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Société · Travail

Retraites : l’écart persistant, et ce qu’on peut faire dès vingt-cinq ans

Selon la DREES, la pension de droit direct des femmes reste inférieure de plus d’un tiers à celle des hommes. Temps partiel, enfants, salaires : la retraite des femmes se joue pendant quarante ans de carrière. Elle se prépare aussi dès les premières fiches de paie, et c’est une bonne nouvelle.

Dans une cuisine lumineuse, une femme aux cheveux blonds bouclés et aux lunettes travaille sur un ordinateur portable, près d’un bouquet de tulipes blanches.
Photo : Shixart1985, Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

Un contrat à 80 % signé à la naissance du deuxième enfant. Une année de congé parental. Un premier poste accepté sans discuter le salaire, parce qu’on était contente d’être prise. Au moment où on les vit, aucune de ces décisions ne parle de retraite. Elles en parlent toutes, pourtant, et l’addition arrive quarante ans plus tard, à l’âge où il n’est plus possible de la contester.

La retraite des femmes n’est pas une fatalité tombée du ciel. C’est la somme exacte d’une carrière, année par année, avec ses choix, ses contraintes et ses angles morts. Ce qui veut dire qu’on peut agir dessus, et beaucoup plus tôt qu’on ne le croit.

Retraite des femmes : un écart qui se réduit, sans se refermer

Le chiffre de référence vient de la DREES, le service statistique du ministère des Solidarités. Dans son panorama Les retraités et les retraites, publié en juillet 2025, elle établit qu’en 2023 la pension de droit direct moyenne des femmes résidant en France était inférieure de 38 % à celle des hommes. Ce montant comprend la majoration accordée aux parents de trois enfants ou plus. En 2004, l’écart atteignait 50 %.

Le progrès est réel : les femmes qui partent aujourd’hui ont bien plus souvent que leurs mères travaillé toute leur vie. Mais à ce rythme, la parité n’est pas pour demain.

Un second chiffre de la même source mérite qu’on s’y arrête. Si l’on ajoute les pensions de réversion, versées au conjoint survivant et donc surtout aux veuves, l’écart tombe à 25 %. Autrement dit, une part du niveau de vie des retraitées dépend encore de la carrière de leur mari. Cela fonctionne tant que le mariage dure et que le mari part le premier. Ce n’est pas un plan de retraite.

Temps partiel, enfants, salaires : la même addition

Le premier moteur de l’écart est le temps partiel. Selon l’INSEE et la Dares, en 2024, 26,7 % des salariées travaillaient à temps partiel, contre 7,9 % des salariés, et les femmes représentaient 77,5 % des salariés à temps partiel. Près de trois sur dix parmi elles citaient comme motif le fait de s’occuper de leurs enfants ou d’un proche.

Le piège est discret. Pour valider un trimestre de retraite, il suffit d’avoir cotisé sur 150 heures payées au Smic, soit 1 803 euros de salaire brut en 2026, dans la limite de quatre trimestres par an. Un temps partiel permet donc presque toujours de valider ses quatre trimestres, et l’on croit être tranquille. Mais la durée n’est que la moitié du calcul. Au régime général, la pension de base repose sur le salaire annuel moyen des meilleures années ; la retraite complémentaire Agirc-Arrco, elle, se construit en points, proportionnels à ce qu’on a cotisé. Chaque année à 80 % est une année de points à 80 %, et elle pèse jusqu’au bout.

Viennent ensuite les interruptions : congé parental, années passées à la maison, mutation du conjoint qu’on suit en démissionnant. Ce sont les mêmes trajectoires que celles qui se dessinent à l’arrivée du premier enfant, quand la charge mentale se répartit de travers et que l’un des deux lève le pied.

Le troisième moteur est le salaire lui-même. Une pension étant calculée sur des rémunérations, elle reproduit fidèlement l’écart de salaire entre les femmes et les hommes, métiers moins payés et promotions plus rares compris. La retraite ne crée pas l’inégalité : elle en fait le total.

Ce que le système compense déjà

La France n’ignore pas le problème, et plusieurs dispositifs corrigent une partie de l’écart. Au régime général, chaque enfant peut rapporter jusqu’à huit trimestres : quatre au titre de la maternité ou de l’adoption, quatre au titre de l’éducation. Selon l’Assurance retraite, deux des quatre trimestres d’éducation sont désormais attribués d’office à la mère ; les deux autres peuvent revenir à l’un ou l’autre parent. Le choix doit être fait dans les six mois qui suivent le quatrième anniversaire de l’enfant. Sans choix, ils vont à la mère.

