Greta Thunberg remet en place Andrew Tate, en une seule phrase
Le 27 décembre 2022, l’influenceur Andrew Tate interpelle Greta Thunberg sur Twitter en énumérant ses voitures de sport. La militante répond d’une phrase, avec un humour dévastateur. Récit d’un échange qui a fait le tour du monde, et de ce qu’il dit de la riposte à la misogynie en ligne.

Il y a des réponses qui valent mieux qu’un long discours. Le 27 décembre 2022, l’influenceur Andrew Tate publie sur Twitter un message adressé à Greta Thunberg. Il y énumère, avec force détails techniques, les voitures de sa collection : il dit en posséder trente-trois, cite sa Bugatti, ses deux Ferrari, leurs moteurs et leurs cylindrées. Puis il propose à la militante de lui donner son adresse électronique, afin de lui envoyer la liste complète de ses voitures et de leurs « énormes émissions ».
Le lendemain, Greta Thunberg répond. Une phrase. Elle le remercie de bien vouloir l’éclairer, et lui donne une adresse de son invention, dont le nom, en trois mots anglais, moque la virilité ostentatoire de son interlocuteur et l’invite à se trouver une vie. La réponse fait aussitôt le tour du monde.
Qui est Andrew Tate
Né en 1986 aux États-Unis, de nationalité américaine et britannique, Andrew Tate est un ancien champion de kickboxing devenu influenceur. Il s’est fait connaître d’un large public en vendant, en ligne, des formations à la réussite financière et à la séduction, et en diffusant des vidéos sur le rôle des hommes et des femmes. Ses propos sur les femmes, largement relayés et jugés misogynes, lui ont valu d’être exclu de Facebook, d’Instagram, de TikTok et de YouTube à l’été 2022, ces plateformes estimant qu’il enfreignait leurs règles. Son compte Twitter, suspendu depuis plusieurs années, avait été rétabli quelques semaines plus tôt, en novembre 2022.
Il est surtout très suivi par de jeunes hommes, parfois des adolescents, ce qui inquiète enseignants et parents dans plusieurs pays.
Qui est Greta Thunberg
Greta Thunberg est née le 3 janvier 2003 à Stockholm. En août 2018, à quinze ans, elle s’assoit seule devant le Parlement suédois, avec une pancarte peinte à la main annonçant une grève scolaire pour le climat. Le mouvement, baptisé Fridays for Future, gagne des centaines de milliers de lycéens à travers le monde. En septembre 2019, elle s’adresse aux dirigeants de la planète au sommet des Nations unies sur le climat, à New York, où elle s’est rendue en voilier pour ne pas prendre l’avion. Le magazine Time en fait sa personnalité de l’année 2019.
Elle a souvent évoqué publiquement son syndrome d’Asperger, qu’elle présente comme une force dans son engagement. Au moment de l’échange avec Andrew Tate, elle a dix-neuf ans.
Une phrase a suffi, parce qu’elle déplaçait le ridicule du côté de celui qui croyait le distribuer.
Une habitude de l’ironie
Ce n’était pas la première fois que Greta Thunberg retournait une attaque contre son auteur. En 2019, quand Vladimir Poutine l’avait décrite comme une adolescente gentille mais mal informée, elle avait repris la formule dans la présentation de son compte. Elle avait fait de même, quelques semaines plus tard, avec un message moqueur de Donald Trump l’invitant à travailler sur sa colère. Chaque fois, la méthode est la même : ne pas argumenter, ne pas s’indigner, reprendre les mots de l’autre et les laisser parler d’eux-mêmes.
Face à Andrew Tate, elle applique la même règle. Il voulait la provoquer sur le terrain de l’écologie, en se vantant de polluer. Elle ne discute ni des moteurs ni des émissions. Elle répond sur ce que le message trahit, le besoin de se montrer, et c’est ce qui a fait mouche.
Ce que l’échange révèle
Pourquoi une phrase a-t-elle autant circulé ? D’abord parce qu’elle renversait un rapport de force attendu : un homme de trente-six ans, qui se présente comme un modèle de puissance, face à une jeune femme qu’il croyait facile à humilier. Ensuite parce qu’elle montrait une autre façon de répondre au harcèlement en ligne, par l’humour plutôt que par la colère ou le silence.
Il faut cependant se garder d’en faire une recette. Toutes les femmes visées par des attaques en ligne n’ont pas des millions d’abonnés pour les soutenir, ni l’envie d’entrer dans l’arène. Le silence, le blocage et le signalement sont aussi des réponses légitimes, et souvent les plus sages.
Le 29 décembre, au lendemain de cet échange, Andrew Tate et son frère Tristan ont été interpellés en Roumanie, où ils vivent, dans le cadre d’une enquête des autorités roumaines pour traite d’êtres humains. Ils contestent les accusations, et rien ne relie cette procédure à l’échange avec Greta Thunberg. Il appartient désormais à la justice de se prononcer.
Ce qu’on peut en retenir
Cet échange restera comme un moment de la culture en ligne, de ceux qu’on raconte encore des années après. Il dit quelque chose de la génération de Greta Thunberg, qui a grandi avec les réseaux sociaux et en connaît les armes. Il dit aussi l’inquiétude de nombreux parents face à des discours qui séduisent leurs fils. Si vous souhaitez en parler avec un adolescent, l’humour de cette réponse peut être une porte d’entrée, avant d’aborder le fond. Pour aller plus loin sur la manière dont les femmes se sont imposées dans l’espace public, notre portrait de Joséphine Baker raconte un autre courage.






