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Éditorial · Édito

L’éternel féminin, ou ce qui ne passe pas de mode

Le mot fait sourire, parfois grincer. Nous l’avons choisi exprès. Il désigne ce qui, chez les femmes, traverse les époques sans prendre une ride : une manière de tenir, de recevoir, de transmettre, d’aimer. Voici pourquoi nous avons fondé ce journal, et ce que nous ne ferons jamais.

Gros plan sur la main d’une femme, ongles vernis de bleu nuit et grosse bague scintillante, qui écrit au stylo dans un carnet ouvert posé sur son genou.
Un carnet ouvert, et toutes les pages à écrire. Photo : Kristin Hardwick, Wikimedia Commons (CC0)

Autrefois, avant un bal, on remettait aux jeunes filles un petit carnet où les cavaliers venaient inscrire leur nom, une valse après l’autre. Julien Duvivier en a tiré un film en 1937, Un carnet de bal : une veuve retrouve celui de son premier bal et part à la recherche des hommes dont il garde les noms. Elle découvre que le temps les a tous changés, et elle avec. Une chose, pourtant, n’a pas bougé : la jeune fille qu’elle était, et qu’elle reconnaît en elle, intacte, vingt ans plus tard.

C’est cette part qui ne bouge pas que nous voulions raconter.

Un mot que l’on n’ose plus dire

L’expression vient de la dernière ligne du Second Faust de Goethe, publié en 1832 : Das Ewig-Weibliche zieht uns hinan, l’éternel féminin nous tire vers le haut. Le vieux poète ne parlait ni de mode ni de cuisine. Il parlait d’une force qui élève, d’une grâce qui oblige, d’une manière d’être au monde qui rend les autres meilleurs.

Le mot a mauvaise presse. On le soupçonne de cacher une cage, comme si reconnaître une nature féminine revenait à assigner les femmes à résidence. Nous pensons l’inverse. On peut être chirurgienne, ingénieure ou cheffe d’entreprise et aimer une robe bien coupée, une table bien mise, une lettre écrite à la main. On peut mener sa vie avec énergie sans renoncer à la douceur. La féminité n’est pas un uniforme qu’on nous impose ; c’est un héritage, et chacune en fait ce qu’elle veut.

La féminité n’est pas un uniforme qu’on nous impose ; c’est un héritage.

Pourquoi ce journal

La presse féminine a longtemps hésité entre deux erreurs. La première consiste à expliquer aux femmes comment plaire, saison après saison, au rythme des tendances. La seconde, plus récente, consiste à leur expliquer qu’elles ne devraient plus vouloir plaire du tout, et que tout ce que leurs mères leur ont transmis était suspect. Entre les deux, on parle beaucoup des femmes et rarement à elles.

Nous voulons écrire pour celles qui ont vingt ou trente ans et qui cherchent autre chose que le dernier mot d’ordre : une manière de vivre qui ait de la tenue. Pour celles qui aiment apprendre de leur grand-mère autant que de leur époque. Nous croyons que les générations ont beaucoup à se dire, et c’est le sujet de notre premier grand format, ce que chaque âge sait que les autres ignorent.

Nous parlerons donc d’élégance et de savoir-vivre, de famille et d’amour, de foi et de voyages, de santé et de beauté, de livres qui durent plus d’une saison. Nous parlerons aussi de travail, d’argent et d’ambition, parce que l’éternel féminin n’a jamais été synonyme de passivité. Les reines, les saintes, les paysannes de 1914 et les mères de famille nombreuse en savent quelque chose.

Ce que nous refuserons d’être

Nous ne vous vendrons rien. Quand nous citerons une maison, ce sera parce qu’elle appartient à l’histoire du vêtement ou du parfum, jamais parce qu’elle nous l’a demandé.

Nous n’inventerons rien. Pas de citation prêtée à une célébrité qui ne l’a jamais dite, pas de témoignage fabriqué, pas de statistique sans source. Quand un chiffre paraîtra dans nos pages, nous vous dirons d’où il vient ; quand nous ne serons pas sûres, nous l’écrirons sans chiffre, ou nous ne l’écrirons pas. Cela nous privera de quelques titres spectaculaires. Nous nous en consolerons.

Nous ne vous ferons pas peur. Les pages santé expliqueront, sourceront, et vous renverront vers votre médecin, votre sage-femme ou votre pharmacien chaque fois que ce sera nécessaire, avec les numéros utiles. Aucun régime avant l’été, aucune injonction à rester jeune, aucun reproche de ne plus l’être.

Nous ne vous ferons pas la morale. Vous êtes libres de vous maquiller ou non, de vous marier jeune ou tard, d’avoir quatre enfants ou aucun, de partir seule à Lisbonne ou de rester chez vous avec un bon livre. Nous vous donnerons de quoi choisir, et nous vous laisserons choisir.

Nous ne serons pas un journal de combat. Nous avons des goûts, et nous ne les cacherons pas ; mais nous préférons l’observation précise à la thèse, et la conversation à l’invective.

Nous publions un horoscope, calculé sur le ciel réel. Nous ne vous demandons pas d’y croire ; nous vous demandons seulement de ne pas nous en vouloir s’il vous fait sourire.

Enfin, nous tâcherons de ne jamais être ennuyeuses. Un journal sérieux n’a pas à être austère. Il peut être drôle, et frivole quand il le faut, pourvu qu’il dise vrai.

Le carnet est ouvert

Les modes passent, et nous en parlerons, parce qu’elles amusent. Mais ce qui nous intéresse vraiment, c’est ce qui demeure : le geste de la mère qui plie le linge, la lettre qu’on garde dans un tiroir, la robe qu’on transmet à sa fille, la manière de se tenir droite quand tout vacille. C’est cela, pour nous, l’éternel féminin.

Le carnet est ouvert. À vous d’y inscrire votre nom.

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Rédactrice en chef

Inès d’Albret

Vingt-cinq ans de presse magazine, dont douze à diriger des rédactions. Elle a fondé Carnet de Bal sur une conviction : il existe un éternel féminin, une manière de tenir, de recevoir, de transmettre et d’aimer qui ne passe pas de mode, et un journal peut le servir avec esprit plutôt que de s’en excuser.

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