La femme Capricorne, l’ambition en silence et l’humour à froid
On la croit froide parce qu’elle ne s’épanche pas, carriériste parce qu’elle travaille tard. La femme Capricorne tient surtout parole, à ceux qu’elle aime comme à ceux qui l’ont précédée. Portrait d’un signe de Terre qui monte sans bruit, aime pour longtemps et pratique l’humour à froid.

Au mariage d’une cousine, il y a toujours une femme qui sait où sont rangées les nappes de la grand-mère. Elle a pensé aux chaises pliantes, vérifié l’heure de la messe, gardé dans son sac le numéro du traiteur, au cas où. Personne ne lui a demandé de s’en charger ; on le lui a confié un jour, et plus personne n’a songé à le lui reprendre. Vers minuit, quand l’oncle a raté son discours, elle glisse à sa voisine une remarque si sèche et si juste que toute la table pleure de rire. Elle-même n’a pas souri. Il y a de bonnes chances que ce soit une Capricorne.
Ce portrait vaut pour toute personne née avec le Soleil dans ce signe, du solstice d’hiver au 20 janvier environ selon les années ; on l’écrit au féminin, comme les précédents. Après la Balance, le Bélier et le Scorpion, voici la plus discrète de la série. Le portrait complet du signe, avec ses âges et sa santé, se trouve sur notre page Capricorne.
Une chèvre à queue de poisson, née au plus noir de l’hiver
Le Capricorne commence au solstice d’hiver, le jour le plus court de l’année. Il faut une certaine foi pour naître à ce moment-là : la lumière décroît depuis l’été, et rien ne prouve encore qu’elle reviendra. Elle revient pourtant, minute après minute, sans bruit. Toute la femme Capricorne tient déjà dans cette patience.
Son emblème est plus étrange qu’on ne le croit : une chèvre à queue de poisson, que les astronomes de Babylone dessinaient déjà dans cette région du ciel. Les Grecs y ont vu Pan, le dieu des bergers. Pour échapper au monstre Typhon, il se serait jeté dans le Nil ; la part de son corps restée hors de l’eau aurait gardé sa forme de chèvre, l’autre se changeant en poisson. Une créature des sommets qui garde un pied dans les profondeurs : on ne saurait mieux la décrire.
Signe de Terre, cardinal, le Capricorne est gouverné par Saturne, le vieux dieu des semailles que les Romains fêtaient justement en décembre, lors des Saturnales, et dont l’astrologie a fait le maître du temps. Saturne a mauvaise presse en astrologie, où l’on en fait la planète des retards et des épreuves. C’est oublier qu’il gouverne aussi ce qui dure. Les cathédrales sont saturniennes. Les forêts plantées pour les petits-enfants aussi.
L’ambition, mais à l’échelle d’une vie
On dit la femme Capricorne ambitieuse, et c’est vrai. Son ambition ressemble pourtant peu à celle qu’on montre dans les séries. Elle ne cherche pas la lumière, elle cherche le sommet, et l’on peut y arriver dans l’ombre, pourvu qu’on monte un peu chaque jour. Elle a un plan, souvent depuis l’adolescence. Elle le révise sans en parler à personne, et l’on découvre un matin qu’elle dirige le service, qu’elle a repris l’entreprise familiale ou qu’elle a fini, à cinquante ans, le diplôme abandonné à vingt.
Elle ne court pas vers le sommet : elle y monte, et elle y reste.
Au travail, on la reconnaît à des détails. Elle arrive avec le dossier lu. Elle tient ses délais, et s’étonne en silence que les autres ne tiennent pas les leurs. Elle a le goût du travail bien fait, celui qui se voit à peine : une comptabilité juste au centime, une cuisine où chaque couteau a sa place. Elle préfère l’autorité qu’on gagne à celle qu’on décrète, et on lui obéit volontiers parce qu’elle ne demande rien qu’elle ne ferait pas elle-même.
Son écueil est connu : confondre sa valeur avec ce qu’elle accomplit. Un échec professionnel la touche plus profondément qu’elle ne l’avoue, et un mois de vacances la rend nerveuse dès le troisième jour. Elle gagne à se trouver une activité où elle n’a rien à prouver, un potager ou une chorale. Personne ne l’y juge, et c’est précisément ce qui lui fait du bien.
