samedi 7 novembre 2026 Nouvelle lune en Balance · L’horoscope du jour
Recevoir la lettre
Amour & sexo · Couple

Le retour des fiançailles : prendre le temps de se promettre

Une bague, une photo, quelques centaines de cœurs sous la publication, et l’on passe à l’organisation du mariage. Certains jeunes couples préfèrent s’arrêter entre les deux. Ce qu’ils cherchent dans le temps des fiançailles : une promesse dite devant les leurs, des familles qui se rencontrent, et quelques mois pour se préparer à ce qui suit.

Gros plan sur les mains entrelacées d’un jeune couple, la bague de fiançailles au doigt de la femme, au-dessus d’une allée bordée d’arbres.
Photo : Paul García Fotografía paulgarciafotografia, Unsplash via Wikimedia Commons (CC0)

Sur l’écran, la scène a presque toujours la même forme. Une main en gros plan, une pierre qui accroche la lumière, « Elle a dit oui » en légende, et la date du mariage annoncée dans la foulée, comme on fixe un rendez-vous chez le dentiste. Entre la question et la cérémonie reste une année d’organisation : le traiteur, la salle, la robe, le plan de table. Les fiançailles ont rétréci jusqu’à n’être plus que le premier jour d’un chantier.

Certains couples prennent le chemin inverse. La photo ne leur suffit pas. Ils veulent un temps qui porte un nom, avec un début et une fin, pendant lequel on n’est plus tout à fait libre et pas encore marié. Un statut un peu désuet, qu’ils trouvent justement précieux.

Disons-le d’emblée : personne ne sait combien ils sont, et nous ne vous dessinerons pas de courbe. Ce qui nous intéresse, c’est ce qu’ils viennent chercher dans ces quelques mois.

Une promesse que la loi n’oblige pas à tenir

Commençons par le droit, parce qu’il éclaire tout le reste. En France, la promesse de mariage n’oblige pas à se marier. La liberté du mariage pèse trop lourd pour qu’un juge force quiconque à dire oui : chacun reste libre de rompre jusqu’au dernier moment, y compris devant le maire.

Les tribunaux ne sanctionnent que la manière. Une rupture brutale ou humiliante, annoncée la veille de la cérémonie quand tout est réservé et payé, peut valoir des dommages et intérêts, au titre de la responsabilité civile ordinaire. Le Code civil prévoit aussi, à son article 1088, que les donations faites en faveur du mariage tombent si le mariage n’a pas lieu. Quant à la bague, la jurisprudence la traite en général comme un présent d’usage, que la fiancée peut garder, sauf s’il s’agit d’un bijou de famille : celui-là retourne d’où il vient.

On pourrait en conclure que les fiançailles ne servent à rien. C’est l’inverse.

Une promesse que rien ne force à tenir ne vaut que par la parole de celui qui la donne.

Voilà sans doute ce qui attire ceux qui y reviennent. Un engagement qui repose sur l’honneur, à une époque où presque tout repose sur des conditions générales de vente.

Demander la main, sans demander la permission

Il y avait autrefois un ordre des choses. Le jeune homme demandait la main de la jeune fille à son père, en costume et la gorge sèche, puis les deux familles se rencontraient, puis l’on annonçait les fiançailles. Personne ne regrette le temps où l’avis de la principale intéressée pesait moins que celui de son père.

Ce que des couples d’aujourd’hui retrouvent tient du geste plus que de la formalité. Ils se sont mis d’accord à deux, puis le fiancé va voir les parents. Il ne sollicite plus une autorisation, il rend un hommage. Aller dire au père et à la mère de celle qu’on aime qu’on veut l’épouser, c’est reconnaître qu’elle ne sort pas de nulle part : elle a une histoire, une maison, des gens qui l’ont élevée et qui vont devoir, eux aussi, faire de la place à quelqu’un. Bien des pères qu’on croyait inébranlables perdent leurs mots à ce moment-là, et c’est très bien ainsi.

Vient ensuite le dîner où les deux familles se rencontrent, parfois pour la première fois. Les couples le redoutent, ils ont tort. C’est souvent là qu’on mesure ce qu’on épouse aussi : des habitudes, des fêtes, une manière de parler d’argent ou de religion, une tante qui coupe la parole à tout le monde. Mieux vaut le découvrir autour d’un gigot, comme au déjeuner du dimanche, que le jour du vin d’honneur.

