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<rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/"><channel><title>Carnet de Bal — People</title><link>https://carnetdebal.fr/people/</link><description>Icônes, destins, têtes couronnées.</description><language>fr-FR</language><copyright>© Denis Florent Media Group SRL</copyright><lastBuildDate>Fri, 30 Oct 2026 18:02:34 GMT</lastBuildDate><atom:link href="https://carnetdebal.fr/people/rss.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><image><url>https://carnetdebal.fr/icon-512.png</url><title>Carnet de Bal — People</title><link>https://carnetdebal.fr/people/</link></image><item><title>Ces femmes qui ont tout commencé après soixante ans</title><link>https://carnetdebal.fr/people/ces-femmes-qui-ont-tout-commence-apres-soixante-ans/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/people/ces-femmes-qui-ont-tout-commence-apres-soixante-ans/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 09:21:00 GMT</pubDate><dc:creator>Isabelle Moreau</dc:creator><category>People</category><description>Elles ont publié leur premier roman, exposé leur première toile ou trouvé leur public à l’âge où l’on est censé ranger ses affaires. Huit destins de femmes qui ont commencé tard, racontés à partir des faits, sans légende dorée.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/ces-femmes-qui-ont-tout-commence-apres-soixante-ans/1200.jpg" alt="Portrait en noir et blanc de Grandma Moses vers 1950 : vieille dame souriante aux cheveux relevés et aux lunettes rondes, assise, les mains croisées, en robe à pois."></p><p>On aime les histoires de génies précoces, les premiers romans à vingt ans, les Oscars à vingt-cinq. Elles sont belles, mais elles laissent entendre que tout se joue tôt. Les vies qui suivent racontent autre chose. Certaines de ces femmes n’avaient jamais créé avant soixante ans&#8239;; d’autres avaient travaillé toute leur vie dans l’ombre et n’ont été vues que très tard. Aucune n’a eu la tâche facile. Toutes ont commencé avec ce qu’elles avaient&nbsp;: un fauteuil, un crayon, des ciseaux, des mains abîmées.</p>
<p>Une précision avant de commencer. On cite souvent Julia Child dans ce genre de liste. C’est inexact&nbsp;: elle avait trente-six ans quand une sole meunière, à Rouen, lui a révélé la cuisine française, et quarante-neuf quand a paru <em>Mastering the Art of French Cooking</em>, en 1961. Elle a commencé tard pour son époque, mais avant cinquante ans. Les huit femmes qui suivent ont attendu, ou dû attendre, la soixantaine pour commencer ou pour être enfin vues.</p>
<h2 id="1-mary-delany-72-ans-des-fleurs-en-papier">1. Mary Delany, 72 ans&nbsp;: des fleurs en papier</h2>
<p>Anglaise, née en 1700, deux fois veuve, Mary Delany a passé sa vie dans le monde, à broder, dessiner, écrire des lettres. En 1772, à soixante-douze ans, elle remarque, selon le récit qu’on en a gardé, qu’un pétale de géranium ressemble à un morceau de papier rouge posé sur la table. Elle prend des ciseaux. Pendant dix ans, elle découpe et assemble de minuscules fragments de papier colorés sur fond noir pour reproduire des fleurs, avec une exactitude de botaniste. Elle en réalise près d’un millier, jusqu’à ce que sa vue l’abandonne. Ces «&nbsp;mosaïques de papier&nbsp;» sont aujourd’hui conservées au British Museum, et on les regarde encore avec stupeur.</p>
<h2 id="2-laura-ingalls-wilder-65-ans-la-petite-maison">2. Laura Ingalls Wilder, 65 ans&nbsp;: la petite maison</h2>
<p>Laura Ingalls Wilder a grandi dans les chariots de pionniers, puis a été institutrice, fermière, épouse et mère dans le Missouri. Elle écrit quelques chroniques pour un journal agricole. C’est en 1932, à soixante-cinq ans, qu’elle publie <em>La Petite Maison dans les grands bois</em>, premier volume d’une série tirée de son enfance, écrite au crayon dans des cahiers d’écolier, avec l’aide de sa fille Rose Wilder Lane, journaliste. Huit livres paraissent de son vivant. Des générations de lectrices les ont dévorés, et la série télévisée <em>La Petite Maison dans la prairie</em> les a rendus célèbres dans le monde entier à partir de 1974. Laura avait alors disparu depuis longtemps&nbsp;: elle est morte en 1957, à quatre-vingt-dix ans.</p>
<h2 id="3-grandma-moses-78-ans-peindre-quand-on-ne-peut-plus-broder">3. Grandma Moses, 78 ans&nbsp;: peindre quand on ne peut plus broder</h2>
<p>Anna Mary Robertson Moses a passé l’essentiel de sa vie dans des fermes de l’État de New York et de Virginie. Elle brodait. Vers soixante-dix-huit ans, l’arthrite rend l’aiguille trop douloureuse&#8239;; elle passe au pinceau. En 1938, un collectionneur, Louis Caldor, aperçoit ses tableaux dans la vitrine d’une pharmacie de Hoosick Falls et les achète. Deux ans plus tard, une galerie new-yorkaise lui consacre sa première exposition personnelle. Elle a quatre-vingts ans. Ses scènes de campagne enneigée, de moissons et de fêtes de village font d’elle l’une des peintres les plus populaires d’Amérique. Elle peint jusqu’au bout et meurt en 1961, à cent un ans.</p>
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<p>Toutes ont commencé avec ce qu’elles avaient&nbsp;: un fauteuil, un crayon, des ciseaux, des mains abîmées.</p>
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<h2 id="4-penelope-fitzgerald-60-ans-un-premier-roman-puis-le-booker">4. Penelope Fitzgerald, 60 ans&nbsp;: un premier roman, puis le Booker</h2>
<p>Penelope Fitzgerald a été libraire, professeure, mère de trois enfants, et a vécu un temps sur une péniche de la Tamise qui a fini par couler. Son premier roman, <em>The Golden Child</em>, paraît en 1977, quand elle a soixante ans. Deux ans plus tard, en 1979, <em>Offshore</em>, inspiré justement de sa vie sur la péniche, remporte le Booker Prize. Elle écrira encore six romans brefs, précis, drôles, dont <em>La Fleur bleue</em> (1995), consacré au poète Novalis, que beaucoup tiennent pour son chef-d’œuvre. Elle prouve qu’on peut entrer en littérature tard et y entrer par la grande porte.</p>
<h2 id="5-mary-wesley-70-ans-le-scandale-tranquille">5. Mary Wesley, 70 ans&nbsp;: le scandale tranquille</h2>
<p>Après deux livres pour enfants, l’Anglaise Mary Wesley publie son premier roman pour adultes, <em>Jumping the Queue</em>, en 1983. Elle a soixante-dix ans. Suivent <em>The Camomile Lawn</em> (1984) et plusieurs autres, qui en font l’une des romancières les plus lues de Grande-Bretagne. Ses livres parlent de désir, d’adultère, de familles bancales, avec une franchise qui surprend chez une dame de son âge. C’est justement ce qui plaît&nbsp;: elle écrit comme quelqu’un qui n’a plus rien à prouver.</p>
<h2 id="6-louise-bourgeois-70-ans-la-reconnaissance-enfin">6. Louise Bourgeois, 70 ans&nbsp;: la reconnaissance, enfin</h2>