Les parents d’au moins trois enfants bénéficient en outre d’une majoration de 10 % de leur pension. Et depuis le 1er septembre 2026, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a modifié le calcul pour les mères : le salaire annuel moyen ne porte plus sur les vingt-cinq meilleures années, mais sur vingt-quatre pour un enfant et vingt-trois à partir de deux. L’Assurance retraite précise que ce calcul sera appliqué courant 2027, avec une révision automatique pour celles qui partent d’ici là.

Une retraite se construit en trimestres et en salaires : les enfants rapportent les premiers, jamais les seconds.

Il faut mesurer ce que ces dispositifs font, et ce qu’ils ne font pas. Les trimestres pour enfants allongent la durée d’assurance et aident à atteindre le taux plein ; ils ne remplacent pas les salaires qui n’ont pas été versés.

Reste la réversion. Au régime général, elle représente 54 % de la retraite de base du défunt, à partir de 55 ans et sous condition de ressources. À l’Agirc-Arrco, elle atteint 60 % de la complémentaire, sans condition de ressources, mais elle prend fin en cas de remariage. Surtout, le Pacs et le concubinage n’y ouvrent aucun droit : seul le mariage protège ici.

À vingt-cinq ans, cinq gestes qui changent la suite

Connaître son relevé de carrière. Sur info-retraite.fr, un compte unique, accessible par FranceConnect, rassemble tous les régimes. Le relevé de situation individuelle n’est envoyé automatiquement qu’à partir de 35 ans, tous les cinq ans, mais il se consulte en ligne à tout âge. Vérifiez-le une fois par an : un job d’été absent, un employeur disparu, un stage oublié se prouvent facilement à 25 ans et très mal à 60. Gardez vos bulletins de paie, et déclarez vos enfants avec le service prévu à cet effet sur le même site.

Regarder les années d’études. Depuis la réforme de 2023, l’Assurance retraite permet de racheter à coût réduit des trimestres d’études supérieures jusqu’au 31 décembre de l’année de ses 40 ans, dans une limite stricte. Le calcul ne vaut pas pour tout le monde ; le simulateur de lassuranceretraite.fr dit ce qu’il coûterait dans votre cas.

Choisir son temps partiel en connaissance de cause. Il peut être le bon choix, pour un temps. Mais il se négocie. Un salarié à temps partiel peut, avec l’accord écrit de son employeur, cotiser pour sa retraite sur la base d’un temps plein : les cotisations sur la part non travaillée sont alors à sa charge, sauf si l’employeur accepte de les prendre en partie ou en totalité. La question se pose au moment de signer l’avenant, pas dix ans après.

Épargner tôt, même peu. Le plan d’épargne retraite (PER) permet de déduire ses versements du revenu imposable, dans certaines limites ; en contrepartie, l’argent reste bloqué jusqu’à la retraite, sauf exceptions, dont l’achat de la résidence principale. L’assurance-vie, plus souple, reste disponible à tout moment. Dans les deux cas, le temps travaille pour celle qui commence tôt : quelques dizaines d’euros par mois dès 25 ans pèsent davantage qu’un effort tardif. Avant de choisir un produit, comparez les frais, et faites-vous conseiller par un professionnel qui n’a rien à vous vendre.

Protéger les siens. Vivre ensemble sans être mariés a des conséquences que peu de couples connaissent. Le partenaire de Pacs n’hérite pas sans testament, et ni lui ni le concubin n’ont droit à la réversion. Un testament chez le notaire et une clause bénéficiaire d’assurance-vie bien rédigée protègent le conjoint comme les enfants. Et quand l’un des deux réduit son activité pour la famille, le couple a tout intérêt à en parler franchement : c’est une décision commune, sa facture devrait l’être aussi, par exemple en alimentant l’épargne de celle qui travaille moins.

La retraite se prépare au présent

Rien de tout cela ne demande de sacrifier sa vie de famille. Il s’agit de savoir ce que chaque choix coûte, de le décider à deux quand il engage le couple, et de mettre un peu de côté pendant qu’on a le temps pour soi.

Les femmes qui partent aujourd’hui avec une petite pension n’avaient souvent ni relevé en ligne, ni PER, ni simulateur. Leurs petites-filles ont tout cela à portée de main, et quarante ans devant elles. Un relevé de carrière se consulte en dix minutes. C’est le meilleur endroit où commencer.

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