Recevoir sans se ruiner : l’art du dîner simple pour six
Pour bien recevoir, il ne faut ni argenterie ni traiteur, seulement un plat qui mijote, une table qui donne envie de s’asseoir et une maîtresse de maison qui n’est pas en cuisine. Menu, budget, placement, conversation : la méthode pour un dîner à six qui ressemble à une fête.

Le plus beau dîner que j’aie donné était un pot-au-feu. Nous étions six, il pleuvait sur Brest, la cuisine sentait le bouillon depuis midi, et personne n’est parti avant une heure du matin. Le plus raté, je m’en souviens aussi : un menu en cinq services, appris dans un livre, que j’ai passé à servir debout, pendant que mes invités parlaient sans moi.
J’en ai tiré une règle. Un dîner se juge à un seul critère, qui n’a rien à voir avec l’argent dépensé : la maîtresse de maison est-elle assise à table ?
Six, le bon nombre
À six, une seule conversation peut circuler autour de la table. À huit, elle se scinde en deux ; à dix, en trois, et l’hôtesse ne sait plus où donner de la tête. Six, c’est aussi une table ordinaire et une seule fournée de vaisselle. Mélangez les cercles : deux couples qui se connaissent et deux personnes qui ne connaissent personne, c’est le bon dosage pour que chacun apprenne quelque chose.
Un menu qui travaille pour vous
Le secret d’un dîner détendu tient dans le choix du plat principal : il doit pouvoir attendre. Un rôti exige une cuisson au moment, une sole meunière aussi. Un bœuf-carottes, une poule au pot, un curry de légumes, une blanquette ou des lasagnes, en revanche, se préparent la veille et sont meilleurs réchauffés. Le jour venu, il suffit de les remettre sur le feu.
Pour l’entrée, une soupe en petites tasses, comme ce velouté de châtaignes, ou une salade d’automne préparée à l’avance et assaisonnée au dernier moment. Pour le fromage, mieux vaut un seul beau morceau, un comté de longue garde ou un brie de Meaux bien fait, qu’un plateau de cinq fromages médiocres. Pour le dessert, une tarte aux pommes ou une mousse au chocolat, qui se fait la veille et ne demande qu’à sortir du réfrigérateur.
Et du bon pain, d’une bonne boulangerie. C’est la dépense la plus modeste du dîner, et celle que tout le monde remarque.
Le vin, justement. Vos invités en apporteront sans doute. L’usage veut que la bouteille offerte soit un cadeau : vous n’êtes pas tenue de l’ouvrir le soir même, surtout si elle ne va pas avec le plat. Prévoyez donc le vin du repas vous-même, et gardez la leur pour une autre occasion.
La table, ou l’art de faire beaucoup avec peu
Une nappe blanche ou en lin, même un drap ancien bien repassé, transforme n’importe quelle table de cuisine. Si votre table est belle, un simple chemin de table suffit. Les assiettes dépareillées ont beaucoup de charme dès qu’elles sont assorties par la couleur ; personne ne viendra vérifier qu’elles sortent du même service.
Pour le centre, deux erreurs à éviter : les bouquets trop hauts, qui empêchent de voir son vis-à-vis, et les bougies parfumées, dont l’odeur se mêle à celle du plat. Des bougies blanches sans parfum et quelques branches de saison dans un pichet bas : voilà une table d’automne pour presque rien.
Mes invités n’ont jamais remarqué que mes assiettes étaient dépareillées. Ils ont tous remarqué que j’étais assise avec eux.
Le placement, cet art discret
On pourrait laisser chacun s’asseoir où il veut. C’est le meilleur moyen de voir les couples côte à côte et les timides en bout de table. Le placement n’a rien de guindé : il sert à ce que chacun passe une bonne soirée.
La tradition place la maîtresse et le maître de maison face à face, au milieu de la table, l’invité d’honneur à la droite de l’hôtesse et l’invitée d’honneur à la droite de l’hôte. On sépare les couples, on alterne autant que possible. À cela s’ajoutent des règles de bon sens : placez-vous du côté de la cuisine, pour pouvoir vous lever sans déranger ; asseyez la personne réservée à côté de quelqu’un de chaleureux, et le grand bavard à côté de quelqu’un qui sait lui répondre ; évitez de réunir deux convives qui se sont fâchés l’an dernier.
La conversation, c’est vous qui la menez
Recevoir, c’est aussi veiller à ce que personne ne reste à l’écart. Présentez les invités avec une phrase qui leur donne un sujet commun, comme le recommande la cinquième de nos dix règles de savoir-vivre. Relancez celui qui se tait en lui posant une question précise. Si un sujet s’envenime, changez de cap sans brusquerie, en apportant le plat suivant par exemple.
On disait autrefois qu’on ne parlait à table ni de politique, ni de religion, ni d’argent. La règle était un peu étouffante. On peut parler de tout, à condition d’écouter autant qu’on parle et de ne pas transformer le dîner en tribunal. Votre rôle consiste moins à briller qu’à faire briller les autres.
Savoir finir
Un dîner réussi s’achève au salon, ou à table, autour d’une infusion. Ne débarrassez pas tout pendant que vos invités sont là : rien ne dit plus clairement qu’il est temps de partir. Et si quelqu’un propose de vous aider à faire la vaisselle, la réponse polie est non, merci, avec un sourire. Elle vous attendra jusqu’au lendemain, et vous aurez gardé le meilleur de la soirée.






