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<rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/"><channel><title>Carnet de Bal — Culture</title><link>https://carnetdebal.fr/culture/</link><description>Cinéma, musique, livres : ce qu’il faut voir, écouter, lire.</description><language>fr-FR</language><copyright>© Denis Florent Media Group SRL</copyright><lastBuildDate>Fri, 30 Oct 2026 18:02:34 GMT</lastBuildDate><atom:link href="https://carnetdebal.fr/culture/rss.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><image><url>https://carnetdebal.fr/icon-512.png</url><title>Carnet de Bal — Culture</title><link>https://carnetdebal.fr/culture/</link></image><item><title>De Barbara à Françoise Hardy, la chanson française au féminin</title><link>https://carnetdebal.fr/culture/de-barbara-a-francoise-hardy-la-chanson-francaise-au-feminin/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/culture/de-barbara-a-francoise-hardy-la-chanson-francaise-au-feminin/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 11:43:00 GMT</pubDate><dc:creator>Sarah Duport</dc:creator><category>Culture</category><description>Elles ont écrit leurs propres textes quand on attendait d’elles qu’elles chantent ceux des hommes, parlé de désir, de deuil, d’avortement ou de harcèlement. Douze chanteuses françaises et francophones, une chanson chacune, de 1950 à aujourd’hui : une histoire de la chanson au féminin, à écouter dans l’ordre.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/de-barbara-a-francoise-hardy-la-chanson-francaise-au-feminin/1200.jpg" alt="Photographie en noir et blanc de Françoise Hardy en décembre 1969 à Amsterdam : longs cheveux et frange, manteau de fourrure, regard grave, au bord d’un canal."></p><p>Pendant longtemps, en France, la chanteuse était une interprète. Les hommes écrivaient, composaient, produisaient&#8239;; elle prêtait sa voix, son visage, sa robe. La liste qui suit raconte comment cela a changé. Une chanson par artiste, choisie non parce qu’elle est la plus connue, mais parce qu’elle dit quelque chose de ce que ces femmes ont conquis. Ordre chronologique. Mettez un casque.</p>
<h2 id="1-edith-piaf-l-hymne-a-l-amour-1950">1. Édith Piaf, <em>L’Hymne à l’amour</em> (1950)</h2>
<p>On commence par une exception&nbsp;: dès les années 1940, Piaf écrit une partie de ses textes. <em>L’Hymne à l’amour</em>, c’est elle pour les paroles, et Marguerite Monnot pour la musique, deux femmes, à une époque où c’était rare. La chanson est liée à Marcel Cerdan, le boxeur qu’elle aimait, mort dans un accident d’avion en octobre 1949. Elle l’enregistre en 1950. C’est une prière laïque, démesurée, sans aucune pudeur, où Piaf se jette dans l’amour comme on se jette à l’eau.</p>
<h2 id="2-francoise-hardy-tous-les-garcons-et-les-filles-1962">2. Françoise Hardy, <em>Tous les garçons et les filles</em> (1962)</h2>
<p>Une jeune fille de dix-huit ans, une guitare apprise seule, une chanson qu’elle a écrite elle-même sur la solitude d’une adolescente qui voit les autres aller par deux. En octobre 1962, la télévision la diffuse le soir des résultats d’un référendum, et la France entière l’entend. L’étiquette yé-yé ne lui a jamais vraiment convenu&nbsp;: Françoise Hardy, morte en 2024, était une autrice exigeante et mélancolique, qui a écrit une grande partie de ses chansons. Celle-ci reste la première, et elle n’a pas pris une ride.</p>
<h2 id="3-barbara-nantes-1964">3. Barbara, <em>Nantes</em> (1964)</h2>
<p>En 1959, Barbara est appelée au chevet de son père, à Nantes. Elle arrive trop tard. Elle en fait une chanson, l’une de ses plus belles, qu’elle enregistre sur l’album <em>Barbara chante Barbara</em>. Pendant des années, on l’écoute comme le chagrin d’une fille qui n’a pas pu dire adieu. Puis, en 1998, paraissent ses mémoires inachevés, <em>Il était un piano noir</em>, où elle révèle ce que ce père lui a fait subir enfant. La chanson change de sens sans changer d’une note. C’est ce que peut la chanson&nbsp;: dire et taire à la fois.</p>
<h2 id="4-juliette-greco-deshabillez-moi-1967">4. Juliette Gréco, <em>Déshabillez-moi</em> (1967)</h2>
<p>Muse de Saint-Germain-des-Prés, amie de Sartre et de Boris Vian, Gréco n’écrivait pas ses chansons, mais elle les choisissait avec une sûreté de goût redoutable. <em>Déshabillez-moi</em>, écrite par Robert Nyel et composée par Gaby Verlor, est un monument d’ironie&nbsp;: Gréco, qui a alors quarante ans, y dicte à son amant le rythme exact de son désir. Tout passe par la voix, les silences, les mains. Elle l’a chantée pendant des décennies, sans jamais la rendre vulgaire.</p>
<h2 id="5-brigitte-fontaine-comme-a-la-radio-1969">5. Brigitte Fontaine, <em>Comme à la radio</em> (1969)</h2>
<p>Une voix qui parle plus qu’elle ne chante, un musicien, Areski Belkacem, et le free jazz de l’Art Ensemble of Chicago. <em>Comme à la radio</em>, paru sur le petit label Saravah, ne ressemble à rien de ce qui passait alors à la radio, justement. Brigitte Fontaine a ouvert une porte que personne n’avait remarquée&nbsp;: celle d’une chanson française libre, bizarre, intellectuelle et drôle. Beaucoup d’artistes d’aujourd’hui lui doivent plus qu’ils ne le savent.</p>
<blockquote>
<p>Pendant longtemps, la chanteuse prêtait sa voix, son visage, sa robe. Les hommes écrivaient le reste.</p>
</blockquote>
<h2 id="6-veronique-sanson-amoureuse-1972">6. Véronique Sanson, <em>Amoureuse</em> (1972)</h2>
<p>Elle a vingt-deux ans, elle compose au piano, écrit ses textes, et Michel Berger produit son premier album. <em>Amoureuse</em> est une chanson sur le désir qui envahit tout, écrite par une femme qui ne s’excuse pas de le ressentir. L’harmonie est sophistiquée, la voix monte très haut, ose les cassures. La chanson a même traversé la Manche&nbsp;: l’Anglaise Kiki Dee en a fait un succès en anglais. Sanson a montré qu’une Française pouvait être autrice-compositrice au piano comme Carole King l’était en Amérique.</p>
<h2 id="7-anne-sylvestre-une-sorciere-comme-les-autres-1975">7. Anne Sylvestre, <em>Une sorcière comme les autres</em> (1975)</h2>
<p>On l’a longtemps réduite à ses <em>Fabulettes</em> pour enfants. C’est injuste. Anne Sylvestre a écrit, dès les années 1960, certaines des chansons les plus fortes sur la condition des femmes. Dans <em>Une sorcière comme les autres</em>, une femme demande simplement qu’on la regarde telle qu’elle est, ni mère, ni fée, ni sainte. Quelques années plus tôt, elle avait osé une chanson sur l’avortement, <em>Non, tu n’as pas de nom</em>. Elle est morte en 2020, et une nouvelle génération d’interprètes reprend aujourd’hui ses chansons.</p>
<h2 id="8-les-rita-mitsouko-marcia-baila-1984">8. Les Rita Mitsouko, <em>Marcia Baila</em> (1984)</h2>
<p>Catherine Ringer chante, danse, crie, et Fred Chichin compose avec elle une pop électrique que la France n’avait jamais entendue. <em>Marcia Baila</em> est un hommage à Marcia Moretto, danseuse et chorégraphe argentine morte d’un cancer. Le paradoxe est total&nbsp;: une chanson de deuil sur laquelle tout le monde danse. Catherine Ringer, avec sa voix capable de tout, a inventé une manière d’être une femme sur scène, hors des clichés de la chanteuse sage comme de la bombe sexuelle.</p>
<h2 id="9-camille-ta-douleur-2005">9. Camille, <em>Ta douleur</em> (2005)</h2>
<p>Sur l’album <em>Le Fil</em>, une seule note, tenue d’un bout à l’autre du disque, relie toutes les chansons. Camille joue avec sa voix, son souffle, son corps, sa bouche, comme d’un instrument complet. <em>Ta douleur</em> est une chanson à la fois joueuse et grave, où la voix tourne autour du chagrin comme pour l’apprivoiser. On peut l’écouter dix fois sans en faire le tour. Camille a rappelé que la voix d’une femme pouvait être un laboratoire.</p>
<h2 id="10-christine-and-the-queens-christine-2014">10. Christine and the Queens, <em>Christine</em> (2014)</h2>
<p>Sur l’album <em>Chaleur humaine</em>, la chanson <em>Christine</em>, dont la version anglaise, <em>Tilted</em>, a fait le tour du monde, propose un personnage de scène qui brouille les codes du masculin et du féminin&nbsp;: costume trop grand, chorégraphies anguleuses, textes mélangeant le français et l’anglais. L’artiste, qui se présente aujourd’hui sous le nom de Chris, a ouvert un espace pour celles et ceux qui ne se reconnaissent pas dans les rôles attribués. Le disque a connu un immense succès, en France comme à l’étranger.</p>
<h2 id="11-aya-nakamura-djadja-2018">11. Aya Nakamura, <em>Djadja</em> (2018)</h2>
<p>Née à Bamako, élevée à Aulnay-sous-Bois, Aya Nakamura écrit avec un vocabulaire à elle, mêlant argot, mots inventés et emprunts. <em>Djadja</em> répond à un homme qui se vante de ce qui ne s’est jamais passé&nbsp;: la chanson est une gifle joyeuse aux menteurs. Le succès est mondial. Le 26 juillet 2024, lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, elle chante devant l’Institut de France, accompagnée par la Garde républicaine. Une image qui, à elle seule, raconte l’histoire de la chanson française.</p>
<h2 id="12-angele-balance-ton-quoi-2019">12. Angèle, <em>Balance ton quoi</em> (2019)</h2>
<p>La chanteuse belge Angèle prend le ton d’une comptine pour parler de harcèlement et de sexisme ordinaire, avec un humour qui désarme. Le clip montre des hommes en stage de «&nbsp;réhabilitation&nbsp;» antisexiste. La chanson est devenue un hymne pour une génération qui a grandi avec les débats ouverts en 2017, et prouve qu’on peut être grave sans perdre le sourire.</p>
<h2 id="ce-que-cette-liste-raconte">Ce que cette liste raconte</h2>
<p>Mises bout à bout, ces douze chansons racontent une prise de pouvoir. Interprètes d’abord, puis autrices, compositrices, productrices, directrices de leur image. Piaf écrivait déjà, mais on retenait surtout sa voix. Hardy, Sanson et Barbara ont imposé la femme autrice. Catherine Ringer, Camille et Chris ont fait du corps et de la voix un terrain d’invention. Aya Nakamura et Angèle écrivent sans demander la permission, dans une langue qui est la leur.</p>