<p>Louise Bourgeois, elle, n’a pas commencé tard. Née à Paris en 1911, installée à New York en 1938, elle sculpte depuis des décennies quand le Museum of Modern Art lui consacre une rétrospective en 1982. Elle a soixante-dix ans, et c’est le début de la gloire. Elle représente les États-Unis à la Biennale de Venise en 1993, reçoit le Lion d’or pour l’ensemble de son œuvre en 1999, l’année où elle conçoit <em>Maman</em>, l’araignée géante devenue sa signature. En 2000, elle inaugure le grand hall de la Tate Modern, à Londres. Elle travaille jusqu’à sa mort, en 2010, à quatre-vingt-dix-huit ans. Son cas rappelle qu’un talent invisible n’est pas un talent absent. Notre grand format <a href="https://carnetdebal.fr/societe/ce-que-chaque-age-sait-que-les-autres-ignorent/">Ce que chaque âge sait que les autres ignorent</a> revient sur ces savoirs qu’on n’acquiert qu’avec le temps.</p>
<h2 id="7-iris-apfel-84-ans-devenir-une-icone">7. Iris Apfel, 84 ans&nbsp;: devenir une icône</h2>
<p>Pendant des décennies, Iris Apfel a dirigé avec son mari, Carl, une entreprise de tissus d’ameublement, Old World Weavers, et participé à la restauration de pièces de la Maison-Blanche sous plusieurs présidents. Elle s’habillait déjà comme personne&nbsp;: bracelets empilés, colliers énormes, lunettes rondes démesurées. En 2005, le Costume Institute du Metropolitan Museum de New York expose sa garde-robe sous le titre <em>Rara Avis</em>. Elle a quatre-vingt-quatre ans et devient, du jour au lendemain, une figure de la mode. Le cinéaste Albert Maysles lui consacre un documentaire, <em>Iris</em>, en 2014&#8239;; elle signe un contrat avec une agence de mannequins à quatre-vingt-dix-sept ans. Elle meurt en 2024, à cent deux ans. Si son audace vous inspire, lisez <a href="https://carnetdebal.fr/mode/s-habiller-apres-soixante-ans-la-fin-des-interdits/">S’habiller après soixante ans&nbsp;: la fin des interdits</a>.</p>
<h2 id="8-carmen-herrera-89-ans-la-premiere-toile-vendue">8. Carmen Herrera, 89 ans&nbsp;: la première toile vendue</h2>
<p>Née à La Havane en 1915, installée à New York, Carmen Herrera peint depuis les années 1940 des toiles abstraites aux lignes nettes et aux couleurs franches. Pendant soixante ans, presque personne ne les achète, ni ne les expose. Elle vend sa première toile en 2004, à quatre-vingt-neuf ans. Les musées se réveillent alors&nbsp;: le Whitney Museum de New York lui consacre une grande exposition en 2016, elle a cent un ans. Elle meurt en 2022, à cent six ans, en ayant peint jusqu’à la fin.</p>
<h2 id="ce-que-ces-vies-disent-vraiment">Ce que ces vies disent vraiment</h2>
<p>Il serait trop facile d’en tirer une morale de calendrier, du genre «&nbsp;il n’est jamais trop tard&nbsp;». Ces femmes n’ont pas commencé tard par goût de l’exploit. Le plus souvent, elles n’avaient pas eu le temps avant&nbsp;: les enfants, la ferme, le mari, le travail, la guerre. Ou bien elles travaillaient déjà, mais personne ne regardait. Leurs histoires racontent autant la patience que l’injustice.</p>
<p>Elles disent aussi une chose plus réjouissante. À soixante-dix ou quatre-vingts ans, on a parfois ce qui manquait à vingt&nbsp;: du temps, une indifférence au jugement d’autrui, une mémoire pleine. Mary Delany avait regardé des fleurs toute sa vie. Laura Ingalls Wilder avait gardé intacts ses souvenirs de prairie. Elles n’ont pas commencé de zéro. Elles ont commencé de très loin.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Pour aller plus loin</p><ul>
<li><em>La Petite Maison dans les grands bois</em>, Laura Ingalls Wilder (1932), premier volume de la série.</li>
<li><em>Offshore</em>, Penelope Fitzgerald (1979), Booker Prize.</li>
<li><em>La Fleur bleue</em>, Penelope Fitzgerald (1995).</li>
<li><em>Iris</em>, documentaire d’Albert Maysles (2014).</li>
<li>Les mosaïques de papier de Mary Delany, consultables en ligne dans les collections du British Museum.</li>
</ul>
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]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/ces-femmes-qui-ont-tout-commence-apres-soixante-ans/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Joséphine Baker, cinq ans au Panthéon : les trois vies d’une Française</title><link>https://carnetdebal.fr/people/josephine-baker-cinq-ans-au-pantheon/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/people/josephine-baker-cinq-ans-au-pantheon/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 08:10:00 GMT</pubDate><dc:creator>Isabelle Moreau</dc:creator><category>People</category><description>Le 30 novembre 2021, Joséphine Baker devenait la sixième femme honorée au Panthéon, et la première femme noire. Cinq ans après, il faut relire sa vie entière : la danseuse de 1925, l’agente de la France libre, la mère de douze enfants venus du monde entier.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/josephine-baker-cinq-ans-au-pantheon/1200.jpg" alt="Photographie en noir et blanc de Joséphine Baker assise sur un muret dans le jardin de son château des Milandes, en Dordogne, en juin 1961, souriante derrière ses lunettes, un long collier sur un haut sombre à encolure rayée, la vallée boisée derrière elle."></p><p>Il y a cinq ans, le 30 novembre 2021, un cercueil recouvert du drapeau tricolore remontait la rue Soufflot, porté par des aviateurs, jusqu’aux marches du Panthéon. Il ne contenait pas le corps de Joséphine Baker, qui repose à Monaco selon le vœu de sa famille, mais des poignées de terre prélevées dans les quatre lieux de sa vie&nbsp;: Saint-Louis, dans le Missouri, où elle est née&#8239;; Paris, qui l’a faite reine&#8239;; le château des Milandes, en Dordogne, où elle a voulu bâtir un monde&#8239;; et Monaco, où elle a fini ses jours. La date n’avait pas été choisie au hasard. C’est un 30 novembre, en 1937, qu’elle avait épousé Jean Lion et était devenue française.</p>
<p>Elle était la sixième femme admise au Panthéon, après Sophie Berthelot, Marie Curie, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Simone Veil. La première femme noire. On retient souvent d’elle une ceinture de bananes et un sourire. C’est oublier tout le reste.</p>
<h2 id="saint-louis-1906-partir">Saint-Louis, 1906&nbsp;: partir</h2>
<p>Freda Josephine McDonald naît le 3 juin 1906 à Saint-Louis. L’enfance est pauvre, dure, marquée par la ségrégation. Petite, elle fait des ménages chez des Blancs. En 1917, elle a onze ans quand les émeutes raciales d’East Saint-Louis, de l’autre côté du Mississippi, font des dizaines de morts&#8239;; elle en gardera toute sa vie le souvenir. Adolescente, elle danse dans des troupes itinérantes, puis à Broadway, dans les chœurs des revues noires. Elle se fait remarquer en jouant la fille du bout de la rangée qui louche et fait des grimaces&nbsp;: le public ne regarde qu’elle.</p>
