Acceptation de soi : Laurie Darmon, Louane, Joyce Jonathan et le corps chanté
Avec Corps à Cœurs, Laurie Darmon a réuni sur scène des artistes, dont Louane et Joyce Jonathan, pour parler de leur rapport au corps. L’occasion de réécouter ce que la chanson française dit, depuis longtemps, de l’acceptation de soi.

Il y a des sujets que la chanson populaire a longtemps laissés aux magazines. Le corps qu’on n’aime pas, les kilos qu’on compte, le miroir qu’on évite. Depuis quelques années, des chanteuses françaises s’en emparent à visage découvert, et ce n’est pas un détail : une chanson s’écoute en boucle, à l’âge où l’on se cherche, bien plus souvent qu’on ne relit un article.
Le projet Corps à Cœurs, imaginé par la chanteuse Laurie Darmon, en est un bon exemple.
Corps à Cœurs, le rapport au corps sur scène
Laurie Darmon est autrice, compositrice et interprète. Avec Corps à Cœurs, elle a conçu un spectacle hybride, présenté aux Folies Bergère à Paris, où des personnalités sont invitées à parler de leur rapport à leur corps, chacune dans la forme artistique de son choix : une chanson, un texte, un moment de scène. Parmi celles et ceux qu’elle a réunis figurent Louane et Joyce Jonathan, deux voix que le grand public connaît bien. Parler de son corps en public, quand on a grandi sous les projecteurs, n’a rien d’anodin.
Une chanson porte le même titre que le spectacle. À la fin de l’année 2022, elle a été présentée avec un clip annoncé comme réunissant plusieurs participants du projet, parmi lesquels Louane et Joyce Jonathan. Ce qui frappe, dans la démarche, c’est le refus du discours de vainqueur. Il ne s’agit pas d’annoncer qu’on s’aime enfin, mais de dire que le chemin est long, qu’il recommence parfois, et qu’on le fait mieux à plusieurs.
Louane et Joyce Jonathan, deux trajectoires très exposées
Louane a été révélée très jeune par l’émission The Voice, en 2013, avant de recevoir le César du meilleur espoir féminin pour La Famille Bélier. Elle a donc grandi, littéralement, devant le public, avec tout ce que cela implique de commentaires sur son apparence. Joyce Jonathan, elle, s’est fait connaître en 2010 avec un premier album, Sur mes gardes, et une manière de chanter l’intime à mi-voix. Les deux ont en commun d’avoir dû se construire à vingt ans sous le regard des autres.
Leur présence dans un projet de ce genre a une portée particulière. Quand une artiste que l’on admire dit qu’elle aussi doute de son reflet, le doute cesse d’être une faute personnelle. Il devient une expérience partagée.
Quand une artiste que l’on admire dit qu’elle aussi doute de son reflet, le doute cesse d’être une faute personnelle.
Ce que la chanson française dit du corps des femmes
Le sujet n’est pas neuf. En 1984, Cookie Dingler chante Femme libérée, et l’on croit souvent, à tort, qu’il s’agit d’un hymne à la femme moderne. C’est l’inverse : la chanson décrit une femme épuisée par l’injonction à tout réussir, la carrière, la ligne, le couple, et qui craque en silence. Près de quarante ans plus tard, elle n’a pas pris une ride, et c’est bien le problème.
Plus près de nous, plusieurs chanteuses ont pris le sujet à bras-le-corps. Yseult, avec Corps en 2019, chante son propre corps, ses formes, le regard des autres et la décision de ne plus s’en excuser ; le titre l’a fait connaître, et elle a reçu en 2021 la Victoire de la musique de la révélation féminine. Angèle, avec Balance ton quoi la même année, s’attaque au sexisme ordinaire avec un humour ravageur et un clip qui tourne en dérision les comportements masculins. Clara Luciani, avec La Grenade en 2018, revendique une féminité qui n’a plus besoin de se faire petite. Christine and the Queens, dès 2014, a bâti tout un personnage sur le refus des cases, de genre comme d’apparence.
Ce qu’une chanson peut faire, et ce qu’elle ne peut pas faire
Une chanson ne guérit pas. Les troubles du comportement alimentaire, en particulier, sont des maladies qui demandent une prise en charge médicale et psychologique. Mais une chanson peut ouvrir une porte. Elle met des mots là où l’on n’en avait pas, elle se fredonne quand on se regarde dans la glace, elle se partage entre une mère et sa fille qui n’osaient pas aborder le sujet.
C’est peut-être le grand mérite de ces artistes : rendre l’acceptation de soi moins solennelle et plus concrète. On ne se réconcilie pas avec son corps par décret, mais par petites touches, en se laissant entendre que d’autres ont eu le même combat. Et cela vaut à tout âge, quand le corps change à l’adolescence comme quand il change à la ménopause ou à quatre-vingts ans. Pour remonter le fil de ces voix, notre sélection de la chanson française au féminin, de Barbara à Françoise Hardy, raconte comment les chanteuses ont pris la parole sur leur propre vie.