<p>Si cette promenade vous a donné envie d’aller plus loin, lisez aussi notre portrait de <a href="https://carnetdebal.fr/people/jane-birkin-le-panier-et-la-liberte/">Jane Birkin</a>, dont les chansons, écrites par Serge Gainsbourg, comptent parmi les plus belles du répertoire.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Pour prolonger l’écoute</p><ul>
<li><em>Barbara chante Barbara</em> (1964), Barbara</li>
<li><em>Comme à la radio</em> (1969), Brigitte Fontaine</li>
<li><em>Amoureuse</em> (1972), Véronique Sanson</li>
<li><em>Rita Mitsouko</em> (1984), Les Rita Mitsouko</li>
<li><em>Le Fil</em> (2005), Camille</li>
<li><em>Chaleur humaine</em> (2014), Christine and the Queens</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/de-barbara-a-francoise-hardy-la-chanson-francaise-au-feminin/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Quinze films de femmes à voir ou revoir cet automne</title><link>https://carnetdebal.fr/culture/quinze-films-de-femmes-a-voir-ou-revoir-cet-automne/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/culture/quinze-films-de-femmes-a-voir-ou-revoir-cet-automne/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 10:47:00 GMT</pubDate><dc:creator>Sarah Duport</dc:creator><category>Culture</category><description>Quinze films, quinze réalisatrices, six décennies et dix pays. Pas un palmarès, pas une liste de rattrapage scolaire : des films qui nous ont tenues éveillées, choisis pour les longues soirées qui commencent. Chacun avec une raison précise de le voir.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/quinze-films-de-femmes-a-voir-ou-revoir-cet-automne/1200.jpg" alt="Photographie en noir et blanc d’une salle de cinéma vide en 1964 : rangées de fauteuils, balcons à arcades, colonne sculptée et rideau tiré devant l’écran."></p><p>Une précision d’abord&nbsp;: «&nbsp;film de femme&nbsp;» ne désigne pas un genre. Il n’y a rien de commun entre la cuisine de <em>Jeanne Dielman</em> et la légion étrangère de <em>Beau travail</em>, sinon que des femmes ont tenu la caméra. Cette liste n’a pas d’autre principe. Elle mélange les classiques et les récents, les films qui consolent et ceux qui dérangent, et elle laisse de côté Agnès Varda, à qui nous consacrons <a href="https://carnetdebal.fr/culture/agnes-varda-la-glaneuse-qui-filmait-les-femmes/">un portrait à part entière</a>. Ordre chronologique, pour voyager dans le temps.</p>
<h2 id="1-les-petites-marguerites-vera-chytilova-tchecoslovaquie-196">1. <em>Les Petites Marguerites</em>, Věra Chytilová (Tchécoslovaquie, 1966)</h2>
<p>Deux jeunes filles, toutes deux prénommées Marie, décident que puisque le monde est gâté, elles le seront aussi. Elles se font inviter à dîner par des messieurs mûrs, les plantent sur le quai de la gare, et finissent par saccager un banquet dans une scène d’anthologie. Couleurs qui changent d’un plan à l’autre, collages, ciseaux&nbsp;: c’est le film le plus insolent de cette liste. Le pouvoir de l’époque ne l’a guère goûté.</p>
<h2 id="2-wanda-barbara-loden-etats-unis-1970">2. <em>Wanda</em>, Barbara Loden (États-Unis, 1970)</h2>
<p>Le seul film réalisé par Barbara Loden, qui joue aussi le rôle-titre. Wanda quitte son mari et ses enfants sans un mot, erre dans les paysages de mines de charbon de Pennsylvanie, puis suit un petit escroc minable dans un braquage voué à l’échec. Tourné en 16 mm, avec une économie de moyens totale, c’est le portrait le plus juste qu’on ait vu d’une femme qui ne sait pas ce qu’elle veut, sinon ne plus être là où elle est.</p>
<h2 id="3-jeanne-dielman-23-quai-du-commerce-1080-bruxelles-chantal-">3. <em>Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles</em>, Chantal Akerman (Belgique, 1975)</h2>
<p>Trois heures vingt dans la vie d’une veuve qui fait le ménage, épluche les pommes de terre, prépare l’escalope, et reçoit chaque après-midi un client. Delphine Seyrig est immense. Akerman, qui avait à peine vingt-cinq ans, filme en plans fixes, en temps réel, et c’est précisément cette durée qui rend la fin si terrible. En 2022, les critiques interrogés par la revue britannique <em>Sight and Sound</em> l’ont désigné meilleur film de tous les temps. Préparez un thé. Ne regardez pas votre téléphone.</p>
<h2 id="4-diabolo-menthe-diane-kurys-france-1977">4. <em>Diabolo menthe</em>, Diane Kurys (France, 1977)</h2>
<p>Paris, 1963, deux sœurs au lycée, les premiers garçons, les profs injustes, les parents divorcés. Diane Kurys raconte son adolescence avec une précision de mémoire qui ne vieillit pas. Prix Louis-Delluc 1977. La chanson d’Yves Simon vous restera en tête, et vous ne vous en plaindrez pas.</p>
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<p>«&nbsp;Film de femme&nbsp;» ne désigne pas un genre&nbsp;: il n’y a rien de commun entre la cuisine de <em>Jeanne Dielman</em> et la légion étrangère de <em>Beau travail</em>.</p>
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<h2 id="5-daughters-of-the-dust-julie-dash-etats-unis-1991">5. <em>Daughters of the Dust</em>, Julie Dash (États-Unis, 1991)</h2>
<p>En 1902, sur une île au large de la Caroline du Sud, une famille gullah, descendante d’esclaves africains, se réunit une dernière fois avant que certains de ses membres ne partent vers le Nord. Robes blanches sur le sable, langues mêlées, mémoire des ancêtres. Le film de Julie Dash est le premier long métrage d’une Afro-Américaine distribué en salles aux États-Unis. Beyoncé lui a rendu hommage dans les images de <em>Lemonade</em>, en 2016.</p>
<h2 id="6-la-lecon-de-piano-jane-campion-nouvelle-zelande-1993">6. <em>La Leçon de piano</em>, Jane Campion (Nouvelle-Zélande, 1993)</h2>
<p>Ada, muette, débarque avec sa fille et son piano sur une plage de Nouvelle-Zélande pour épouser un colon qu’elle ne connaît pas. Holly Hunter, Harvey Keitel, Sam Neill, la musique de Michael Nyman, la boue, la pluie. En 1993, Jane Campion devient la première femme à recevoir la Palme d’or, partagée avec <em>Adieu ma concubine</em> de Chen Kaige. Le film de l’automne par excellence&nbsp;: humide, sensuel, inoubliable.</p>
<h2 id="7-beau-travail-claire-denis-france-1999">7. <em>Beau travail</em>, Claire Denis (France, 1999)</h2>
<p>À Djibouti, l’adjudant Galoup, joué par Denis Lavant, voit d’un mauvais œil l’arrivée d’une jeune recrue dans sa section de légionnaires. Claire Denis filme les corps des soldats comme des danseurs, sur la musique de Britten. Et puis il y a la dernière scène, où Lavant danse seul dans une boîte de nuit, sur <em>The Rhythm of the Night</em>&nbsp;: l’une des plus belles fins du cinéma français.</p>
<h2 id="8-la-cienaga-lucrecia-martel-argentine-2001">8. <em>La Ciénaga</em>, Lucrecia Martel (Argentine, 2001)</h2>
<p>Un été étouffant dans le nord-ouest de l’Argentine. Une famille bourgeoise s’abrutit au bord d’une piscine croupie, entre verres de vin et enfants livrés à eux-mêmes. On ne sait jamais d’où viendra le danger, et Martel ne le dit pas. Premier long métrage d’une cinéaste majeure, à voir pour comprendre comment on peut filmer la torpeur et la menace en même temps.</p>
<h2 id="9-lost-in-translation-sofia-coppola-etats-unis-2003">9. <em>Lost in Translation</em>, Sofia Coppola (États-Unis, 2003)</h2>
<p>Un acteur vieillissant et une jeune femme qui s’ennuie se croisent dans un grand hôtel de Tokyo. Rien ne se passe, ou presque, et pourtant tout. Bill Murray chante <em>More Than This</em> au karaoké, Scarlett Johansson regarde la ville depuis sa fenêtre. Oscar du meilleur scénario original. Le film parfait pour une nuit d’insomnie.</p>
<h2 id="10-une-vie-simple-ann-hui-hong-kong-2011">10. <em>Une vie simple</em>, Ann Hui (Hong Kong, 2011)</h2>
<p>Ah Tao a servi pendant soixante ans la même famille. Quand elle tombe malade, c’est le fils de la maison, devenu producteur de cinéma et joué par Andy Lau, qui prend soin d’elle. Un film sur la vieillesse, la maison de retraite, la dette affective, sans une once de pathos. Deanie Ip a reçu pour ce rôle le prix d’interprétation féminine à Venise.</p>
<h2 id="11-wadjda-haifaa-al-mansour-arabie-saoudite-2012">11. <em>Wadjda</em>, Haifaa al-Mansour (Arabie saoudite, 2012)</h2>
<p>À Riyad, une fillette veut un vélo vert pour faire la course avec son voisin. Une fille à vélo, cela ne se fait pas. Elle s’inscrit donc à un concours de récitation du Coran pour gagner l’argent. Premier long métrage tourné entièrement en Arabie saoudite, par une réalisatrice saoudienne qui a dû diriger certaines scènes depuis une camionnette. Drôle, vif, à voir en famille.</p>
<h2 id="12-atlantique-mati-diop-senegal-2019">12. <em>Atlantique</em>, Mati Diop (Sénégal, 2019)</h2>
<p>À Dakar, des ouvriers qui construisent une tour de luxe, impayés depuis des mois, partent en pirogue vers l’Europe. Parmi eux, l’amoureux d’Ada, promise à un autre. Puis le film bascule dans le fantastique. Mati Diop est la première réalisatrice noire en compétition au Festival de Cannes&#8239;; elle y remporte le Grand Prix.</p>
<h2 id="13-portrait-de-la-jeune-fille-en-feu-celine-sciamma-france-2">13. <em>Portrait de la jeune fille en feu</em>, Céline Sciamma (France, 2019)</h2>
<p>En 1770, sur une île bretonne, une peintre doit faire en secret le portrait d’une jeune femme qui refuse de poser avant son mariage. Noémie Merlant et Adèle Haenel, le mythe d’Orphée lu au coin du feu, un chant de femmes autour d’un brasier, et le dernier plan, sur <em>L’Été</em> de Vivaldi, qui ne vous lâchera plus. Prix du scénario à Cannes.</p>
<h2 id="14-aftersun-charlotte-wells-royaume-uni-2022">14. <em>Aftersun</em>, Charlotte Wells (Royaume-Uni, 2022)</h2>
<p>Un père très jeune et sa fille de onze ans en vacances en Turquie, à la fin des années 1990. Des images de caméscope, une piscine, une danse sur <em>Under Pressure</em>. On comprend peu à peu ce qui se jouait derrière la carte postale. Paul Mescal et la jeune Frankie Corio sont bouleversants. Un premier film qui vous accompagnera longtemps.</p>
