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Amour & sexo · Sexualité

Réaliser ses fantasmes à deux : une bonne idée, à certaines conditions

Un fantasme n’est pas une commande passée à la réalité. Certains gagnent à être vécus, d’autres à rester dans l’imaginaire, et la plupart se situent entre les deux. Les couples doivent-ils réaliser leurs fantasmes ? Ce qu’en disent les sexologues, et comment en décider ensemble.

Au fond d’un tunnel de haies taillé en forme de serrure, on aperçoit au loin, dans la lumière, la coupole d’une basilique au-dessus des toits de Rome.
Le célèbre trou de serrure de l’Aventin, à Rome. Certaines vues sont plus belles de loin. Photo : Galen Crout galen_crout, Unsplash via Wikimedia Commons (CC0)

Il y a, sur la colline de l’Aventin à Rome, une porte verte dont le trou de serrure est l’une des curiosités les plus courues de la ville. On y colle l’œil, et l’on voit, au bout d’une allée de haies taillées, la coupole de Saint-Pierre, minuscule et parfaite. Personne ne songe à entrer. Le plaisir est dans le regard.

Beaucoup de fantasmes fonctionnent ainsi. D’autres demandent qu’on pousse la porte. Toute la question est de savoir lesquels, et comment.

Fantasmer n’est pas vouloir

Commençons par ce que la recherche a établi. En 2015, le psychologue québécois Christian Joyal, de l’Université du Québec à Trois-Rivières, a interrogé environ 1 500 adultes sur leurs fantasmes sexuels. Résultat : bien peu de fantasmes sont réellement rares, et la plupart de ceux qu’on croit honteux sont partagés par une large part de la population. Les sexologues insistent par ailleurs sur une distinction que leurs patientes connaissent bien : on peut séparer nettement ce qui excite en imagination de ce que l’on souhaiterait vivre.

Le fantasme de soumission en est l’exemple le plus connu. On peut l’aimer en pensée et n’avoir aucune envie d’être réellement dominée. L’imaginaire offre ce que la réalité ne permet pas : le contrôle total sur le scénario, l’absence de conséquences, la certitude que tout s’arrête quand on le décide.

L’imaginaire offre ce que la réalité ne permet pas : le contrôle total sur le scénario.

Les couples doivent-ils réaliser leurs fantasmes ? Non, pas forcément, et pas tous. Un fantasme gardé pour soi n’est pas une trahison ni un mensonge. Il fait partie de ce jardin intérieur que la psychothérapeute Esther Perel juge nécessaire au désir dans les couples installés : un peu d’altérité, un peu de mystère, quelque chose qui n’appartient qu’à soi.

Quatre manières de vivre un fantasme

Entre le silence et le passage à l’acte, il existe toute une gamme. On peut :

Le garder pour soi. Il nourrit l’excitation, en solitaire ou à deux, sans que l’autre en connaisse le contenu. C’est parfaitement légitime.

Le raconter. Partager un fantasme, le décrire à voix basse, l’écrire, c’est déjà une forme d’intimité très forte. Certains couples s’en tiennent là, et cela leur suffit amplement.

Le jouer. Un jeu de rôle, des mots, un décor, une mise en scène qui évoque sans reproduire. Le fantasme de l’inconnu peut devenir un rendez-vous dans un bar où l’on fait semblant de ne pas se connaître. Celui d’être attachée, un foulard noué sans serrer.

Le vivre. Essayer pour de vrai, après en avoir parlé, avec des règles claires.

Le psychologue américain Justin Lehmiller, qui a interrogé plus de 4 000 personnes pour son livre Tell Me What You Want (2018), a observé que la plupart des participants qui avaient réalisé un fantasme en gardaient un bon souvenir. Les expériences décevantes existaient aussi, et c’est précisément pour les éviter que la préparation compte.

Avant de passer à l’acte, quelques questions à se poser

Avant tout, pourquoi ce fantasme vous attire-t-il ? Ce qui excite n’est pas toujours la pratique en elle-même, mais ce qu’elle représente : se sentir irrésistible, lâcher prise, être enfin au centre, retrouver la nouveauté des débuts. Identifier ce besoin permet parfois de le satisfaire autrement, plus simplement.

Ensuite, l’autre en a-t-il vraiment envie ? Pas « est-il d’accord », mais « en a-t-il envie ». Un consentement arraché à force d’insistance, ou donné pour faire plaisir, n’en est pas un. Et un refus doit pouvoir s’exprimer sans drame : on ne fait pas payer à l’autre un fantasme qu’il ne partage pas.

Enfin, que se passera-t-il après ? C’est la question qu’on oublie. Les fantasmes qui impliquent une troisième personne, l’échangisme ou l’ouverture du couple peuvent réveiller une jalousie que l’on n’avait pas prévue, chez soi autant que chez l’autre. Mieux vaut en parler longuement avant, et prévoir un temps pour en reparler après.

Ce que l’on risque, ce que l’on gagne

Le risque principal n’est pas la pratique elle-même. C’est l’écart entre le scénario parfait que l’on a en tête et la réalité, toujours un peu maladroite, un peu drôle, jamais exactement comme prévu. Mieux vaut le savoir : la première fois rate souvent son effet, et ce n’est pas grave. Le rire fait partie de l’expérience.

Le gain, lui, dépasse souvent l’expérience en question. Avoir osé dire, avoir été écoutée, avoir exploré ensemble crée une confiance qui rejaillit sur toute la relation. C’est ce que confirment les sexologues qui travaillent avec des couples installés : la nouveauté partagée réveille le désir, et dire ce que l’on veut est déjà une nouveauté. Nous en parlons plus longuement dans notre article sur le désir qui dure.

Pour commencer

Si vous n’avez jamais abordé le sujet, ne commencez pas par le fantasme le plus audacieux. Commencez par en parler, tout simplement : notre guide pour parler de sexe avec son partenaire propose des façons d’ouvrir la conversation sans gêne. Et si un fantasme vous inquiète, parce qu’il vous envahit ou qu’il vous fait honte, un sexologue saura vous écouter sans vous juger.

La porte de l’Aventin reste fermée, et c’est très bien ainsi. D’autres méritent qu’on les ouvre. À vous deux de choisir lesquelles.

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