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Psycho · Émotions

Dix petites choses qu’on laissera derrière nous en entrant dans 2023

Ce soir, 2022 s’achève. Plutôt qu’une liste de choses à faire, voici dix petites choses à laisser derrière nous en entrant dans la nouvelle année. Avec une précaution : on ne se débarrasse pas d’une pensée en lui ordonnant de partir. La psychologie propose de meilleures méthodes.

Une fusée de feu d’artifice dorée s’épanouit dans un ciel bleu nuit, au-dessus d’une crête de montagne sombre.
Minuit, et ce qu’on choisit de laisser dans l’année qui s’achève. Photo : Edewaa Foster edewaaf, Unsplash via Wikimedia Commons (CC0)

Il est encore temps, avant les douze coups, de faire un peu de tri. Pas dans les placards : dans la tête. Il y a des choses qu’on transporte d’une année à l’autre sans même s’en apercevoir, comme ce sac qu’on n’ouvre jamais et qu’on prend pourtant à chaque départ.

Une mise en garde d’abord. « Laisser derrière soi » ne veut pas dire « s’interdire d’y penser ». En 1987, le psychologue américain Daniel Wegner a demandé à des étudiants de ne pas penser à un ours blanc pendant cinq minutes, et de sonner une clochette chaque fois que l’ours revenait. Il revenait beaucoup. Pire : ceux qui avaient essayé de le chasser y pensaient ensuite davantage que les autres. Une pensée qu’on refoule revient par la fenêtre. Ce qu’on peut changer, c’est la place qu’on lui accorde.

Voici donc dix petites choses à poser au vestiaire, avec la manière de s’y prendre.

Ce qui nous pèse sur le cœur

1. Les inquiétudes qui ne mènent nulle part. Toutes les inquiétudes ne se valent pas. Celle qui débouche sur une action (prendre rendez-vous, appeler la banque) est utile. Celle qui tourne en rond à trois heures du matin ne l’est pas. Le test est simple : « Puis-je faire quelque chose à ce sujet cette semaine ? » Si oui, on le note et on le fait. Si non, on le note quand même, pour que la page le garde à notre place.

2. La rancune qui nous coûte plus qu’à l’autre. Le psychologue Everett Worthington, de l’université Virginia Commonwealth, a consacré une grande partie de sa carrière au pardon. Ses travaux insistent sur un point qu’on oublie : pardonner n’est ni excuser, ni se réconcilier, ni oublier. C’est cesser de laisser la blessure gouverner ses pensées. On peut pardonner à quelqu’un qu’on ne reverra jamais, et refuser de le revoir après lui avoir pardonné. Le pardon se fait aussi à son rythme ; personne n’a à l’exiger de vous.

3. Le procès permanent de nos erreurs. Repasser en boucle la phrase maladroite, la décision ratée, l’oubli impardonnable. La psychologue Susan Nolen-Hoeksema a montré, au fil de nombreuses études, que cette rumination entretient la tristesse et l’anxiété sans rien résoudre. La question utile n’est pas « pourquoi ai-je fait ça ? », répétée sans fin, mais « que ferais-je autrement la prochaine fois ? », posée une fois.

On ne chasse pas une pensée en lui ordonnant de partir ; on lui retire simplement le premier rôle.

Ce qui nous compare et nous retient

4. L’idée que tout le monde vit mieux que nous. Le psychologue Leon Festinger a décrit dès 1954 notre besoin de nous évaluer en nous comparant aux autres. Le problème, c’est l’échantillon : nous comparons nos coulisses à leurs vitrines. Les photos de vacances, les promotions annoncées, les enfants souriants ne sont qu’un montage. Quand la comparaison vous rend amère, fermez l’application plutôt que de vous fermer à vous-même.

5. L’évitement qui se fait passer pour du confort. Le confort n’a rien de coupable. On a le droit d’aimer ses habitudes, son quartier, son fauteuil. Ce qu’il faut laisser, c’est l’évitement : refuser ce qui nous tente parce que cela nous fait peur. Les thérapeutes le savent, la peur se nourrit de l’évitement. Chaque fois qu’on recule, elle grandit un peu. Un petit pas vers ce qui effraie, en revanche, la rétrécit.

6. Le poids des vieilles histoires. Certaines blessures du passé ne se laissent pas « derrière soi » sur simple décision, et il serait injuste de le prétendre. Quand un événement continue de vous réveiller la nuit ou de surgir sans prévenir, il mérite d’être entendu par un professionnel, pas enjambé. Pour le reste, les déceptions ordinaires, les humiliations d’école, les amitiés mortes de leur belle mort, une question suffit souvent : « Est-ce que cette histoire décrit encore la personne que je suis ? »

Ce qui encombre nos journées

7. La lettre qu’on n’ouvre pas. Les économistes ont un nom pour ce réflexe : l’effet autruche. En 2009, George Loewenstein et ses collègues ont observé que des investisseurs consultaient moins souvent leur portefeuille quand les marchés baissaient. Nous faisons tous pareil avec la facture, le courrier des impôts, le mail du médecin. Or un problème ignoré ne disparaît pas : il prend des intérêts. Choisissez une demi-heure, début janvier, pour ouvrir ce qui attend.

8. Les petites contrariétés qui gâchent les grandes journées. Le métro en retard, la remarque d’un collègue, le voisin bruyant. Épictète l’écrivait déjà dans son Manuel : ce ne sont pas les choses elles-mêmes qui nous troublent, mais l’opinion que nous en avons. Les thérapies cognitives modernes, à commencer par celle d’Albert Ellis, s’en réclament ouvertement. Avant de vous agacer, demandez-vous si l’incident comptera encore dans une semaine. La réponse est presque toujours non.

9. La générosité qu’on vous extorque. Donner fait du bien, à condition que ce soit un choix. Aider une amie, garder les petits-enfants, rendre service au bureau : oui, quand vous le décidez. Pas quand on le tient pour acquis. Si vous ne savez plus refuser, notre article sur l’art de dire non sans se justifier vous donnera de quoi commencer.

10. L’attente du moment parfait. Le bon moment pour changer de métier, pour reprendre le chant, pour appeler cette cousine fâchée n’arrivera pas tout seul. Les psychologues qui étudient le perfectionnisme le relient souvent à la procrastination : on repousse ce qu’on craint de ne pas réussir parfaitement. Un essai imparfait vaut mieux qu’un projet parfait qui attend.

Pourquoi le soir du 31 décembre aide vraiment

Ce n’est pas une superstition. En 2014, trois chercheurs de l’université de Pennsylvanie, Hengchen Dai, Katherine Milkman et Jason Riis, ont décrit l’« effet nouveau départ » : les débuts d’année, de mois ou de semaine nous donnent l’impression d’ouvrir un nouveau chapitre et de laisser l’ancienne version de nous-mêmes au précédent. C’est une illusion, mais une illusion utile. Elle facilite le tri.

Reste à ne pas en faire une épreuve. Rien de ce qui précède n’est à accomplir d’ici minuit. Laissez en 2022 ce que vous pouvez, emportez le reste en 2023 sans honte, et revenez à la liste quand vous en aurez envie. Le calendrier ne vous attend pas pour changer ; il vous offre simplement un prétexte, une fois par an. Belle année à vous.

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