<h2 id="15-anatomie-d-une-chute-justine-triet-france-2023">15. <em>Anatomie d’une chute</em>, Justine Triet (France, 2023)</h2>
<p>Un homme est retrouvé mort dans la neige, au pied de son chalet, près de Grenoble. Suicide ou meurtre&#8239;? Sa femme, écrivaine, est accusée, et leur fils malvoyant devient le témoin clé. Sandra Hüller est saisissante. Palme d’or 2023&nbsp;: Justine Triet est la troisième femme à la recevoir, après Jane Campion et Julia Ducournau. Le film a aussi remporté l’Oscar du meilleur scénario original.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Si vous n’en voyez que trois</p><ul>
<li><em>Jeanne Dielman</em>, pour le choc.</li>
<li><em>La Leçon de piano</em>, pour le frisson.</li>
<li><em>Portrait de la jeune fille en feu</em>, pour le dernier plan.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/quinze-films-de-femmes-a-voir-ou-revoir-cet-automne/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Annie Ernaux : lire sa vie pour comprendre la nôtre</title><link>https://carnetdebal.fr/culture/annie-ernaux-lire-sa-vie-pour-comprendre-la-notre/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/culture/annie-ernaux-lire-sa-vie-pour-comprendre-la-notre/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 07:46:00 GMT</pubDate><dc:creator>Sarah Duport</dc:creator><category>Culture</category><description>Fille de cafetiers normands devenue professeure, puis prix Nobel de littérature en 2022, Annie Ernaux écrit depuis cinquante ans sur sa propre vie. Et pourtant, c’est la nôtre qu’on y reconnaît. Pourquoi ses livres touchent autant, et par lequel commencer.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/annie-ernaux-lire-sa-vie-pour-comprendre-la-notre/1200.jpg" alt="Annie Ernaux, cheveux blonds mi-longs et veste de velours bordeaux, penchée sur une table, dédicace un livre au milieu de lecteurs."></p><p>Il y a, au début de <em>La Place</em>, une scène qui dit tout de l’œuvre à venir. La narratrice passe les épreuves pratiques du CAPES, à Lyon, devant un jury qui la félicite. Deux mois plus tard, son père meurt. Entre ces deux événements, il y a un monde&nbsp;: celui qu’elle a quitté en devenant professeure, et qu’elle n’a jamais cessé de regarder. Tout Annie Ernaux part de là. D’une fille qui est passée de l’autre côté, et qui écrit pour ne pas trahir ceux qu’elle a laissés.</p>
<p>Le 6 octobre 2022, l’Académie suédoise lui a décerné le prix Nobel de littérature, saluant le courage et l’acuité avec lesquels elle met au jour les racines et les contraintes collectives de la mémoire personnelle. Elle avait quatre-vingt-deux ans. Elle était la première Française à le recevoir.</p>
<h2 id="yvetot-un-cafe-epicerie">Yvetot, un café-épicerie</h2>
<p>Annie Duchesne naît le 1<sup>er</sup> septembre 1940 à Lillebonne, en Seine-Maritime. Elle grandit à Yvetot, où ses parents tiennent un café-épicerie. Ce sont des gens d’origine ouvrière et paysanne, qui ont réussi à s’établir à leur compte et qui veulent pour leur fille une autre vie. Elle fait des études de lettres à Rouen, devient professeure, épouse Philippe Ernaux, a deux fils. Elle enseigne, puis s’installe en 1977 à Cergy, ville nouvelle du Val-d’Oise, dont elle tiendra plus tard la chronique dans <em>Journal du dehors</em> (1993).</p>
<p>Elle publie son premier livre, <em>Les Armoires vides</em>, en 1974. C’est un roman, encore, avec de la colère et beaucoup de style. Puis, peu à peu, elle abandonne la fiction pour un genre qu’elle invente presque&nbsp;: un récit à la première personne, d’une précision presque sociologique, où le «&nbsp;je&nbsp;» n’est jamais seulement intime.</p>
<h2 id="l-ecriture-plate">L’écriture plate</h2>
<p>En 1983, <em>La Place</em> raconte la vie de son père. Pas une biographie romancée&nbsp;: un inventaire. Ce qu’il mangeait, comment il parlait, ses fiertés, ses hontes, ses gestes. Elle refuse toute poésie du souvenir, tout attendrissement, toute ironie. Elle le dit dans le livre&nbsp;: «&nbsp;L’écriture plate me vient naturellement.&nbsp;» Cette écriture plate, c’est une langue sans effet, qui décrit les choses comme on les ferait voir. Le livre reçoit le prix Renaudot en 1984. Il est devenu un classique des lycées.</p>
<p>Le procédé déconcerte d’abord. On cherche les métaphores, il n’y en a pas. Puis on comprend. Cette sobriété est une politique. Écrire «&nbsp;joliment&nbsp;» la vie de son père, ce serait l’écrire du point de vue de ceux qui méprisent les gens comme lui. Ernaux choisit les mots exacts, les phrases nues, et c’est leur nudité qui serre la gorge.</p>
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<p>Écrire joliment la vie de son père, ce serait l’écrire du point de vue de ceux qui méprisent les gens comme lui.</p>
</blockquote>
<p>Elle a souvent cité Pierre Bourdieu, dont la lecture l’a aidée à comprendre ce qui lui était arrivé&nbsp;: le passage d’une classe à une autre, la honte, la distance. Aujourd’hui, on parle de «&nbsp;transfuge de classe&nbsp;». Ernaux a donné à ce mot une littérature.</p>
<h2 id="le-corps-des-femmes-sans-fard">Le corps des femmes, sans fard</h2>
<p>L’autre grand sujet d’Annie Ernaux, c’est le corps des femmes. <em>La Femme gelée</em> (1981) raconte comment le mariage et la maternité éteignent une jeune femme pleine d’ambition. <em>Passion simple</em> (1991) décrit, sans détour, la passion physique pour un homme marié, l’attente du téléphone, l’obsession. Le livre a fait scandale&#8239;; il a aussi rendu Ernaux célèbre bien au-delà des lecteurs de littérature.</p>
<p>Puis il y a <em>L’Événement</em> (2000). En 1963, étudiante à Rouen, Annie Ernaux est enceinte. L’avortement est illégal. Elle raconte tout&nbsp;: la recherche d’une adresse, les médecins qui détournent les yeux, la faiseuse d’anges, l’hémorragie, l’hôpital. C’est l’un des livres les plus nécessaires qu’on puisse lire, à dix-sept ans comme à quatre-vingts. L’adaptation qu’en a tirée Audrey Diwan a reçu le Lion d’or à Venise en 2021.</p>
<p>Plus tard, <em>Mémoire de fille</em> (2016) revient sur l’été 1958, quand, monitrice de colonie de vacances, elle a vécu sa première nuit avec un homme, et la honte qui a suivi. Elle avait dix-huit ans. Elle en a mis près de soixante à pouvoir l’écrire.</p>
<h2 id="les-annees-le-grand-livre"><em>Les Années</em>, le grand livre</h2>
<p>En 2008 paraît <em>Les Années</em>, le livre qui a fait d’Annie Ernaux une écrivaine de dimension mondiale. Elle y raconte six décennies, de l’après-guerre au début du XXI<sup>e</sup> siècle, mais sans dire «&nbsp;je&nbsp;». Elle écrit «&nbsp;on&nbsp;», «&nbsp;nous&nbsp;», «&nbsp;elle&nbsp;». Le récit avance de photographie en photographie&nbsp;: la petite fille sur la plage, l’adolescente, la jeune mère, la femme mûre. Autour, tout change&nbsp;: les objets, les chansons, les slogans, les élections, les publicités, la façon de parler aux enfants.</p>
<p>C’est une autobiographie impersonnelle, une contradiction qui fonctionne. On y reconnaît sa propre mère, sa propre grand-mère, ses propres années. Si vous n’avez qu’un livre d’Ernaux à lire, c’est celui-là. En 2022, elle a présenté au Festival de Cannes <em>Les Années Super 8</em>, un film coréalisé avec son fils David Ernaux-Briot, à partir des films de famille tournés dans les années 1970. On y voit en images ce qu’elle avait écrit en mots.</p>
<h2 id="pourquoi-elle-nous-concerne">Pourquoi elle nous concerne</h2>
<p>On reproche parfois à Annie Ernaux de ne parler que d’elle. C’est mal la lire. Elle se sert de sa vie comme d’un instrument pour comprendre celle des autres, et surtout celle des femmes. Ses livres parlent de la honte sociale, de l’avortement, du désir, du vieillissement, de la mort des parents, de la maladie d’Alzheimer, avec une précision qui interdit le mensonge.</p>
<p>On peut ne pas aimer son écriture. On peut la trouver froide. Mais il est difficile de la lire sans se sentir regardée, sans se dire que ce qu’elle raconte, on l’a vécu, ou que sa mère l’a vécu. Elle donne aux vies ordinaires une dignité littéraire qu’on ne leur accordait pas. Cela suffit à expliquer qu’on la lise de Cergy à Stockholm, et de dix-sept à cent dix-sept ans.</p>
<p>Pour prolonger, lisez aussi notre portrait d’une autre femme qui a fait de sa vie une œuvre, <a href="https://carnetdebal.fr/culture/agnes-varda-la-glaneuse-qui-filmait-les-femmes/">Agnès Varda</a>.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Par où commencer</p><ul>
<li><em><strong>La Place</strong></em> (1983)&nbsp;: le père, en une centaine de pages. La porte d’entrée idéale.</li>
<li><em><strong>Une femme</strong></em> (1987)&nbsp;: la mère, le pendant de <em>La Place</em>, écrit après sa mort.</li>
<li><em><strong>L’Événement</strong></em> (2000)&nbsp;: l’avortement clandestin, en 1963. Court, puissant, à lire à tout âge.</li>
<li><em><strong>Les Années</strong></em> (2008)&nbsp;: le grand livre, pour qui veut tout Ernaux en un seul volume.</li>
<li><em><strong>Mémoire de fille</strong></em> (2016)&nbsp;: la première nuit, la honte, et soixante ans pour l’écrire.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/annie-ernaux-lire-sa-vie-pour-comprendre-la-notre/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Agnès Varda, la glaneuse qui filmait les femmes autrement</title><link>https://carnetdebal.fr/culture/agnes-varda-la-glaneuse-qui-filmait-les-femmes/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/culture/agnes-varda-la-glaneuse-qui-filmait-les-femmes/</guid><pubDate>Fri, 30 Oct 2026 06:20:00 GMT</pubDate><dc:creator>Sarah Duport</dc:creator><category>Culture</category><description>Pendant soixante-cinq ans, Agnès Varda a filmé des femmes qui attendent, qui errent, qui avortent, qui vieillissent, avec une curiosité joyeuse et une liberté totale. De *Cléo de 5 à 7* à *Visages Villages*, portrait d’une cinéaste qui a appris au cinéma à regarder autrement.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/agnes-varda-la-glaneuse-qui-filmait-les-femmes/1200.jpg" alt="Agnès Varda, coupe au bol bicolore et chemisier bordeaux, sourit en écoutant quelqu’un, assise à une table dans une lumière chaude."></p><p>Dans <em>Les Glaneurs et la Glaneuse</em>, il y a un plan d’une simplicité désarmante. Agnès Varda, qui a passé soixante-dix ans, filme sa propre main avec une petite caméra numérique. Elle s’attarde sur les taches, les plis, la peau qui se relâche, et commente ce que le temps a fait d’elle avec un mélange d’effroi et d’amusement. Plus loin, depuis une voiture, elle referme la main sur les camions qui passent sur l’autoroute, comme pour les attraper. Tout Varda est là&nbsp;: la lucidité sur son propre corps, l’humour, et le jeu qui reprend le dessus.</p>
