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Amour & sexo · Sexualité

Ménopause et sexualité : ce que personne ne vous a dit

On vous a parlé des bouffées de chaleur, rarement de ce qui se passe sous la couette. Ménopause et sexualité font pourtant bon ménage, à condition de savoir ce qui change dans le corps, ce qui se soigne très bien, et ce que cette nouvelle étape peut avoir de libérateur.

Sur une branche de figuier, une figue violette mûre, fendue, laisse voir sa chair rouge entre les grandes feuilles vertes.
La maturité a ses saveurs. Photo : schleichpost0, Pixabay via Wikimedia Commons (CC0)

Pour les règles, il y avait eu la brochure distribuée au collège. Pour la grossesse, les cours de préparation, les livres empilés sur la table de nuit, les conseils non sollicités des voisines. Pour la ménopause, on vous a parlé des bouffées de chaleur, éventuellement des os, et puis plus rien. Personne ne vous a expliqué qu’un soir, un geste qui vous faisait du bien depuis trente ans pourrait se mettre à brûler. Ni que cela se soigne, et plutôt bien.

Parlons-en donc franchement, entre adultes. Rien de ce qui suit ne remplace une consultation, mais tout cela vous aidera à la préparer, et à ne plus vous contenter d’un « c’est l’âge, madame ».

Ce qui se passe vraiment dans le corps

La ménopause est officiellement atteinte après douze mois consécutifs sans règles, autour de cinquante et un ans en moyenne en France. Elle est précédée de plusieurs années de périménopause, où les cycles se dérèglent et où les premiers signes apparaissent. Au cœur de tout cela, la chute des œstrogènes.

Or ces hormones entretiennent les tissus de la vulve et du vagin : leur épaisseur, leur élasticité, leur irrigation, leur capacité à se lubrifier. Quand elles baissent, les muqueuses s’affinent, deviennent plus fragiles, moins souples. Il en résulte une sécheresse, des démangeaisons, des sensations de brûlure, et parfois des douleurs pendant les rapports, que les médecins appellent dyspareunie. La vessie et l’urètre, sensibles aux mêmes hormones, peuvent suivre : envies pressantes, infections urinaires plus fréquentes.

En 2014, deux sociétés savantes, la North American Menopause Society et l’International Society for the Study of Women’s Sexual Health, ont proposé de regrouper ces troubles sous un nom moins humiliant que l’ancienne « atrophie vulvo-vaginale » : le syndrome génito-urinaire de la ménopause. Ce changement de nom compte. Il rappelle qu’il s’agit d’un problème médical, sans rien de honteux. Et il comporte une information capitale : contrairement aux bouffées de chaleur, qui finissent souvent par s’apaiser, ces symptômes ont tendance à persister, voire à s’aggraver, si on ne les traite pas. Attendre que ça passe n’est donc pas une stratégie.

La libido, une affaire plus compliquée qu’une hormone

Faut-il s’attendre à perdre tout désir ? Non. Certaines femmes voient leur libido baisser, d’autres ne remarquent aucun changement, d’autres encore la sentent se réveiller. Le désir n’obéit pas à une seule hormone : il dépend du sommeil, que les sueurs nocturnes peuvent saccager, de l’humeur, de l’image que l’on a de son corps, de la qualité de la relation, de la santé du partenaire. Et de la douleur, bien sûr. Quand chaque rapport fait mal, le cerveau apprend vite à ne plus en avoir envie. Le corps se protège, voilà tout ; la « frigidité » n’a rien à y voir.

La sexologue Emily Nagoski, dans Come as You Are (2015), insiste sur une notion qui soulage beaucoup de femmes : la « non-concordance » de l’excitation. Ce que fait le corps et ce que ressent la tête ne coïncident pas toujours. Chez une femme ménopausée, cela signifie concrètement qu’on peut avoir très envie et rester sèche. La lubrification ne mesure pas le désir.

