vendredi 30 octobre 2026 Lune gibbeuse décroissante en Cancer · L’horoscope du jour
Éditorial · Édito

Lettre à celles qui ont 17 ans et à celles qui en ont 117

Un journal pour les femmes de dix-sept à cent dix-sept ans, cela peut sembler une coquetterie. C’est une conviction : on peut écrire pour toutes les femmes sans en traiter aucune en enfant ni en relique. Voici pourquoi nous l’avons fondé, et ce que nous ne ferons jamais.

Gros plan sur la main d’une femme, ongles vernis de bleu nuit et grosse bague scintillante, qui écrit au stylo dans un carnet ouvert posé sur son genou.
Un carnet ouvert, et toutes les pages à écrire. Photo : Kristin Hardwick, Wikimedia Commons (CC0)

Autrefois, avant un bal, on remettait aux jeunes filles un petit carnet où les cavaliers venaient inscrire leur nom, une valse après l’autre. Le carnet appartenait à la danseuse, mais c’étaient les hommes qui l’écrivaient. Julien Duvivier en a tiré un film en 1937, Un carnet de bal : une veuve retrouve celui de son premier bal et part à la recherche des hommes dont il garde les noms. Elle découvre que le temps les a tous changés, et elle avec.

Nous avons repris l’objet en changeant la main qui tient le crayon. Ce carnet-ci, nous l’écrirons nous-mêmes, et les noms qu’on y lira seront surtout ceux de femmes.

Pourquoi ce journal

La presse féminine a longtemps découpé ses lectrices en tranches. Aux plus jeunes, on explique comment plaire ; aux autres, comment le cacher. Entre les deux s’étend une zone grise où l’on vous parle de vos enfants, de votre couple et de votre ventre, mais rarement de vous. Passé un certain âge, on disparaît des pages, sauf pour figurer dans la rubrique « anti-âge », ce mot qui fait de la vie elle-même un problème cosmétique.

Nous pensons qu’une femme de dix-sept ans et une femme de quatre-vingts ans peuvent lire le même journal, et même la même page, sans que l’une soit prise pour une enfant ni l’autre pour une relique. Elles ont plus en commun qu’on ne le croit : le goût d’un beau vêtement, la colère devant une injustice, l’envie d’un voyage, une curiosité que rien n’épuise. Elles ont aussi beaucoup à s’apprendre. C’est le sujet de notre premier grand format, ce que chaque âge sait que les autres ignorent.

Le chiffre de cent dix-sept ans n’est pas une plaisanterie. Quelques femmes l’ont atteint, et même dépassé. Nous aimons l’idée d’un journal dont la lectrice la plus âgée pourrait avoir cent ans de plus que la plus jeune, et que toutes deux y trouvent leur compte.

Une femme de dix-sept ans et une femme de quatre-vingts ans peuvent lire la même page.

Ce que nous refuserons d’être

Nous ne vous vendrons rien. Quand nous citerons une marque, ce sera parce qu’elle appartient à l’histoire du vêtement ou du parfum, jamais parce qu’elle nous l’a demandé.

Nous n’inventerons rien. Pas de citation prêtée à une célébrité qui ne l’a jamais dite, pas de témoignage fabriqué, pas de statistique sans source. Quand un chiffre paraîtra dans nos pages, nous vous dirons d’où il vient ; quand nous ne serons pas sûres, nous l’écrirons sans chiffre, ou nous ne l’écrirons pas. Cela nous privera de quelques titres spectaculaires. Nous nous en consolerons.

Nous ne vous ferons pas peur. Les pages santé expliqueront, sourceront, et vous renverront vers votre médecin, votre sage-femme ou votre pharmacien chaque fois que ce sera nécessaire, avec les numéros utiles. Aucun régime avant l’été, aucune injonction à rester jeune, aucun reproche de ne plus l’être.

Nous ne vous ferons pas la morale non plus. Vous êtes libres de vous maquiller ou non, de teindre vos cheveux blancs ou de les laisser pousser, de vous marier, de divorcer, de partir seule à Lisbonne ou de rester chez vous avec un bon livre. Nous vous donnerons de quoi choisir, et nous vous laisserons choisir.

Nous publions un horoscope, calculé sur le ciel réel. Nous ne vous demandons pas d’y croire ; nous vous demandons seulement de ne pas nous en vouloir s’il vous fait sourire.

Enfin, nous tâcherons de ne jamais être ennuyeuses. Un journal sérieux n’a pas à être austère. Il peut être drôle, et frivole quand il le faut, pourvu qu’il dise vrai.

Ce premier numéro paraît à l’avant-veille de la Toussaint, dans cette fin d’octobre où le changement d’heure nous a volé une heure de lumière en fin d’après-midi. Il parle de trench et de rouge à lèvres, de ménopause et de désir, de Joséphine Baker et d’Agnès Varda, d’abbayes et de marchés de Noël. C’est un sommaire désordonné, à l’image d’une vie de femme. Nous espérons que vous y trouverez une page qui n’avait pas été écrite pour votre âge, et que vous la lirez quand même.

Le carnet est ouvert. À vous d’y inscrire votre nom.

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Rédactrice en chef

Inès d’Albret

Vingt-cinq ans de presse magazine, dont douze à diriger des rédactions. Elle a fondé Carnet de Bal sur une idée simple : une femme de dix-sept ans et une femme de quatre-vingts ans peuvent lire le même journal sans que l’une soit prise pour une enfant ni l’autre pour une relique.

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