Ne s’excuser de rien, ne juger personne

La jeune femme du dîner n’a pas à se défendre. Celle qui, à la même table, n’imagine pas d’enfant avant quarante ans non plus, ni celle qui n’en veut pas, ni celle qui en voudrait et sait que ce sera difficile. Chacune mène sa vie avec ses raisons, et la seule chose qui gâche ces conversations, c’est la conviction qu’il existe un bon âge pour tout le monde.

Alors, la prochaine fois qu’on vous dira que vous avez bien le temps, souriez. Vous le savez. Vous avez seulement envie de le passer autrement.

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