<p>On l’a longtemps présentée comme «&nbsp;la grand-mère de la Nouvelle Vague&nbsp;». L’expression est affectueuse et réductrice. Varda n’a été la grand-mère de rien. Elle a été, dès le début, une cinéaste en avance, qui a inventé ses propres règles et filmé les femmes comme peu d’hommes savaient le faire.</p>
<h2 id="une-photographe-qui-ne-connaissait-pas-le-cinema">Une photographe qui ne connaissait pas le cinéma</h2>
<p>Arlette Varda naît le 30 mai 1928 à Ixelles, près de Bruxelles, d’un père grec et d’une mère française. La famille se réfugie à Sète pendant la guerre. À dix-huit ans, elle choisit de s’appeler Agnès. Elle étudie la photographie, devient la photographe attitrée du Théâtre national populaire de Jean Vilar et du Festival d’Avignon. Elle a vu très peu de films.</p>
<p>C’est peut-être pour cela que son premier long métrage ne ressemble à rien de connu. <em>La Pointe Courte</em> (1955), tourné à Sète avec des moyens dérisoires et monté par Alain Resnais, entrelace l’histoire d’un couple en crise et la vie d’un quartier de pêcheurs. Quatre ans avant <em>Les Quatre Cents Coups</em>, la Nouvelle Vague a déjà une aînée, et c’est une femme de vingt-six ans.</p>
<h2 id="cleo-de-5-a-7-ou-le-regard-qui-change-de-camp"><em>Cléo de 5 à 7</em>, ou le regard qui change de camp</h2>
<p>En 1962 sort le film qui reste, pour beaucoup, son chef-d’œuvre. Un 21 juin, à Paris, une jeune chanteuse attend les résultats d’une analyse médicale. Elle craint un cancer. Le film la suit, presque en temps réel, de cinq heures à six heures et demie, découpé en chapitres minutés.</p>
<p>Au début, Cléo, jouée par Corinne Marchand, est une poupée. Elle se regarde dans tous les miroirs, essaie des chapeaux, se fait admirer. Puis vient la scène pivot&nbsp;: chez elle, son compositeur, joué par Michel Legrand, lui fait répéter une chanson triste. Elle chante, s’effondre, arrache sa perruque, enfile une robe noire et sort seule dans Paris. À partir de là, elle cesse d’être regardée et se met à regarder. Les passants, les cafés, les vitrines, une amie qui pose nue pour un sculpteur, puis un soldat en permission rencontré au parc Montsouris, qui repart pour l’Algérie.</p>
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<p>Au début du film, Cléo est regardée. À la fin, c’est elle qui regarde.</p>
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<p>Ce basculement est l’une des choses les plus importantes que le cinéma français ait montrées sur les femmes. Varda ne fait pas un discours. Elle montre comment une femme objet devient sujet, en une heure et demie, sans quitter Paris.</p>
<h2 id="une-vie-de-couple-une-vie-d-uvre">Une vie de couple, une vie d’œuvre</h2>
<p>Varda épouse le cinéaste Jacques Demy en 1962. Leur couple, l’un des plus attachants du cinéma français, durera jusqu’à la mort de Demy en 1990&#8239;; elle lui consacre <em>Jacquot de Nantes</em> (1991), reconstitution tendre de son enfance. Elle a eu une fille, Rosalie, avec le comédien Antoine Bourseiller, et un fils avec Demy, Mathieu, qui deviendra acteur et cinéaste.</p>
<p>Elle ne s’est jamais laissé enfermer dans un genre. Elle tourne <em>Le Bonheur</em> (1965), conte d’apparence idyllique et d’une cruauté glaçante sur un mari qui aime deux femmes. Elle part en Californie, filme les Black Panthers en 1968. Elle installe sa caméra dans sa propre rue, à Paris, pour <em>Daguerréotypes</em> (1975), portrait des commerçants de la rue Daguerre, où elle a vécu plus de soixante ans.</p>
<h2 id="l-engagement-sans-tract">L’engagement, sans tract</h2>
<p>En 1971, elle signe le manifeste des 343, ces femmes qui déclarent publiquement avoir avorté. Six ans plus tard, elle en fait un film&nbsp;: <em>L’une chante, l’autre pas</em> (1977) suit sur quinze ans l’amitié de deux femmes, Pomme et Suzanne, à travers les luttes pour la contraception et l’avortement. Le film est solaire, chanté, parfois naïf. Il a vieilli par endroits, et c’est aussi ce qui le rend précieux&nbsp;: c’est un document de son époque, tourné par quelqu’un qui y était.</p>
<p>Puis vient <em>Sans toit ni loi</em> (1985). Le film s’ouvre sur le corps d’une jeune femme retrouvée morte de froid dans un fossé, en hiver, dans le Midi. Varda reconstitue ses dernières semaines à travers ceux qui l’ont croisée. Mona, jouée par Sandrine Bonnaire, est une vagabonde qui refuse tout&nbsp;: le travail, la gentillesse, la pitié. Elle n’est pas sympathique, et Varda ne cherche pas à la rendre aimable. C’est ce qui fait la force du film. Il reçoit le Lion d’or à Venise, et Sandrine Bonnaire le César de la meilleure actrice.</p>
<h2 id="la-glaneuse-et-la-vieillesse">La glaneuse et la vieillesse</h2>
<p>En 2000, Varda découvre les petites caméras numériques, légères, qu’on tient d’une main. Elle part sur les routes de France filmer ceux qui glanent&nbsp;: les ramasseurs de pommes de terre abandonnées dans les champs, les récupérateurs des fins de marché, les artistes qui travaillent avec des rebuts. <em>Les Glaneurs et la Glaneuse</em> est un documentaire sur la pauvreté, le gaspillage et la récupération. C’est aussi un autoportrait&nbsp;: la glaneuse du titre, c’est elle, qui ramasse des images comme d’autres des patates en forme de cœur.</p>
<p>À partir de là, elle ne cesse de se filmer vieillissante. <em>Les Plages d’Agnès</em> (2008), César du meilleur documentaire, est une autobiographie ludique où elle installe des miroirs sur le sable et marche à reculons. <em>Visages Villages</em> (2017), coréalisé avec le photographe JR, la montre, à près de quatre-vingt-dix ans, parcourant les villages pour coller sur les murs d’immenses portraits de leurs habitants. Le film est nommé aux Oscars.</p>
<h2 id="ce-qu-elle-a-change">Ce qu’elle a changé</h2>
<p>En 2015, Agnès Varda reçoit une Palme d’honneur au Festival de Cannes&#8239;; elle est la première femme à qui l’on remet cette distinction. En 2017, elle reçoit un Oscar d’honneur. En mai 2018, elle monte les marches du Palais des festivals aux côtés de Cate Blanchett et de quatre-vingts autres femmes&nbsp;: quatre-vingt-deux, autant que de films réalisés par des femmes sélectionnés en compétition depuis la création du festival.</p>
<p>Elle meurt à Paris le 29 mars 2019, quelques semaines après avoir présenté à Berlin son dernier film, <em>Varda par Agnès</em>. Elle repose au cimetière du Montparnasse, auprès de Jacques Demy.</p>
<p>Ce qu’elle a changé tient en une idée simple&nbsp;: on peut filmer une femme sans la réduire à ce qu’un homme voit d’elle. Ses héroïnes ont peur, errent, désirent, vieillissent, et la caméra reste à leur hauteur. Elle a aussi montré qu’une cinéaste pouvait vieillir devant l’objectif sans se cacher, et en riant. Il faut voir Varda pour comprendre que l’on peut être sérieuse sans être solennelle. Elle a d’ailleurs filmé Jane Birkin deux fois en 1988&#8239;; nous racontons <a href="https://carnetdebal.fr/people/jane-birkin-le-panier-et-la-liberte/">ce que Jane Birkin nous a appris de la liberté</a>. Et si vous cherchez d’autres réalisatrices, voici <a href="https://carnetdebal.fr/culture/quinze-films-de-femmes-a-voir-ou-revoir-cet-automne/">quinze films de femmes à voir ou revoir cet automne</a>.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Par où commencer</p><ul>
<li><em>Cléo de 5 à 7</em> (1962)&nbsp;: l’essentiel, en une heure et demie.</li>
<li><em>Sans toit ni loi</em> (1985)&nbsp;: le plus âpre, avec une Sandrine Bonnaire inoubliable.</li>
<li><em>Les Glaneurs et la Glaneuse</em> (2000)&nbsp;: le plus libre, et le plus actuel.</li>
<li><em>Les Plages d’Agnès</em> (2008)&nbsp;: pour la connaître, elle.</li>
<li><em>Visages Villages</em> (2017)&nbsp;: pour finir avec elle, en souriant.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/agnes-varda-la-glaneuse-qui-filmait-les-femmes/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Saint-Valentin : les chansons d’amour qui reviennent chaque 14 février</title><link>https://carnetdebal.fr/les-chansons-les-plus-ecoutees-pendant-la-saint-valentin/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/les-chansons-les-plus-ecoutees-pendant-la-saint-valentin/</guid><pubDate>Tue, 14 Feb 2023 13:20:41 GMT</pubDate><dc:creator>Sarah Duport</dc:creator><category>Culture</category><description>Chaque 14 février, les mêmes chansons remontent dans nos écouteurs, des standards de 1960 aux ballades d’hier. Plutôt qu’un palmarès, une sélection argumentée, avec leur histoire, et quelques chansons d’adieu qu’on écoute quand même.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/les-chansons-les-plus-ecoutees-pendant-la-saint-valentin/1200.jpg" alt="Gros plan sur une platine vinyle claire : le bras de lecture est posé sur un disque noir, dans une lumière douce et grise."></p><p>Autour du 14 février, les plateformes de streaming publient leurs palmarès de la Saint-Valentin. Ils changent d’un service à l’autre, d’un pays à l’autre et d’une année à l’autre, et nous n’en retiendrons aucun chiffre. Ce qui frappe, quand on les lit de près, c’est autre chose&nbsp;: la même poignée de chansons revient, quelle que soit la mode du moment. Des standards de soixante ans côtoient des ballades récentes, et quelques chansons de rupture se glissent dans les listes, comme si l’on ne savait pas aimer sans un peu de chagrin.</p>
