Narcissisme dans le couple : quatre signes qui doivent vous alerter
Le mot narcissique est partout, souvent à tort. Il existe pourtant des comportements qui, répétés, abîment celle qui les subit. Quatre signes qui trahissent les narcissiques dans le couple, ce que la psychologie en dit vraiment, et ce que vous pouvez faire.

Dans les Métamorphoses d’Ovide, le jeune Narcisse est si beau que tout le monde l’aime, et il n’aime personne. La nymphe Écho, qui ne peut que répéter les derniers mots des autres, se consume pour lui jusqu’à n’être plus qu’une voix. Lui finit penché sur une source, épris de son propre reflet, incapable de s’en détacher. Le mythe a deux mille ans. Il décrit déjà l’essentiel : le problème du narcissique, ce sont aussi ceux qui l’aiment.
Le mot, lui, a fait du chemin. Freud lui a consacré en 1914 un essai fondateur, Pour introduire le narcissisme, et il est aujourd’hui partout, au point de servir à qualifier n’importe quel ex désagréable. Avant de chercher des signes, il faut donc savoir de quoi l’on parle.
Narcissisme, trait de caractère ou trouble : ce que dit la psychologie
Les psychologues distinguent deux choses. D’un côté, le narcissisme comme trait de personnalité, que nous possédons tous à des degrés divers : le besoin d’être admiré, le plaisir d’être au centre, une certaine idée de sa valeur. Un peu de narcissisme est sain, il aide à se défendre et à oser.
De l’autre, le trouble de la personnalité narcissique, décrit dans le DSM, le manuel de référence des psychiatres. Il suppose un fonctionnement durable et rigide, présent dans de nombreux domaines de la vie : sentiment grandiose de sa propre importance, besoin excessif d’admiration, impression que tout lui est dû, tendance à exploiter les autres, manque d’empathie, arrogance. Ce diagnostic ne se pose qu’après un examen par un professionnel, jamais à partir d’un article, et jamais sur quelqu’un qu’on n’a pas rencontré.
Les chercheurs décrivent aussi deux visages. Le narcissisme dit grandiose, le plus connu, est celui de l’homme sûr de lui, charmeur, dominateur. Le narcissisme dit vulnérable est plus discret : hypersensible à la critique, envieux, rongé de honte, il blesse par la rancune et la susceptibilité plutôt que par l’éclat.
Ce qui suit ne permet donc pas de poser une étiquette sur votre partenaire. Ces quatre signes décrivent des comportements, et c’est sur eux que vous pouvez agir.
Premier signe : l’idylle en accéléré
Au début, tout va très vite. Les messages du matin au soir, les compliments qui semblent écrits pour vous, les projets de voyage au troisième rendez-vous, le « je n’ai jamais ressenti ça ». On appelle aujourd’hui ce déferlement love bombing. Le terme n’est pas un concept clinique, mais il désigne un schéma que les spécialistes de l’emprise connaissent bien.
L’intensité n’est pas un mauvais signe en soi : les débuts amoureux sont rarement mesurés, et le cerveau amoureux est fait pour s’emballer. Ce qui doit alerter, c’est la pression. L’autre ne supporte pas que vous ralentissiez, prend mal un dîner prévu avec vos amies, veut un engagement avant de vous connaître. Une personne éprise vous laisse le temps de l’être aussi.
Deuxième signe : vous doutez de ce que vous avez vu
Il a dit quelque chose de blessant devant vos amis. Le lendemain, il ne l’a jamais dit, ou c’était une plaisanterie, ou vous êtes décidément trop sensible. Une fois, c’est un malentendu. Quand cela se répète, et que vous commencez à noter les conversations pour être sûre de ne pas devenir folle, c’est un signal.
Le phénomène porte le nom d’un film de George Cukor, Gaslight (1944), où Ingrid Bergman incarne une épouse que son mari pousse méthodiquement à douter de sa raison. Le gaslighting n’est pas propre aux narcissiques, mais il accompagne souvent ce besoin de toujours avoir raison et de ne jamais être pris en défaut.
Une fois, c’est un malentendu. Quand vous commencez à noter les conversations pour être sûre de ne pas devenir folle, c’est un signal.
Troisième signe : vos limites ne tiennent pas
Vous avez dit que vous ne vouliez pas qu’il lise vos messages. Que vous aviez besoin d’une soirée seule. Que telle pratique sexuelle ne vous plaisait pas. Il recommence, insiste, contourne, ou vous fait payer votre refus par une bouderie de trois jours.
Toute relation connaît des frottements, et l’on n’a pas toujours les mêmes besoins. La différence tient à ce qui se passe quand vous posez une limite. Une personne attentive peut être déçue, discuter, négocier ; elle finit par respecter. Une personne centrée sur elle-même vit votre limite comme un affront, et cherche à la faire tomber. Si dire non vous coûte de plus en plus cher, notre article sur l’art de dire non sans se justifier peut vous aider à tenir.
Quatrième signe : la colère se retourne contre vous
Vous faites une remarque, calmement. Il explose, ou se fige dans un silence glacial. Puis la conversation glisse : c’est vous qui l’agressez, vous qui ne l’aimez pas assez, vous qui ne pensez qu’à vous. Une heure plus tard, vous êtes en train de vous excuser sans bien savoir de quoi.
La psychologue américaine Jennifer Freyd a donné un nom à cette séquence en 1997 : DARVO, pour deny, attack, reverse victim and offender. Nier, attaquer, inverser les rôles de la victime et du fautif. Le schéma n’est pas réservé aux personnes narcissiques, mais il est typique de ceux qui ne supportent aucune critique, parce qu’une critique menace une image de soi plus fragile qu’elle n’en a l’air.
Ce que vous pouvez faire
Chercher à faire changer un partenaire narcissique est une entreprise épuisante et rarement couronnée de succès. Le changement est possible, mais il passe par une thérapie que la personne doit vouloir elle-même. Ce n’est pas votre rôle d’être sa thérapeute.
Votre rôle, c’est de vous protéger. Renouer avec les amies dont vous vous êtes éloignée. Consulter un psychologue pour vous, pas pour le couple : en France, une partie des séances chez un psychologue peut être remboursée par l’Assurance maladie, sur certaines conditions. Et si l’on vous menace, vous humilie, vous contrôle ou vous frappe, il ne s’agit plus de narcissisme mais de violences. Notre article sur les signes qui doivent alerter détaille la marche à suivre, et la question des étiquettes est traitée plus longuement dans notre article sur le pervers narcissique.
Le 3919, Violences Femmes Info, répond gratuitement et anonymement jour et nuit, à vous comme à vos proches. En cas de danger immédiat, composez le 17, ou envoyez un SMS au 114 si vous ne pouvez pas parler. Et si vous en êtes à penser que vous n’en sortirez jamais, le 3114 répond à toute heure.
Écho, dans le mythe, n’avait plus que les mots des autres. Retrouver les vôtres, c’est déjà commencer à partir.