Une muqueuse sèche ne dit rien de votre désir, et elle se soigne.

Si vous vous reconnaissez dans cette mécanique de l’envie qui ne vient plus toute seule, notre article sur le désir dans les couples qui durent explique la différence entre désir spontané et désir réactif. Elle vaut à tout âge, et peut-être plus encore après cinquante ans.

Les solutions, de la pharmacie au cabinet médical

Les lubrifiants s’utilisent au moment du rapport. Ceux à base d’eau sont compatibles avec tous les préservatifs et tous les jouets, mais sèchent assez vite. Ceux à base de silicone durent plus longtemps et conviennent aux préservatifs en latex, mais pas aux jouets en silicone, qu’ils peuvent abîmer. Les huiles, elles, fragilisent le latex : à proscrire avec un préservatif.

Les hydratants vaginaux fonctionnent autrement. Ils s’appliquent régulièrement, plusieurs fois par semaine, indépendamment de toute activité sexuelle, comme une crème pour le visage. Beaucoup contiennent de l’acide hyaluronique. Ils améliorent le confort au quotidien.

Les traitements hormonaux locaux se discutent avec votre médecin, votre gynécologue ou votre sage-femme. Il s’agit d’œstrogènes à très faible dose, sous forme d’ovules, de crème ou d’anneau vaginal, qui agissent sur place et aident les tissus à retrouver épaisseur et souplesse. D’autres options existent selon les situations. Un antécédent de cancer du sein, en particulier, impose un avis spécialisé avant tout traitement. Pour le traitement hormonal de la ménopause par voie générale, prescrit quand d’autres symptômes le justifient, notre rubrique santé fait le point dans Ménopause : les symptômes qu’on ne vous annonce pas.

La rééducation du périnée, avec une sage-femme ou un kinésithérapeute, aide quand les muscles se sont crispés à force d’anticiper la douleur, ou au contraire relâchés.

Quant au laser vaginal, proposé à grand renfort de promesses dans certains cabinets, les preuves de son efficacité à long terme restent insuffisantes. Avant de signer un devis, demandez un deuxième avis.

Réinventer le sexe, ou simplement l’élargir

La ménopause oblige souvent à quitter le pilote automatique. Bonne occasion de vérifier une chose : la pénétration n’a jamais été l’alpha et l’oméga de la sexualité. Les caresses, la bouche, les mains, le temps passé, les jouets, qui compensent très bien une sensibilité qui s’émousse, ont autant droit de cité. Prendre plus de temps avant tout rapport aide aussi : l’excitation augmente l’afflux de sang vers la vulve et le vagin, et donc le confort.

Le partenaire, s’il y en a un, vit souvent ses propres changements. Chez les hommes de la même génération, les érections deviennent moins fiables, et la gêne se cache parfois derrière un silence que l’on prend pour du désintérêt. Une conversation honnête, hors de la chambre, évite bien des malentendus de part et d’autre.

Et une règle, une seule, sans exception : ne serrez jamais les dents. Un rapport douloureux n’est ni un devoir conjugal ni une fatalité de l’âge. Arrêtez-vous, et consultez.

Une liberté que personne ne vous avait vantée

Il y a, enfin, ce que personne ne vous a dit parce que cela ne se vend pas en pharmacie. Plus de règles. Plus de grossesse à craindre, une fois la contraception arrêtée sur avis médical. Des enfants souvent grands, une connaissance de son corps que l’on n’avait pas à vingt-cinq ans, et une certaine indifférence aux injonctions. En 1991, l’essayiste australienne Germaine Greer consacrait à ce passage un livre, The Change, qui invitait les femmes à le vivre comme une libération plutôt que comme une perte.

La sexualité d’après peut n’avoir pas grand-chose à voir avec celle d’avant. Plus lente, plus bavarde, plus inventive, débarrassée de la peur de tomber enceinte et du souci de la performance. C’est ce que nous vous souhaitons, sécheresse soignée comprise.

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