<p>Voici celles qui reviennent, et pourquoi elles tiennent.</p>
<h2 id="les-standards-qui-ne-vieillissent-pas">Les standards qui ne vieillissent pas</h2>
<p><strong>Etta James, <em>At Last</em> (1960).</strong> La chanson a été écrite en 1941 pour un film musical, mais c’est la version d’Etta James, sur l’album <em>At Last&#8239;!</em>, qui l’a rendue éternelle. Les cordes s’envolent dès la première mesure, puis la voix arrive, rauque et soulagée. C’est la chanson de l’attente récompensée, ce qui explique qu’on la choisisse si souvent pour la première danse d’un mariage.</p>
<p><strong>Elvis Presley, <em>Can’t Help Falling in Love</em> (1961).</strong> Enregistrée pour le film <em>Blue Hawaii</em>, elle est construite sur la mélodie de <em>Plaisir d’amour</em>, la romance composée par Jean-Paul-Égide Martini en 1784. Un air français du XVIII<sup>e</sup> siècle, chanté par le King sous les palmiers&nbsp;: ce slow planétaire a des racines chez nous.</p>
<p><strong>Édith Piaf, <em>La Vie en rose</em> (1947).</strong> Piaf en a écrit les paroles, et la chanson a fait le tour du monde au point que les Américains la connaissent souvent mieux que nous. Elle a été reprise par Louis Armstrong, Grace Jones, Lady Gaga. Aucune de ces versions n’égale la fragilité de l’original.</p>
<h2 id="les-ballades-d-aujourd-hui">Les ballades d’aujourd’hui</h2>
<p><strong>Ed Sheeran, <em>Perfect</em> (2017).</strong> On la retrouve en tête de nombreuses listes de la Saint-Valentin depuis sa sortie, sur l’album <em>÷</em>. Ed Sheeran l’a écrite pour Cherry Seaborn, devenue sa femme. C’est une valse lente, presque une chanson de bal de fin d’année, et c’est précisément ce qui plaît&nbsp;: rien n’y est ironique. Il en a enregistré une version en duo avec Beyoncé, puis une autre avec Andrea Bocelli.</p>
<p><strong>Ed Sheeran, <em>Thinking Out Loud</em> (2014).</strong> La même recette, trois ans plus tôt, et une promesse plus audacieuse&nbsp;: aimer encore quand les corps auront vieilli. Pour une chanson écrite par un homme de vingt-trois ans, c’est une jolie ambition.</p>
<p><strong>Adele, <em>Make You Feel My Love</em> (2008).</strong> Sur son premier album, <em>19</em>, Adele reprend une chanson de Bob Dylan parue en 1997. Elle la ralentit, la dépouille, n’en garde qu’un piano. La version de Dylan est belle&#8239;; la sienne est devenue la référence.</p>
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<p>Les palmarès changent chaque année&#8239;; les chansons qui comptent, elles, ne bougent presque pas.</p>
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<h2 id="les-chansons-d-adieu-qu-on-passe-quand-meme">Les chansons d’adieu qu’on passe quand même</h2>
<p>C’est le paradoxe de toutes les playlists de la Saint-Valentin&nbsp;: on y trouve des chansons qui parlent de séparation.</p>
<p><strong>Whitney Houston, <em>I Will Always Love You</em> (1992).</strong> Le grand cri d’amour de <em>Bodyguard</em> est, à l’origine, une chanson de départ. Dolly Parton l’a écrite et enregistrée en 1973 pour annoncer à Porter Wagoner, son partenaire de scène, qu’elle le quittait pour mener sa carrière seule. Whitney Houston en a fait un monument, et presque tout le monde a oublié qu’on y dit au revoir.</p>
<p><strong>Jacques Brel, <em>Ne me quitte pas</em> (1959).</strong> Une supplique, une humiliation volontaire, une des plus belles chansons françaises. Brel lui-même la décrivait comme l’hymne à la lâcheté des hommes. On la met pourtant dans les playlists d’amour, parce qu’on n’a jamais rien écrit de plus intense.</p>
<p><strong>Charles Aznavour, <em>She</em> (1974).</strong> Écrite en anglais avec Herbert Kretzmer pour une série de la télévision britannique, elle a été numéro un au Royaume-Uni. Vingt-cinq ans plus tard, Elvis Costello la reprend pour <em>Coup de foudre à Notting Hill</em>. Une chanson d’un Français, devenue un classique anglais, puis un classique de cinéma&nbsp;: peu de chansons ont eu trois vies.</p>
<h2 id="cote-francais-la-tendresse-et-le-frisson">Côté français, la tendresse et le frisson</h2>
<p><strong>Francis Cabrel, <em>Je l’aime à mourir</em> (1979).</strong> Sur l’album <em>Les Chemins de traverse</em>, une guitare, une voix, une déclaration d’une simplicité désarmante. Shakira l’a reprise en mêlant le français et l’espagnol, et l’on ne compte plus les feux de camp où elle a été chantée.</p>
<p><strong>Serge Gainsbourg et Jane Birkin, <em>Je t’aime… moi non plus</em> (1969).</strong> Le frisson. Interdite d’antenne dans plusieurs pays, condamnée par le journal du Vatican, elle a été numéro un au Royaume-Uni. Elle reste la chanson la plus sensuelle du répertoire, et l’on comprend qu’elle remonte chaque 14 février. Nous racontons ailleurs <a href="https://carnetdebal.fr/people/jane-birkin-le-panier-et-la-liberte/">ce que Jane Birkin nous a appris de la liberté</a>.</p>
<h2 id="pour-danser-plutot-que-soupirer">Pour danser plutôt que soupirer</h2>
<p><strong>Al Green, <em>Let’s Stay Together</em> (1971).</strong> Une soul douce, une voix de velours et un titre qui tient lieu de programme. Rien de plus élégant pour un dîner à deux.</p>
<p><strong>Beyoncé, <em>Crazy in Love</em> (2003).</strong> Avec Jay-Z, son futur mari, sur son premier album solo, <em>Dangerously in Love</em>. Les cuivres de l’introduction suffisent à faire lever une salle entière. C’est la chanson de l’amour qui rend un peu folle, et qui donne envie de bouger.</p>
<p><strong>Stevie Wonder, <em>Isn’t She Lovely</em> (1976).</strong> Sur <em>Songs in the Key of Life</em>. On la passe aux mariages et aux Saint-Valentin, mais Stevie Wonder l’a écrite pour célébrer la naissance de sa fille Aisha. Une chanson d’amour, oui, et d’un amour qui ne finit jamais.</p>
<h2 id="ce-que-ces-chansons-disent-de-nous">Ce que ces chansons disent de nous</h2>
<p>Mettez ces titres bout à bout et vous entendrez une histoire. On commence par l’attente (<em>At Last</em>), on tombe amoureuse sans pouvoir s’en empêcher, on promet de s’aimer en vieillissant, on supplie, on part, on danse. Les playlists de la Saint-Valentin racontent l’amour en entier, avec ses peurs et ses adieux, et le couple heureux n’en occupe qu’une partie.</p>
<p>C’est sans doute pour cela qu’elles changent si peu. Les chansons d’amour qui durent laissent de la place&nbsp;: chacune peut y glisser sa propre histoire, à dix-sept ans comme à quatre-vingts. Et si vous cherchez des voix de femmes françaises, notre sélection <a href="https://carnetdebal.fr/culture/de-barbara-a-francoise-hardy-la-chanson-francaise-au-feminin/">de Barbara à Françoise Hardy</a> prolonge cette liste.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Notre playlist du 14 février</p><ul>
<li>Etta James, <em>At Last</em> (1960)</li>
<li>Elvis Presley, <em>Can’t Help Falling in Love</em> (1961)</li>
<li>Édith Piaf, <em>La Vie en rose</em> (1947)</li>
<li>Ed Sheeran, <em>Perfect</em> (2017)</li>
<li>Adele, <em>Make You Feel My Love</em> (2008)</li>
<li>Whitney Houston, <em>I Will Always Love You</em> (1992)</li>
<li>Charles Aznavour, <em>She</em> (1974)</li>
<li>Francis Cabrel, <em>Je l’aime à mourir</em> (1979)</li>
<li>Al Green, <em>Let’s Stay Together</em> (1971)</li>
<li>Beyoncé et Jay-Z, <em>Crazy in Love</em> (2003)</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/les-chansons-les-plus-ecoutees-pendant-la-saint-valentin/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Cinq films de femmes libres qu’il faut avoir vus au moins une fois</title><link>https://carnetdebal.fr/5-films-quil-faut-que-tu-voies/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/5-films-quil-faut-que-tu-voies/</guid><pubDate>Wed, 11 Jan 2023 02:12:21 GMT</pubDate><dc:creator>Sarah Duport</dc:creator><category>Culture</category><description>Deux amies en cavale, une mère célibataire contre un géant de l’énergie, une guerrière au bras mécanique, cinq sœurs enfermées, une lycéenne qui se rebaptise. Cinq films qu’il faut voir, pour des héroïnes qui refusent la place qu’on leur assigne.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/5-films-quil-faut-que-tu-voies/1200.jpg" alt="Une salle de cinéma vide, aux rangées de fauteuils rouges baignées d’une lumière tamisée."></p><p>Il existe des centaines de films qui racontent des femmes. Ceux-là ont un point commun&nbsp;: leurs héroïnes refusent, à un moment précis, la place qu’on leur a assignée. Elles ne sont pas toujours aimables, elles se trompent, elles fuient. Mais quelque chose bascule sous nos yeux, et l’on sort de la salle un peu plus droite qu’en y entrant.</p>
<p>Cinq films, donc, de genres et d’époques très différents. Un road movie, un film de procès, un film d’action, un drame turc tourné par une Française, une comédie adolescente. Choisissez celui qui vous ressemble, puis voyez les autres.</p>
<h2 id="1-thelma-louise-ridley-scott-1991">1. <em>Thelma &amp; Louise</em>, Ridley Scott (1991)</h2>
<p>Thelma, femme au foyer étouffée par un mari tyrannique, et Louise, serveuse lucide et fatiguée, partent pour un week-end entre amies dans une Ford Thunderbird décapotable. Le premier soir, sur le parking d’un bar, un homme tente de violer Thelma. Louise l’arrête, arme au poing. Puis, alors que le danger est passé, il les insulte, et elle tire. Ce coup de feu n’est pas de la légitime défense, et tout le film tient dans cette nuance&nbsp;: les deux femmes savent qu’aucun tribunal ne les croira. Alors elles fuient vers le Mexique.</p>
<p>Le scénario est signé Callie Khouri, qui a reçu l’Oscar pour ce premier script. Geena Davis et Susan Sarandon ont été nommées toutes les deux pour l’Oscar de la meilleure actrice. On y aperçoit un jeune Brad Pitt en auto-stoppeur charmeur et voleur. Le film a fait scandale à sa sortie, accusé de faire l’apologie de la violence. Revu aujourd’hui, il raconte surtout deux femmes qui, pour la première fois, décident seules de la route.</p>
