vendredi 30 octobre 2026 Lune gibbeuse décroissante en Cancer · L’horoscope du jour
Culture · Cinéma

Cinq films de femmes libres qu’il faut avoir vus au moins une fois

Deux amies en cavale, une mère célibataire contre un géant de l’énergie, une guerrière au bras mécanique, cinq sœurs enfermées, une lycéenne qui se rebaptise. Cinq films qu’il faut voir, pour des héroïnes qui refusent la place qu’on leur assigne.

Une salle de cinéma vide, aux rangées de fauteuils rouges baignées d’une lumière tamisée.
Cinq séances pour des héroïnes qui ne demandent la permission à personne. Photo : Eden, Janine and Jim from New York City, Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

Il existe des centaines de films qui racontent des femmes. Ceux-là ont un point commun : leurs héroïnes refusent, à un moment précis, la place qu’on leur a assignée. Elles ne sont pas toujours aimables, elles se trompent, elles fuient. Mais quelque chose bascule sous nos yeux, et l’on sort de la salle un peu plus droite qu’en y entrant.

Cinq films, donc, de genres et d’époques très différents. Un road movie, un film de procès, un film d’action, un drame turc tourné par une Française, une comédie adolescente. Choisissez celui qui vous ressemble, puis voyez les autres.

1. Thelma & Louise, Ridley Scott (1991)

Thelma, femme au foyer étouffée par un mari tyrannique, et Louise, serveuse lucide et fatiguée, partent pour un week-end entre amies dans une Ford Thunderbird décapotable. Le premier soir, sur le parking d’un bar, un homme tente de violer Thelma. Louise l’arrête, arme au poing. Puis, alors que le danger est passé, il les insulte, et elle tire. Ce coup de feu n’est pas de la légitime défense, et tout le film tient dans cette nuance : les deux femmes savent qu’aucun tribunal ne les croira. Alors elles fuient vers le Mexique.

Le scénario est signé Callie Khouri, qui a reçu l’Oscar pour ce premier script. Geena Davis et Susan Sarandon ont été nommées toutes les deux pour l’Oscar de la meilleure actrice. On y aperçoit un jeune Brad Pitt en auto-stoppeur charmeur et voleur. Le film a fait scandale à sa sortie, accusé de faire l’apologie de la violence. Revu aujourd’hui, il raconte surtout deux femmes qui, pour la première fois, décident seules de la route.

2. Erin Brockovich, seule contre tous, Steven Soderbergh (2000)

Erin Brockovich a existé. Mère célibataire de trois enfants, sans diplôme de droit, elle se fait embaucher au culot dans le cabinet d’un avocat, Ed Masry, et découvre que la compagnie d’énergie Pacific Gas and Electric a contaminé l’eau de la petite ville de Hinkley, en Californie, avec du chrome hexavalent. Elle frappe aux portes, une à une, recueille les dossiers médicaux des habitants, convainc des familles méfiantes. L’affaire s’est conclue en 1996 par un accord de 333 millions de dollars.

Julia Roberts a reçu l’Oscar de la meilleure actrice pour ce rôle. Elle y est drôle, insolente, en décolletés et minijupes, et le film ne la juge jamais pour cela. C’est l’un de ses grands plaisirs : on peut être prise au sérieux sans se déguiser en personne sérieuse. La vraie Erin Brockovich fait une brève apparition, en serveuse, dans une scène de restaurant.

3. Mad Max: Fury Road, George Miller (2015)

Un film d’action dans un désert post-apocalyptique, avec des camions hérissés de pointes et des guitares qui crachent du feu. Et au centre, une femme : Imperator Furiosa, jouée par Charlize Theron, crâne rasé, un bras mécanique, qui détourne un camion-citerne pour libérer les cinq épouses d’Immortan Joe, un tyran qui les traite en reproductrices. Max, le héros du titre, devient presque un passager.

Pour préparer les actrices qui jouent les épouses, la production a fait appel à la dramaturge Eve Ensler, l’autrice des Monologues du vagin, qui a travaillé avec elles sur l’expérience des femmes victimes de violences. Et il y a les Vuvalini, un clan de femmes âgées, motardes et tireuses d’élite, qui sont parmi les personnages les plus réjouissants du film. Pour un magazine qui s’adresse aux femmes de 17 à 117 ans, difficile de rêver mieux. Le film a remporté six Oscars techniques.

On peut être prise au sérieux sans se déguiser en personne sérieuse.

4. Mustang, Deniz Gamze Ergüven (2015)

Dans un village du nord de la Turquie, cinq sœurs orphelines jouent dans la mer avec des garçons à la sortie de l’école. Rien de plus innocent. Mais la rumeur s’en mêle, et leur grand-mère et leur oncle transforment peu à peu la maison en prison : grilles aux fenêtres, robes informes, cours de cuisine, puis mariages arrangés, l’une après l’autre. La plus jeune, Lale, observe tout et prépare sa fuite.

Le film, tourné en turc par une réalisatrice franco-turque, a été présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, puis choisi pour représenter la France aux Oscars. Il a reçu le César du meilleur premier film. Ergüven filme les cinq sœurs comme un seul corps, emmêlé, chevelu, rieur, et c’est ce qui rend chaque départ si douloureux. Un film solaire et étouffant à la fois, qui parle à toutes les générations.

5. Lady Bird, Greta Gerwig (2017)

Christine McPherson, dix-sept ans, s’est rebaptisée elle-même Lady Bird. Elle vit à Sacramento, en Californie, au début des années 2000, va dans un lycée catholique, rêve de partir étudier à New York et se dispute avec sa mère à peu près tout le temps. Le film s’ouvre d’ailleurs sur l’une de ces disputes, en voiture, qui se termine de la façon la plus spectaculaire possible.

Saoirse Ronan joue Lady Bird et Laurie Metcalf, sa mère, infirmière épuisée qui aime sa fille sans savoir le lui dire. Leur relation est le vrai sujet du film, et l’une des plus justes que le cinéma ait montrées entre une mère et une adolescente. Greta Gerwig, dont c’était le premier film en solo comme réalisatrice, a été nommée pour l’Oscar de la meilleure réalisation. Seules quatre femmes l’avaient été avant elle.

Pourquoi ces cinq-là

Trois de ces films ont été réalisés par des hommes, deux par des femmes, et ce n’est pas un hasard. Il fallait montrer que les grandes héroïnes ne naissent pas seulement derrière la caméra d’une réalisatrice. Mais il faut aussi dire que les réalisatrices restent minoritaires, et que des films comme Mustang ou Lady Bird ont dû se battre pour exister. Si cette liste vous donne envie d’aller plus loin, nous avons réuni quinze films de femmes à voir ou revoir, et nous racontons le parcours d’Agnès Varda, la glaneuse qui filmait les femmes.

La lettre du matin

Chaque matin, le meilleur du jour.

Tous les jours à 7 heures : les articles du jour choisis par la rédaction, votre horoscope par Salomé de Visconti, et une idée pour la journée.

En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir chaque matin la lettre de Carnet de Bal. Un courriel de confirmation vous est d’abord envoyé : rien ne part sans votre clic. Désinscription en un clic dans chaque lettre. Voir notre politique de confidentialité.