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Beauté · Soins

Peau en hiver : la routine qui change tout

En hiver, la peau tiraille et pèle, et la crème habituelle ne suffit plus. Le froid n’est pas seul en cause : l’eau chaude et le chauffage font une bonne partie des dégâts. Comprendre la barrière cutanée permet de construire une routine d’hiver simple, efficace à vingt ans comme à quatre-vingts.

Sur un fond beige uni, une main tient un pot de crème blanche ouvert tandis que l’index de l’autre main y prélève une noisette de soin.
Une crème d’hiver se juge à sa composition plus qu’à son pot. Photo : Unknown authorUnknown author, Pexels via Wikimedia Commons (CC0)

La scène se répète chaque année vers la mi-novembre. On sort de la douche, la peau tire. Le soir, les joues rougissent et le dos des mains devient rugueux. La crème qui suffisait en septembre semble s’évaporer en une heure.

On accuse le froid. Il y est pour quelque chose, mais il n’est pas seul. L’essentiel se joue dans une couche de peau plus fine qu’une feuille de papier, et dans quelques habitudes que l’on peut changer dès ce soir.

Ce que l’hiver fait à la barrière cutanée

La couche la plus superficielle de l’épiderme, la couche cornée, fonctionne comme un mur de briques. Les briques sont des cellules mortes, aplaties, les cornéocytes. Le ciment qui les relie est fait de lipides : des céramides surtout, du cholestérol et des acides gras. Ce mur a un rôle précis : empêcher l’eau du corps de s’évaporer et les irritants d’entrer.

L’hiver l’attaque de deux côtés. Dehors, l’air froid contient peu de vapeur d’eau. Dedans, le chauffage assèche encore l’air des pièces. Dans les deux cas, l’eau de la peau s’évapore plus vite et le ciment lipidique se fragilise, jusqu’à se fissurer. La peau devient sèche, puis sensible : elle réagit à des produits qu’elle tolérait très bien en été.

Le ciment de la peau se dissout dans l’eau chaude comme le gras d’une poêle sous le robinet.

L’eau chaude, première responsable

C’est le geste le plus difficile à abandonner en hiver, et le plus coûteux pour la peau. L’eau très chaude dissout les lipides de surface, exactement comme elle dégraisse une poêle. Une longue douche brûlante, c’est un décapage quotidien.

Les dermatologues le répètent : une eau tiède et une douche de quelques minutes, avec un nettoyant doux sans savon (un pain surgras ou une huile lavante) plutôt qu’un gel moussant parfumé. On sèche en tamponnant avec la serviette, sans frotter. Puis on applique la crème dans les minutes qui suivent, sur une peau encore légèrement humide : elle emprisonne l’eau au lieu de laisser l’air la reprendre.

Pour le visage, même logique. Le soir, un lait ou un baume démaquillant, rincé à l’eau tiède. Le matin, souvent, un simple rinçage suffit.

Lire une crème d’hiver

Une bonne crème d’hiver combine trois types d’ingrédients, qu’on retrouve dans la liste INCI au dos du flacon.

Les humectants attirent et retiennent l’eau : glycérine (en anglais glycerin), urée, acide hyaluronique (sodium hyaluronate). La glycérine, ancienne et bon marché, reste l’une des plus efficaces.

Les émollients comblent les fissures entre les cornéocytes et rendent la peau souple. Les céramides (ceramide NP, AP, EOP) reconstituent directement le ciment manquant ; le squalane et le beurre de karité (butyrospermum parkii) font aussi ce travail.

Les occlusifs forment un film qui freine l’évaporation : vaseline (petrolatum), cire d’abeille (cera alba). Ils sont parfois mal aimés. Ils sont pourtant les plus efficaces pour une peau très sèche, et la vaseline pure reste un remède remarquable pour les lèvres gercées et les talons fendus.

Pour les zones très rêches (talons, coudes), l’urée à forte concentration, 10 % et plus, assouplit la corne. Pour le visage, une texture plus riche le soir que le matin suffit souvent. Inutile de multiplier les sérums : en hiver, moins de produits, mieux choisis, irritent moins.

Le chauffage et l’air de la maison

L’ADEME recommande de chauffer les pièces de vie à 19 °C, un peu moins dans les chambres. C’est bon pour la facture, et c’est bon pour la peau : plus l’air est chauffé, plus il est sec. Un hygromètre, qui coûte quelques euros, indique le taux d’humidité de votre intérieur. S’il est très bas, un humidificateur dans la chambre (nettoyé régulièrement) ou simplement du linge qui sèche dans la pièce aident.

Pensez aussi à boire. Cela ne remplace pas une crème, mais une déshydratation générale se voit aussi sur la peau, et l’on boit souvent moins quand il fait froid.

Un écran solaire en janvier ? Oui

Les UVB, responsables des coups de soleil, faiblissent beaucoup en hiver. Les UVA, eux, restent présents toute l’année, traversent les nuages et les vitres, et participent au vieillissement de la peau et aux taches. Pour une journée ordinaire en ville, une crème de jour avec un indice de protection suffit souvent.

À la montagne, c’est une autre affaire. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la neige fraîche peut réfléchir jusqu’à 80 % des UV : on prend le soleil par-dessus et par-dessous. Indice élevé, renouvelé, y compris sur les lèvres et le dessous du nez.

Le soleil d’hiver pose aussi la question de la vitamine D, que notre rubrique Santé traite en détail : faut-il se supplémenter en hiver ?

À vingt ans, à quatre-vingts ans : ajuster

Les peaux jeunes ne sont pas épargnées. Les traitements contre l’acné, notamment les rétinoïdes et le peroxyde de benzoyle, assèchent beaucoup, et l’hiver aggrave l’effet. N’interrompez pas un traitement prescrit sans en parler à votre médecin : ajoutez plutôt une crème hydratante non comédogène, et espacez les applications si votre dermatologue l’autorise.

Les peaux mûres produisent moins de sébum. Après la ménopause, la baisse des œstrogènes amincit la peau et ralentit la réparation de sa barrière : elle se dessèche plus vite et se répare plus lentement (notre rubrique Santé détaille les autres effets de la ménopause). Une crème riche en céramides et en lipides, matin et soir, n’a rien d’un luxe. Les rétinoïdes anti-âge se tolèrent mieux en hiver si on les applique un soir sur deux, ou par-dessus la crème hydratante.

Les peaux noires et métissées marquent parfois la sécheresse par un aspect grisé, terne, que l’on prend à tort pour un problème de teint. Le remède est le même : de l’hydratation et des corps gras, et surtout pas un produit éclaircissant, dont notre rubrique Société rappelle les dangers.

Enfin, une peau qui démange au point de réveiller la nuit, des plaques rouges qui suintent ou s’épaississent, des crevasses qui saignent sur les mains : cela ne relève plus de la routine de beauté. Un eczéma ou une autre dermatose peut flamber en hiver, et il se soigne. Montrez votre peau à votre pharmacien ou à votre médecin, qui vous orientera si besoin vers un dermatologue.

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