La bague de fiançailles, un signe plutôt qu’un trophée

La bague a une longue histoire, et une part de légende. Au IIe siècle, l’écrivain latin Aulu-Gelle rapporte dans ses Nuits attiques une croyance déjà ancienne : un nerf très fin relierait directement l’annulaire gauche au cœur. L’anatomie l’a démentie, l’usage est resté. On cite souvent la bague ornée de diamants offerte en 1477 par Maximilien d’Autriche à Marie de Bourgogne comme l’une des premières du genre. Le solitaire de rigueur, lui, doit beaucoup à la publicité du XXe siècle : le fameux slogan « A Diamond Is Forever » date de 1947.

Inutile, donc, de se ruiner au nom d’une tradition plus récente qu’on ne croit. Certaines fiancées demandent qu’on ne leur achète rien et font remettre à la taille la bague d’une grand-mère, comme nous le racontions à propos de ce qu’on garde de nos aïeules. D’autres choisissent une pierre modeste et la portent avec fierté. Le prix de la pierre ne dit rien de la solidité de la promesse, et la publication du lendemain encore moins.

Un temps pour se préparer au mariage

C’est peut-être le cœur de l’affaire. Entre le oui de la demande et celui de la mairie, les fiançailles offrent quelques mois pour parler de ce qu’on évitait jusque-là. Où vivre. Combien d’enfants, et à peu près quand, une question que nous abordions dans vouloir des enfants tôt. Qui fera quoi à la maison. Comment on partagera l’argent.

Cette dernière question a une traduction juridique précise. Sans contrat signé chez le notaire avant la cérémonie, les époux sont mariés sous le régime légal, celui de la communauté réduite aux acquêts. Il convient à beaucoup de couples ; encore faut-il l’avoir choisi plutôt que subi. Un rendez-vous chez le notaire pendant les fiançailles a quelque chose de très peu romantique. Il évite pourtant bien des malentendus, et il oblige à parler d’avenir avec des mots exacts.

La mairie a sa part dans ce calendrier. Une fois le dossier déposé, l’officier de l’état civil publie les bans : une affiche annonce le projet de mariage pendant dix jours, pour que d’éventuels empêchements puissent être signalés. C’est la forme administrative d’une très vieille idée, qui rejoint celle des fiançailles : un mariage ne se prépare pas en cachette.

Pour celles qui se marient à l’église

Pour les couples catholiques, les fiançailles retrouvent un sens plus ancien encore. Le Code de droit canonique de 1983 en traite à son canon 1062 : la promesse de mariage relève des règles fixées par chaque conférence des évêques, et ne permet pas d’exiger la célébration du mariage, seulement, le cas échéant, la réparation d’un dommage. L’Église, comme l’État, laisse donc chacun libre jusqu’au bout. Elle propose en revanche une bénédiction des fiancés, prévue par ses rituels, qu’un prêtre peut donner très simplement, en famille, sans rien de solennel.

La préparation au mariage est demandée par les paroisses. Selon les diocèses, elle passe par des rencontres avec un prêtre ou un couple accompagnateur, par des soirées ou des week-ends, comme ceux que propose le Centre de préparation au mariage (CPM). On y parle de fidélité, d’enfants, de pardon, de la place de Dieu dans la maison. Mieux vaut prendre contact avec sa paroisse très tôt, souvent un an à l’avance, car les dates se remplissent vite. Même pour un couple peu pratiquant, ces heures ont un mérite rare : elles obligent à parler de choses graves devant un tiers qui n’a rien à vous vendre.

Ce que les fiançailles protègent

Une période qui porte un nom ne se vit pas de la même façon. On ne dit plus « mon copain », on dit « mon fiancé », et le mot, un peu suranné, fait sourire les collègues. Il dit pourtant quelque chose de juste : on est en chemin, on ne fait pas semblant d’y être déjà. Nous écrivions récemment que le mariage redevient une idée neuve ; les fiançailles en sont l’antichambre, et une antichambre sert à se tenir prêt.

Elles servent aussi, il faut le dire, à s’apercevoir qu’on s’est trompé. Si l’un des deux découvre pendant ces mois que le chemin ne mène pas où il croyait, il est encore temps de le dire, et c’est même la plus honnête de leurs fonctions. Une bague rendue fait mal. Elle fait moins de dégâts qu’un divorce.

Alors, quand la bague sera au doigt, rien ne presse pour la photo. Rien ne presse non plus pour fixer la date. Vous avez quelques mois pour être fiancés, et ce temps-là ne se rattrape pas.

La lettre du matin

Chaque matin, le meilleur du jour.

Chaque matin à 7 h : les papiers du jour et votre horoscope, à lire en cinq minutes. Gratuit, désinscription en un clic.

En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir chaque matin la lettre de Carnet de Bal. Un courriel de confirmation vous est d’abord envoyé : rien ne part sans votre clic. Désinscription en un clic dans chaque lettre. Voir notre politique de confidentialité.