<h2 id="2-erin-brockovich-seule-contre-tous-steven-soderbergh-2000">2. <em>Erin Brockovich, seule contre tous</em>, Steven Soderbergh (2000)</h2>
<p>Erin Brockovich a existé. Mère célibataire de trois enfants, sans diplôme de droit, elle se fait embaucher au culot dans le cabinet d’un avocat, Ed Masry, et découvre que la compagnie d’énergie Pacific Gas and Electric a contaminé l’eau de la petite ville de Hinkley, en Californie, avec du chrome hexavalent. Elle frappe aux portes, une à une, recueille les dossiers médicaux des habitants, convainc des familles méfiantes. L’affaire s’est conclue en 1996 par un accord de 333 millions de dollars.</p>
<p>Julia Roberts a reçu l’Oscar de la meilleure actrice pour ce rôle. Elle y est drôle, insolente, en décolletés et minijupes, et le film ne la juge jamais pour cela. C’est l’un de ses grands plaisirs&nbsp;: on peut être prise au sérieux sans se déguiser en personne sérieuse. La vraie Erin Brockovich fait une brève apparition, en serveuse, dans une scène de restaurant.</p>
<h2 id="3-mad-max-fury-road-george-miller-2015">3. <em>Mad Max: Fury Road</em>, George Miller (2015)</h2>
<p>Un film d’action dans un désert post-apocalyptique, avec des camions hérissés de pointes et des guitares qui crachent du feu. Et au centre, une femme&nbsp;: Imperator Furiosa, jouée par Charlize Theron, crâne rasé, un bras mécanique, qui détourne un camion-citerne pour libérer les cinq épouses d’Immortan Joe, un tyran qui les traite en reproductrices. Max, le héros du titre, devient presque un passager.</p>
<p>Pour préparer les actrices qui jouent les épouses, la production a fait appel à la dramaturge Eve Ensler, l’autrice des <em>Monologues du vagin</em>, qui a travaillé avec elles sur l’expérience des femmes victimes de violences. Et il y a les Vuvalini, un clan de femmes âgées, motardes et tireuses d’élite, qui sont parmi les personnages les plus réjouissants du film. Pour un magazine qui s’adresse aux femmes de 17 à 117 ans, difficile de rêver mieux. Le film a remporté six Oscars techniques.</p>
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<p>On peut être prise au sérieux sans se déguiser en personne sérieuse.</p>
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<h2 id="4-mustang-deniz-gamze-erguven-2015">4. <em>Mustang</em>, Deniz Gamze Ergüven (2015)</h2>
<p>Dans un village du nord de la Turquie, cinq sœurs orphelines jouent dans la mer avec des garçons à la sortie de l’école. Rien de plus innocent. Mais la rumeur s’en mêle, et leur grand-mère et leur oncle transforment peu à peu la maison en prison&nbsp;: grilles aux fenêtres, robes informes, cours de cuisine, puis mariages arrangés, l’une après l’autre. La plus jeune, Lale, observe tout et prépare sa fuite.</p>
<p>Le film, tourné en turc par une réalisatrice franco-turque, a été présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, puis choisi pour représenter la France aux Oscars. Il a reçu le César du meilleur premier film. Ergüven filme les cinq sœurs comme un seul corps, emmêlé, chevelu, rieur, et c’est ce qui rend chaque départ si douloureux. Un film solaire et étouffant à la fois, qui parle à toutes les générations.</p>
<h2 id="5-lady-bird-greta-gerwig-2017">5. <em>Lady Bird</em>, Greta Gerwig (2017)</h2>
<p>Christine McPherson, dix-sept ans, s’est rebaptisée elle-même Lady Bird. Elle vit à Sacramento, en Californie, au début des années 2000, va dans un lycée catholique, rêve de partir étudier à New York et se dispute avec sa mère à peu près tout le temps. Le film s’ouvre d’ailleurs sur l’une de ces disputes, en voiture, qui se termine de la façon la plus spectaculaire possible.</p>
<p>Saoirse Ronan joue Lady Bird et Laurie Metcalf, sa mère, infirmière épuisée qui aime sa fille sans savoir le lui dire. Leur relation est le vrai sujet du film, et l’une des plus justes que le cinéma ait montrées entre une mère et une adolescente. Greta Gerwig, dont c’était le premier film en solo comme réalisatrice, a été nommée pour l’Oscar de la meilleure réalisation. Seules quatre femmes l’avaient été avant elle.</p>
<h2 id="pourquoi-ces-cinq-la">Pourquoi ces cinq-là</h2>
<p>Trois de ces films ont été réalisés par des hommes, deux par des femmes, et ce n’est pas un hasard. Il fallait montrer que les grandes héroïnes ne naissent pas seulement derrière la caméra d’une réalisatrice. Mais il faut aussi dire que les réalisatrices restent minoritaires, et que des films comme <em>Mustang</em> ou <em>Lady Bird</em> ont dû se battre pour exister. Si cette liste vous donne envie d’aller plus loin, nous avons réuni <a href="https://carnetdebal.fr/culture/quinze-films-de-femmes-a-voir-ou-revoir-cet-automne/">quinze films de femmes à voir ou revoir</a>, et nous racontons le parcours d’<a href="https://carnetdebal.fr/culture/agnes-varda-la-glaneuse-qui-filmait-les-femmes/">Agnès Varda, la glaneuse qui filmait les femmes</a>.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Pour choisir selon votre humeur</p><ul>
<li><strong>Envie de route et d’amitié</strong>&nbsp;: <em>Thelma &amp; Louise</em>.</li>
<li><strong>Envie de justice</strong>&nbsp;: <em>Erin Brockovich, seule contre tous</em>.</li>
<li><strong>Envie d’adrénaline</strong>&nbsp;: <em>Mad Max: Fury Road</em>.</li>
<li><strong>Envie d’être bouleversée</strong>&nbsp;: <em>Mustang</em>.</li>
<li><strong>Envie de rire et de pleurer avec votre mère, ou votre fille</strong>&nbsp;: <em>Lady Bird</em>.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/5-films-quil-faut-que-tu-voies/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Acceptation de soi : Laurie Darmon, Louane, Joyce Jonathan et le corps chanté</title><link>https://carnetdebal.fr/acceptation-de-soi-laurie-darmon-louane-et-joyce-jonathan-ensemble-dans-un-clip/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/acceptation-de-soi-laurie-darmon-louane-et-joyce-jonathan-ensemble-dans-un-clip/</guid><pubDate>Wed, 28 Dec 2022 15:12:41 GMT</pubDate><dc:creator>Sarah Duport</dc:creator><category>Culture</category><description>Avec Corps à Cœurs, Laurie Darmon a réuni sur scène des artistes, dont Louane et Joyce Jonathan, pour parler de leur rapport au corps. L’occasion de réécouter ce que la chanson française dit, depuis longtemps, de l’acceptation de soi.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/acceptation-de-soi-laurie-darmon-louane-et-joyce-jonathan-ensemble-dans-un-clip/1200.jpg" alt="Louane, longs cheveux blonds et pull rose, chante au micro sur une scène, devant des lumières bleues floues."></p><p>Il y a des sujets que la chanson populaire a longtemps laissés aux magazines. Le corps qu’on n’aime pas, les kilos qu’on compte, le miroir qu’on évite. Depuis quelques années, des chanteuses françaises s’en emparent à visage découvert, et ce n’est pas un détail&nbsp;: une chanson s’écoute en boucle, à l’âge où l’on se cherche, bien plus souvent qu’on ne relit un article.</p>
<p>Le projet <em>Corps à Cœurs</em>, imaginé par la chanteuse Laurie Darmon, en est un bon exemple.</p>
<h2 id="corps-a-c-urs-le-rapport-au-corps-sur-scene"><em>Corps à Cœurs</em>, le rapport au corps sur scène</h2>
<p>Laurie Darmon est autrice, compositrice et interprète. Avec <em>Corps à Cœurs</em>, elle a conçu un spectacle hybride, présenté aux Folies Bergère à Paris, où des personnalités sont invitées à parler de leur rapport à leur corps, chacune dans la forme artistique de son choix&nbsp;: une chanson, un texte, un moment de scène. Parmi celles et ceux qu’elle a réunis figurent Louane et Joyce Jonathan, deux voix que le grand public connaît bien. Parler de son corps en public, quand on a grandi sous les projecteurs, n’a rien d’anodin.</p>
<p>Une chanson porte le même titre que le spectacle. À la fin de l’année 2022, elle a été présentée avec un clip annoncé comme réunissant plusieurs participants du projet, parmi lesquels Louane et Joyce Jonathan. Ce qui frappe, dans la démarche, c’est le refus du discours de vainqueur. Il ne s’agit pas d’annoncer qu’on s’aime enfin, mais de dire que le chemin est long, qu’il recommence parfois, et qu’on le fait mieux à plusieurs.</p>
<h2 id="louane-et-joyce-jonathan-deux-trajectoires-tres-exposees">Louane et Joyce Jonathan, deux trajectoires très exposées</h2>
<p>Louane a été révélée très jeune par l’émission <em>The Voice</em>, en 2013, avant de recevoir le César du meilleur espoir féminin pour <em>La Famille Bélier</em>. Elle a donc grandi, littéralement, devant le public, avec tout ce que cela implique de commentaires sur son apparence. Joyce Jonathan, elle, s’est fait connaître en 2010 avec un premier album, <em>Sur mes gardes</em>, et une manière de chanter l’intime à mi-voix. Les deux ont en commun d’avoir dû se construire à vingt ans sous le regard des autres.</p>
<p>Leur présence dans un projet de ce genre a une portée particulière. Quand une artiste que l’on admire dit qu’elle aussi doute de son reflet, le doute cesse d’être une faute personnelle. Il devient une expérience partagée.</p>
<blockquote>
<p>Quand une artiste que l’on admire dit qu’elle aussi doute de son reflet, le doute cesse d’être une faute personnelle.</p>
</blockquote>
<h2 id="ce-que-la-chanson-francaise-dit-du-corps-des-femmes">Ce que la chanson française dit du corps des femmes</h2>
<p>Le sujet n’est pas neuf. En 1984, Cookie Dingler chante <em>Femme libérée</em>, et l’on croit souvent, à tort, qu’il s’agit d’un hymne à la femme moderne. C’est l’inverse&nbsp;: la chanson décrit une femme épuisée par l’injonction à tout réussir, la carrière, la ligne, le couple, et qui craque en silence. Près de quarante ans plus tard, elle n’a pas pris une ride, et c’est bien le problème.</p>
