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Psycho · Confiance

Trois signes que vous pensez vraiment hors des sentiers battus

Les tests qui promettent de révéler un esprit hors du commun flattent tout le monde, c’est leur secret. La psychologie a pourtant étudié ce qui distingue une pensée originale et juste. Trois signes qui ne trompent pas, et une mise en garde contre les étiquettes flatteuses.

Une jeune femme aux cheveux courts et bouclés lève les yeux vers le haut, pensive, devant un mur clair.
Photo : Eunice Lituañas euniveeerse, Unsplash via Wikimedia Commons (CC0)

Commençons par un aveu. Les articles intitulés « trois preuves que vous êtes exceptionnelle » fonctionnent toujours, et pour une raison connue depuis 1949. Cette année-là, le psychologue américain Bertram Forer remet à ses étudiants un portrait de personnalité prétendument personnalisé, en réalité identique pour tous et composé de phrases puisées dans un livre d’astrologie. Presque tous le jugent d’une grande justesse. On parle depuis d’« effet Barnum » : nous reconnaissons volontiers comme nôtres les descriptions vagues et flatteuses.

Vous allez donc probablement vous reconnaître dans ce qui suit. La différence, c’est que les trois signes décrits ici ont été étudiés, mesurés, et qu’ils se travaillent. Aucun ne relève du don.

Premier signe : vous cherchez ce que vous ne connaissez pas

Parmi les cinq grands traits de personnalité que mesure la psychologie, l’un s’appelle l’ouverture à l’expérience : le goût de la nouveauté, des idées, de l’art, de l’inhabituel. Dès 1987, le psychologue Robert McCrae montrait qu’il était le trait le plus lié à la pensée divergente, cette capacité à produire beaucoup d’idées différentes face à un même problème.

Les expériences variées ont un effet propre. En 2009, William Maddux et Adam Galinsky ont observé, dans le Journal of Personality and Social Psychology, que les personnes ayant vécu à l’étranger résolvaient mieux certains problèmes de créativité, d’autant plus qu’elles s’étaient adaptées à la culture locale. En 2012, une équipe néerlandaise menée par Simone Ritter a montré que même une brève confrontation à des situations inattendues, dans une réalité virtuelle où les lois ordinaires étaient bousculées, rendait la pensée plus souple.

Lire un roman islandais, voir un film iranien, discuter avec quelqu’un dont on ne partage aucune opinion : ce n’est pas du snobisme si c’est de la curiosité. Le signe n’est pas d’aimer ce qui est rare. C’est d’aller régulièrement là où l’on n’a pas ses repères.

Deuxième signe : vous êtes ouverte et sceptique à la fois

On croit souvent que l’esprit original est celui qui voit avant tout le monde la bonne idée. Le récit est séduisant, et trompeur. Pour chaque investisseur qui a eu raison contre tous, des milliers ont parié contre tous et ont eu tort : on ne raconte que les premiers. C’est le biais du survivant, et il fabrique une bonne partie des légendes de génies visionnaires.

La recherche décrit plutôt une attitude que le psychologue Jonathan Baron appelle la pensée « activement ouverte » : chercher les arguments contraires à son opinion, et accepter d’en changer à la lumière des faits. Le politologue Philip Tetlock l’a observée sur vingt ans de prévisions d’experts. Dans Expert Political Judgment (2005), il distingue les « hérissons », qui ramènent tout à une grande idée, et les « renards », qui combinent beaucoup de petites connaissances et doutent d’eux-mêmes. Les renards prévoient mieux. Dans Superforecasting (2015), écrit avec Dan Gardner, il décrit les meilleurs prévisionnistes d’un vaste tournoi : des amateurs souvent, curieux, prudents, qui révisent leurs estimations par petites touches.

L’esprit original n’est pas celui qui a raison contre tous, mais celui qui accepte de vérifier s’il a tort.

L’ouverture sans scepticisme mène à croire n’importe quoi, le scepticisme sans ouverture à ne plus rien apprendre. Le signe, c’est de tenir les deux.

Troisième signe : vous savez dire « je ne sais pas »

Les psychologues Arie Kruglanski et Donna Webster ont décrit en 1996 le « besoin de clôture » : l’envie d’avoir une réponse, n’importe laquelle, plutôt que de rester dans l’incertitude. Plus il est fort, plus on se fait vite une opinion, et plus on s’y accroche. Nous y cédons tous, surtout fatigués ou pressés.

À l’opposé, l’humilité intellectuelle consiste à reconnaître les limites de ce qu’on sait. En 2017, Mark Leary et ses collègues de l’université Duke ont montré, dans le Personality and Social Psychology Bulletin, que les personnes qui en font preuve évaluent mieux la solidité des arguments, et jugent moins sévèrement celles qui changent d’avis. On connaît aussi l’étude de David Dunning et Justin Kruger, publiée en 1999 : dans plusieurs domaines, les participants les moins compétents surestimaient le plus leur niveau. Savoir ce qu’on ne sait pas demande déjà une certaine compétence.

Méfiez-vous des étiquettes flatteuses

L’ancien titre de cet article opposait les « pensées supérieures » aux « pensées ordinaires ». Cette division a ses descendants : on parle beaucoup de « zèbres » et de hauts potentiels, depuis que la psychologue Jeanne Siaud-Facchin a popularisé le terme dans Trop intelligent pour être heureux ? (2008). L’intuition peut aider certaines personnes à se comprendre. Mais plusieurs chercheurs, dont le cognitiviste Franck Ramus, ont rappelé que les données ne confirment pas le portrait du surdoué fragile et incompris. Seul un test de QI passé auprès d’un psychologue mesure le haut potentiel, et il ne dit rien de l’originalité d’une pensée.

Penser hors du commun n’est pas une identité, c’est une pratique. Elle demande de la curiosité, du doute, et une certaine sécurité intérieure : il faut être assez sûre de soi pour supporter de s’être trompée. C’est l’un des fils de notre article sur la confiance en soi. Et si vous doutez au contraire de mériter vos idées, ce que la recherche dit du syndrome de l’imposteur devrait vous rassurer. Pour nourrir votre curiosité, nous avons aussi sélectionné six livres à lire quand la vie semble bloquée.

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