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Psycho · Émotions

Anxiété fonctionnelle : quand tout va bien en apparence, et que rien ne va

Elles tiennent leur poste, leurs enfants, leur agenda, et personne ne devine l’inquiétude qui tourne en boucle. L’anxiété fonctionnelle n’est pas un diagnostic médical, mais l’expression décrit une souffrance bien réelle. Ce qu’il faut savoir, quand consulter, et comment soutenir une amie.

Des gouttes de pluie constellent une vitre derrière laquelle on devine, flous, le vert d’un jardin et un ciel gris.
Derrière la vitre, tout paraît net. De près, c’est autre chose. Photo : Theactivistuk, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Au bureau, on la cite en exemple. Ses dossiers sont prêts avant l’heure, elle n’oublie aucun anniversaire, elle a toujours un plan B. Ce que personne ne voit, c’est qu’elle a relu trois fois le courriel envoyé ce matin, qu’elle a imaginé tout le trajet du soir les catastrophes possibles, et qu’à 2 heures du matin elle refera, les yeux ouverts, la liste de ce qui pourrait mal tourner demain.

Sur les réseaux sociaux et dans les magazines, on a donné un nom à ce portrait : l’anxiété fonctionnelle, traduction de l’anglais high-functioning anxiety. Beaucoup de femmes s’y reconnaissent. Encore faut-il savoir ce que recouvre l’expression, et ce qu’elle ne dit pas.

Une expression populaire, pas un diagnostic

Commençons par le plus important : l’anxiété fonctionnelle n’est pas un diagnostic médical. Elle ne figure ni dans la classification internationale des maladies de l’Organisation mondiale de la santé, ni dans le manuel diagnostique de l’Association américaine de psychiatrie, les deux références des médecins et des psychologues. Aucun critère ne la définit, aucune étude ne permet d’en mesurer la fréquence.

C’est une façon de décrire une situation : une anxiété importante, parfois envahissante, chez une personne qui continue de fonctionner, voire de réussir, si bien que son entourage ne la voit pas. L’expression a un mérite, celui de rappeler qu’on peut aller mal sans que cela se voie. Elle a un risque : laisser croire que, tant qu’on tient, ce n’est pas grave.

Derrière ce portrait se cachent parfois de vrais troubles anxieux, qui, eux, sont bien définis et se soignent. Le plus proche est le trouble anxieux généralisé : des inquiétudes excessives, difficiles à contrôler, présentes la plupart des jours depuis au moins six mois, accompagnées de tension musculaire, de fatigue, d’irritabilité, de difficultés de concentration ou de sommeil. Les troubles anxieux sont parmi les troubles psychiques les plus fréquents, et les femmes en sont environ deux fois plus souvent atteintes que les hommes.

À quoi ressemble l’anxiété qui ne se voit pas

Elle se cache souvent derrière des qualités. Le perfectionnisme, qui fait vérifier dix fois ce qui était juste du premier coup. La sur-préparation, qui transforme chaque rendez-vous en examen. La difficulté à refuser, de peur de décevoir, sujet que nous avons traité dans Savoir dire non sans se justifier. Le besoin de rester occupée, parce que l’inactivité laisse place aux pensées. Le doute sur sa propre compétence, qui rejoint parfois ce que l’on appelle le syndrome de l’imposteur.

Le corps, lui, parle plus franchement. Mâchoires serrées, nuque raide, maux de ventre, cœur qui s’emballe sans raison, souffle court. Le sommeil est souvent le premier touché : difficulté à s’endormir parce que l’esprit tourne, réveils au milieu de la nuit, comme nous l’expliquons dans Sommeil des femmes : pourquoi nous dormons moins bien. Et puis il y a l’épuisement du soir, quand l’effort de paraître sereine toute la journée se paie d’un coup.

On peut tenir son poste, ses enfants et son agenda, et aller mal quand même.

Quand consulter

Toute inquiétude n’est pas un trouble. L’anxiété est une émotion normale, utile, qui prépare à affronter une difficulté. Elle mérite qu’on en parle à un professionnel quand elle devient excessive par rapport à la situation, quand elle dure, et surtout quand elle coûte : sommeil dégradé, fatigue permanente, plaisir perdu, relations qui s’abîment, recours à l’alcool ou aux médicaments pour tenir.

Le médecin traitant est une bonne première porte. Il peut écarter une cause physique, une hyperthyroïdie par exemple, et vous orienter. Les psychothérapies, en particulier les thérapies cognitives et comportementales, ont montré leur efficacité dans les troubles anxieux. Lorsqu’un traitement médicamenteux est nécessaire, c’est en général certains antidépresseurs qui sont prescrits, sur la durée et avec un suivi. Les anxiolytiques de la famille des benzodiazépines ne sont prévus que pour des durées courtes, car ils exposent à la dépendance. Aucun de ces médicaments ne se prend sans prescription, ni ne s’emprunte à une amie.

Certaines séances chez un psychologue peuvent être remboursées par l’Assurance maladie dans le cadre du dispositif Mon soutien psy ; les conditions en vigueur sont détaillées sur ameli.fr. Les centres médico-psychologiques proposent aussi des consultations sans avance de frais.

Au quotidien, l’activité physique régulière, la réduction de la caféine et de l’alcool, des horaires de sommeil réguliers et les techniques de respiration aident souvent. Elles complètent un accompagnement, elles ne le remplacent pas quand l’anxiété s’installe.

Comment soutenir une amie anxieuse

Si vous lisez cet article en pensant à une proche, quelques attitudes font la différence.

Ne minimisez pas. « Ce n’est rien », « tu t’inquiètes pour rien » partent d’une bonne intention, mais disent à l’autre qu’elle n’a pas été entendue. Même quand elle sait que sa peur est disproportionnée, la peur reste réelle. Écoutez, sans chercher à résoudre tout de suite.

Ne prenez pas tout personnellement. Un dîner annulé au dernier moment, un message resté sans réponse, ce n’est pas forcément vous qu’on évite : c’est parfois l’énergie qui manque ce soir-là. Proposez de nouveau, sans reproche.

N’attribuez pas tout à l’anxiété non plus. Votre amie a le droit d’être en colère, triste ou déçue pour de bonnes raisons. Réduire chacune de ses émotions à son anxiété revient à ne plus l’écouter.

Enfin, si elle souffre depuis longtemps, encouragez-la doucement à consulter, proposez de l’aider à trouver un professionnel ou de l’accompagner au premier rendez-vous. Et prenez soin de vous : soutenir quelqu’un use aussi, et vous avez le droit de dire quand vous n’en pouvez plus. Ces liens valent qu’on les ménage, comme le rappelle notre article sur l’amitié entre femmes après quarante ans.

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