<p>Plus près de nous, plusieurs chanteuses ont pris le sujet à bras-le-corps. Yseult, avec <em>Corps</em> en 2019, chante son propre corps, ses formes, le regard des autres et la décision de ne plus s’en excuser&#8239;; le titre l’a fait connaître, et elle a reçu en 2021 la Victoire de la musique de la révélation féminine. Angèle, avec <em>Balance ton quoi</em> la même année, s’attaque au sexisme ordinaire avec un humour ravageur et un clip qui tourne en dérision les comportements masculins. Clara Luciani, avec <em>La Grenade</em> en 2018, revendique une féminité qui n’a plus besoin de se faire petite. Christine and the Queens, dès 2014, a bâti tout un personnage sur le refus des cases, de genre comme d’apparence.</p>
<h2 id="ce-qu-une-chanson-peut-faire-et-ce-qu-elle-ne-peut-pas-faire">Ce qu’une chanson peut faire, et ce qu’elle ne peut pas faire</h2>
<p>Une chanson ne guérit pas. Les troubles du comportement alimentaire, en particulier, sont des maladies qui demandent une prise en charge médicale et psychologique. Mais une chanson peut ouvrir une porte. Elle met des mots là où l’on n’en avait pas, elle se fredonne quand on se regarde dans la glace, elle se partage entre une mère et sa fille qui n’osaient pas aborder le sujet.</p>
<p>C’est peut-être le grand mérite de ces artistes&nbsp;: rendre l’acceptation de soi moins solennelle et plus concrète. On ne se réconcilie pas avec son corps par décret, mais par petites touches, en se laissant entendre que d’autres ont eu le même combat. Et cela vaut à tout âge, quand le corps change à l’adolescence comme quand il change à la ménopause ou à quatre-vingts ans. Pour remonter le fil de ces voix, notre sélection de la <a href="https://carnetdebal.fr/culture/de-barbara-a-francoise-hardy-la-chanson-francaise-au-feminin/">chanson française au féminin, de Barbara à Françoise Hardy</a>, raconte comment les chanteuses ont pris la parole sur leur propre vie.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Si le rapport à la nourriture devient une souffrance</p><ul>
<li><strong>Votre médecin traitant</strong>&nbsp;: premier interlocuteur, il peut orienter vers une équipe spécialisée.</li>
<li><strong>La Fédération française anorexie boulimie</strong>&nbsp;: son site recense les structures de soins spécialisées, région par région.</li>
<li><strong>Fil Santé Jeunes</strong>&nbsp;: au 0 800 235 236, anonyme et gratuit, pour les 12-25 ans.</li>
<li><strong>En cas d’urgence</strong>&nbsp;: le 15 ou le 112.</li>
</ul>
</blockquote>
<blockquote><p class="encadre__t">À écouter</p><ul>
<li>Cookie Dingler, <em>Femme libérée</em> (1984)</li>
<li>Christine and the Queens, <em>Christine</em> (2014)</li>
<li>Clara Luciani, <em>La Grenade</em> (2018)</li>
<li>Yseult, <em>Corps</em> (2019)</li>
<li>Angèle, <em>Balance ton quoi</em> (2019)</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/acceptation-de-soi-laurie-darmon-louane-et-joyce-jonathan-ensemble-dans-un-clip/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>She Said, le film qu’il faut voir sur l’enquête qui a fait tomber Weinstein</title><link>https://carnetdebal.fr/il-faut-absolument-voir-she-said-le-film-sur-lenquete-du-new-york-times-sur-harvey-weinstein/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/il-faut-absolument-voir-she-said-le-film-sur-lenquete-du-new-york-times-sur-harvey-weinstein/</guid><pubDate>Wed, 21 Dec 2022 02:08:51 GMT</pubDate><dc:creator>Sarah Duport</dc:creator><category>Culture</category><description>Pas de scène de violence, pas de héros providentiel : She Said, de Maria Schrader, raconte le travail patient de deux journalistes du New York Times et le courage des femmes qui ont accepté de parler. Un film sur l’enquête, et sur ce que coûte un témoignage.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/il-faut-absolument-voir-she-said-le-film-sur-lenquete-du-new-york-times-sur-harvey-weinstein/1200.jpg" alt="Vue plongeante, de nuit, sur la façade vitrée du siège du New York Times à Manhattan, au-dessus d’une avenue où circulent des taxis jaunes."></p><p>À un moment du film, la caméra parcourt lentement les couloirs vides d’un grand hôtel. Moquette épaisse, portes closes, lumière feutrée. Sur ces images, on entend un enregistrement réel&nbsp;: celui que la police de New York a fait réaliser en 2015, au cours duquel Harvey Weinstein insiste, encore et encore, pour qu’une jeune femme entre dans sa chambre. On ne voit rien. On entend tout. C’est l’une des scènes les plus fortes du cinéma récent, et elle résume le parti pris de <em>She Said</em>&nbsp;: montrer le mécanisme, jamais le spectacle.</p>
<h2 id="ce-que-raconte-she-said">Ce que raconte <em>She Said</em></h2>
<p>Le film retrace l’enquête menée en 2017 par deux journalistes du <em>New York Times</em>, Jodi Kantor et Megan Twohey, sur les agressions et le harcèlement sexuels reprochés au producteur Harvey Weinstein, l’un des hommes les plus puissants de Hollywood. Leur article paraît le 5 octobre 2017. Dans les jours qui suivent, des dizaines de femmes prennent la parole à leur tour, et le mouvement #MeToo prend une ampleur mondiale.</p>
<p>Le scénario de Rebecca Lenkiewicz adapte le livre que les deux journalistes ont tiré de leur enquête, <em>She Said</em>, paru en 2019. Le film est réalisé par l’Allemande Maria Schrader, à qui l’on doit la minisérie <em>Unorthodox</em>. Carey Mulligan joue Megan Twohey, Zoe Kazan joue Jodi Kantor. Patricia Clarkson et Andre Braugher incarnent leurs supérieurs, Rebecca Corbett et Dean Baquet. Le film est sorti en France le 23 novembre 2022.</p>
<h2 id="un-film-d-enquete-dans-la-lignee-des-grands">Un film d’enquête, dans la lignée des grands</h2>
<p>Si vous avez aimé <em>Les Hommes du président</em>, sur le Watergate, ou <em>Spotlight</em>, sur l’enquête du <em>Boston Globe</em> consacrée aux abus dans l’Église catholique, vous êtes en terrain connu. On y voit des appels qui sonnent dans le vide, des portes qu’on ferme au nez des journalistes, des notes prises à la hâte, des réunions de rédaction où l’on pèse chaque mot. Le suspense ne tient pas à l’issue, que tout le monde connaît, mais à la difficulté de chaque étape.</p>
<p>Car il ne suffit pas de savoir. Il faut des preuves, des documents, et surtout des femmes qui acceptent d’être citées sous leur nom. Or beaucoup ont signé des accords de confidentialité en échange d’une somme d’argent, et risquent des poursuites si elles parlent. Le film montre très bien ce piège juridique, qui a longtemps protégé Weinstein.</p>
<blockquote>
<p>On ne voit rien. On entend tout.</p>
</blockquote>
<h2 id="les-femmes-qui-ont-parle">Les femmes qui ont parlé</h2>
<p>C’est la grande réussite de Maria Schrader&nbsp;: les vraies héroïnes du film sont les témoins. Samantha Morton joue Zelda Perkins, ancienne assistante de Weinstein à Londres, qui raconte comment l’accord qu’elle a signé l’a réduite au silence pendant des années. Jennifer Ehle joue Laura Madden, une autre ancienne employée, mère de famille au pays de Galles, qui hésite longuement avant d’accepter d’être nommée. Et l’actrice Ashley Judd joue son propre rôle&nbsp;: elle fut l’une des premières personnalités à témoigner à visage découvert dans l’article du <em>Times</em>.</p>
<p>Ces scènes de témoignage sont filmées avec une grande pudeur. Le film ne reconstitue jamais les agressions. Il montre des femmes qui se souviennent, des années plus tard, et ce que le silence leur a coûté&nbsp;: une carrière abandonnée, une confiance perdue, une vie qui a dévié.</p>
<h2 id="deux-journalistes-deux-meres">Deux journalistes, deux mères</h2>
<p><em>She Said</em> évite aussi l’écueil des héroïnes parfaites. Megan Twohey sort d’une dépression post-partum quand elle rejoint l’enquête, Jodi Kantor jongle avec ses deux filles et ses nuits blanches. On les voit répondre au téléphone en poussant une poussette, rentrer tard, douter. Pour une fois, le film montre que le journalisme d’investigation se fait aussi entre deux biberons, et que cela ne retire rien à son exigence.</p>
<p>Il montre enfin une rédaction qui soutient ses journalistes face aux pressions des avocats du producteur. On peut trouver le portrait du <em>New York Times</em> un peu flatteur&#8239;; il a le mérite de rappeler qu’une enquête de ce genre demande du temps, de l’argent et des juristes, et qu’elle n’est possible que si un journal accepte de prendre ce risque.</p>
<h2 id="pourquoi-il-faut-le-voir">Pourquoi il faut le voir</h2>
<p><em>She Said</em> n’est pas un film agréable, et il n’a pas cherché à l’être. Mais c’est un film utile, à voir à tout âge&nbsp;: à dix-sept ans, pour comprendre comment fonctionne une emprise professionnelle&#8239;; à cinquante ou soixante-dix, pour mesurer ce qui a changé, et ce qui reste à changer. L’enquête de Kantor et Twohey a reçu en 2018 le prix Pulitzer du service public, partagé avec Ronan Farrow pour ses articles parus dans <em>The New Yorker</em>.</p>
<p>Le film rend justice à un travail rarement montré&nbsp;: celui qui consiste à écouter, vérifier, recouper, jusqu’à ce qu’une parole devienne irréfutable. Si vous cherchez d’autres films qui donnent toute leur place aux femmes, voyez nos <a href="https://carnetdebal.fr/culture/quinze-films-de-femmes-a-voir-ou-revoir-cet-automne/">quinze films de femmes à voir ou revoir</a>. Et si le film réveille en vous des souvenirs difficiles, sachez que vous pouvez en parler.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Si vous êtes concernée</p><ul>
<li><strong>Violences sexistes et sexuelles au travail</strong>&nbsp;: l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) informe et accompagne les victimes.</li>
<li><strong>Violences Femmes Info</strong>&nbsp;: le 3919, gratuit et anonyme, 24 heures sur 24.</li>
<li><strong>En cas de danger immédiat</strong>&nbsp;: le 17, ou le 114 par SMS.</li>
</ul>
</blockquote>
<blockquote><p class="encadre__t">La fiche</p><ul>
<li><strong>Titre</strong>&nbsp;: <em>She Said</em> (États-Unis, 2022), 2 h 09.</li>