<h2 id="paris-1925-la-revue-qui-change-tout">Paris, 1925&nbsp;: la revue qui change tout</h2>
<p>En 1925, elle a dix-neuf ans et traverse l’Atlantique avec la troupe de la <em>Revue nègre</em>, présentée au théâtre des Champs-Élysées. Le titre dit assez le regard de l’époque, fasciné et colonial à la fois. Joséphine danse le charleston, presque nue, avec une énergie et un humour qui laissent Paris stupéfait. Elle comprend vite le jeu des fantasmes qu’on projette sur elle, et décide d’en jouer plutôt que d’en être la victime.</p>
<p>L’année suivante, aux Folies Bergère, apparaît la fameuse ceinture de bananes. En 1930, au Casino de Paris, elle chante <em>J’ai deux amours</em>, de Vincent Scotto, qui devient sa signature. Le cinéma suit&nbsp;: <em>Zouzou</em> (1934), avec Jean Gabin, puis <em>Princesse Tam Tam</em> (1935). Elle se promène sur les Champs-Élysées avec un guépard, Chiquita, et devient l’une des femmes les plus photographiées d’Europe.</p>
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<p>Elle comprend vite le jeu des fantasmes qu’on projette sur elle, et décide d’en jouer plutôt que d’en être la victime.</p>
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<h2 id="1939-la-vedette-devient-agente">1939&nbsp;: la vedette devient agente</h2>
<p>Quand la guerre éclate, Joséphine Baker est recrutée par le contre-espionnage français, par l’intermédiaire du capitaine Jacques Abtey. Sa célébrité devient une couverture. Une vedette en tournée voyage, fréquente les ambassades, passe les frontières avec des malles de costumes, et personne ne fouille les partitions d’une chanteuse. Elle transmet des renseignements, notamment par le Portugal, puis rejoint l’Afrique du Nord, où elle reste au service de la France libre malgré une longue et grave maladie.</p>
<p>Elle chante pour les troupes alliées, s’engage dans les formations féminines de l’armée de l’air, avec le grade de sous-lieutenant. Après la guerre, elle reçoit la croix de guerre, la médaille de la Résistance avec rosette, puis la Légion d’honneur. Elle portera son uniforme dans des occasions solennelles jusqu’à la fin de sa vie. Le 28 août 1963, lors de la marche sur Washington pour l’emploi et la liberté, elle prend la parole en uniforme de l’armée de l’air française, ses décorations sur la poitrine, le jour même du discours de Martin Luther King.</p>
<p>Car son combat contre le racisme n’a jamais cessé. Aux États-Unis, dans les années 1950, elle refuse de se produire devant des salles ségréguées. Elle avait quitté son pays pour ne plus être traitée en citoyenne de seconde zone&#8239;; elle y revenait pour exiger que personne ne le soit.</p>
<h2 id="les-milandes-la-tribu-arc-en-ciel">Les Milandes&nbsp;: la tribu arc-en-ciel</h2>
<p>Dès la fin des années 1930, Joséphine Baker loue le château des Milandes, à Castelnaud-la-Chapelle, en Dordogne&#8239;; elle l’achète après la guerre. Elle y conçoit un projet fou, à sa mesure&nbsp;: adopter des enfants de toutes origines et de toutes religions, et prouver, en les élevant ensemble, que la fraternité est possible. Ils seront douze, nés en Corée, au Japon, en Colombie, en Finlande, en Algérie, en France, en Côte d’Ivoire, au Venezuela, au Maroc. Elle les appelle sa «&nbsp;tribu arc-en-ciel&nbsp;».</p>
<p>Le domaine devient une petite entreprise&nbsp;: hôtel, restaurant, salle de spectacle, visites. C’est aussi un gouffre. Les dettes s’accumulent, les galas ne suffisent plus. En 1969, après la vente du château aux enchères, elle en est expulsée. Les photographies de cette femme de soixante-deux ans assise sur les marches, sous la pluie, ont fait le tour de la presse.</p>
<p>Une autre Américaine devenue princesse lui vient alors en aide&nbsp;: Grace de Monaco l’aide à s’installer à Roquebrune-Cap-Martin, au-dessus de la Méditerranée. On peut relire à ce propos <a href="https://carnetdebal.fr/people/grace-kelly-de-hollywood-au-rocher/">notre portrait de Grace Kelly</a>.</p>
<h2 id="bobino-avril-1975-le-dernier-rideau">Bobino, avril 1975&nbsp;: le dernier rideau</h2>
<p>Joséphine Baker remonte sur scène, pour vivre et pour faire vivre les siens. Au printemps 1975, à soixante-huit ans, elle triomphe à Bobino dans une revue qui célèbre ses cinquante ans de carrière à Paris. Le spectacle affiche complet. Quelques jours après la première, elle est victime d’une hémorragie cérébrale et meurt le 12 avril 1975 à la Pitié-Salpêtrière. Ses obsèques, en l’église de la Madeleine, sont accompagnées des honneurs militaires, et la foule déborde sur la place.</p>
<h2 id="ce-que-dit-sa-pantheonisation">Ce que dit sa panthéonisation</h2>
<p>On peut voir dans l’hommage de 2021 la consécration d’une icône commode, consensuelle, que chacun tire à soi. Ce serait passer à côté de ce qui rend Joséphine Baker si actuelle. Elle a été une femme noire, pauvre, immigrée, et elle a choisi sa patrie. Elle a fait de son corps un spectacle, à une époque où ce corps était regardé avec des yeux de colon, et elle en a gardé la maîtrise. Elle a risqué sa vie pour un pays qui n’était pas celui de sa naissance. Elle a élevé douze enfants pour démontrer une idée.</p>
<p>Ses contradictions font partie du portrait. Elle a été généreuse jusqu’à la ruine, et l’utopie des Milandes a eu son prix, pour ses enfants comme pour elle. Le Panthéon n’en fait pas une sainte. Il dit seulement que la France reconnaît les siens à ce qu’ils ont fait pour elle, et non à l’endroit d’où ils viennent. Cinq ans après, c’est encore une phrase qu’il n’est pas inutile de répéter.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Sur ses pas</p><ul>
<li><strong>Le Panthéon</strong>, Paris 5<sup>e</sup>&nbsp;: son cénotaphe se trouve dans la crypte.</li>
<li><strong>Le château des Milandes</strong>, Castelnaud-la-Chapelle (Dordogne)&nbsp;: ouvert à la visite, il conserve souvenirs, costumes et uniformes.</li>
<li><strong>Le cimetière de Monaco</strong>, où elle est inhumée.</li>
