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Seconde main : l’art de chiner sans se ruiner

Acheter de seconde main, c’est payer moins cher des vêtements souvent mieux faits que ceux du neuf. Encore faut-il savoir où chercher, et reconnaître en quelques secondes une couture solide ou une laine qui durera. Les gestes d’une chineuse, de l’étiquette à la doublure.

Gros plan sur une rangée de blousons de cuir d’occasion suspendus côte à côte, noirs, gris, blancs et bordeaux, aux coutures surpiquées.
Sur un portant de fripes, le cuir se juge à la main avant de se juger à l’œil. Photo : Robbie Noble rbbnbl, Unsplash via Wikimedia Commons (CC0)

Il y a deux manières d’entrer dans une friperie. La première consiste à fouiller au hasard, à se laisser tenter par une couleur, et à ressortir avec un chemisier qui gratte. La seconde demande un peu de méthode : savoir ce qu’on cherche, puis regarder l’étiquette avant le motif et l’intérieur avant l’extérieur. Elle prend à peine plus de temps, et elle change complètement ce qu’on rapporte à la maison.

Acheter de seconde main n’a plus rien d’honteux, si tant est que cela l’ait jamais été. C’est souvent le seul moyen d’accéder, pour le prix d’un tee-shirt neuf, à un manteau de laine épaisse ou à une chemise en vraie popeline. À condition de savoir trier.

Où chiner : de la friperie à l’application

Les friperies n’ont pas toutes le même modèle. Certaines vendent au kilo ou en vrac, à petits prix, et demandent de la patience. D’autres, dites « vintage », sélectionnent leurs pièces et les vendent plus cher ; on y paie le travail de tri.

Les dépôts-ventes fonctionnent autrement : des particuliers y laissent leurs vêtements, la boutique les vend et garde une commission. Les pièces sont en général propres, en bon état, souvent de belle facture. C’est l’adresse des manteaux, des tailleurs, des sacs en cuir.

Emmaüs, né en 1949 autour de l’abbé Pierre, revend dans ses communautés les dons qu’il reçoit, et fait vivre les compagnons qui y travaillent. Les prix sont parmi les plus bas, les rayons parfois chaotiques ; c’est là que l’on trouve, avec de la chance et de l’œil, le pull en shetland des années 1980 à quelques euros. Les vestiboutiques de la Croix-Rouge, les ressourceries et les recycleries de quartier jouent dans la même catégorie.

Les vide-greniers et les braderies, de celle de Lille, début septembre, aux petites brocantes de village, réservent leurs meilleures pièces aux lèves-tôt.

Les applications de revente entre particuliers, enfin, ont tout changé : on peut y chercher un modèle précis, à sa taille, sans bouger de chez soi. L’inconvénient est évident, puisqu’on ne touche pas le tissu. Demandez toujours une photo de l’étiquette de composition et des zones d’usure (aisselles, col, entrejambe) avant de payer.

Lire une étiquette en dix secondes

L’étiquette de composition est obligatoire dans l’Union européenne, et c’est votre meilleure alliée. Cherchez-la d’abord, souvent cousue sur la couture de côté, à l’intérieur.

Une bonne laine est annoncée comme telle : « laine », « laine vierge » (une laine neuve, qui n’a pas été recyclée), « mérinos », « lambswool », « cachemire », « mohair ». Méfiez-vous d’un pull qui ressemble à de la laine mais qui affiche une majorité d’acrylique : il boulochera vite et tiendra moins chaud. Pour un manteau, visez au moins 70 % de laine, sans quoi il perdra sa tenue.

Les tailles, elles, ont bougé au fil des décennies, et d’une marque à l’autre. Un 40 de 1985 ne correspond pas à un 40 d’aujourd’hui. Notez vos mesures sur votre téléphone (tour de poitrine, de taille, de hanches, largeur d’épaules, longueur de jambe) et emportez un mètre ruban. Mesurer un vêtement à plat prend une minute et évite bien des déceptions.

Juger une couture : retournez le vêtement

C’est le geste qui distingue la chineuse avertie. Retournez la pièce et regardez l’intérieur.