La pudeur, qu’on prend pour de la froideur
Les manuels d’astrologie la disent froide. Ceux qui la connaissent la savent pudique, ce qui n’a rien à voir. La femme Capricorne ressent beaucoup ; elle estime seulement que ses émotions ne regardent pas tout le monde. Elle pleure aux enterrements, mais plutôt dans la voiture, après.
Cette réserve est aussi une forme d’égard. Elle ne déverse pas ses soucis sur une amie qui en a déjà assez, elle ne fait pas d’une contrariété une affaire publique. Quand quelque chose va mal, elle cherche d’abord une solution, et ne parle du problème qu’une fois réglé. Ses proches apprennent à lire ses signes : une question posée deux fois, un silence un peu plus long, une tasse de thé qu’elle vous prépare sans que vous l’ayez demandée.
Et puis il y a son humour, qui surprend tous ceux qui l’avaient crue austère. Un humour à froid, pince-sans-rire, livré d’une voix parfaitement neutre, sans un battement de cils. Elle n’annonce jamais qu’elle plaisante, ce qui laisse à son interlocuteur trois secondes de doute délicieuses. C’est sa manière de dire qu’elle a tout vu, et qu’elle ne s’en formalise pas.
En amour, une parole donnée
La femme Capricorne ne tombe pas amoureuse en un soir. Elle observe longtemps, parce qu’elle veut savoir si l’on tiendra. Les déclarations enflammées la mettent mal à l’aise. Elle croit davantage à quelqu’un qui rappelle quand il l’a promis, qui se souvient du prénom de sa sœur, qui est là le jour du déménagement. Pour elle, l’amour se prouve en semaine, pas seulement le samedi soir.
Une fois engagée, elle est d’une fidélité qui étonne, à une époque où tout se remplace. Elle ne se donne pas à moitié, et elle n’aime pas qu’on le fasse avec elle. La séduire demande de la constance ; la garder demande surtout de ne jamais la croire acquise. Elle donne beaucoup sans le dire, et attend qu’on le remarque sans le réclamer.
Son piège, en couple, est de faire passer le devoir avant la tendresse : elle reste au bureau « pour la famille », et la famille dîne sans elle. Un rendez-vous fixe à deux, inscrit à l’agenda comme une réunion, n’a rien de triste à ses yeux ; c’est même la plus sûre preuve d’amour qu’elle sache donner. Côté affinités, notre article sur le couple Capricorne-Balance montre qu’un duo réputé difficile peut durer, et celui sur les signes dans le couple rappelle que le Soleil ne dit jamais tout.
La lignée, ou ce qu’on doit à ceux d’avant
S’il fallait ne retenir qu’un trait, ce serait celui-là. La femme Capricorne se sent un maillon. Elle sait d’où elle vient, et se sent comptable de ce qu’elle a reçu : un nom, une maison, un savoir-faire, parfois seulement une manière de tenir debout dans l’adversité. C’est souvent elle qui garde les lettres de la guerre dans une boîte à chaussures, et qui a recopié le cahier de recettes de la grand-mère avant qu’il ne tombe en morceaux.
Elle rend visite à ses parents âgés sans qu’on ait à le lui rappeler. Elle s’occupe des papiers après un décès, parce qu’il faut bien que quelqu’un le fasse et qu’elle le fera mieux que d’autres. Avec ses enfants, s’il y en a, elle est exigeante et tendre à la fois : elle veut leur transmettre de quoi grimper seuls, des habitudes plutôt que des sermons, une épargne commencée tôt plutôt qu’un héritage tardif. Sans enfants, elle transmet autrement, à une nièce, à une apprentie, à la jeune collègue qu’elle a prise sous son aile.
Le sens du devoir a ses excès, et elle les connaît. Porter seule le poids de toute une famille épuise, même les plus solides. Le plus beau cadeau qu’on puisse lui faire est de prendre une part de la charge sans attendre qu’elle la demande, car demander lui coûte. La tradition prête au signe un curieux privilège : il rajeunirait en vieillissant. Peut-être est-ce simplement qu’à soixante-dix ans, ayant fait ce qu’elle devait, la femme Capricorne s’autorise enfin à rire de bon cœur.
Ce qu’elle construit lui survivra, et c’est exactement ce qu’elle voulait. Ceux qui partagent sa route savent pourtant qu’il y a mieux que ses réussites : une présence qui ne fait jamais défaut, et ce rire bref, à froid, qui arrive toujours au moment où l’on en avait besoin.