<li><strong>Le théâtre des Champs-Élysées</strong>, Paris 8<sup>e</sup>, où tout a commencé en 1925.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/josephine-baker-cinq-ans-au-pantheon/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Grace Kelly, de Hollywood au Rocher : le rôle qu’elle n’a jamais quitté</title><link>https://carnetdebal.fr/people/grace-kelly-de-hollywood-au-rocher/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/people/grace-kelly-de-hollywood-au-rocher/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 06:56:00 GMT</pubDate><dc:creator>Isabelle Moreau</dc:creator><category>People</category><description>En cinq ans, elle a tourné onze films, dont trois pour Hitchcock, et remporté un Oscar. Puis, à vingt-six ans, elle a tout arrêté pour épouser le prince Rainier III. Retour sur la trajectoire de Grace Kelly, actrice devenue princesse, et sur le prix d’un conte de fées.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/grace-kelly-de-hollywood-au-rocher/1200.jpg" alt="Portrait en noir et blanc de Grace Kelly en 1955 : cheveux blonds relevés, collier de perles, robe noire au décolleté en V, regard droit vers l’objectif."></p><p>Avril 1956, dans la rade de Monaco. Une jeune femme coiffée d’un grand chapeau quitte le paquebot qui l’a amenée de New York, sous les flashs d’une nuée de photographes et devant une foule massée sur les quais. Elle a vingt-six ans, un Oscar sur sa cheminée, et elle vient de renoncer au métier qui l’a rendue célèbre. Dans quelques jours, elle épousera un prince régnant. Personne, ce jour-là, ne mesure encore ce que ce mariage va lui demander.</p>
<h2 id="une-fille-de-philadelphie-qui-voulait-jouer">Une fille de Philadelphie qui voulait jouer</h2>
<p>Grace Patricia Kelly naît le 12 novembre 1929 à Philadelphie, dans une famille aisée d’origine irlandaise et allemande. Son père, John B. Kelly, a fait fortune dans la brique et remporté trois médailles d’or olympiques en aviron, en 1920 et en 1924. Chez les Kelly, on admire les champions. Grace, elle, est une enfant timide, myope, qui préfère le théâtre au sport.</p>
<p>Elle part à New York, entre à l’American Academy of Dramatic Arts, pose pour des publicités, joue à la télévision, débute à Broadway en 1949. Hollywood la remarque vite. Après un premier petit rôle dans <em>Quatorze heures</em> (1951), elle est l’épouse quaker de Gary Cooper dans <em>Le train sifflera trois fois</em> de Fred Zinnemann (1952). Elle a vingt-deux ans et tient tête, à l’écran, à l’une des plus grandes stars du moment.</p>
<h2 id="hitchcock-et-la-blonde-qui-brule-sous-la-glace">Hitchcock et la blonde qui brûle sous la glace</h2>
<p>En 1953, <em>Mogambo</em>, de John Ford, lui vaut une nomination à l’Oscar du second rôle. Mais c’est Alfred Hitchcock qui fixe son image. Il la dirige trois fois en deux ans&nbsp;: <em>Le crime était presque parfait</em> (1954), <em>Fenêtre sur cour</em> (1954) et <em>La Main au collet</em> (1955).</p>
<p>Dans <em>Fenêtre sur cour</em>, elle est Lisa Fremont, femme du monde qui débarque chez James Stewart, immobilisé dans son fauteuil, et allume les lampes une à une en se présentant. Les robes d’Edith Head, la lumière, le premier baiser en très gros plan&nbsp;: Hitchcock compose avec elle le portrait d’une élégance qui cache une audace. Car Lisa n’a rien d’une potiche. C’est elle qui, à la fin, escalade la façade et pénètre chez le meurtrier présumé.</p>
<p>Ce paradoxe, Hitchcock l’aimait. Il s’en est expliqué dans ses entretiens avec François Truffaut&nbsp;: il préférait les actrices dont la sensualité se devine sous une apparence de dame, plutôt que celles qui l’affichent. Grace Kelly incarnait exactement cela&nbsp;: des gants blancs, un chignon impeccable, et un regard qui en savait long.</p>
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<p>Grace Kelly incarnait exactement cela&nbsp;: des gants blancs, un chignon impeccable, et un regard qui en savait long.</p>
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<p><em>La Main au collet</em>, tourné sur la Côte d’Azur avec Cary Grant, lui fait découvrir la Riviera. Entre-temps, elle a obtenu, en mars 1955, l’Oscar de la meilleure actrice pour <em>Une fille de la province</em> de George Seaton, où elle joue, démaquillée et en cardigan, l’épouse usée d’un comédien alcoolique, face à Bing Crosby. Le rôle était à contre-emploi. C’est précisément ce que l’Académie a récompensé.</p>
<h2 id="cannes-mai-1955-la-rencontre">Cannes, mai 1955&nbsp;: la rencontre</h2>
<p>Au printemps 1955, Grace Kelly est l’invitée du Festival de Cannes. <em>Paris Match</em> organise une séance de photos au palais princier de Monaco, avec le prince Rainier III. La rencontre est brève et protocolaire. Elle est suivie d’une correspondance, puis d’une visite du prince aux États-Unis en décembre. Les fiançailles sont annoncées au début de janvier 1956.</p>
<p>Il reste à Grace deux films à tourner pour honorer son contrat avec la MGM&nbsp;: <em>Le Cygne</em> (1956), où elle joue, comble d’ironie, une jeune femme promise à un prince héritier, et <em>Haute Société</em> (1956), comédie musicale où elle chante <em>True Love</em> en duo avec Bing Crosby et croise Frank Sinatra et Louis Armstrong. Onze films en cinq ans. Puis plus rien.</p>
<h2 id="le-mariage-du-siecle-et-ce-qui-suit">Le mariage du siècle, et ce qui suit</h2>
<p>En avril 1956, elle traverse l’Atlantique à bord du paquebot <em>Constitution</em> avec sa famille, ses amies et une montagne de bagages. Le mariage civil est célébré au palais le 18 avril, le mariage religieux le lendemain en la cathédrale de Monaco. Sa robe, dessinée par Helen Rose, la costumière de la MGM, est un cadeau du studio&nbsp;: soie, dentelle ancienne, petites perles, un voile léger. Elle reste l’une des robes de mariée les plus copiées au monde.</p>
<p>Les enfants naissent vite&nbsp;: Caroline en janvier 1957, Albert en mars 1958, Stéphanie en février 1965. Photographiée au début de sa première grossesse, la princesse dissimule son ventre derrière un grand sac Hermès en cuir. Le modèle prendra son nom, et les clientes de la maison parleront bientôt du «&nbsp;Kelly&nbsp;», comme elles parleront plus tard du Birkin. Nous avons raconté l’histoire de cet autre sac dans <a href="https://carnetdebal.fr/people/jane-birkin-le-panier-et-la-liberte/">notre portrait de Jane Birkin</a>.</p>
<h2 id="le-role-qu-on-lui-a-interdit-de-reprendre">Le rôle qu’on lui a interdit de reprendre</h2>
<p>En 1962, Hitchcock lui propose le premier rôle de <em>Pas de printemps pour Marnie</em>. Elle est tentée. Mais l’annonce de son retour à l’écran soulève une vive opposition à Monaco, où l’on juge mal qu’une princesse redevienne actrice, et la principauté traverse alors une crise politique avec la France. Elle renonce. Le rôle ira à Tippi Hedren.</p>
<p>C’est sans doute le moment où le conte de fées montre ses coutures. Grace Kelly avait choisi le Rocher en connaissance de cause&#8239;; elle n’avait peut-être pas mesuré qu’on lui demanderait de renoncer pour toujours à ce qu’elle savait faire de mieux. Elle a cherché d’autres scènes. Elle préside la Croix-Rouge monégasque, crée en 1964 la Fondation Princesse Grace, s’occupe de l’enfance, des arts, de la danse, des fleurs. Elle compose des tableaux de fleurs séchées. À la fin des années 1970, elle donne des lectures de poésie sur scène, en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Toujours la voix, toujours le texte, mais à distance du cinéma.</p>