Les points de couture doivent être réguliers, serrés et sans fil qui pend. Plus il y a de points par centimètre, plus l’assemblage est solide. Les surplus de couture (la marge de tissu entre la couture et le bord) généreux sont bon signe : ils permettent d’élargir un vêtement chez la retoucheuse. Sur une chemise, les coutures rabattues, propres des deux côtés, signent un travail soigné.

Regardez aussi les motifs : sur un tissu à carreaux ou à rayures bien coupé, les lignes se raccordent aux coutures, au milieu du dos, aux poches. C’est long à faire, donc c’est rare, donc c’est un signe de qualité.

Retournez toujours le vêtement : l’intérieur dit la vérité que l’extérieur maquille.

Vérifiez enfin les points de fatigue. Les aisselles, l’entrejambe d’un pantalon, les coins de poches, l’ourlet du bas, la fermeture éclair (faites-la glisser de bout en bout). Un bouton manquant se remplace ; une déchirure dans le tissu, beaucoup moins.

Sentir une laine, à la main et à la lumière

Prenez un pan de tricot entre le pouce et l’index et frottez doucement. Une bonne laine est souple, un peu élastique, elle reprend sa forme. Serrez ensuite le tissu dans votre poing quelques secondes, puis relâchez : la laine se défroisse presque seule, la viscose et le coton gardent le pli.

Cherchez les bouloches sous les bras et sur les flancs, là où le bras frotte le corps. Quelques-unes s’enlèvent au rasoir à pulls ; un tissu entièrement peluché trahit une fibre courte, qui continuera de s’user.

Tenez ensuite le vêtement face à une fenêtre. Les trous de mites, invisibles à l’œil sur un tricot sombre, apparaissent comme des têtes d’épingle lumineuses. Un pull rigide, un peu cartonné, et plus court qu’il ne devrait l’être a été lavé trop chaud : il a feutré, et c’est irréversible.

Reste l’odeur. Le renfermé et le tabac partent le plus souvent avec un lavage et une journée à l’air. L’odeur de moisi, beaucoup moins.

Combien payer, et quand renoncer

Les écarts de prix sont considérables. Un pull en laine peut coûter quelques euros dans une communauté Emmaüs, une vingtaine d’euros en friperie, davantage dans une boutique vintage. Un bon manteau de laine se trouve souvent entre 30 et 150 euros selon l’adresse, quand il en coûterait plusieurs centaines neuf.

Avant de payer, comptez les retouches. Un ourlet de pantalon coûte en général une quinzaine d’euros chez la retoucheuse, le remplacement d’une fermeture éclair davantage. Une règle simple : n’achetez pas une pièce qui demande plus d’une retouche, sauf si elle est exceptionnelle. Et ne l’achetez jamais parce qu’elle n’est pas chère. Un vêtement que vous ne porterez pas reste trop cher, même à deux euros.

Certaines pièces se prêtent particulièrement bien à la chine, parce qu’elles vieillissent bien et que les anciennes étaient souvent mieux faites : le trench, dont nous racontons l’histoire et les critères de choix, le manteau de laine, le blazer, les bottines en cuir, la jupe plissée. Elles composent l’essentiel de notre vestiaire d’automne qui dure.

Chiner, au fond, c’est glaner. Agnès Varda l’avait filmé en 2000 dans Les Glaneurs et la Glaneuse, et notre rubrique Culture revient sur son regard de glaneuse. Ramasser ce que d’autres ont laissé, et y voir ce qu’ils n’ont pas vu : c’est exactement ce que vous ferez samedi matin, devant un portant de laine mélangée, en retournant un manteau pour regarder ses coutures.

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Beauté, cosmétique, mode

Laura Thomas

Passée par les ateliers d’une maison de couture avenue Montaigne puis par le laboratoire d’un parfumeur grassois, elle sait comment se coud un revers et ce que contient vraiment un sérum. Elle croit au vêtement qui dure et à la crème qui tient ses promesses — les deux sont rares.

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