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L’origine de la Saint-Valentin : un martyr, un poète et beaucoup de légendes

On raconte qu’un prêtre romain mariait les amoureux en cachette, au mépris de l’empereur. C’est une jolie histoire, et probablement une légende. L’origine réelle de la Saint-Valentin passe par les martyrologes, la poésie anglaise du XIVe siècle et les papetiers du XIXe.

Fresque ancienne représentant saint Valentin en évêque, mitre dorée et auréole, vêtu d’une chape rouge brodée d’or, une crosse dans une main et un livre vert sous le bras, devant une arcade peinte sur fond bleu nuit.
Saint Valentin en évêque : l’un des deux Valentin que l’Église honorait le 14 février. Photo : Giosuè Tacconi, Wikimedia Commons (CC BY 4.0)

Chaque 14 février, la même histoire circule. Au IIIe siècle, l’empereur Claude II, persuadé que les célibataires faisaient de meilleurs soldats, aurait interdit aux jeunes Romains de se marier. Un prêtre nommé Valentin aurait continué à unir les amoureux en secret, avant d’être arrêté et exécuté un 14 février. Une variante ajoute qu’en prison, il aurait guéri la fille aveugle de son geôlier et lui aurait laissé un billet signé « ton Valentin ».

C’est une très belle histoire. Les historiens n’en trouvent aucune trace dans les sources anciennes. L’origine de la Saint-Valentin est plus embrouillée, plus tardive, et à vrai dire plus amusante.

Un saint, ou deux, ou peut-être un seul

Les martyrologes de l’Église ancienne, ces listes de saints classés par jour, mentionnent au 14 février non pas un mais deux Valentin. Le premier, prêtre à Rome, aurait été martyrisé au IIIe siècle. Le second, évêque d’Interamna, l’actuelle Terni, en Ombrie, aurait connu le même sort à la même époque. Tous deux auraient été enterrés le long de la via Flaminia, la route qui relie Rome à l’Adriatique. Beaucoup d’historiens soupçonnent qu’il s’agit d’un seul et même homme, dont le souvenir s’est dédoublé.

Ce qu’on sait d’eux tient en quelques lignes, et rien, dans ces lignes, ne parle d’amour. Les récits de leur vie, rédigés bien plus tard, évoquent des guérisons et des conversions, pas des mariages clandestins. C’est d’ailleurs parce qu’on en savait si peu que l’Église catholique a retiré la fête de saint Valentin de son calendrier liturgique général lors de la réforme de 1969. Il reste un saint, mais sa fête n’est plus célébrée partout.

Ses reliques, elles, voyagent. Terni conserve une basilique qui lui est dédiée. À Rome, l’église Santa Maria in Cosmedin, celle de la Bouche de la Vérité, expose un crâne couronné de fleurs qu’on lui attribue. Et l’église des Carmes de Whitefriar Street, à Dublin, affirme abriter une partie de ses restes, offerts au XIXe siècle par le pape Grégoire XVI.

Les Lupercales, une piste qui ne mène nulle part

On lit souvent que la Saint-Valentin aurait remplacé les Lupercales, une fête romaine de purification et de fertilité célébrée le 15 février. Le pape Gélase Ier, à la fin du Ve siècle, s’était effectivement opposé à leur célébration. Mais rien ne prouve qu’il ait placé saint Valentin à la date voisine pour les christianiser, et les Lupercales n’avaient rien d’une fête des amoureux. La coïncidence de calendrier a fait le reste.

La fête des amoureux n’est pas née dans une prison romaine, mais sous la plume d’un poète anglais.

Chaucer, les oiseaux et la naissance d’une fête

Le premier texte qui associe clairement saint Valentin à l’amour date de la fin du XIVe siècle. Dans Le Parlement des oiseaux, un long poème écrit vers 1380, l’Anglais Geoffrey Chaucer décrit une assemblée d’oiseaux réunis le jour de la Saint-Valentin pour choisir chacun son compagnon. L’historien américain Jack Oruch a soutenu en 1981 que Chaucer était sans doute l’inventeur de cette association, reprise ensuite par toute la poésie de cour.

Au même moment, le chevalier-poète savoyard Oton de Grandson, ami de Chaucer, écrit lui aussi sur la Saint-Valentin, en français. La tradition gagne les cours d’Angleterre et de France. Au début du XVe siècle, le prince-poète Charles d’Orléans, fait prisonnier à la bataille d’Azincourt en 1415 et retenu en Angleterre pendant un quart de siècle, compose plusieurs poèmes où il évoque ce jour des amoureux.

La plus ancienne lettre de Saint-Valentin conservée en anglais date de 1477. Une jeune femme du Norfolk, Margery Brews, y appelle son fiancé John Paston son « Valentin bien-aimé », et s’inquiète de la dot que sa famille pourra offrir. La lettre est aujourd’hui à la British Library. Il y a déjà là tout le mélange de la fête moderne : la tendresse, et l’argent.

Des billets doux aux cartes imprimées

Pendant des siècles, on échange au 14 février des billets écrits à la main, des petits poèmes, des gages. Tout change au XIXe siècle. En Grande-Bretagne, la réforme postale de 1840 instaure un tarif unique et bon marché pour les lettres : on peut désormais envoyer une carte à l’autre bout du pays pour un penny. Les imprimeurs se mettent à produire des cartes ornées de dentelle de papier, de cœurs et d’angelots. Aux États-Unis, Esther Howland, fille d’un papetier de Worcester, dans le Massachusetts, lance dans les années 1840 un commerce de cartes de Saint-Valentin qui lui vaut d’être surnommée la « mère de la valentine américaine ».

Le XXe siècle fera le reste, avec les fleuristes, les chocolatiers et les restaurants qui affichent complet. En France, la petite commune de Saint-Valentin, dans l’Indre, a fini par faire de son nom une vocation : elle célèbre chaque février les amoureux qui viennent de loin.

Que fêter, alors, le 14 février ?

On peut trouver la fête commerciale, et elle l’est. On peut aussi la regarder comme ce qu’elle était chez Chaucer : un jour au cœur de l’hiver où l’on se rappelle que le printemps reviendra et que les oiseaux, déjà, cherchent leur compagnon. Le 14 février n’oblige personne à rien, ni à dîner aux chandelles ni à se sentir seule.

Mais si l’on cherche une manière de le célébrer qui soit fidèle à son histoire, il y en a une, qui ne coûte presque rien. Faire comme Margery Brews en 1477 : prendre une feuille, un stylo, et écrire à quelqu’un ce qu’on n’ose pas toujours lui dire. Pour les couples qui se connaissent depuis longtemps, c’est parfois la déclaration la plus inattendue.

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