<p>Elle tend aussi la main à une autre Américaine devenue française, ruinée et chassée de son château de Dordogne&nbsp;: à la fin des années 1960, elle aide Joséphine Baker à s’installer à Roquebrune-Cap-Martin, près de Monaco. Nous racontons <a href="https://carnetdebal.fr/people/josephine-baker-cinq-ans-au-pantheon/">ce destin hors norme</a>, cinq ans après l’entrée de Joséphine Baker au Panthéon.</p>
<h2 id="septembre-1982-la-route-de-roc-agel">Septembre 1982, la route de Roc Agel</h2>
<p>Le 13 septembre 1982, Grace de Monaco conduit sur la route qui descend de Roc Agel, la propriété familiale des hauteurs, vers Monaco. Sa fille Stéphanie, dix-sept ans, est à côté d’elle. La voiture quitte la chaussée dans un virage et dévale le ravin. Grace, victime d’un accident vasculaire cérébral au volant selon les médecins, meurt le lendemain à l’hôpital qui porte son nom. Elle avait cinquante-deux ans. Stéphanie survit.</p>
<p>Les obsèques ont lieu dans la cathédrale où elle s’était mariée vingt-six ans plus tôt. Elle y repose&#8239;; le prince Rainier, mort en 2005, a été inhumé à ses côtés.</p>
<h2 id="ce-qu-elle-reste">Ce qu’elle reste</h2>
<p>On a fait d’elle une image&nbsp;: la blonde glacée, la princesse parfaite, le chignon et les gants. C’est réducteur. Grace Kelly a été une actrice de premier plan, capable de comédie comme de drame, qui a gagné un Oscar en jouant contre son physique. Elle a ensuite choisi une vie qui la privait de son métier, et elle l’a tenue avec une discipline que peu de gens auraient eue.</p>
<p>Le cinéma a continué de la regarder. En 2014, <em>Grace de Monaco</em>, d’Olivier Dahan, avec Nicole Kidman, a fait l’ouverture du Festival de Cannes, ce même festival où tout avait commencé. Mais pour la connaître, mieux vaut revoir ses films. Il suffit de quatre soirées&nbsp;: <em>Le train sifflera trois fois</em>, <em>Fenêtre sur cour</em>, <em>Une fille de la province</em> et <em>La Main au collet</em>. Quatre femmes très différentes, et la même intelligence de jeu.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Filmographie choisie</p><ul>
<li><em>Le train sifflera trois fois</em>, Fred Zinnemann (1952)</li>
<li><em>Mogambo</em>, John Ford (1953)</li>
<li><em>Le crime était presque parfait</em>, Alfred Hitchcock (1954)</li>
<li><em>Fenêtre sur cour</em>, Alfred Hitchcock (1954)</li>
<li><em>Une fille de la province</em>, George Seaton (1954), Oscar de la meilleure actrice</li>
<li><em>La Main au collet</em>, Alfred Hitchcock (1955)</li>
<li><em>Haute Société</em>, Charles Walters (1956)</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/grace-kelly-de-hollywood-au-rocher/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Jane Birkin, le panier en osier et l’art d’être libre</title><link>https://carnetdebal.fr/people/jane-birkin-le-panier-et-la-liberte/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/people/jane-birkin-le-panier-et-la-liberte/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 05:53:00 GMT</pubDate><dc:creator>Isabelle Moreau</dc:creator><category>People</category><description>Elle est arrivée à Paris en 1968 sans parler français et en est repartie, en 2023, comme l’une des femmes les plus aimées du pays. Entre-temps, Jane Birkin a imposé un style qui tenait dans un panier en osier, et une façon d’être libre qui ne demandait la permission à personne.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/jane-birkin-le-panier-et-la-liberte/1200.jpg" alt="Jane Birkin, cheveux châtains en bataille et veste noire, chante les yeux mi-clos dans un micro, sur la scène d’une salle de concert de Varsovie en 2017."></p><p>Il y a des icônes qu’on admire de loin, derrière une vitre. Jane Birkin, on avait plutôt envie de lui emprunter son pull. C’est peut-être le secret de sa longévité dans le cœur des Français&nbsp;: elle n’a jamais eu l’air de poser. Les cheveux pas tout à fait coiffés, la frange dans les yeux, une chemise d’homme trop grande, un jean, des tennis ou des ballerines, et au bras ce panier en osier qu’elle traînait de l’aéroport au plateau de télévision comme d’autres un sac du soir. Le tout porté avec un accent anglais qu’elle n’a jamais cherché à corriger.</p>
<p>Ce style-là a l’air facile. Il ne l’est pas. Il suppose de ne pas avoir peur d’être regardée telle qu’on est, et c’est sans doute la chose la plus difficile à copier.</p>
<h2 id="une-londonienne-a-paris-sans-un-mot-de-francais">Une Londonienne à Paris, sans un mot de français</h2>
<p>Jane Birkin naît le 14 décembre 1946 à Londres. Sa mère, Judy Campbell, est comédienne&#8239;; son père, David Birkin, officier de marine. Elle grandit dans une famille où l’on fréquente le théâtre plus que les salons, épouse très jeune le compositeur John Barry, l’homme des musiques de James Bond, et donne naissance en 1967 à sa première fille, Kate. La même année, on l’aperçoit dans <em>Blow-Up</em> de Michelangelo Antonioni, Palme d’or à Cannes&nbsp;: un petit rôle, mais déjà ce mélange d’insolence et de candeur qui deviendra sa marque.</p>
<p>Le mariage ne dure pas. En 1968, séparée, elle vient tourner à Paris <em>Slogan</em>, de Pierre Grimblat. Elle ne parle pas français. Son partenaire s’appelle Serge Gainsbourg. Le film n’est pas resté dans les mémoires. Le couple, si.</p>
<h2 id="ce-que-gainsbourg-a-ecrit-pour-elle">Ce que Gainsbourg a écrit pour elle</h2>
<p>En 1969 sort <em>Je t’aime… moi non plus</em>, que Gainsbourg avait d’abord enregistrée avec Brigitte Bardot avant que celle-ci ne demande qu’on renonce à la publier. La version avec Jane fait scandale&nbsp;: la BBC refuse de la diffuser, le Vatican la condamne dans <em>L’Osservatore Romano</em>, et le disque se vend partout. Pour beaucoup, Jane Birkin restera longtemps cette voix de souffle.</p>
<p>Ce serait passer à côté de l’essentiel. Gainsbourg a écrit pour elle des chansons d’une délicatesse rare, et c’est dans les albums de Jane qu’on trouve parfois le meilleur de lui. Elle prête sa voix et son visage à <em>Histoire de Melody Nelson</em> (1971), dont elle orne la pochette. Viennent ensuite <em>Di doo dah</em> (1973), puis, après leur séparation, <em>Baby Alone in Babylone</em> (1983), où il lui fait chanter <em>Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve</em>. Plus tard encore, <em>Lost Song</em> (1987) et <em>Amours des feintes</em> (1990). Il a continué à lui écrire après qu’elle l’eut quitté. Elle a continué à chanter ses chansons après sa mort, en 1991, jusqu’à en faire un répertoire de concert qu’elle a promené dans le monde entier.</p>
<p>Leur fille Charlotte naît en 1971. Le couple habite rue de Verneuil, dans la maison noire de Gainsbourg, et devient l’un des plus photographiés de France. Jane le quitte en 1980. Avec le cinéaste Jacques Doillon, elle a une troisième fille, Lou, en 1982.</p>
<blockquote>
