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Éditorial · Édito

À propos du 8 mars, et des trois cent soixante-quatre autres jours

Demain, on nous offrira des fleurs, des réductions sur les crèmes et quelques discours. Nous ne refusons rien, surtout pas les fleurs. Mais le 8 mars s’appelle la journée internationale des droits des femmes, et ce dernier mot n’est pas là pour la décoration.

Branches de mimosa couvertes de petites boules jaune vif, au milieu d’un feuillage gris-vert, sous un ciel bleu traversé de branches sombres.
Le mimosa, fleur du 8 mars en Italie depuis 1946. Photo : Krzysztof Ziarnek, Kenraiz, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Demain, on nous souhaitera une bonne fête. Des fleuristes feront de bonnes affaires, des marques de cosmétiques nous accorderont des remises, et quelques messages bien intentionnés célébreront « la femme », au singulier, comme on célèbre une espèce menacée ou un fromage d’appellation. Nous ne refusons rien, et surtout pas les fleurs. Mais il faut bien rappeler, une fois l’an, comment s’appelle cette journée.

En France, son nom officiel est Journée internationale des droits des femmes. Des droits, et des femmes au pluriel. Les deux mots comptent. Le premier rappelle qu’il s’agit d’une affaire de lois et non de galanterie ; le second, qu’il n’existe pas de femme modèle à fêter, mais des millions de vies différentes.

Une histoire plus ouvrière que florale

L’idée naît en 1910, à Copenhague, lors d’une conférence internationale des femmes socialistes. L’Allemande Clara Zetkin y propose une journée annuelle de mobilisation pour les droits des femmes, et d’abord pour le droit de vote. La date n’est pas encore fixée. Elle le sera par l’histoire : le 8 mars 1917, le 23 février selon le calendrier alors en usage en Russie, des ouvrières de Petrograd descendent dans la rue pour réclamer du pain et la fin de la guerre. Leur grève ouvre la révolution de Février.

On raconte aussi qu’un 8 mars 1857, des couturières new-yorkaises auraient manifesté et que la date viendrait de là. C’est une jolie histoire, mais les historiennes qui l’ont cherchée n’en ont trouvé aucune trace. Il faut se méfier des légendes, même de celles qui nous flattent.

Les Nations unies célèbrent la journée à partir de 1975, et invitent les États à l’adopter en 1977. La France la reconnaît officiellement en 1982, à l’initiative d’Yvette Roudy, alors ministre des Droits de la femme. On lui doit aussi, la même année, le remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale, et en 1983 la loi sur l’égalité professionnelle. Une ministre qui fait voter des lois plutôt que des vœux : c’était, déjà, le meilleur usage possible d’un 8 mars.

Le mimosa, et ce qu’il dit

En Italie, depuis 1946, on offre ce jour-là du mimosa. Des militantes de l’Union des femmes italiennes l’avaient choisi parce qu’il fleurit au début de mars et qu’il ne coûte presque rien : une fleur que toutes pouvaient s’offrir. Nous aimons cette origine. Elle rappelle que le symbole avait été choisi par les femmes elles-mêmes, et pour son prix modique, pas pour plaire à qui que ce soit.

Une journée ne doit pas masquer les trois cent soixante-quatre autres.

Ailleurs, ce n’est pas une fête

Chacune vivra ce 8 mars à sa façon. Pour beaucoup d’entre nous, ce sera une journée ordinaire, avec peut-être un bouquet sur le bureau. Pour d’autres, il n’a rien d’une fête. En Iran, depuis la mort de Mahsa Amini en septembre, après son arrestation par la police des mœurs pour un voile jugé mal porté, des femmes et des hommes descendent dans la rue en scandant « Femme, vie, liberté ». En Afghanistan, les filles ont été chassées des collèges, des lycées puis des universités. Le 8 mars a été inventé pour elles aussi, et peut-être d’abord pour elles.

Ce que nous ferons des autres jours

Une journée par an ne suffit pas, et personne ne le prétend. Ici, nous avons choisi de parler des droits des femmes toute l’année, sans attendre la date du calendrier. Nous avons commencé, en décembre, par celle qui avait tout écrit avant tout le monde, Olympe de Gouges, et par ce que la loi faisait des femmes au XIXe siècle. Nous continuerons, avec la même exigence : des faits, des dates, des sources, et le moins de slogans possible.

Cela ne nous empêchera pas de lever un verre. Demain, à la rédaction, il y aura des bulles au déjeuner, et nous trinquerons à votre santé, chères lectrices, et à celle de toutes les femmes qui, ailleurs, n’ont pas encore le loisir de trinquer. On peut défendre ses droits et aimer le champagne ; l’un n’a jamais empêché l’autre.

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Rédactrice en chef

Inès d’Albret

Vingt-cinq ans de presse magazine, dont douze à diriger des rédactions. Elle a fondé Carnet de Bal sur une idée simple : une femme de dix-sept ans et une femme de quatre-vingts ans peuvent lire le même journal sans que l’une soit prise pour une enfant ni l’autre pour une relique.

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