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Famille · Éducation

L’argent de poche : à quel âge, combien, et pour apprendre quoi

Quelques pièces chaque samedi apprennent à un enfant plus de choses sur l’argent que bien des discours. À quel âge commencer l’argent de poche, quelle somme donner, à quelles conditions, et comment en faire une école de l’épargne et de la responsabilité.

Une fillette aux cheveux châtains, en pull rayé, dessine au feutre sur une tirelire-cochon blanche ; une autre main tient une seconde tirelire.
Photo : Consumer Financial Protection Bureau from United States, Wikimedia Commons (Public domain)

Le samedi matin, chez nous, il y avait une petite cérémonie. Après le petit déjeuner, chacun des quatre enfants passait devant le bureau de son père et recevait sa pièce de dix francs, posée dans la paume avec un sérieux de notaire. Les deux aînées la glissaient dans une boîte en fer qui avait contenu des galettes bretonnes. Le cadet la dépensait avant midi en bonbons, à la boulangerie du bourg. Il est aujourd’hui le seul des quatre à avoir monté sa propre affaire, ce qui devrait rendre modestes les théoriciens de l’épargne précoce.

À la Toussaint, mon petit-fils, qui a six ans, m’a demandé pourquoi sa cousine « avait des sous » et pas lui. La question méritait mieux qu’un haussement d’épaules. Elle en contient trois autres, que tous les parents se posent un jour : à quel âge, combien, et pour apprendre quoi.

Aucune loi n’y oblige, l’usage l’a toujours permis

Aucun texte n’oblige à donner de l’argent de poche, et aucun n’en fixe le montant. Le droit reconnaît pourtant qu’un enfant peut tenir de l’argent et s’en servir : l’article 1148 du Code civil admet qu’un mineur accomplisse seul les actes courants autorisés par l’usage, pourvu qu’ils soient conclus à des conditions normales. Acheter un pain au chocolat ou un petit cadeau pour la fête des Mères, c’est exactement cela.

Ce que l’argent de poche enseigne d’abord, c’est qu’une somme a une fin. L’enfant qui réclame à chaque passage en caisse n’apprend rien sur l’argent, seulement sur l’humeur de l’adulte qui l’accompagne : aujourd’hui oui, demain non, sans règle visible. Celui qui dispose de deux euros par semaine découvre qu’on choisit, et que choisir, c’est renoncer à autre chose.

À quel âge commencer l’argent de poche

Le bon moment tient moins à un âge qu’à une compétence. Il faut que l’enfant sache compter, qu’il distingue une pièce de cinquante centimes d’une pièce de deux euros, et qu’il comprenne qu’une somme ne permet pas d’acheter tout le rayon. Cela arrive en général vers six ou sept ans, l’année où l’on apprend à compter à l’école. Avant, l’argent reste un jouet, et la marchande en carton fait très bien l’affaire.

Pour les petits, je conseille un versement chaque semaine, le même jour. Une semaine est une durée qu’un enfant de sept ans se représente ; un mois, non. Versée une fois par mois, la somme disparaît en deux jours, sans leçon.

Vers l’entrée au collège, on peut passer au mois. C’est le rythme des adultes, celui du salaire et du loyer, et il oblige à étaler : ne pas tout dépenser à la première sortie, garder de quoi aller au cinéma la dernière semaine. Un enfant qui a appris à tenir jusqu’au 30 aura moins de peine, plus tard, à tenir un budget.

Combien donner, et ce que la somme doit couvrir

Il n’existe aucun barème officiel. Les montants dépendent des revenus de la famille, de la ville où l’on vit, et surtout de ce que l’argent doit payer. Quarante euros par mois pour un lycéen qui finance seul ses sorties, son forfait de téléphone et ses cadeaux d’anniversaire, ce n’est pas grand-chose ; pour un enfant de dix ans qui n’a rien à sa charge, c’est beaucoup trop.

Le plus utile est donc de dire, clairement et une fois pour toutes, ce que couvre la somme. Les bonbons et les images à collectionner, sans doute ; le cinéma avec les amis, peut-être ; les vêtements de marque qu’on juge superflus, à vous de voir. Écrivez-le, au besoin sur une feuille punaisée dans la cuisine. Les disputes d’argent naissent presque toujours d’un malentendu sur ce point.