<p>Ce style-là a l’air facile. Il suppose de ne pas avoir peur d’être regardée telle qu’on est.</p>
</blockquote>
<h2 id="le-panier-en-osier-ou-le-refus-du-sac-a-main">Le panier en osier, ou le refus du sac à main</h2>
<p>Revenons à ce panier. Il dit beaucoup. Dans les années 1970, une jeune femme qui sort le soir porte une pochette&#8239;; Jane, elle, arrive avec un cabas de marché où tout se mélange, carnets, lunettes, objets en vrac. C’est une manière de dire qu’elle ne joue pas le jeu de la femme apprêtée, et ce choix délibéré a fait école. Les créateurs n’ont cessé, depuis, de remettre le panier en osier dans les vitrines d’été.</p>
<p>L’ironie veut que son nom soit attaché au sac le plus cher du monde. Le récit, mille fois répété, veut qu’en 1984, sur un vol entre Paris et Londres, Jane Birkin se soit trouvée assise à côté de Jean-Louis Dumas, le président d’Hermès, et lui ait confié qu’elle ne trouvait pas de sac en cuir assez grand à son goût. Le Birkin est né de cette conversation. Il est devenu un objet de liste d’attente et de salle des ventes, aux antipodes du panier qu’il était censé remplacer. Elle, de son côté, le portait cabossé, couvert d’autocollants et de breloques, plein à craquer. En 2015, après la diffusion d’une enquête sur des élevages de crocodiles, elle a demandé publiquement à Hermès de retirer son nom des versions du sac fabriquées dans cette peau.</p>
<p>On aime cette histoire parce qu’elle résume le personnage&nbsp;: une femme qui ne voulait pas d’un sac de luxe et qui a fini par en inspirer un, sans jamais le traiter comme une relique. Grace Kelly, avant elle, avait donné son nom à un autre sac de la même maison&#8239;; nous racontons <a href="https://carnetdebal.fr/people/grace-kelly-de-hollywood-au-rocher/">son destin de Hollywood au Rocher</a>.</p>
<h2 id="une-actrice-qu-on-a-sous-estimee">Une actrice qu’on a sous-estimée</h2>
<p>Le cinéma l’a d’abord employée pour sa silhouette. Dans <em>La Piscine</em> de Jacques Deray (1969), elle est la jeune fille qui trouble le couple formé par Alain Delon et Romy Schneider. Dans <em>Je t’aime moi non plus</em>, le film que Gainsbourg réalise en 1976, elle a les cheveux ras et joue une serveuse androgyne face à Joe Dallesandro.</p>
<p>Puis les auteurs sont venus la chercher pour autre chose. Jacques Doillon lui confie <em>La Pirate</em> (1984). Jacques Rivette en fait le modèle délaissé de <em>La Belle Noiseuse</em> (1991), aux côtés de Michel Piccoli et d’Emmanuelle Béart. Bertrand Tavernier la met face à Dirk Bogarde dans <em>Daddy Nostalgie</em> (1990). Et surtout, Agnès Varda signe avec elle, en 1988, deux films d’un coup&nbsp;: <em>Jane B. par Agnès V.</em>, portrait en miroirs et en déguisements, et <em>Kung-Fu Master&#8239;!</em>, où apparaissent Charlotte, Lou et Mathieu Demy, le fils de la cinéaste. Il faut voir ce diptyque pour comprendre ce que Varda voyait en elle&nbsp;: une femme qui se laissait regarder sans se laisser enfermer. <a href="https://carnetdebal.fr/culture/agnes-varda-la-glaneuse-qui-filmait-les-femmes/">Notre portrait d’Agnès Varda</a> revient sur cette cinéaste qui filmait les femmes autrement.</p>
<p>En 2007, à soixante ans, Jane Birkin passe elle-même derrière la caméra avec <em>Boxes</em>, film très personnel sur une femme entourée de ses filles et de ses fantômes.</p>
<h2 id="les-engagements-et-la-douleur">Les engagements, et la douleur</h2>
<p>On aurait tort de réduire sa liberté à une affaire de vestiaire. Jane Birkin a mis sa notoriété au service de causes qu’elle choisissait elle-même, notamment aux côtés d’Amnesty International et pour la défense des prisonniers d’opinion en Birmanie. Elle n’avait pas le goût des tribunes&#8239;; elle préférait se déplacer, chanter, signer, accompagner.</p>
<p>Sa vie a aussi été traversée par des deuils publics. Gainsbourg meurt le 2 mars 1991. Kate Barry, sa fille aînée, devenue photographe, meurt en décembre 2013. Jane Birkin en parlera peu, puis l’écrira et le chantera&nbsp;: l’album <em>Oh&#8239;! Pardon tu dormais…</em> (2020), conçu avec Étienne Daho, porte la trace de cette perte. Ses journaux intimes, publiés en deux volumes sous les titres <em>Munkey Diaries</em> (2018) et <em>Post-Scriptum</em> (2019), montrent une femme drôle, inquiète, exigeante avec elle-même, très loin de l’image de la jolie Anglaise insouciante.</p>
<p>En 2021, Charlotte Gainsbourg lui consacre un documentaire, <em>Jane par Charlotte</em>, présenté à Cannes. On y voit une mère et une fille qui se parlent enfin à hauteur de visage. Jane Birkin meurt à Paris le 16 juillet 2023, à soixante-seize ans.</p>
<h2 id="ce-qu-elle-nous-laisse">Ce qu’elle nous laisse</h2>
<p>Il serait facile d’en faire une leçon de style, une liste de pièces à acheter&nbsp;: la marinière, le jean évasé, le panier, la chemise blanche. On peut tout acheter, cela ne suffira pas. Ce que Jane Birkin portait le mieux, c’était une certaine indifférence au regard des autres, qui n’était pas du mépris mais de la confiance.</p>
<p>Elle a vieilli à découvert. Elle a laissé ses cheveux grisonner, son visage se marquer, sa voix devenir plus fragile, et elle a continué à monter sur scène. Elle n’a pas fait semblant d’avoir vingt ans à soixante-dix. C’est peut-être ce qu’on peut lui emprunter de plus précieux, avant le panier&nbsp;: l’idée qu’on peut être regardée toute sa vie sans jamais demander pardon d’exister.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Repères</p><ul>
<li>14 décembre 1946&nbsp;: naissance à Londres.</li>
<li>1966&nbsp;: <em>Blow-Up</em>, de Michelangelo Antonioni.</li>
<li>1968&nbsp;: <em>Slogan</em>, rencontre avec Serge Gainsbourg.</li>
<li>1969&nbsp;: <em>Je t’aime… moi non plus</em> et <em>La Piscine</em>.</li>
<li>1971&nbsp;: naissance de Charlotte&#8239;; <em>Histoire de Melody Nelson</em>.</li>
<li>1984&nbsp;: naissance du sac Birkin chez Hermès.</li>
<li>1988&nbsp;: <em>Jane B. par Agnès V.</em> et <em>Kung-Fu Master&#8239;!</em></li>
<li>1991&nbsp;: <em>La Belle Noiseuse</em>, de Jacques Rivette.</li>
<li>2018&nbsp;: <em>Munkey Diaries</em>, premier volume de ses journaux.</li>
