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Psycho · Confiance

Cinq signes que vous en faites trop pour plaire aux autres

Vouloir plaire n’a rien d’un défaut : c’est même ce qui rend la vie en société supportable. Mais quand le regard des autres devient votre seule boussole, vous finissez par vous perdre de vue. Cinq signaux d’alerte, et quelques gestes pour reprendre votre place sans fâcher personne.

De dos, une femme aux cheveux bruns assise sur un banc face à la mer, derrière une rambarde vert d’eau ; un gobelet de café est posé à côté d’elle.
Un café, la mer, et personne à qui faire plaisir : un bon début. Photo : Cynthia Magana cynthmag, Unsplash via Wikimedia Commons (CC0)

Au mariage d’une cousine, ma petite-fille de six ans a refusé d’embrasser un grand-oncle qu’elle voyait pour la première fois. Il y a eu un petit silence. Sa mère a proposé qu’elle lui dise bonjour de la main, ce qu’elle a fait avec un sourire immense, et le grand-oncle, qui n’est pas né d’hier, a ri le premier. À sept ans, on m’aurait fait embrasser tout le monde, moustaches comprises. J’ai appris très tôt que le confort des adultes passait avant le mien.

Beaucoup d’entre nous ont reçu la même leçon. Elle part d’une bonne intention, elle forme des enfants aimables, et elle fabrique parfois des adultes qui ne savent plus très bien ce qu’ils veulent.

Vouloir plaire est normal, s’oublier ne l’est pas

Le désir d’être aimée n’a rien de honteux. En 1995, les psychologues Roy Baumeister et Mark Leary ont publié dans le Psychological Bulletin un article resté célèbre sur le « besoin d’appartenance » : nous avons besoin de liens stables, et nous faisons beaucoup pour les préserver. C’est ce qui nous rend capables de vivre ensemble.

Le problème commence quand ce besoin prend toute la place. Les Américains parlent de people pleasing, et la psychologue Harriet Braiker y a consacré un livre en 2001, The Disease to Please. Ce n’est pas un diagnostic, plutôt une pente. Voici cinq signes qui montrent qu’on la descend un peu trop vite.

1. Votre oui part avant que vous ayez réfléchi

On vous demande un service, et la réponse sort toute seule. Ce n’est qu’en raccrochant que vous mesurez ce que vous venez d’accepter. Si cela vous arrive souvent, le oui est devenu un réflexe, et un réflexe ne choisit rien.

Nous avons consacré un article entier à l’art de dire non sans se justifier, avec des phrases toutes prêtes. Retenez-en ici une seule idée : un oui ne vaut quelque chose que si un non était possible.

2. Vous êtes toujours celle qui cède

Le compromis est une belle chose quand chacun fait un pas. Mais regardez vos dernières négociations : le restaurant, la date des vacances, la chaîne de télévision, la couleur du canapé. Si c’est toujours vous qui faites le chemin, le compromis est devenu une habitude que les autres ont prise, souvent sans y penser.

La souplesse est une qualité quand elle circule. À sens unique, elle finit en rancœur, et la rancœur abîme les relations bien plus sûrement qu’un désaccord franc.

3. Vous riez à des blagues qui ne vous font pas rire

Il y a les blagues simplement mauvaises, et l’on peut sourire par charité. Il y a aussi celles qui visent toujours la même personne, la collègue un peu ronde, le beau-frère qui bégaie. Rire avec le groupe est tentant : on fait partie de la bande.

Dans les années 1950, le psychologue Solomon Asch a montré à quel point la pression d’un groupe pèse. Ses étudiants devaient comparer la longueur de lignes tracées sur des cartons, et beaucoup finissaient, au moins une fois, par donner la même réponse fausse que les complices qui parlaient avant eux. Mais Asch a observé autre chose, que l’on cite moins : dès qu’une seule personne du groupe donnait la bonne réponse, la pression s’effondrait.

Il suffit souvent d’une seule personne qui ne rit pas pour que les autres cessent de rire.

Vous n’êtes pas obligée de faire un sermon. Un visage neutre, une question qui change de sujet, et vous aurez peut-être été cette personne-là.

4. Vous demandez l’avis de tout le monde

Consulter une amie avant une décision importante, c’est sage : elle voit ce que vous ne voyez pas. Le signal d’alerte est ailleurs. Il s’allume quand vous ne demandez plus « qu’en penses-tu ? » pour éclairer le problème, mais pour savoir quelle réponse sera la mieux acceptée. Quand vous montrez une robe à trois personnes avant d’oser la garder, ou que vous faites relire un message banal parce qu’il pourrait déplaire.

À force, on perd l’habitude de se demander ce que l’on pense soi-même. La question finit par paraître étrange.

5. Un froncement de sourcils suffit à vous faire changer d’avis

Changer d’avis est une preuve d’intelligence quand un argument vous a convaincue. C’en est une de fragilité quand c’est une mine contrariée qui vous a fait reculer. Repérez ces moments où vous dites « enfin, je ne sais pas, c’est toi qui vois » à la seconde où l’autre hésite.

L’estime de soi construite sur l’approbation des autres est une maison bâtie sur le sable : les autres sont nombreux, ils ne sont pas d’accord entre eux, et ils changent d’humeur.

Reprendre sa place, sans fâcher personne

Personne ne se défait de ces habitudes en une semaine, et ce n’est pas souhaitable : une certaine envie de plaire fait aussi de vous quelqu’un d’agréable. Il s’agit de rééquilibrer.

Commencez par les petites choses. Choisissez le restaurant la prochaine fois, sans demander « ça vous va ? ». Gardez la robe sans la montrer. Laissez passer une blague sans rire et observez ce qui se passe : en général, rien. C’est la découverte la plus utile. La désapprobation que l’on redoute arrive bien plus rarement qu’on ne l’imagine, et quand elle arrive, elle se supporte.

Si cette peur de déplaire vous paralyse au point de vous empêcher de vivre, si elle s’accompagne d’angoisses ou d’un épuisement, parlez-en à votre médecin ou à un psychologue. L’affirmation de soi s’apprend, et certaines thérapies la travaillent très bien.

Et souvenez-vous de ce que disait ma grand-mère, qui avait pourtant des idées arrêtées sur les bonnes manières : la politesse consiste à mettre les autres à l’aise, pas à disparaître pour leur faire de la place. Les règles de savoir-vivre qui tiennent encore n’exigent nulle part que vous vous effaciez. Elles demandent seulement que vous soyez là, et c’est bien plus intéressant.

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