Pervers narcissique : quinze signes d’emprise, et ce que le mot ne dit pas
L’expression est française, née chez un psychanalyste dans les années 1980, et elle ne figure dans aucun manuel de psychiatrie. Ce qu’elle désigne existe pourtant : l’emprise. Quinze points pour identifier un pervers narcissique, ou plutôt ce qu’il fait, et les numéros à connaître.

Il était charmant. Tout le monde le disait, vos parents, vos amies, vos collègues, et c’est peut-être pour cela que vous avez mis si longtemps à comprendre. Le mot « pervers narcissique » vous est tombé dessus un soir, en lisant un forum, et il a eu l’effet d’une lumière qu’on allume. Enfin un nom.
Ce nom mérite pourtant qu’on s’y arrête, parce qu’il aide autant qu’il égare.
D’où vient l’expression « pervers narcissique »
L’expression est une invention française. On la doit au psychiatre et psychanalyste Paul-Claude Racamier, qui a décrit dans les années 1980 la « perversion narcissique » : une façon de se protéger de ses propres conflits intérieurs en les faisant porter par un autre, qu’on manipule et qu’on disqualifie. Le grand public l’a découverte en 1998, avec le livre de la psychiatre Marie-France Hirigoyen, Le Harcèlement moral. La violence perverse au quotidien, qui décrivait ces mécanismes au travail et dans le couple.
Le terme ne figure ni dans le DSM américain ni dans la classification internationale des maladies de l’OMS. Ce n’est donc pas un diagnostic. Les psychiatres parlent de troubles de la personnalité narcissique, antisociale ou borderline, qui se posent après un examen. Et beaucoup de spécialistes des violences conjugales préfèrent aujourd’hui un autre vocabulaire, centré sur ce qui se passe plutôt que sur ce que serait l’auteur : emprise, contrôle coercitif.
Pourquoi l’étiquette ne suffit pas
Le sociologue américain Evan Stark a théorisé en 2007 le contrôle coercitif : un ensemble de comportements, isolement, surveillance, humiliations, menaces, contrôle de l’argent, qui privent peu à peu une personne de sa liberté. La notion est entrée dans la loi en Angleterre et au pays de Galles en 2015. Elle a un avantage sur l’étiquette de pervers narcissique : elle ne demande pas de deviner ce qui se passe dans la tête de l’autre. Elle regarde ce qu’il fait.
L’étiquette a aussi un défaut. À force d’être employée, elle sert à qualifier un ex simplement égoïste, une belle-mère pénible, un patron mal élevé. Et elle laisse croire qu’il existe un monstre d’un genre à part, reconnaissable de loin, alors que l’emprise s’installe souvent chez des gens ordinaires, sous des dehors très aimables.
L’emprise ne se reconnaît pas à un seul geste. Elle se reconnaît à une pente : celle où vous vous sentez de plus en plus petite.
Les quinze points qui suivent ne servent donc pas à diagnostiquer votre partenaire. Ils décrivent des comportements d’emprise, que l’on retrouve dans les témoignages recueillis par les associations et dans la littérature spécialisée. Un seul ne veut rien dire. Plusieurs, qui durent et s’aggravent, doivent vous alerter.
Les débuts : la séduction qui ferre
- Un charme irrésistible et pressé. Il vous idéalise, vous couvre d’attentions, veut s’installer, se fiancer, partir ensemble très vite.
- Une histoire où il est toujours la victime. Ses ex étaient folles, ses patrons injustes, sa famille ingrate. Vous serez la seule à le comprendre.
- Un double visage. Brillant en public, il devient froid, méprisant ou irritable à la maison, et personne autour de vous ne vous croirait.
- Des secrets et des mensonges. Petits d’abord, puis plus graves, et toujours niés quand vous les découvrez.
- L’art de vous rendre redevable. Il rend service, offre, avance de l’argent, et vous le rappelle.
L’installation : le doute et la culpabilité
- Les critiques déguisées. Votre tenue, votre rire, votre façon de conduire : tout se commente, souvent sur le ton de la plaisanterie.
- La réalité réécrite. Il nie avoir dit ce qu’il a dit, et vous finissez par douter de votre mémoire.
- Le silence comme punition. Bouderies de plusieurs jours, refus de parler, sans que vous sachiez pourquoi.
- La culpabilité retournée. Chaque reproche que vous formulez se termine par vos excuses.
- Le chaud et le froid. Des périodes de tendresse intense alternent avec la distance ou la cruauté, si bien que vous attendez le retour des bons jours.
L’enfermement : l’isolement et la peur
- Vos proches s’éloignent. Il critique vos amies, se montre désagréable avec votre famille, et vous finissez par les voir moins.
- La surveillance. Il veut savoir où vous êtes, lit votre téléphone, contrôle vos dépenses ou votre compte.
- Vos projets ne comptent plus. Votre travail, vos études, vos loisirs deviennent des sujets de conflit.
- La sexualité sous pression. Insistance, chantage, reproches : le consentement ne compte plus vraiment.
- La peur. Vous surveillez son humeur, pesez vos mots, avez peur de sa réaction. C’est le signe le plus important de tous.
Ce que vous pouvez faire
Si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces points, ce n’est pas votre faute, et ce n’est pas un manque d’intelligence. L’emprise fonctionne justement parce qu’elle s’installe par petites touches, sur une personne qui aime et qui veut que cela marche.
Commencez par en parler à quelqu’un. Une amie, une sœur, une médecin, une psychologue. Le Violentomètre, une réglette créée en 2018 par l’Observatoire des violences envers les femmes de Seine-Saint-Denis, aide à situer une relation, de la plus saine à la plus dangereuse, en une vingtaine de comportements gradués. Vous le trouverez facilement en ligne.
Ne comptez pas sur une thérapie de couple pour régler le problème : les spécialistes des violences la déconseillent en général tant que l’emprise dure, car la parole n’y est pas libre. Et méfiez-vous du projet de le « démasquer » ou de le faire changer : il vous épuiserait.
Pour aller plus loin sur les mécanismes, lisez notre article sur les quatre signes qui trahissent les narcissiques et, côté démarches, notre enquête sur les violences conjugales. Le mot que vous mettrez sur lui importe peu. Ce qui compte, c’est le nom que vous redonnerez à ce que vous vivez, et la sortie que vous vous accorderez.