<li>16 juillet 2023&nbsp;: mort à Paris.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/jane-birkin-le-panier-et-la-liberte/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Sœur André, doyenne de l’humanité depuis avril 2022, s’est éteinte à 118 ans</title><link>https://carnetdebal.fr/soeur-andre-devenue-doyenne-de-lhumanite-en-avril-2022-nous-a-quittees-doucement-dans-la-nuit/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/soeur-andre-devenue-doyenne-de-lhumanite-en-avril-2022-nous-a-quittees-doucement-dans-la-nuit/</guid><pubDate>Wed, 18 Jan 2023 02:26:25 GMT</pubDate><dc:creator>Isabelle Moreau</dc:creator><category>People</category><description>Lucile Randon était née à Alès en 1904, sous la IIIe République. Devenue sœur André, doyenne de l’humanité en avril 2022, elle s’est éteinte dans son sommeil le 17 janvier 2023, à Toulon. Portrait d’une femme qui a traversé un siècle en servant les autres.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/soeur-andre-devenue-doyenne-de-lhumanite-en-avril-2022-nous-a-quittees-doucement-dans-la-nuit/1200.jpg" alt="De fines bougies de cire allumées, plantées dans un bac de sable, brillent dans la pénombre d’une église."></p><p>Elle est partie sans bruit, dans son sommeil, le 17 janvier 2023, à l’Ehpad Sainte-Catherine-Labouré de Toulon où elle vivait depuis 2009. Elle avait 118 ans. Sœur André, née Lucile Randon, était depuis le mois d’avril 2022 la doyenne de l’humanité, la personne vivante la plus âgée dont l’âge avait été vérifié. Le porte-parole de l’établissement, David Tavella, a rapporté qu’elle souhaitait depuis longtemps rejoindre son frère tant aimé.</p>
<p>On aurait tort de ne retenir d’elle qu’un record. Sœur André a eu plusieurs vies, et toutes, ou presque, ont été consacrées aux autres.</p>
<h2 id="une-enfance-cevenole-au-debut-du-siecle">Une enfance cévenole, au début du siècle</h2>
<p>Lucile Randon naît le 11 février 1904 à Alès, dans le Gard, dans une famille protestante. Elle grandit avec des frères, dans la France d’avant la Grande Guerre, celle des lampes à pétrole et des charrettes. Pour mesurer ce que représente sa vie, il suffit d’une image&nbsp;: quand elle vient au monde, les frères Wright ont fait voler leur premier avion moins de deux mois plus tôt. Elle verra l’homme marcher sur la Lune, puis l’arrivée des téléphones dans les poches.</p>
<p>Jeune femme, elle travaille comme gouvernante dans des familles, auprès des enfants. Elle se convertit au catholicisme à l’âge adulte. Rien, à ce moment-là, ne semble la destiner au voile.</p>
<h2 id="une-vocation-tardive">Une vocation tardive</h2>
<p>À quarante ans, en 1944, alors que la guerre n’est pas terminée, elle entre chez les Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul. Elle prend le nom de sœur André, en souvenir de son frère préféré. L’âge auquel elle fait ce choix dit beaucoup d’elle. À quarante ans, on n’entre pas en religion pour obéir à une famille&nbsp;: on sait ce que l’on fait.</p>
<p>Elle est envoyée à l’hôpital de Vichy, où elle passe près de trente ans auprès des orphelins et des personnes âgées. Elle y lave, soigne, console, veille. Les portraits qui lui ont été consacrés décrivent une religieuse infatigable, dotée d’un solide sens de l’humour. Elle disait volontiers, dans les entretiens accordés à la presse au soir de sa vie, que le travail l’avait gardée vivante.</p>
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<p>À quarante ans, on n’entre pas en religion pour obéir à une famille&nbsp;: on sait ce que l’on fait.</p>
</blockquote>
<h2 id="les-dernieres-annees-a-toulon">Les dernières années, à Toulon</h2>
<p>En 2009, elle s’installe à l’Ehpad Sainte-Catherine-Labouré, à Toulon. Elle a déjà plus de cent ans. Elle y vit entourée de soignants et d’autres religieuses, assiste à la messe, reçoit des visites. Elle a perdu la vue et se déplace en fauteuil roulant, mais garde, selon ceux qui la côtoient, une parole vive. On a beaucoup raconté son goût pour le chocolat et pour un petit verre de vin à table&#8239;; elle ne cherchait pas, semble-t-il, de secret de longévité, et ne voulait pas qu’on lui en prête.</p>
<p>En janvier 2021, quelques semaines avant ses 117 ans, elle contracte le Covid-19 dans son établissement, où l’épidémie a frappé plusieurs résidents. Elle en guérit. La nouvelle fait le tour du monde, à un moment où la France compte ses morts, et donne à cette religieuse presque aveugle une notoriété qu’elle n’avait pas cherchée.</p>
<h2 id="doyenne-de-l-humanite">Doyenne de l’humanité</h2>
<p>Doyenne des Français, puis de l’Europe, elle devient le 19 avril 2022 la doyenne de l’humanité, à la mort de la Japonaise Kane Tanaka, disparue à 119 ans. Le Guinness World Records la reconnaît alors comme la personne vivante la plus âgée du monde. Elle est aussi la religieuse la plus âgée jamais recensée, et la Française la plus âgée de l’histoire après Jeanne Calment, morte à Arles en 1997 à 122 ans.</p>
<p>Elle accueillait ces titres avec un certain détachement, et les journalistes venus de loin repartaient rarement avec la recette de longévité qu’ils espéraient. Elle avait passé sa vie à s’occuper des autres, et l’on s’occupait soudain d’elle.</p>
<h2 id="ce-qu-elle-laisse">Ce qu’elle laisse</h2>
<p>À sa mort, le titre de doyenne de l’humanité est revenu à Maria Branyas, née aux États-Unis et installée en Catalogne depuis l’enfance. La chaîne continue, et c’est souvent une femme qui en tient le premier maillon&nbsp;: parmi les personnes dont l’âge a été vérifié, les plus âgées sont en grande majorité des femmes.</p>
<p>Mais sœur André laisse autre chose qu’une ligne dans un livre de records. Elle laisse l’exemple d’une vie qui a changé de cap à quarante ans, d’une vocation choisie en pleine maturité, d’un engagement tenu pendant des décennies auprès des plus fragiles. Pour les lectrices de tous âges, c’est une leçon sans morale&nbsp;: il n’est jamais trop tard pour décider de sa vie. Nous l’avions déjà constaté en racontant <a href="https://carnetdebal.fr/people/ces-femmes-qui-ont-tout-commence-apres-soixante-ans/">ces femmes qui ont tout commencé après soixante ans</a>.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Sœur André en quelques dates</p><ul>
<li><strong>11 février 1904</strong>&nbsp;: naissance de Lucile Randon à Alès, dans le Gard.</li>
<li><strong>1944</strong>&nbsp;: à quarante ans, elle entre chez les Filles de la Charité et prend le nom de sœur André.</li>
<li><strong>2009</strong>&nbsp;: elle s’installe à l’Ehpad Sainte-Catherine-Labouré, à Toulon.</li>
<li><strong>Janvier 2021</strong>&nbsp;: elle guérit du Covid-19, à près de 117 ans.</li>
<li><strong>19 avril 2022</strong>&nbsp;: elle devient la doyenne de l’humanité.</li>