<li><strong>Réalisation</strong>&nbsp;: Maria Schrader.</li>
<li><strong>Scénario</strong>&nbsp;: Rebecca Lenkiewicz, d’après le livre de Jodi Kantor et Megan Twohey.</li>
<li><strong>Avec</strong>&nbsp;: Carey Mulligan, Zoe Kazan, Patricia Clarkson, Andre Braugher, Samantha Morton, Jennifer Ehle.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/il-faut-absolument-voir-she-said-le-film-sur-lenquete-du-new-york-times-sur-harvey-weinstein/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item><item><title>Les dix meilleures comédies romantiques de tous les temps, de Capra à L’Arnacœur</title><link>https://carnetdebal.fr/les-10-meilleures-comedies-romantiques-de-tous-les-temps/</link><guid isPermaLink="true">https://carnetdebal.fr/les-10-meilleures-comedies-romantiques-de-tous-les-temps/</guid><pubDate>Tue, 20 Dec 2022 22:59:18 GMT</pubDate><dc:creator>Sarah Duport</dc:creator><category>Culture</category><description>Une héritière en fuite, un employé qui prête son appartement, une libraire contre un géant du livre, une célibataire et son journal intime. Dix comédies romantiques qui ont traversé les décennies, choisies pour leurs dialogues, leurs actrices et leur esprit.</description><content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://img.carnetdebal.fr/les-10-meilleures-comedies-romantiques-de-tous-les-temps/1200.jpg" alt="Une rue de Notting Hill, à Londres, bordée de maisons mitoyennes aux façades pastel, blanche, rose, verte et bleue, sous un ciel bleu."></p><p>La comédie romantique a mauvaise réputation. On la dit mièvre, prévisible, réservée aux soirées pyjama. C’est oublier qu’elle est l’un des genres les plus difficiles qui soient&nbsp;: il faut faire rire et émouvoir dans le même mouvement, rendre crédible une évidence (ces deux-là vont finir ensemble) et donner envie de la voir arriver. Les meilleures reposent sur des dialogues ciselés et des actrices qui ont autant d’esprit que leurs partenaires.</p>
<p>Voici notre sélection, par ordre chronologique. Elle laisse de côté les grands mélodrames, comme <em>N’oublie jamais</em>, qui font pleurer sans faire rire.</p>
<h2 id="1-new-york-miami-frank-capra-1934">1. <em>New York-Miami</em>, Frank Capra (1934)</h2>
<p>Une héritière, jouée par Claudette Colbert, fuit son père pour rejoindre un mari qu’il désapprouve. Dans le car de nuit qui la mène de Miami à New York, elle croise un journaliste au chômage, Clark Gable, qui flaire le scoop. Tout le genre est déjà là&nbsp;: la dispute, la complicité malgré soi, la couverture tendue entre deux lits comme un rempart. Et une scène d’auto-stop où elle montre à son compagnon comment on arrête une voiture, d’un simple mouvement de jambe. Le film a été le premier à remporter les cinq Oscars principaux&nbsp;: film, réalisation, acteur, actrice et scénario.</p>
<h2 id="2-la-garconniere-billy-wilder-1960">2. <em>La Garçonnière</em>, Billy Wilder (1960)</h2>
<p>Un employé d’une compagnie d’assurances, Jack Lemmon, prête son appartement à ses supérieurs pour leurs liaisons, en échange de promotions. Il est amoureux de la liftière de l’immeuble, Shirley MacLaine, qui se trouve être la maîtresse de son patron. C’est drôle, cruel, mélancolique, et c’est le plus beau rôle de Shirley MacLaine. Le film a reçu l’Oscar du meilleur film. Sa dernière scène, une partie de cartes, est l’une des déclarations d’amour les plus pudiques du cinéma.</p>
<h2 id="3-quand-harry-rencontre-sally-rob-reiner-1989">3. <em>Quand Harry rencontre Sally…</em>, Rob Reiner (1989)</h2>
<p>En 1977, deux jeunes diplômés de l’université de Chicago partagent une voiture pour aller à New York. Ils se détestent cordialement. Ils vont se recroiser pendant douze ans. Le scénario est signé Nora Ephron, et il répond à une question qui obsède encore&nbsp;: un homme et une femme peuvent-ils être amis&#8239;? Meg Ryan et Billy Crystal y sont parfaits. La scène du restaurant Katz’s, où Sally démontre à Harry qu’il ne sait pas tout des femmes, est entrée dans l’histoire. La réplique finale de la scène est prononcée par la mère du réalisateur, Estelle Reiner.</p>
<h2 id="4-pretty-woman-garry-marshall-1990">4. <em>Pretty Woman</em>, Garry Marshall (1990)</h2>
<p>Un homme d’affaires, Richard Gere, engage pour une semaine une prostituée de Hollywood Boulevard, Julia Roberts. Le conte de fées a vieilli, et l’on peut sourire de son idée de l’émancipation par la carte de crédit. Mais Julia Roberts, vingt-deux ans, y invente une présence comique et lumineuse qu’on n’a jamais oubliée. La scène où elle revient, chargée de sacs, dans la boutique qui l’avait snobée, reste un plaisir intact.</p>
<h2 id="5-quatre-mariages-et-un-enterrement-mike-newell-1994">5. <em>Quatre mariages et un enterrement</em>, Mike Newell (1994)</h2>
<p>Un célibataire anglais, Hugh Grant, croise et recroise une Américaine, Andie MacDowell, au fil de quatre mariages et d’un enterrement. Le scénario de Richard Curtis invente la comédie romantique britannique moderne&nbsp;: des amis bavards, des maladresses en série, et une émotion qui surgit au moment où on ne l’attend pas. À l’enterrement, un personnage lit <em>Funeral Blues</em>, le poème de W. H. Auden. Beaucoup de spectateurs l’ont découvert ce jour-là.</p>
<blockquote>
<p>Il faut faire rire et émouvoir dans le même mouvement, et donner envie de voir arriver ce que l’on sait déjà.</p>
</blockquote>
<h2 id="6-vous-avez-un-message-nora-ephron-1998">6. <em>Vous avez un message</em>, Nora Ephron (1998)</h2>
<p>Une libraire de quartier, Meg Ryan, et le patron d’une chaîne de grandes librairies, Tom Hanks, se détestent dans la vie et s’écrivent chaque soir, sans le savoir, des courriels anonymes délicieux. Nora Ephron, cette fois derrière la caméra, reprend <em>Rendez-vous</em>, la comédie d’Ernst Lubitsch de 1940, et l’installe dans le New York de l’Internet naissant. C’est aussi une élégie pour les petites librairies, ce qui lui donne aujourd’hui une résonance particulière.</p>
<h2 id="7-coup-de-foudre-a-notting-hill-roger-michell-1999">7. <em>Coup de foudre à Notting Hill</em>, Roger Michell (1999)</h2>
<p>Un libraire londonien, Hugh Grant, voit entrer dans sa boutique de livres de voyage la plus grande star de cinéma du monde, Julia Roberts. Richard Curtis, encore lui, signe le scénario. Le film est un conte sur la célébrité, sur la timidité, et sur les amis qui vous sauvent. Rhys Ifans y vole plusieurs scènes en colocataire débraillé. La chanson qui accompagne le dénouement, <em>She</em>, est une reprise par Elvis Costello d’un succès de Charles Aznavour.</p>
<h2 id="8-le-journal-de-bridget-jones-sharon-maguire-2001">8. <em>Le Journal de Bridget Jones</em>, Sharon Maguire (2001)</h2>
<p>Adapté du roman d’Helen Fielding, le film suit Bridget, trentenaire londonienne qui tient le journal de ses cigarettes, de ses verres de vin et de ses résolutions. Renée Zellweger, Texane, a pris un accent anglais impeccable. Entre Hugh Grant en séducteur cynique et Colin Firth en avocat coincé, elle hésite. Le clin d’œil à <em>Orgueil et Préjugés</em> est assumé&nbsp;: Colin Firth avait joué Mr Darcy dans la série de la BBC en 1995, et son personnage s’appelle ici Mark Darcy. Une comédie réalisée par une femme, sur une héroïne imparfaite et drôle, qui a beaucoup fait pour qu’on rie avec les célibataires plutôt que d’elles.</p>
<h2 id="9-l-arnac-ur-pascal-chaumeil-2010">9. <em>L’Arnacœur</em>, Pascal Chaumeil (2010)</h2>
<p>Alex, Romain Duris, gagne sa vie en séduisant des femmes pour les arracher à des compagnons jugés indignes de leur famille. Un père le charge d’empêcher le mariage de sa fille, Juliette, Vanessa Paradis, avec un fiancé parfait. Problème&nbsp;: le fiancé n’a aucun défaut, et Alex tombe amoureux. Tourné à Monaco, le film prouve qu’on sait faire, en France, des comédies romantiques au rythme américain. François Damiens et Julie Ferrier, en complices d’Alex, sont irrésistibles.</p>
<h2 id="10-crazy-stupid-love-glenn-ficarra-et-john-requa-2011">10. <em>Crazy, Stupid, Love</em>, Glenn Ficarra et John Requa (2011)</h2>
<p>Cal, Steve Carell, apprend que sa femme, Julianne Moore, veut divorcer. Un séducteur professionnel, Ryan Gosling, entreprend de lui apprendre à plaire. Pendant ce temps, Emma Stone croise la route du séducteur, et tout se complique. Le film entrelace plusieurs histoires d’amour à différents âges, et ose une scène où Ryan Gosling et Emma Stone rejouent le porté final de <em>Dirty Dancing</em>. C’est la preuve que le genre sait encore se réinventer.</p>
<h2 id="celles-qu-on-aurait-aime-ajouter">Celles qu’on aurait aimé ajouter</h2>
<p>Toute liste est injuste. <em>Love Actually</em>, de Richard Curtis (2003), a ses fidèles, surtout en décembre. <em>L’Impossible Monsieur Bébé</em>, de Howard Hawks (1938), avec Katharine Hepburn et un léopard, aurait pu figurer en tête. Et <em>Annie Hall</em> (1977) a marqué son époque, avec Diane Keaton. Si vous préférez les films où les femmes tiennent davantage la caméra, notre sélection de <a href="https://carnetdebal.fr/culture/quinze-films-de-femmes-a-voir-ou-revoir-cet-automne/">quinze films de femmes à voir ou revoir</a> ouvre d’autres horizons.</p>
<blockquote><p class="encadre__t">Pour une soirée réussie</p><ul>
<li><strong>À deux</strong>&nbsp;: <em>Quand Harry rencontre Sally…</em></li>
<li><strong>Entre amies</strong>&nbsp;: <em>Le Journal de Bridget Jones</em>.</li>
<li><strong>Avec votre mère, ou votre grand-mère</strong>&nbsp;: <em>New York-Miami</em> ou <em>La Garçonnière</em>.</li>
<li><strong>Pour rire avant tout</strong>&nbsp;: <em>L’Arnacœur</em>.</li>
<li><strong>Un dimanche de pluie</strong>&nbsp;: <em>Vous avez un message</em>.</li>
</ul>
</blockquote>
]]></content:encoded><media:content url="https://img.carnetdebal.fr/les-10-meilleures-comedies-romantiques-de-tous-les-temps/sd-169.jpg" medium="image" type="image/jpeg" width="1200" height="675"/></item></channel></rss>