Deux règles ensuite, plus difficiles à tenir qu’à énoncer. La première : ni avance ni rallonge. Si tout est parti le mardi, on attend le samedi suivant, même devant une vitrine très tentante. La seconde : la même somme pour des enfants du même âge, et une explication simple quand l’aîné reçoit davantage. Il a plus de dépenses, et le cadet aura la même somme au même âge.

À huit ans, une erreur coûte un paquet de bonbons ; à vingt-cinq, elle coûte un découvert.

Ces chiffres sont des conseils, pas une moyenne nationale.

Mérité ou dû : l’argent de poche n’est pas un salaire

C’est le grand débat des familles, et je prends parti. Mettre la table, ranger sa chambre, sortir la poubelle ou nourrir le chat : on le fait parce qu’on habite la maison, comme on le fera plus tard chez soi (j’en ai parlé à propos de l’art de tenir une maison). Payer ces gestes, c’est laisser entendre qu’on pourrait s’en dispenser en renonçant à quelques euros. J’ai connu un garçon de douze ans qui avait fait ce calcul avec beaucoup de lucidité.

Les travaux exceptionnels, en revanche, peuvent être rémunérés en plus de l’argent de poche : laver la voiture, désherber l’allée, trier le grenier, aider au déménagement d’une tante. Là s’apprend la valeur du travail, avec un effort, une somme convenue d’avance et la fierté de l’avoir gagnée. Le prix se fixe avant, jamais après, et le travail bâclé se reprend avant d’être payé.

Je déconseille en revanche de payer les bonnes notes. L’école travaille pour l’enfant, pas pour ses parents, et un élève qui révise pour dix euros cessera de réviser le jour où dix euros ne l’intéresseront plus. Même prudence avec la punition : supprimer l’argent de poche pour une insolence mélange deux choses, et l’enfant finit par croire que l’argent sert à obéir.

À l’adolescence vient le premier argent vraiment gagné. Dès 14 ans, le Code du travail autorise des travaux légers pendant les vacances scolaires, à condition que l’adolescent garde au moins la moitié de ses vacances libres. Cueillette des pommes ou baby-sitting chez les voisins, cet argent-là a une autre saveur, et on le dépense rarement à la légère.

Dépenser, mettre de côté, donner

Une méthode ancienne et simple consiste à partager chaque versement en trois tirelires, ou trois enveloppes : une pour dépenser, une pour épargner, une pour donner. La proportion importe peu, du moment qu’elle est fixée d’avance.

L’épargne, à huit ans, n’a de sens qu’avec un but : un vélo, ou le livre qu’on a repéré chez le libraire. Collez une photo de l’objet sur la tirelire. Certains parents ajoutent cinquante centimes pour chaque euro mis de côté vers ce but ; l’enfant découvre ainsi, sans un mot de théorie, que l’argent patient rapporte. Les étrennes du jour de l’An et les billets glissés par les grands-parents dans les cartes d’anniversaire peuvent aller, pour une bonne part, sur un livret.

Un mineur de plus de 12 ans peut d’ailleurs ouvrir lui-même un livret A, sauf opposition de ses parents ; il ne peut en retirer l’argent seul qu’à partir de 16 ans, là encore sauf opposition. Le livret jeune, réservé aux 12-25 ans, est plafonné à 1 600 euros. Montrez-lui le relevé une fois par an : voir sa somme grossir vaut toutes les leçons.

Reste le don. La pièce qu’on met soi-même à la quête du dimanche, ou l’association qu’on choisit à Noël : l’enfant apprend que l’argent sert aussi aux autres, et qu’il est plus agréable de donner le sien que celui de ses parents.

Les pièces avant la carte

L’argent des enfants est de plus en plus invisible. Pour les petits, gardez les pièces et les billets aussi longtemps que possible : une pièce qui quitte la main se voit, un paiement sans contact ne se voit pas. Pour les adolescents, la plupart des banques proposent un compte et une carte à autorisation systématique, qui vérifie le solde avant chaque paiement. C’est une bonne transition, à condition de regarder ensemble les dépenses du mois, sans tribunal. Surveillez enfin les achats intégrés aux jeux sur téléphone, qui vident un compte bien plus vite qu’une boulangerie.

Mon petit-fils a reçu sa première pièce de deux euros le lendemain de la Toussaint. Il a longuement hésité devant la vitrine de la boulangerie, puis acheté deux caramels, un pour lui et un pour sa sœur. Il lui restait quarante centimes. Il les a mis dans la boîte en fer des galettes bretonnes, que j’avais gardée.

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