<li><strong>17 janvier 2023</strong>&nbsp;: elle meurt à Toulon, dans son sommeil, à 118 ans.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/soeur-andre-devenue-doyenne-de-lhumanite-en-avril-2022-nous-a-quittees-doucement-dans-la-nuit/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Greta Thunberg remet en place Andrew Tate, en une seule phrase</title><link>https://carnetdebal.fr/greta-thunberg-remet-en-place-andrew-tate/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/greta-thunberg-remet-en-place-andrew-tate/</guid><pubDate>Fri, 30 Dec 2022 02:40:09 GMT</pubDate><dc:creator>Isabelle Moreau</dc:creator><category>People</category><description>Le 27 décembre 2022, l’influenceur Andrew Tate interpelle Greta Thunberg sur Twitter en énumérant ses voitures de sport. La militante répond d’une phrase, avec un humour dévastateur. Récit d’un échange qui a fait le tour du monde, et de ce qu’il dit de la riposte à la misogynie en ligne.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/greta-thunberg-remet-en-place-andrew-tate/1200.jpg" alt="Portrait de Greta Thunberg, longues tresses et pull rose pâle, qui fixe l’objectif d’un regard grave, adossée à un mur de pierre."></p><p>Il y a des réponses qui valent mieux qu’un long discours. Le 27 décembre 2022, l’influenceur Andrew Tate publie sur Twitter un message adressé à Greta Thunberg. Il y énumère, avec force détails techniques, les voitures de sa collection&nbsp;: il dit en posséder trente-trois, cite sa Bugatti, ses deux Ferrari, leurs moteurs et leurs cylindrées. Puis il propose à la militante de lui donner son adresse électronique, afin de lui envoyer la liste complète de ses voitures et de leurs «&nbsp;énormes émissions&nbsp;».</p>
<p>Le lendemain, Greta Thunberg répond. Une phrase. Elle le remercie de bien vouloir l’éclairer, et lui donne une adresse de son invention, dont le nom, en trois mots anglais, moque la virilité ostentatoire de son interlocuteur et l’invite à se trouver une vie. La réponse fait aussitôt le tour du monde.</p>
<h2 id="qui-est-andrew-tate">Qui est Andrew Tate</h2>
<p>Né en 1986 aux États-Unis, de nationalité américaine et britannique, Andrew Tate est un ancien champion de kickboxing devenu influenceur. Il s’est fait connaître d’un large public en vendant, en ligne, des formations à la réussite financière et à la séduction, et en diffusant des vidéos sur le rôle des hommes et des femmes. Ses propos sur les femmes, largement relayés et jugés misogynes, lui ont valu d’être exclu de Facebook, d’Instagram, de TikTok et de YouTube à l’été 2022, ces plateformes estimant qu’il enfreignait leurs règles. Son compte Twitter, suspendu depuis plusieurs années, avait été rétabli quelques semaines plus tôt, en novembre 2022.</p>
<p>Il est surtout très suivi par de jeunes hommes, parfois des adolescents, ce qui inquiète enseignants et parents dans plusieurs pays.</p>
<h2 id="qui-est-greta-thunberg">Qui est Greta Thunberg</h2>
<p>Greta Thunberg est née le 3 janvier 2003 à Stockholm. En août 2018, à quinze ans, elle s’assoit seule devant le Parlement suédois, avec une pancarte peinte à la main annonçant une grève scolaire pour le climat. Le mouvement, baptisé <em>Fridays for Future</em>, gagne des centaines de milliers de lycéens à travers le monde. En septembre 2019, elle s’adresse aux dirigeants de la planète au sommet des Nations unies sur le climat, à New York, où elle s’est rendue en voilier pour ne pas prendre l’avion. Le magazine <em>Time</em> en fait sa personnalité de l’année 2019.</p>
<p>Elle a souvent évoqué publiquement son syndrome d’Asperger, qu’elle présente comme une force dans son engagement. Au moment de l’échange avec Andrew Tate, elle a dix-neuf ans.</p>
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<p>Une phrase a suffi, parce qu’elle déplaçait le ridicule du côté de celui qui croyait le distribuer.</p>
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<h2 id="une-habitude-de-l-ironie">Une habitude de l’ironie</h2>
<p>Ce n’était pas la première fois que Greta Thunberg retournait une attaque contre son auteur. En 2019, quand Vladimir Poutine l’avait décrite comme une adolescente gentille mais mal informée, elle avait repris la formule dans la présentation de son compte. Elle avait fait de même, quelques semaines plus tard, avec un message moqueur de Donald Trump l’invitant à travailler sur sa colère. Chaque fois, la méthode est la même&nbsp;: ne pas argumenter, ne pas s’indigner, reprendre les mots de l’autre et les laisser parler d’eux-mêmes.</p>
<p>Face à Andrew Tate, elle applique la même règle. Il voulait la provoquer sur le terrain de l’écologie, en se vantant de polluer. Elle ne discute ni des moteurs ni des émissions. Elle répond sur ce que le message trahit, le besoin de se montrer, et c’est ce qui a fait mouche.</p>
<h2 id="ce-que-l-echange-revele">Ce que l’échange révèle</h2>
<p>Pourquoi une phrase a-t-elle autant circulé&#8239;? D’abord parce qu’elle renversait un rapport de force attendu&nbsp;: un homme de trente-six ans, qui se présente comme un modèle de puissance, face à une jeune femme qu’il croyait facile à humilier. Ensuite parce qu’elle montrait une autre façon de répondre au harcèlement en ligne, par l’humour plutôt que par la colère ou le silence.</p>
<p>Il faut cependant se garder d’en faire une recette. Toutes les femmes visées par des attaques en ligne n’ont pas des millions d’abonnés pour les soutenir, ni l’envie d’entrer dans l’arène. Le silence, le blocage et le signalement sont aussi des réponses légitimes, et souvent les plus sages.</p>
<p>Le 29 décembre, au lendemain de cet échange, Andrew Tate et son frère Tristan ont été interpellés en Roumanie, où ils vivent, dans le cadre d’une enquête des autorités roumaines pour traite d’êtres humains. Ils contestent les accusations, et rien ne relie cette procédure à l’échange avec Greta Thunberg. Il appartient désormais à la justice de se prononcer.</p>
<h2 id="ce-qu-on-peut-en-retenir">Ce qu’on peut en retenir</h2>
<p>Cet échange restera comme un moment de la culture en ligne, de ceux qu’on raconte encore des années après. Il dit quelque chose de la génération de Greta Thunberg, qui a grandi avec les réseaux sociaux et en connaît les armes. Il dit aussi l’inquiétude de nombreux parents face à des discours qui séduisent leurs fils. Si vous souhaitez en parler avec un adolescent, l’humour de cette réponse peut être une porte d’entrée, avant d’aborder le fond. Pour aller plus loin sur la manière dont les femmes se sont imposées dans l’espace public, notre portrait de <a href="https://carnetdebal.fr/people/josephine-baker-cinq-ans-au-pantheon/">Joséphine Baker</a> raconte un autre courage.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Victime de cyberharcèlement</p><ul>
<li><strong>Le 3018</strong>&nbsp;: numéro national gratuit et anonyme contre les violences numériques, pour les jeunes et leurs parents. Il aide aussi à faire supprimer des contenus.</li>
<li><strong>Pharos</strong>&nbsp;: la plateforme officielle de signalement des contenus illicites sur Internet, sur internet-signalement.gouv.fr.</li>
<li><strong>Le 3919</strong>&nbsp;: Violences Femmes Info, gratuit et anonyme, si le harcèlement s’inscrit dans des violences plus larges.</li>
<li><strong>Conserver les preuves</strong>&nbsp;: captures d’écran datées, adresses des pages, avant tout signalement.</li>
</ul>
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